‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 41 sur 223 · NATURE DE SON OPPOSITION · texte numérisé non relu

NATURE DE SON OPPOSITION

l’opposition contre l’opposition elle-même, si celle-ci venait à triompher. 11 déclare en connaisseur que « la Fronde est un mystère que peu de monde comprend; » mais il est douteux qu’il y comprenne beaucoup plus que les autres.

A la fin , Mazarin meurt. « Il est passé , il a plié bagage, il est en plomb l’éminent personnage. » Guy Patin le dissèque en imagination, et il y a quelque chose de lugubrement plaisant dans ces railleries anatomiques dont il poursuit son cadavre. La haine ne va pas plus loin. Mais si le règne des premiers ministres est fini, celui des traitants ne l’est pas encore, et vraiment il n’est pas besoin d’être misanthrope pour gémir des contrastes effrayants que font ces fortunes scandaleuses avec la misère du peuple. Ici Guy Patin est plus qu’excusable, et ses protestations contre ces turpitudes ne sont que le cri de l’honnêteté qui se révolte. Pourtant il y a en lui une fibre de sensibilité compatissante pour les grandes infortunes, même méritées. Lors de la disgrâce de Fouquet, au milieu du déchaînement des passions hostiles et jalouses, il est du parti de Lafontaine et de Pélisson : a On m’a invité, dit-il, à la vente des livres de M. Fouquet, mais je n’irai pas. La mauvaise fortune de cet homme me déplaît ! » C’est qu’il sent bien derrière ce coup d’État plutôt une vengeance personnelle, qu’une satisfaction donnée à la morale publique. D’ailleurs, dut la ruine de Fouquet et le triomphe de Colbert ramener l’âge d’or sur la terre, Guy Patin ne s’en apercevrait pas. Il a vieilli dans le parti des mécon-

GUY PATIN

tents; aigri par ses chagrins domestiques ‘, il n’a plus pour ce qui l’entoure qu’un regard attristé et prévenu; et, au plus beau moment du règne, il s’écrie : Venimus ad fœcem sœculoruml

Il faut cependant observer que, même dans ses plus vives saillies d’opposition, Guy Patin ne va jamais jusqu’à former des vœux contre l’existence du pouvoir. Il a le sens monarchique non moins développé que les tendances libérales. Il ne parle jamais de la mémoire de Henri IY sans un respect mêlé de .tendresse. Un jour, sa femme l’emmène en partie de plaisir à Saint-Denis. Il raconte sa visite aux tombeaux des rois de France : « Je ne pus m’empêcher de pleurer, voyant tant de monuments de la vanité de la vie humaine ; quelques larmes m’échappèrent aussi au monument du grand et du bon roi François Ier, qui a fondé notre collège des professeurs du roi. Il faut que je vous avoue ma faiblesse, je le baisai même, et son beau-père Louis XII, qui a été le père du peuple et le meilleur roi que nous ayons jamais eu en France. » A vrai dire, ses plus grandes colères contre les ministres ne remontent jamais jusqu’au roi, qui reste pour lui inviolable et sacré. Il partage l’adoration universelle pour la personne de Louis X1Y. Lorsque ce jeune prince, encore Dauphin, tombe gravement

i. Il avait deux fils, Robert et Charles Patin, tous deux docteurs en médecine. Le premier donna des chagrins à son père et mourut jeune (1670). Le second, objet de sa vive prédilection, et qui se distingua dans les antiquités et la numismatique, fut exilé du vivant de Guy Patin. On n’a jamais bien su la cause des rigueurs dont il fut l’objet. Il mourut professeur à Padoue en 1694.

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