PETITE ACADÉMIE CHEZ LAMOIGNON
fériorité ; aussi s’en garde-t-il avec grand soin. La douce et grave figure de l’illustre président se montre à nous avec un charme exquis dans ce cadre étroit et austère de la vie domestique. Nous le voyons obligé de se lèvera quatre heures du matin pour satisfaire à ses nombreux devoirs, donnant souvent à ses fonctions le temps même de ses repas, regardant comme la plus grande de ses privations de ne pouvoir se livrer à l’étude, sa seule distraction, sachant Fernel par cœur, et bien heureux d’avoir un ami lin peu moins occupé que lui , qui le tienne au courant des nouvelles de la république des Lettres. Du reste, il n’a pas besoin de pousser son hôte, et n’a qu’à le laisser aller. On surprend même parfois sur ses lèvres un léger sourire, qui ne lui messied pas : « Il dit en souriant qu’il ne faut point dire de mal des jésuites et des moines ; mais pourtant, ajoute Guy Patin, il est ravi quand il m’échappe quelques bons mots contre eux. » — 11 se forme dans cet intérieur d’élite une sorte d’académie à huis clos, dont les membres, au nombre de seize, se réunissent tous les lundis pour causer sans prétention et sans fatras des choses de l’esprit. Cette petite académie a l’avantage de compter dans son sein Pellisson, l’historien de la grande. Charles Patin y soutient avec véhémence le parti d'Homère contre le P. Rapin, qui préfère Virgile. Bossuet, déjà évêque de Condom, y vient quelquefois, et y traite son sujet favori, l’éloquence de la Bible. Dans cette assemblée si grave, et honorée du concours d’un tel génie, Guy Patin représente l’élément satirique, narquois et gaulois, assez libre d’allures pour y