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SES RELATIONS DANS LES DEUX CAMPS

titre qui lui plaisait le plus à porter. Il avait reçu le bonnet doctoral à l’université de Padou e, et jouissait d’une pension à la cour en qualité de médecin du roi Louis XIII. Après un séjour de dix ans en Italie, comme bibliothécaire du cardinal Bagni, puis du cardinal Antoine Barberin, il fut rappelé en France par Richelieu. L’année suivante Mazarin, devenu premier ministre, le chargea de composer cette bibliothèque à laquelle il a laissé son nom. Naudé passa plusieurs années à voyager dans ce but unique, et arriva rapidement à recueillir quarante-cinq mille volumes. Mazarin éloigné, et cette admirable bibliothèque mise aux enchères sur l’ordre du parlement, il accepta les propositions que lui faisait la reine Christine de Suède. Mais il ne put s’accommoder de la rigueur du climat, et revint en France, où il mourut à son retour. Yoilà sa vie en quelques mots.

Constamment attaché à la personne des grands, il paraît n’avoir rien perdu, dans cette familiarité, de la vivacité d’esprit et de langage qui lui est naturelle. Il est vrai qu’au dire de Guy Patin, son ami et son confident, ce titre de bibliothécaire de Mazarin n’est que sa qualité externe; mais il n’en est pas moins curieux de constater une liaison intime entre l’homme du cardinal, et le plus déterminé Frondeur qui fut jamais ; on serait tenté d’en conclure qu’au fond ni l’un ni l’autre ne tenaient assez à la politique pour en faire la principale affaire de leur vie, jusqu’à lui sacrifier les jouissances, bien autrement précieuses pour eux, de la science, des lettres et de l’amitié.

GABRIEL NALDÉ.

C’est qu’en effet, sauf ce seul point, il y a entre ces deux hommes mille raisons de se convenir et de se rechercher. La bibliomanie est une passion comme une autre, qui, poussée à un certain point, est capable de faire oublier les autres. Or, c’est là ce qui les domine tous deux, avec un certain besoin de chuchoter entre eux quelques énormités contre les choses reçues. Ces hardiesses de langage leur sont communes ; mais c’est encore Naudé qui donne le ton. Je sais bien qu’en plus d’une rencontre, il a protesté très-explicitement de son orthodoxie. Mais il faut se défier de ces précautions oratoires, qui servent de passe -port à ses pensées véritables. Sous ce rapport, il vaut moins que son ami. Patin, malgré tout, et quoiqu’il aime quelquefois à s’émanciper, a des principes. Naudé n’en a pas; c’est un sceptique, non-seulement « déniaisé et guéri de la sottise du siècle» (ce qui n’est pas un mal), mais dont toute la philosophie se résume à peu près en négations. Il a eu pour professeur et pour ami un certain Bélurget, lequel « ne reconnaissait d’autre autorité qu’Homère, Aristote et Cicéron, n’admettait ni miracle ni prophétie, et disait que les plus sots livres du monde étaient la Genèse et la Vie des saints. » Le disciple est digne du maître. « Je pense, dit Guy Patin, qu’il était de la religion de son profit et de sa fortune. » Il est bien difficile d’accepter ce jugement pour un éloge.

Pourtant, comme tout a son bon côté, on doit à Gabriel Naudé cette justice, qu’il a une sincère horreur de toutes les superstitions, et qu’il les attaque parfois

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