‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 52 sur 223 · IDEES ET PRÉFÉRENCES MÉDICALES · texte numérisé non relu

IDEES ET PRÉFÉRENCES MÉDICALES

l’entendre raisonner sur sa santé, sur sa rate, sur sa bile, sur ses esprits et ses humeurs. Quoiqu’elle ne se pique pas de science, elle aime pourtant à savoir la raison des choses, et pourquoi on la traite de telle façon, et non de telle autre. Elle fait collection de recettes, qu’elle s’applique à elle-même et à ses amis; fort heureuse surtout de le faire en cachette des docteurs. Elle n’a pas de plus grande joie que d’en réunir quatre ou cinq, de les pousser, de les harceler de questions, et de les mettre, s’il se peut, en désaccord. Alors elle triomphe, elle rit de leur embarras, elle a un bon motif pour ne pas exécuter leurs ordonnances; ou si par hasard elle en suit une, elle est toute hère de revenir ensuite, et de leur faire bien constater qu’elle n’est pas guérie. Et alors de s’écrier :« Ah! que j’en veux aux médecins! quelle forfanterie que leur art! » Mais pourquoi donc les consulte-t-elle ? — Je n’en sais rien ; ni elle non plus, je pense. Toujours est-il, qu’elle ne passe jamais par une ville sans prendre l’avis « des premiers ignorants de l’endroit, » comme elle aime à les appeler. Heureusement tous ses petits maux ne sont pas bien dangereux, et on ne la plaint guère. Aussi bien, les praticiens ne détestent pas tous ce genre de malades. On leur demande des conseils pour s’en moquer ensuite. Ils le savent, et les font payer cher ; c’est une vengeance permise.

Il y a ceci de particulier dans les antipathies médicales de Mme de Sévigné : elles ont d’ordinaire pour objet les princes de la science, les noms en réputation. Elle ne leur passe rien, et leurs moindres erreurs, vraies

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