‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 53 sur 223 · DE MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNÉ

ou supposées, sont à ses yeux des bévues impardonnables. S’agit-il, au contraire, de quelque donneur de remèdes, qui empiète sur les privilèges de la Faculté? elle est d’une indulgence, d’une crédulité merveilleuse. C’est ainsi qu’elle parle avec admiration des Capucins du Louvre , qui joignaient, à ce qu’il paraît, au soin des âmes, des prétentions à être aussi les médecins du corps, et qui étaient chaudement patronnés par son ami le duc de Chaulnes. Elle ne les appelle que les pères Esculapes. Elle ajoute une foi entière aux cures incomparables de Mme de Charrost, aux remèdes domestiques de Mme Fouquet, aux divines prophéties du chevalier Talbot en matière de santé, etc.

D’ailleurs, ce n’est pas la science surtout qu’elle demande à un médecin. En cela, elle est plus femme qu’on ne croirait. Écoutez-la parler « du seigneur Amonio, » ce jeune et élégant Hippocrate italien, qui était venu s’établir à Chelles, et qu’il fallut en faire partir, pour éviter une révolution dans l’abbaye : « Ma chère, c’est un homme de vingt-huit ans, dont le visage est le plus beau et le plus charmant que j’aie jamais vu : il a les yeux de madame de Mazarin, et les dents parfaites ; le reste du visage comme on imagine Rinaldo; de grandes boucles noires qui lui font la plus agréable tête du monde... Voilà mon joli médecin... Il est habillé comme un prince, et bon garçon au dernier point. » Nous sommes loin, comme on voit, des perruques et des rabats de la Faculté, et il est heureux pour la marquise que nous soyons, d’ailleurs, pleinement rassurés sur sa vertu.

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