IDÉES ET PRÉFÉRENCES MÉDICALES
Nous avons donc son secret : ce qu’elle cherche surtout, c’est le médecin bon garçon. Elle le trouve aux Eaux. Le médecin des Eaux (je parle du dix-septième siècle) n’a ni le savoir pédantesque, ni la tenue gourmée de ses confrères parisiens. Il sait sacrifier aux grâces, est homme du monde, et ferait aussi bien un madrigal qu’une consultation. Médicalement, son rôle se borne, à peu près, à gorger d’eau chaude ses riches clients fatigués des plaisirs de la cour, et à chasser leurs humeurs noires. On est à Yichy, par exemple ; vous savez ce qu’on y fait : « On va à six heures à la fontaine, tout le monde s’y trouve, on boit les eaux, et l’on fait une fort vilaine mine ; car imaginez-vous qu’elles sont bouillantes et d’un goût de salpêtre fort désagréable. On tourne, on va, on vient, on se promène, on entend la messe, on rend ses eaux, on parle confidemment de la manière dont on les rend ; il n’est question que de cela jusqu’à midi. Enfin, on dîne; après dîner, on va chez quelqu’un; à cinq heures, on va se promener dans des pays délicieux; à sept heures, on soupe légèrement, on se couche à dix. » Pauvres malades !
Madame de Sévigné se soumet consciencieusement à toutes les menues pratiques thermales, depuis la douche jusqu’à la suerie. Devant la douche, toutes les grandeurs de la terre disparaissent pour un moment. Cependant, il y a encore moyen de la subir en grande dame. « Derrière un rideau se met quelqu’un qui vous soutient le courage pendant une demi-heure. C’était pour moi un médecin de Gannat, que madame de Noailles a