DE MADAME DE SÉVIGNÉ
mené à toutes ses eaux, qu’elle aime fort, qui est un fort bon garçon, point charlatan ni préoccupé de rien (pas mêmeide médecine?), qu’elle m’a envoyé par pure et bonne amitié. Je le retiens, dut-il m’en coûter mon bonnet... Il a de l’esprit, de l’honnêteté, il connaît le monde ; enfin j’en suis contente. »
Puis il faut aller à la siterie , comme une simple mortelle. « Voilà encore où mon médecin est bon ; car, au heu de m’abandonner à deux heures d’un ennui qui ne peut se séparer de la sueur, je le fais lire et cela me divertit. Il sait vivre, il n’est point charlatan; il traite la médecine en galant homme; enfin il m’amuse. » Il est certainement flatteur d’amuser une aussi charmante femme; mais vous voyez à quel prix, et ce qu’il faut faire de concessions au désir de plaire. Est-il bien étonnant que les délicats, ceux qui avaient le scrupule de leur dignité, aimassent mieux y renoncer, sauf à en perdre les profits 1 ?
1 . On peut juger, dans l’étude queM. V. Cousin a consacrée à madame de Sablé, du rôle que jouait la médecine dansles préoccupations des grandes dames du temps. Dans un roman de Mademoiselle, intitulé : Histoire de la princesse de Paphlagonie (1659), mesdames de Sablé et de Maure sont mises en scène sous les noms supposés de princesse Partbénie et reine de Misnie : « Il n’y avait point d’heures où elles ne conférassent des moyens de s’empêcher de mourir, et de l’art de se rendre immortelles. Leurs conférences ne se faisaient pas comme celles des autres ; la crainte de respirer un air trop froid ou trop chaud, l’appréhension que le vent ne fût trop sec ou trop humide, une imagination enfin que le temps ne fût pas aussi tempéré qu’elles le jugeaient nécessaire pour la conservation de leur santé, était cause qu'elles s’écrivaient d’une