‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 68 sur 223 · VA LOT · texte numérisé non relu

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médecin de la faire pratiquer immédiatement, « quoique ceux qui n’étaient pas de cet avis fissent grand bruit en se retirant de la chambre du roi, et protestant devant la reine que ce remède était dangereux et contre les règles de la médecine L » Le roi guérit pourtant. Et Valot ajoute, en courtisan qu’il est : «Leroi a témoigné, en cette grande et dangereuse maladie, que l’on devait avec raison concevoir de très-grandes espérances de la grandeur de son courage, puisqu’à l’Age de huit ans il témoigna de la patience et de la fermeté dans les plus grandes douleurs et dans l’accablement de plusieurs accidents qui lui sont survenus... On ne peut pareillement exprimer l’entière confiance que la reine témoigna et avait en la suffisance du sieur Vautier, premier médecin du roi, qui s’est conduit avec une grande prudence en cette maladie, ayant appelé les sieurs Gué naut et Valot , qui ont donné en une occasion aussi considérable des preuves de leur suffisance, et ont fait voir à toute la France que l’on avait besoin de leurs lumières en un état si déplorable et si désespéré. »

11 parait qu’en effet on croyait en avoir besoin, puisque Valot succéda à Vautier, nous avons vu à quel prix. Pouvant désormais parler en son propre nom, il commença par adresser au roi un mémoire sur son tempérament, qu’il inséra dans son journal. Il y démon-

l . Tomès. Si vous ne faites saigner tout à l’heure votre fille, c’est une personne morte.

Desfonandrès. Si vous la faites saigner, elle ne sera pas en vie dans un quart d’heure. ( L'Amour médecin, acte II, sc. VI.)

trait assez aisément à Sa Majesté qu’elle était née avec le tempérament qui fait les héros ; il lui donnait d’ailleurs d’excellents conseils, entre autres celui « de se servir de sa vertu pour résister aux excès de la jeunesse. » Malheureusement le roi ne s’en servait pas toujours, et l’on ne peut s’empêcher de sourire, en entendant Yalot lui parler de sa chasteté sans exemple. Il prétend même l’avoir préservé par ses soins du danger de n’avoir point de postérité. Dieu sait si ses craintes durent être plus tard dissipées ! On ne peut nier du moins que sous ce rapport il n’ait parfaitement réussi, et même beaucoup trop pour la gloire de Louis XIY.

Tout est de ce style. Yalot consigne à tout propos, et avec complaisance, pour l’instruction de la postérité, les formules qui lui sont « inspirées du ciel » pour l’entretien de cette précieuse santé. Potion pour le Roi ; Emplâtre pour le Roi; Lacement pour le Roi ; tout cela se trouve écrit en gros caractère, et avec une richesse et une variété de composition qui font au moins honneur à son imagination pharmaceutique.

Il se piquait beaucoup de pronostic ; et il y tenait d’autant plus que, selon lui, les maladies du roi sont toujours des plus extraordinaires, et que lui-même est entouré d’une cabale « qui jette son fiel et vomit son venin sur lui et sa réputation. » Le roi tombe de nouveau malade en 1656, et guérit. Yalot écrit : « Ainsi je ne me suis point en aucune façon trompé en cette maladie, en ayant fait la prédiction à toute la cour et à M. le cardinal Mazarin par une lettre, comme j’ai ex-

MALADIE D’ANNE ü’aLTIUCHE.

posé ci-dessus, qui a dit plusieurs fois au roi et à toute la cour qu’il admirait en moi cette manière de pouvoir prédire la marche des maladies avec tant de justesse, que je ne m’étais pas trompé en celle-ci, non plus qu’en plusieurs autres. » Cette expression naïve de l’admiration qu’il inspire , et des lumières merveilleuses que Dieu lui envoie, revient à chaque instant dans soi^ récit. Mais il va plus loin : il prédit, au commencement de chaque année, les maladies qui régneront. Ainsi, en 1657, il annonce qu’il y aura des fluxions de poitrine, des rougeoles, des dyssenteries, et que le Roi en sera exempt. Il faut avouer que cette précision dans le pronostic s’est perdue depuis; il est vrai qu’il se fait fort de la devoir à sa connaissance des constellations et de la disposition des vents. 11 paraîtrait cependant que l’on s’égaya un peu de ce don de prophétie qu’il s’attribuait. Car en 1669 il écrit : « Je suis résolu de ne plus rien insérer de semblable en cet ouvrage, parce que les envieux supposèrent que j’ai fait mes prédictions après coup. » En fait de pronostic, ce qu’on ne permet pas à un médecin, c’est d’annoncer la mort d’un malade ; grosse difliculté, lorsqu’il ne peut annoncer non plus la guérison. Anne d'Autriche succomba, comme on sait, à un cancer du sein. Yalot avait été chargé de lui donner des soins. La bonne madame de Motteville s’est chargée de nous raconter son embarras et ses perplexités dans cette cruelle circonstance. Elle l’accuse même charitablement de la mort de la reine ; en parlant d’un médecin, cela n’a pas de conséquence; elle lui fait

partager cet honneur avec ses confrères. « Pour être versé dans la connaissance des simples et de la chimie, il paraissait devoir connaître les remèdes spécifiques pour cette maladie. Mais il montra tant de faiblesse à soutenir ses avis contre ceux qui lui étaient opposés, qu’elle s’en dégoûta. Séguin... était savant à la mode des médecins de la Faculté de Paris, qui est de saigner toujours, et de ne se servir point des autres remèdes. Il n’avait guère d’expérience, car il était venu jeune au service de la reine. Pour surcroît de malheur, il était passionné, et n’estimait les conseils de personne ; et sans connaissance d’aucuns remèdes particuliers pour le mal de la reine mère, il s’opposait seulement à tout ce qu’on proposait pour elle. » C’est là le faible de tous les princes : il leur faut des remèdes particuliers, et même des maladies particulières. Us ne peuvent être malades comme le commun des mortels.

Boccace raconte quelque part qu’un prince italien demandant un jour à son bouffon quelle était la profession exercée par le plus grand nombre de gens, celui-ci répondit : « La médecine, incontestablement. » Et, comme le prince s’en étonnait, notre homme s’entortilla la tête d’un mouchoir, et sortit dans la rue, simulant un violant mal de dents. En moins d’un quart d’heure, il rencontra vingt personnes qui lui donnèrent chacune une recette différente , mais toujours infaillible. — La malheureuse reine put faire la même expérience. Ce fut une procession de gens qui promettaient monts et merveilles. Un curé de village, nommé Gen-

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