DAQUIN
dron, vint la voir, promit beaucoup, ne tint rien, et fut renvoyé. Un empirique de Bar-le-Duc lui succéda. Il déclara, suivant l’usage, qu’on l’avait appelé trop tard, mais qu’il entreprendrait la cure, si on lui donnait deux mille écus par provision. On les lui donna, et les choses allèrent de mal en pis. Ainsi des autres; tant qu’enfin la reine mourut ; et il fut constant que les médecins l’avaient tuée. Cette histoire ne semble-t-elle pas datée d’hier? Rien n’y manque, pas même la pâte arsenicale.
Avec tous ses défauts, Yalot eut la gloire de mourir sur la brèche. Depuis longtemps il ne pouvait plus faire son service. Lorsque éclata la guerre des Pays-Bas, il voulut à toute force suivre le roi en Flandre, ne put supporter les fatigues de la campagne et mourut en chemin (1671).
VI. Daquin, son successeur et son neveu par alliance, était docteur de Montpellier. C’était un juif converti ; son père avait fait parler de lui comme témoin dans le procès de la marquise d’Ancre. Homme d’esprit plutôt qu’homme de science, il était doué au plus haut degré des qualités du courtisan. Il arrivait au moment difficile : soigner un prince qui va devenir goutteux, qui a déjà des vertiges et des accès de mélancolie, et qui veut mener de front les plaisirs et les alfaires, ce doit être une rude épreuve pour un premier médecin. Aussi Daquin finit-il, malgré tout son tact, par y succomber. Outre ces difficultés, il eut à assister à plusieurs graves
accidents : une perforation du palais, une chute de cheval, une luxation du coude, et surtout la célèbre fistule , qui donna son nom à l’année 1686. Cette histoire est assez connue, et sort déjà trop du cadre que je me suis tracé, pour que j’aie à m’y arrêter. Malgré toute sa bonne volonté et son désir de se rendre utile, Daquin n’y joua qu’un rôle assez secondaire. Toute la gloire en revint au premier chirurgien Félix, qui fut pendant un mois l’homme de France le plus à la mode L Le Journal de la santé contient des détails intéressants à consulter, sur cette maladie du roi et le traitement qui lui fut fait.
Cette partie du journal, rédigée par Daquin, renchérit du reste en courtisanerie sur le style de Yalot. Ne va-t-il pas jusqu’à constater que Sa Majesté est sujette, comme le reste des hommes , à s’enrhumer lorsqu’il fait froid ? Quant à la valeur scientifique de cette partie du recueil, elle est absolument nulle.
Daquin s’était fait à la cour une réputation de quémandeur. En voici un exemple : « On vint dire au roi, un matin à son lever, qu’un vieux officier qu’il connaissait et qu’il aimait était mort pendant la nuit. Louis XIY répondit qu’il en était fâché, que c’était un
1 . Ce fut à cette occasion que, au rapport de Dionis, la fistule devint à la mode, si bien que plusieurs courtisans choisirent exprès Versailles pour se soumettre à l’opération , parce que le roi s’informait de toutes les circonstances de cette maladie.... « Et, ajoute-t-il, j’en ai vu plus de trente qui voulaient qu’on leur fit l’opération, et dont la folie était si grande, qu’ils paraissaient fâchés lorsqu’on les assurait qu’il n’y avait point nécessité de le faire. »