Mém. de l’abbé de Choisy
Maine. C’est là que se formèrent entre eux cette estime et cette amitié qui ne se sont jamais démenties. Plus M. Fagon vit madame de Maintenon de près, plus il admira sa vertu et goûta son esprit. Je le cite comme un bon juge du vrai mérite 1 . »
Introduit par elle dans la familiarité du maître, il se fît rapidement goûter par ses manières prévenantes, et il faut ajouter par ses rares talents. Il eut occasion de se montrer lors de la grande opération. Il y assistait avec Louvois, Daquin, et les chirurgiens Félix et Bessière ; et depuis, son crédit ne fit qu’augmenter. « Sa Majesté n’avait jamais le moindre mal de tête qu’elle ne le fit appeler, toutefois après le premier médecin, dont l’autorité établie depuis longtemps ne pouvait être ébranlée qu’à la longue. Il ne fut chassé que cinq ou six ans après. . . Le roi, étant à Marly, eut un fort grand accès de fièvre. Les médecins, sur le minuit, voyant que la fièvre diminuait, lui firent prendre un bouillon. Daquin dit : « Voilà qui est sur son déclin ; je m’en vais me coucher. » Fagon fit semblant de le suivre, et s’arrêta dans l’antichambre, en disant entre ses dents : « Quand donc veillerons-nous ? Nous avons un si bon maître, et qui nous paye si bien ! » Il se mit sur un fauteuil, appuyé sur son bâton : il y était aussi bien que dans sa chambre, parce qu’il ne se déshabille jamais et ne dort qu’à son séant, à cause de son asthme. Une heure après le roi appela le premier valet de chambre, et se plaignit
. Souvenirs de madame de Caylus.