FAGON EST-IL L’ORIGINAL
fit aimer de tous par ses rares qualités. Son désintéressement égalait sa modestie : il ne recevait jamais d’argent des malades ; il se retrancha ce que les médecins subalternes de la cour payaient pour leur serment. Il abolit les tributs qu’il avait trouvés établis sur les nominations aux chaires royales de professeur en médecine dans les différentes universités. Il employa tout son crédit à ménager les faveurs royales à la Faculté, dont il refusa constamment les hommages ; e{ il fallut presque lui faire violence pour le faire entrer à l’Académie des sciences.
En voilà bien assez sur ce personnage, qui par la période brillante de sa vie appartient à une époque postérieure à celle qui nous occupe, mais qui par son illustration hors ligne , et l’immense crédit dont il jouit dans la seconde moitié du règne1, méritait bien une place dans cette galerie des médecins du grand siècle. Quelques commentateurs ont voulu voir son portrait dans le Purgon de Molière. Cette conjecture, fondée sur la consonnance des deux noms, ne me parait aucunement justifiée. À l’époque de la représentation du Malade imaginaire , Fagon n’avait que trente-cinq ans, et sa situation n’était pas encore assez brillante pour attirer l’attention de Molière. De plus, il était l’ami de Mauvillain, qui avait travaillé avec lui à la publication du catalogue du Jardin du roi, et qui n’eût pas voulu, je pense, fournir sciemment des traits dirigés contre son
1. Saint-Simon, qui n’aimait pas Fagon, en parle toujours cependant comme d’un homme qu’il fallait ménager.