‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 9 sur 223 · BÉNÉDICTION DU CHANCELIER · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DU CHANCELIER

cret sur l'admission ou le rejet des bacheliers. Dès lors, ceux dont les noms sortaient victorieux de Fume fatale étaient, non pas encore licenciés, mais Licentiandes, c’est-à-dire déclarés aptes à être revêtus de ce caractère que , pour me conformer exactement à l’esprit du temps, je ne puis mieux comparer qu’à un sacerdoce.

Ils se rendaient processionnellement à la demeure du chancelier de l’Académie, auquel ils étaient présentés par le doyen, et qui, sur leur demande, leur fixait le jour où ils devaient recevoir la Licence. C’était encore là une des plus vieilles et des plus chères traditions de l’Université. L’Université, toute gallicane qu’elle était, tenait à honneur de faire remonter au Saint-Siège ses privilèges et sa constitution : origine qui ne la gênait guère, et dont, au besoin, elle savait se prévaloir contre l’autorité du roi et du Parlement. Le chancelier était un chanoine de la métropole de Paris. Autrefois chef des études du cloître épiscopal et de son territoire, il avait joui, pendant longues années, d’une juridiction souveraine sur les écoles; et bien qu’au dix-septième siècle cette autorité ne fût plus que nominale, nul du moins ne lui contestait le droit de représenter, pour cette circonstance spéciale de la bénédiction des licenciés, le souverain pontife, chef suprême de l’enseignement dans tout l’univers catholique. 11 est curieux de retrouver dans Riolan 1 cette reconnaissance explicite de la suprématie du Saint-Siège sur l’Université.

I. Hiolan, Curieuses recherches sur les Escholes en médecine de Paris et de Montpellier , 165t. — Du Boullay, ouv. cil.

L ANCIENNE FACULTÉ

En attendant le jour de leur institution solennelle, les Licentiandes, accompagnés des bacheliers nouvellement reçus, se rendaient en corps chez les membres du Parlement et des cours souveraines, chez les ministres, chez les hauts fonctionnaires de l’État, chez le prévôt des marchands et les échevins, pour prier ces grands personnages de se trouver, au jour dit, aux écoles inférieures, pour y apprendre du paranymphe les noms et les titres des médecins que la Faculté se préparait à présenter à la ville et à l’univers entier. « Quos , quales et quot medicos urbi atque adeo universo orbi medicorum collegium isto biennio sit suppeditaturum. »

Qu’était-ce donc que le paranymphe, un homme ou une chose? L’un et l’autre. C’était un personnage mystique donnant son nom à une cérémonie.

Dans la solennité du mariage , chez les Grecs , un jeune homme, ami du fiancé, monté sur le même char que lui, l’accompagnait au moment où il conduisait l’épouse à la maison conjugale. De là son nom, icapavû^ioç. Or, dans l’esprit du temps, le nouveau licencié allait épouser la Faculté, ni plus ni moins que le doge de Venise épousait l’Adriatique. Symbole bizarre et touchant de P union intime que cette fête allait sceller à jamais entre la compagnie et son nouveau membre. L’épousée, la timide et pure jeune fille qui marche à l’autel revêtue d’un voile blanc, pour ce jour-là c’était la Faculté. L’ami de l’époux, le paranymphe, c’était le doyen. En présence d’une illustre assistance, il venait présenter au chancelier les jeunes fiancés confiés à sa garde, et dont

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