‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 87 sur 223 · LA SAIGNÉE · texte numérisé non relu

LA SAIGNÉE

lières, et qu’ils étaient si fiers d'avoir ajouté à la matière médicale des anciens, le séné constituait pour eux, avec la casse et la rhubarbe, les colonnes d’Hercule de la purgation. Si l’on veut avoir un excellent modèle de cette thérapeutique, on n’a qu’à prendre, à la première scène du Malade imaginaire , le compte de l’apothicaire. Tout y est bénin, anodin, insinuatif, détersif, carminatif, délayant, émollient. Il n’est question que de lénifier, adoucir, tempérer, rafraîchir. C’est ce qu’on appelait faire de la médecine hippocratique.

VII. Je me trompe; ils avaient la saignée. Il serait difficile de dire par quelle étrange inconséquence, ennemis comme ils l’étaient des moyehs violents , ils avaient pu arriver à l’abus incroyable qu’ils faisaient de cette méthode. Jamais le docteur Sangrado, de Lesage, jamais les plus fervents adeptes de Broussais et de la médecine physiologique, ne répandirent des torrents de sang comparables à ceux qui furent versés à cette époque. La Faculté s’en glorifiait comme d’une conquête, et à ceux qui lui reprochaient d’être ennemie du progrès, elle répondait: N’avons-nous pas découvert la fréquente saignée? « Il n’y a guère, dit Riolan, que les médecins de Paris, qui savent jusqu’à quel point il faut en user. » Or veut-on savoir quel est ce point? Le corps contient, disait-on, environ vingt-quatre livres de sang. On peut en perdre vingt sans mourir, comme cela se voit dans les grandes hémorragies. Donc on est sûr de se tenir dans une limite raisonnable, tant qu’on ne tire

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