Jiasilica anfimonii (Francf., 1GI
2. Trattato delle maravigliose virtii delV antimonio. (Torino,
l’antimoine de 1638.
moitié caprice, ce fut un engouement, une vogue. Il se fit autour d’une drogue connue depuis plus de cent ans tout le bruit qui accompagne d’ordinaire l’apparition d’une nouveauté. La lutte que la Faculté avait autrefois soutenue avec avantage, lorsqu’il ne s’agissait que de combattre les empiriques, allait recommencer, mais cette fois dans le sein de la Faculté elle-même.
IX. Sur ces entrefaites, un événement imprévu vint envenimer la querelle. Une commission spéciale travaillait depuis 1623 à la rédaction d’un antidotaire ou codex pharmaceutique destiné à donner la liste des médicaments autorisés et reconnus par la Faculté. L’ouvrage avançait, mais de cette marche lente et posée, qui est celle de tous les livrés faits en commun par une compagnie savante, comme le fameux Dictionnaire de l’Académie française. Tout le monde savait qu’il était encore loin d’être terminé, lorsque en 1638, le doyen Hardouin de Saint-Jacques le fit subitement publier. On ne fut pas médiocrement surpris d’y trouver le vin émétique ou vin antimonial inscrit en toutes lettres. Comment l’ennemi avait-il pénétré dans la place? Y avait-il eu trahison? Un vote avait-il été surpris? On ne l’a jamais bien su. Plusieurs pensèrent que ce doyen peu scrupuleux n’avait pas craint défausser les registres de laFaculté pour l’année 1637* Quoi qu’il en soit, il n’en fallait pas davantage pour mettre en jeu toutes les colères.
Ce serait un travail aussi long que fastidieux, d’analyser l’immense quantité de brochures, d’in-folio, de
L ITT E K ATI HE ANTIMONIALE.
pamphlets grands et petits, qui se succédèrent sans interruption pendant une vingtaine d’années sur ce mince sujet. La forme, le langage, en sont pour nous lettre morte. L’expérience et l’autorité, Hippocrate et l’Écriture sainte, l’histoire et les Pères, y sont tour à tour invoqués de part et d’autre. — Le premier point serait de définir l’antimoine; on ne s’y accorde meme pas. On discute, textes en mains, la question de savoir si Adam qui, dans le Paradis terrestre, donna , dit la Genèse, un nom à toutes choses , nomma aussi l’antimoine, et en ce cas, quel nom il lui donna L Ou, s’il faut recourir aux métaphores, doit-on , avec Basile Valentin , chercher une comparaison dans la géométrie, et assimiler l’antimoine au cercle, qui n’a ni commencement ni fin? Dans l’histoire naturelle, et le comparer au bélier? Dans la mythologie, et l’appeler le Protée des métaux? Mais est-ce bien un métal, ou seulement un simple minéral? Ou bien ne serait-ce pas un hermaphrodite, métal et minéral à la fois? Quoi encore? Racine des métaux, parce qu’il les produit tous ; loup des métaux, parce qu’il les dévore; Saturne des philosophes, magnésie de Saturne, bâtard de Saturne ?... Je fais grâce à mon lecteur du reste de cette synonymie.
Ce fut surtout de 1650 à 1655 que fourmillèrent ces pamphlets. On était alors en pleine Fronde, et le vent
I. On citait encore ce verset d’Isaïe : Ecce s ter nam in slibio pcdes luos. — La plus belle promesse que, selon les antimoniaux, Dieu put faire à son peuple, c’était de le loger dans un palais d’antimoine. C'était pour eux la félicité idéale.
LITTÉRATURE ANTIMONIALE.
était aux brochures. Il y a pour cela des moments spécialement favorables. Je vais essayer de donner une idée de ce qu’étaient ces ouvrages, qui, dans leur temps, ont été fort lus, même en dehors du monde médical. C’est ce qui explique pourquoi ils sont en français, contrairement à l’usage du temps, qui voulait que les livres de science fussent écrits en latin ; comme tels, ils méritent une place , si petite soit-elle, dans notre littérature. Tous sont précédés d’une série d’épîtres dédicatoires, de recommandations, d’approbations, de' listes d’adhésion qui donnent en quelque sorte, jour par jour, la mesure du chemin fait par l’antimoine, et permettent de compter le nombre de ses partisans et de ses adversaires.
Le premier médecin de la Faculté de Paris qui osa arborer ouvertement le drapeau de l’insurrection, fut un jeune homme, Jean Chartier, médecin de la reine d’Angleterre, et fils du célèbre René Chartier, l’éditeur des œuvres d’Hippocrate. Il publia en 1652, sous le décanat de Guy Patin, un libelle intitulé : La science du 'plomb sacré des sages i. Son châtiment ne se fit pas attendre : il fut aussitôt et ignominieusement chassé de la Faculté. Le malheureux avait compté par là se faire bien venir du puissant Vautier. Mais Vautier mourut la même année, et l’imprudent libelliste se trouva privé de sa profession et livré sans défense à la merci de ses créanciers, qui, n’en pouvant avoir de l’argent, le firent mettre en prison2.