CHARTIER, GERMAIN
Pour comble de malheur, il nous est impossible de voir en lui un talent persécuté. Car son ouvrage est d’une rare insignifiance. Ce qu’il a de plus remarquable, c’est un frontispice symbolique, où l’on voit un hibou perché sur un cep de vigne (allusion au vin émétique) portant des lunettes et entouré de torches allumées. Au-dessous on lit :
Le hibou fuit la clarté viviOque ;
Et, quoiqu’il ait lunettes et flambeaux,
II ne peut voir les secrets les plus beaux De l’antimoine et du vin émétique.
11 parut presque aussitôt en réponse plusieurs virulentes diatribes contre l’antimoine, sous ces titres bizarres : Légende antimoniale , Pithœgia , Antilogia , Aletophanes. L’auteur anonyme de ces trois dernières, que Guénaut eut le crédit de faire excommunier, était François Blondel, le plus ardent et le plus obstiné censeur de l’antimoine, et qui finit par en être la victime.
X. De toutes ces réponses à Chartier, la seule qui mérite de nous arrêter un instant, est celle du docteur Germain, intitulée Orthodoxe , ou de l’abus de l’ antimoine. C’est un volumineux dialogue à l’imitation de ceux de Platon, destiné à établir le syllogisme suivant :
« Le vomitif violent est d’un périlleux usage ès fièvres continues, et n’est nullement nécessaire aux intermittentes ;
« Or, est-il que le vomitif d’antimoine est violent.
« Donc le vomitif d’antimoine est d'un périlleux usage ès fièvres continues, et n’est nullement nécessaire aux intermittentes. »
LITTÉRATURE ANTIMONIALE.
Iatrophile et Philalèthe , voyant tous les malades accourir en foule à l’émétique, et ne sachant que croire des merveilles qu’on en raconte, se décident à aller consulter sur ce point délicat l’illustre et sage vieillard Orthodoxe. Ils vont donc le trouver à sa maison de campagne. Du plus loin qu’ils l’aperçoivent : « C’est lui-même, dit Philalèthe, je le reconnais à sa taille et à son port majestueux. Que cette apparence extérieure marque bien la grandeur de l’âme qui est logée en ce corps, qui n’a jusqu’à cette heure ressenti aucune diminution de la vigueur de ses fonctions ! » Ils l’abordent, et lui exposent l’objet de leur visite. Le bon vieillard se prête avec une grâce parfaite à leur dire tout le mal possible de l’antimoine.
Ce dialogue a le défaut ordinaire des ouvrages de ce genre. Les deux interlocuteurs du personnage principal ressemblent à des comparses, et ne sont là que pour la forme ; ils sont d’avance de son avis ; s’ils posent des objections, c’est pour le plaisir de les voir réfutées, et pour donner un aliment à la conversation « Vous avez raison, » dit Philalèthe ; « il nous est impossible de résister à la force de vos arguments, » reprend Iatrophile. D’ailleurs, pour plus de sûreté, l’auteur a pris le soin, dans sa préface, de nous prévenir qu 'Orthodoxe « vaut autant qu’à dire droiturier en ses décisions. » Laissons donc là Orthodoxe, et voyons ce que pense M. Germain.
Son livre est certainement un des plus modérés et des plus sages qui aient été écrits sur la question. Il n’a