LE K A BAT-JOIE DE L’ANTIMOINE
tras de tous ceux de l’antiquité, qui le puisse égaler. — J’en excepte néanmoins la saignée et le séné. »
D’où vient cette concession inattendue ? C’est qu’Eusèbe Renaudot, tout antimonial qu’il est, n’en est pas moins médecin de la Faculté de Paris. L’exemple de Chartier l’a fait réfléchir ; avant tout, l’intérêt commun : qu’on lui passe l’antimoine, il passera volontiers le séné; il ne faut pas non plus que le salutaire métal tourne au profit des ennemis de la compagnie. «Pour détruire les charlatans, faisons de même que ceux qui se battent en champ clos : pour se défaire de leurs ennemis, ils ne trouvent rien de plus avantageux que de se saisir de leurs armes. Employons bien les remèdes dont ils se servent mal. » Ce conseil était sage, mais pouvait-il être entendu , au point où en étaient les choses? L’ouvrage se terminait par quelques pages éloquentes, où était fait un solennel appel à la méthode expérimentale, pages pleines de citations du chancelier Bacon, et, ce qui est mieux, pleines de son esprit.
XII. Malgré tout, Y Antimoine triomphant fît scandale, et fut accueilli par une grêle d’invectives. La première réponse qui lui fut faite, fut le Rabat-joie de U antimoine, par Perreau, ouvrage rempli d’agressions personnelles et de diffamations1.
Point de quartier : Eusèbe Renaudot est un traître, et un fils de traître. Les meilleures caresses par les-
1. Le titre complet est : Rabat-joie de l'antimoine triomphant , ou Examen de l'antimoine justifié de M. Eusèbe Renaudot .
LITTÉRATURE ANTIMONIALE.
quelles il cherche à séduire la Faculté, sont des baisers de Judas, qui cachent les plus noirs desseins. Il ne faut pas pactiser avec l’insurrection ; il faut, sans examen et sans procès, « rejeter toutes ces nouveautés, autant dangereuses en notre art, qu’elles le sont en religion. » Ce mot dit tout. Mais hélas ! l’hérésie a déjà fait de singuliers progrès. Perreau dédie son ouvrage à la meilleure et plus saine partie de MM. les docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris. Cette dédicace est déjà un mauvais symptôme ; car, lorsqu’une société est divisée en deux parties à peu près égales, chacun n’est-il pas maître de considérer comme la meilleure et la plus saine, celle dont il partage les opinions ?
Ce mauvais pamphlet est un curieux modèle de la manière de discuter usitée en ce temps-là. L’auteur se propose d’être complet, et, pour ce faire, il faut que tout soit réfutation, a capite usque ad calcem , depuis le titre de l’ouvrage jusqu’à la table des matières. Il commence par retourner ainsi l’épigraphe :
Perversitas est tanta quorumdam, ut velint Frugibu’ repertis, glande vescier tamen.
Sed major est perversitas, salubribus Tôt bene repertis, malle virus stibii.
Renaudot a annoncé qu’il ne dirait pas d’injures ; Perreau annonce qu’il en dira : « Je n’ai même pas observé la politesse ni l’élite des mots de ce temps, me laissant emporter à mes raisonnements seulement. » Lui , du moins, il tient parole.
Renaudot a reçu des lettres de félicitation des doc-