L'ANCIENNE FACULTÉ
En attendant le jour de leur institution solennelle, les Licentiandes, accompagnés des bacheliers nouvellement reçus, se rendaient en corps chez les membres du Parlement et des cours souveraines, chez les ministres, chez les hauts fonctionnaires de l'État, chez le prévôt des marchands et les échevins, pour prier ces grands personnages de se trouver, au jour dit, aux écoles inférieures, pour y apprendre du paranymphe les noms et les titres des médecins que la Faculté se préparait à présenter à la ville et à l'univers entier. « Quos^ quales et quoi medicos urbi atqiie adeo universo orbi medicorum collegium isto biennio sit suppeditaturum. »
Qu'était-ce donc ({\xt\Q paranymphe^ un homme ou une chose ? L'un et l'autre. C'était un personnage mystique donnant son nom à une cérémonie.
Dans la solennité du mariage , chez les Grecs , un jeune homme, ami du fiancé, monté sur le même char que lui, l'accompagnait au moment où il conduisait l'épouse à la maison conjugale. De là son nom, 'juapovôjjwptoç. Or, dans l'esprit du temps, le nouveau licencié allait épouser la Faculté, ni plus ni moins que le doge de Venise épousait l'Adriatique. Symbole bizarre et touchant de Tunion intime que cette fête allait sceller à jamais entre la compagnie et son nouveau membre. L'épousée, la timide et pure jeune fille qui marche à l'autel revêtue d'un voile blanc, pour ce jour-là c'était la Faculté. L'ami de l'époux, le paranymphe, c'était le doyen. En présence d'une illustre assistance, il venait présenter au chancelier les jeunes fiancés confiés à sa garde, et dont
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il ne manquait pas de relever éloquemment les mérites divers. Un orateur, bachelier ou autre, portait la parole au nom du chancelier, et invitait rassemblée à se rendre, à jour fixe, à la grande salle de l'archevêché.
Là, nouvelles cérémonies. A cinq heures du matin les docteurs y tenaient une>ssemblée préparatoire, destinée à établir l'ordre de réception des candidats. L'importance donnée à ce classement était un des principaux moyens d'émulation dont on disposât alors. Obtenir le premier lieu à la licence, était pour un jeune homme la plus belle des récompenses, et, d'ordinaire, le gage d'un brillant avenir. Aussi ce vote était-il entouré d'un appareil extraordinaire. Pour y prendre part, les docteurs devaient fournir la preuve qu'ils avaient assisté à la majeure partie des disputes publiques. Ils s'engageaient chacun par un serment prêté entre les mains du chancelier, à ne rien accorder à la faveur, à ne tenir compte que du seul mérite. Puis ils jetaient dans l'urne la Uste que leur dictait leur conscience. De la compai'aison des Ustes ainsi faites résultait l'ordre définitif des admissions.
A dix heures, la salle s'ouvrait aux représentants des grands corps de l'État, à la magistrature , à l'administration, à toutes les notabiUtés convoquées pour la circonstance. La liste qui venait d'être arrêtée était proclamée à haute voix. Alors les récipiendaires tombaient à genoux, et, tête nue, dans l'attitude du recueillement, ils recevaient la bénédiction apostolique que le chancelier leur donnait en ces termes : Auctoritate sanctœ