‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 131 sur 222 · Peyrilhe, Histoire de la chirurgie · texte numérisé non relu

Peyrilhe, Histoire de la chirurgie

2. Quesnay, Histoire de l'origine et des progrès de la chirurgie en France, 1749.

3. M. Malgaigne, qui, dans sa remarquable Introduction placée en tète des œuvres complètes d'Âmbroise Paré, se montre partout fort hostile au collège de Saint-Gôme, regarde cette tradition comme une invention faite après coup par les chirurgiens pour se donner un air d'antiquité, et surtout pour abriter leur corporation sous le prestige d'un nom universellement respecté. J'avoue que je n ai pas été entièrement convaincu par les raisons qu*il donne à l'appui de son opinion. En admettant, ce qui est en effet fort probable, que les Statuts *que l'on rapportait au règne de saint Louis fussent d'une date postérieure, on n'en saurait conclure (ces statuts ayant été remaniés plusieurs fois) qu'une partie des articles qui les composaient n'eussent réellement l'ancienneté qu'on leur assignait. Il est même assez vraisemblable qu'à chaque remaniement on se contenta d'ajouter quelques articles, tout en laissant subsister cette date vénérable de 1268. — D'une manière plus générale, on peut dire que, si M. Malgaignea bien établi que l'origine supposée du collège de Saint-Gôme n'est pas rigoureusement démontrée vraie, il n'a pas non plus démontré qu'elle soit fausse ; si bien que le mieux est de rester dans le doute. J'ajouterai cependant qu'il est constant que cette prétention fut émise par les chirurgiens dès Tannée 1355^ et qu'à cette

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seconde moitié du quatorzième siècle il existe un nombre considérable d'édits et de lettres patentes des rois de France, qui constatent l'existence de cette confrérie, en consacrent les privilèges ou en réforment les abus. L'une des ordonnances les plus curieuses sous ce rapport est celle de Philippe le Bel. Il fait ressortir la nécessité d'une réforme, parce que, dit-il, la chirurgie est exercée in villa et vice-comitatu nostro Parisiensi, par des gens sans aveu, alii murtrarii^ alii latrones^ non" nulli monetarum falsatores , et aliqui exploratores et holerii, deceptores^ alquemistœ et usurarii. Il reconnaît la nécessité d'une corporation spéciale : Sunto chirurgi communitas , confraternitas , jurati; habento licentiam operandi, etc. On verra plus tard le parti que

époque, le règne de saint Louis était encore assez récent pour qu'on sût à quoi s'en tenir à ce sujet.

Quant aux barbiers, il n'est pas douteux que, dès cette époque reculée, ils se mêlaient de chirurgie ; mais leur rôle se bornait à la saignée et à quelques pansements simples. Il est vrai encore que l'opération de la pierre, celle de la hernie , de la cataracte, furent pendant longtemps entre les mains des inciseurs de pro< vince. Encore est-il que ces derniers payaient une redevance à Saint-Côme; et, quoi qu'il en soit, il n'est guère admissible que l'existence de chirurgiens lettrés , organisés en un corps spécial, ne répondit à rien. Que pendant longues années il né soit sorti de leurs rangs aucune œuvre remarquable, cela est vrai, et peutêtre faut-il s'en prendre au temps plutôt qu'aux hommes ; mais, à coup sûr, on en peut dire autant des barbiers à la même époque; et il est bien digne de remarque que plus tard , dès qu'un barbier avait donné des preuves de talent et de savoir, le collège des chirurgiens se hâtait de l'agréger. Témoin Etienne de la Rivière et Ambroise Paré.

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les chirurgiens tirèrent dece moi licentiam (permission), et comment ils en conclurent que Tédit de Philippe le Bel leur donnait le droit de conférer la Licence, d'où Ton pouvait déduire avec un peu de bonne volonté celui d'y ajouter le baccalauréat, et même le doctorat.

Ce fut vers le milieu du quinzième siècle que commencèrent entre les chirurgiens et les médecins ces querelles opiniâtres , dont l'histoire complète exigerait de gros volumes , et qui ne se terminèrent qu'à la veille de la Révolution française, au moment ou la Faculté et le collège de Saint-Côme allaient disparaître ensemble dans le commun naufrage de toutes nos anciennes institutions.

(( Durant tout le temps que la médecine a été unie à l'Église, les physiciens n'ont pas troublé la chirurgie. Mais depuis que le cardinal d'Estoutteville leur eut donné des femmes au lieu de bénéfices, leur ambition se réveilla; elle poursuivit les chirurgiens sans relâche, et elle retarda par des disputes opiniâtres la perfection de leur art. »

C'est Quesnay qui parle ainsi, et naturellement il cherche à faire retomber toute la faute sur les médecins, dont la jalousie a, selon lui, troublé les chirurgiens dans le paisible exercice de leur profession. Les médecins, au contraire, ne cessaient de reprocher à leurs adversaires d'avoir, par leurs continuels empiétements, forcé la Faculté à sévir contre des enfants ingrats. H est à croire que de part et d'autre ces griefs n'étaient pas sans fondement. La première occasion de querelle fut fournie

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