‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 164 sur 222 · ÉTAIENT PHYSIOLOGISTES · texte numérisé non relu

ÉTAIENT PHYSIOLOGISTES

Tattirail de la scolastique était encore en honneur. C'était la Faculté de médecine ; il s'agissait d'y pénétrer.

III. C'est de ce point de vue, et par rapport au mouvement intellectuel de l'époque, qu'il peut y avoir quelque intérêt à remuer, après plus de deux siècles, les cendres d'une doctrine bien et dûment morte depuis longtemps. Ce sera le complément de ce que nous connaissons déjà de nos docteurs. N'est-il pas vrai que leur physionomie resterait incomplète, si, avec leurs personnes, nous ne connaissions un peu leurs idées? Peutêtre aussi la nature de leur enseignement jettera-t-elle quelque jour sur la valeur des attaques dont ils furent l'objet. Que le lecteur veuille bien me pardonner cette digression, si c'en est une. En tout cas ce sera la dernière.

Ouvrez au hasard quelqu'un des poudreux volumes consacrés à cette physiologie surannée. Dès la première page vous vous apercevez que vous êtes sous le régime de l'autorité. Tâchez de vous en accommoder • L'autorité, c'est ici Hippocrate. Cherchez; son portrait doit être au frontispice ; son nom est en tête de l'ouvrage. Le livre étant dédié à la Faculté et approuvé par elle, vous lisez la formule suivante, ou une autre semblable :

Approbation des docteurs.

« Nous soussignés, docteurs de la très-salutaire Faculté a de médecine de Paris, certifions avoir lu l'ouvrage

350 CE qd'êtait dm iVin W PqTI^OLOGIB

« de •** sous ce titre *** ; et ntte^toq» en outre qu'U W « s'y trouve rieq qui ne soit conforme i^ la vraie et pwe a doctrine d'Hippocrate. Aussi le jugeons-nous digne « d'être livré à Fiiopression, et publié. En foi de quoi n nous avons sigqé.,- ^

Le tout daté, visé et parafé par le doyen ou p«r m délégués; vous pouvez donc ouvrir le livre en toute sù*reté de conscience, vous n'y trouverez rien que d'or<thodoie. Mais prenez garde. L'Bippocrate dont voii^ vepez de vénérer l'image, et dont le grand nom sert de passe-port au livre, qu'il couvre de son inbillibilité, u'est point précisément l'Hippocrate de Co^, l'HippO'' crate historique, celui qui a dit un jour dans uq succès de modestie et de découragemeqt assez malséant à un dieu : « L'art est long, la vie est courte , et l'eipé* rience trompeuse. » — Non; c'est un Hippocrate commenté, amplifié, interprété, et, il faut le dire, quelque peu gêné dans le cadre scolastique où il lui a fallu contraindre ses libres allures. Aussi souvenez-vous d'avoir présents à l'esprit les principes de la philosophie péripatéticienne, et surtout ces distinctions perpétuelles et fondamentales de la puissance et de Yacte^ de Y essence et de la foi^me^ de Yètre et de la qualité^ qui sont à la physique d'Aristote ce que la distinction du sujet et du prédicat est à sa logique. Sans cette précaution indispensable, vous risquez de n'y rien comprendre. Mais ce n'est pas tout : à la suite d'Aristote, d'autres péripatéticiens sont venus, qui ont apporté chacun leur pierre

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à l'édifice commun : Galien d'abord, puis Averrhoës, Avlcenné, et toUiS les Anibistes î et parmi les modernes Fernel, Baillou, Sennert, Piètre. La méthode scolastique sert de lien entre ces éléments divers, imposant aux sciences d'expérience l'apparente rigueur de Ses pro^ cédés déductifs. De toutes ces influences, de toutes ces autorités, réunies, compulsées, comparées, discutées, a fini par sortir une doctrine mixte, faite de concessions et d'arrangements réciproques, œuvre de patience et d'érudition, qui emprunte à la multiplicité même de ses sources Une sorte d'originalité relative. L'un aui*â fourni la définition de la vie, l'autre la doctrine des esprits animaux^ un troisième la division des facultés de l'âme; et ainsi recevant un peu de toutes mains, s'est constitué un dogme éminemment éclectique, qui constitue le fond de l'enseignement officiel. Sans doute il y a encore bien des dissidences de détail, bien des points litigieux, qui setvent d'aliments habituels aux controverses aôharnées des soutenances de thèses et des argumentations solennelles» Mais l'autorité n'y pei*d rien, et d*ailleurs, dans les cas douteux, la Faculté, qui fait là loi, a bien aussi le droit de l'interpréter. Il en résulte une doctrine, somme toute, assez homogène.

C'est l'avantage d'un enseignement très*dogmatique donné au nom d'une autorité préjugée souveraine, de pouvoir aisément se concentrer dans un résumé, el pour ainsi dire dans un symbole. Essayons donc d'èH donner une idée.

lY. Éléments et tempéraments. La médecine, ainsi qu*on Ta vu plus haut, embrasse Tétude des choses naturelles, celle des choses non naturelles j et des choses contre ruiture. La science des choses naturelles, ou la physiologie, préambule nécessaire de l'hygiène et de la pathologie, repose tout entière sur ces deux idées fondamentales : l"" L'homme est un abrégé de toute la oature, et reflète dans son corps toutes les qualités Tisibles et occultes des corps qui composent l'univers; en un mot, c'est un petit monde, un microcosme, par opposition au grand monde ou macrocosme; 2* le monde sublunaire est fait tout entier pour l'usage de l'homme; ainsi le veut le principe des causes finales, tel du moins qu'il est entendu dans l'École. De là découle une conséquence importante : c'est que la connaissance de l'homme est subordonnée à celle de la création, et que la physiologie n'est qu'une application des principes de la physique générale, auxquels il faut remonter tout d'abord.

Il y a quatre éléments , correspondant aux quatre qualités premières que la doctrine assigne à la matière, savoir : le chaud , le froid, l'humide et le sec. — Cette théorie, on le voit, n'a pas coûté grands frais d'imagination. C'est une copie servile de l'antiquité; Est-il besoin de remarquer comment, dès le début, une abstraction de l'esprit est mise à la place des faits concrets et du monde réel? Nous pouvons passer rapidement sur cette analyse des quaUtés premières, qui n'a absolument rien de neuf, et que Ton trouve partout. — Il s'agit en second lieu de savoir quelles sont les substances dans

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