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DOCTRINE DES ELEMENTS

lesquelles résident éminemment ces qualités, en d'autres termes, quel est le premier chaud, le premier froid, le premier sec, et le premier humide. Ce seront là les éléments. On ne peut arriver à cette détermination que par l'oljservation aidée du raisonnement, et l'on va voir de quelle sorte : veut-on apprendre, par exemple, quel est le premier froid? le raisonnement indique qu'il faudra prendre pour types les corps composés les plus froids ; l'observation enseigne que les corps les plus froids sont ceux dans lesquels l'eau domine ; tels sont le pavot, la ciguë, la mandragore. Donc l'eau est le premier froid. Il est vrai qu'il resterait à démontrer : 1° que ces plantes sont froides ; 2" que l'eau y domine plutôt que dans la première plante venue. Mais c'est précisément ce qui n'est jamais mis en discussion ; on l'admet comme un axiome. Le mot froid ^ qui fait tout le fond de la discussion, n'est nulle part défini; le sens extrêmement vague et en quelque sorte métaphysique dans lequel il est pris, permet en effet de l'appliquer à tous les objets. — La raison par laquelle on démontre que le premier humide ne saurait être que l'air, n'est ni moins curieuse, ni moins concluante. Les corps dans lesquels l'air domine, l'huile, par exemple (n'est-il pas de toute évidence que l'air domine dans l'huile?), sont les plus humides de tous; et pour en avoir la preuve, il suffit de voir la tache d'huile se propager indéfiniment sur le papier. Donc l'air sera le second élément. Par des motifs analogues on démontre que le premier chaud est le feu, et que le premier sec est la terre.

Les éléments étant donnés, Dieu en opère le mélange par rintermédiaire du mouvement de la lumière; mélange intime, absolu ; les molécules se pénètrent réel' proquement; leurs dimensions se fondent les unes dans les autres. Ce n*est pas une concrétion, une simple juxtaposition de particules dissemblables ; s'il en était ainsi, les qualités des corps composés ne seraient que la somme des qualités premières entrant dans leur constitution, tandis qu'en réalité, à chaque Composé nouveau s'ajoute une qualité nouvelle, qui résulte, non des éléments constituants, mais de la nature même, du génie propre de chaque mélange en particulier! En effet, dans un os par exemple, il y a autre chose que là dureté, la densité, la froideur, etc., qualités qui lui sont communes avec bien d'autres corps; il y a de plus la nature osseuse; il y a ce je ne sais quoi qui fait qu'un corps est ce qu'il est, et non Loute autre chose, en un mot, la forme^ au sens où les péripatéticiens entendent ce mot : Forma est actus cujusque rei.

Tel est le fondement sur lequel repose toute la doctrine des tempéraments; fondement bien fragile sans doute, surtout à en juger avec nos connaissances actuelles, et nos procédés modernes d'investigation. Heureusement la conséquence vaudra mieux que le principe, ou, pour mieux dire, le principe n'est là que pour les besoins de la cause, et pour tervir à relier entre eui des faits d'observation dont la raison intime échappe à l'analyse. Les tempéraments, c'est en effet là le grand souci de l'ancienne physiologie. Tous les hommes ont

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les mêmes organes, qui remplissent les mêmes fonO'^ lions, ôt cependant chaque homme â sa manière particulière de vivre, et ces diversités infinies se groupent autour de quelques grands types bien accusés, reliés les uns aux autres par un grand nombre d'intermédiaires* Voilà ce qu'indique l'observation la plus superficielle, ce que la science la plus exacte ne saurait con* Iredire, et ce qu'il s'agit d'expliquer. Par malheur, ces variétés individuelles, qui traduisent et résument les influences les plus délicates et les plus multiples, et qui conséquemment devraient être l'objet le plus élevé, le dernier terme de la science, sont ici placés au point de départ, et nécessitent l'intervention des données les plus hypothétiques, les plus imaginaires. Poursuivons»

Les éléments sont unis entre eux , mais ils le sont virtuellement. Delà réunion, dans un corps quelconque, de la forme ou principe actif des quatre éléments, ré^ suite une forme unique, qui, mieux que le tempérament, peut être appelée la forme du mélange, forma miœti ^ ou l'essence d'un corps similaire. Les formes particulières des éléments persistent dans le mélange, mais indièlinctement , confusément. 11 s'établit entre elles une sorte de conflit, et, après la lutte, il en est une qui sort victorieuse, qui imprime au tout un cachet définitif; c'est elle qui commande aux autres, les tient toutes comme enchaînées, c'est-à-dire en puissance.

Cela est vrai de tous les corps composés , et vrai à plus forte raison du corps humain ; ce qu'on prouve de plusieurs manières : et d'abord par la considération des

principes immédiats d*où il tire sa composition : d'une part, la semence, où dominent Tair et le feu ; de Fautre, le sang maternel, composé de terre et d'eau. En second lieu> le sang lui-même, cette chair coulante, cet aliment de tout le corps, résulte, comme on le verra plus loin, de la réunion des quatre humeurs, dans lesquelles les quatre éléments sont largement représentés. Enfin ces derniers entrent manifestement dans la compoâtion des aliments qui réparent les pertes de l'économie, et par suite, dans la composition du corps humain lui-même.

Nous sommes maintenant en mesure de donner une définition du tempérament. La plus généralement admise est celle-ci : Temperamentum est finis seuperfec" tio mixti. C'est-à-dire que, le mélange étant un phénomène passager et transitoire, le tempérament en est la résultante, le terme, le but final. Le mélange est un mouvement; le tempérament est l'état de repos qui succède au mouvement, lorsque toutes les parties ont trouvé leur place dans l'ensemble.

Mais cette définition est loin d'être acceptée universellement et sans discussion. Les uns, avec Averrhoës, veulent que le tempérament ne soit autre chose que le mélange lui-même, et s'en tiennent à la formule : Temperamentum est forma mixti. D'autres , en plus grand nombre, modifiant dans le sens de l'École alexandrine la vieille définition platonicienne, Uâme est une harmonie \ s'attachent à prouver que, l'àme n'étant

1 . Il ne s'agit ici que de la théorie exprimée dans le Timée. Chacun se rappelle, par contre, Fadmirable passage do Phédtm,

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autre chose que rharmonie qui existe entre les parties du corps et leurs qualités premières , le tempérament doit être rejeté au second rang, et n'est en quelque sorte que l'instrument dont elle se sert, comme d'un intermédiaire entre eUe et le corps, pour accomplir ses fonctions. Nous ne pouvons entrer dans toutes ces subtilités, qui ont fait les frais d'un nombre incalculable de volumes. Tenons -nous -en donc à la définition officielle : le tempérament sera la fin du mélange , et en même temps le principe des facultés et des fonctions naturelles. Encore ne faudra- t-il entendre par là que celles qui sont manifestes^ les facultés occultes devant, ainsi qu'on le verra, être attribuées à un autre principe. Il y a deux sortes principales de tempéraments : le tempéré et l'intempéré. Le tempéré est celui qui résulte de l'équilibre parfait des quatre éléments dans l'homme ; non qu'il faille entendre par là un état de choses dans lequel les quantités physiques et pondérables de chacun des éléments seraient exactement dosées, pour ainsi dire ; il suffit que les quaUtés premières soient réparties de façon qu'aucune ne prime les autres. C'est un équilibre en quelque sorte rationnel : Non fit adpondus^sedadjustitiam. En d'autres termes, il ne tient pas à un mélange fait rigoureusement à parties égales, mais simplement accommodé à la nature du sujet, et à la fin que celui-ci est destiné à remplir.

dans lequel Platon, par la bouche de Socrate, s'attache à réfuter cette opinion , et donne ce qu'on peut considérer comme sa doctrine définitive de l'âme humaine.

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Quant au tempérament dit intempéré^ il est simple ou éomposé : simple, quand domine une seule qualité élé* men taire, le chaud, Thumide, le froid ou le sec ; composé, lorsque deux qualités dominent simultanément, et dans une mesure sensiblement la même. C'est ici que l'imagination de nos physiologistes peut Se donner carrière, et va sortir totalement du monde de la réalité, pour combiner detix à deux les qualités élémentaires, abso" lument de la même façon que les mathématiciens Combinent entre eUes des quantités algébriques. Or,, en fài'^ saut par hypothèse tous les rapprochements possibles, on arrive aisément à cette conclusion, qu'il U'y a en somme que quatre combinaisons acceptables, savoir : le tempérament chaud-humide, le chaud^see, le froidhumide, le froid-sec. Il est facile de voir en effet que le chaud ne peut être combiné au froid, ni le sec à Thomide , ces qualités étant contraires.

Faisons maintenant le compte : un tempérament tempéré, quatre tempéraments intempérés simples, quatre tempéraments intempérés composés; en tout neuf tempéraments dont un toujours identique à luimême , et dont les huit derniers peuvent chacun être, selon les cas et les degrés, sains ou morbides *.

Mais , par là, nous n'avoue encore que le tempérament total d'un individu humain. Ce tempérament n'est lui-même que l'expression commune d'une foule de tempéraments particuliers, qui sont précisément ceui

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