Yoy, Bolxana, — Gizeron-Rival
sceptiques, de la société habituelle de Molière, tels que Liénard, Bernier, Mauvillain; certaines expressions techniques, certains détails intimes, qui prouvent une connaissance parfaite de l'intérieur de la Faculté, trahissent, à n'en pas douter, l'active collaboration de quelque main experte ; qu'il y ait eu là une vengeance secrète, un dessein prémédité, je n'en crois rien ; il n'y a rien de terrible comme ces gens de profession savante et grave, lorsqu'ils se mettent en gaieté ; et je pense plutôt qu'en apportant leur contingent de plaisanteries à la satire commune, ils crurent agir en hommes d'esprit qui savent au besoin hurler avec les loups, loin de se douter qu'ils portaient à une institution, qu'ils chérissaient au fond, un coup dont elle ne devait pas se relever.
La scène, ainsi composée de pièces et de morceaux, fut d'abord beaucoup plus longue que celle que nous possédons aujourd'hui, ainsi que le prouve le fragment retrouvé, en 1 846, par M. Magnin, conservateur à la bibUothèque de la rue de Richelieu, et qui n'est probablement autre chose que la version primitive * . Molière, en homme de goût et en maître de la scène , en retrancha des longueurs, et même des choses extrêmement piquantes, pour l'acconmtioder aux besoins delà représentation. Tel qu'il est, ce morceau doit être considéré comme un abiégé, non-seulement des cérémonies du Boctorat, mais de toutes celles par où devait passer un candidat, depuis
1. Cette version a été publiée dans Tédition des œuvres de Molière de M. PliiK Ghasles.
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le cominencemieiit de ses études jusqu'au jour où il recevait le bonnet. Tout s'y trouve , mais avec une sobriété, et un art de choisir les traits caractéristiques, où se révèle dans toute sa puissance l'écrivain habitué à ne demander des conseils que pour les contrôler, et sachant sacriiier les détails à Tensemble.
La séance est ouverte par le Prœses. A ce pompeux éloge de la médecine, à ces hommages emphatiques rendus à la Faculté, il n'est pas difficile de reconnaître un discours de Vespérie. Le ton en est absolument le même ; le discours comique ne diffère des discours réels que par cette simple nuance : un président de vespérie louait d'ordinaire la Faculté de sa science, de sa vertu, de son désintéressement. Le Prœses de Mo- Uère ne peut assez s'extasier sur les bénéfices de la profession.
Non possum, docti confreri, En moi satis aduiirari, Qualis bona inventio Est medici proressio ; Quam bella chosa est et bene troyata, Medicina illa benedicta, Quae, suo nomine solo»
Surprenant! miraculo.
Depuis si longo tempore, Facit a gogo vivere Tant de gens omni génère.
Ce discours d'ouverture se termine, selon l'usage constant des écoles, par l'exposition du motif de l'assemblée.
C'est pour cela que nunc convocali estis, etc.
Il s'agit d'examiner à fond un candidat, et de voir si l'on Y trouvera dignam materiam medici. On passe par-dessus les épreuves préparatoires, et l'examen commence lussitôt. Il n'est pas bien rigoureux, ni l'argumentation bien formidable. Mais n'oublions pas que Béralde a amené pour la circonstance une Faculté de ses amies ; et il faut bien passer quelque chose à l'amitié. 11 est d'ailleurs certain qu'il existait alors, non pas à Paris, mais en province, des Facultés pauvres, où l'amitié avait des droits excessifs , et où un diplôme de docteur ne prouvait guère que la fortune de celui qui l'avait obtenu. — Et puis, faudrait-il, pour plus de couleur locale, que la séance durât six ou sept heures, comme à la rue de la Bûcherie? Du moins les principaux traits de ces argumentations sont -ils indiqués. L'ordre général des épreuves y est même observé. — La première question, sur les vertus soporifiques de l'opium, est toute physiologique : nous sommes en plein aristotélisme, en plein règne des qualités occultes. On passe de là à la pathologie : l'hydropisie, l'asthme, la fièvre hectique font les frais de l'interrogation ; et lorsque l'auditoire est édifié sur les connaissances théoriques du candidat, on l'admet à l'examen de praxi.
Dès hiero maladus unus Tombavit in meas manus ; Habet grandam flevram cum redoublamentis, Grandam dolorem capitis, Et grandum malum au côté, Cum graiida difiQcultate Et ptna à respirare.
Et rexaminateur demande au candidat son avis sur ce cas particulier. — Il ne serait pas difficile de retrouver un ordre analogue dans les questions des huit argumentateurs qui se trouvaient dans la version primitive, et dont la moitié ont été supprimées *.
A chaque réponse du candidat, le chœur répète son grand refrain, qui n'est guère que la reproduction des termes dans lesquels le président concluait après chaque argumentation. Je place les deux formules en regard.