GURBAU DE LA CHAMBRE
sions, mais aussi à les peindre, et cette heureuse pensée lui a fourni quelques tableaux d'une observation exacte et d*un coloris animé. Là où le métaphysicien échoue, le moraliste se révèle. Je devais, en passant, lui accorder une mention \
1. Gomme échantillon dn style de G. de La Ghambre, je citerai le morcean suivant , écrit (1658] lorsque florissait encore l'hôtel de Rambouillet et le style précieux :
4 La première blessure que la beauté fait en lime est presque « insensible ; et bien que le venin de Tamour y soit déjà, et qa*il c se soit même répandu en toutes les parties, elle ne croit pas c pourtant être malade, ou, pour le moins, elle ne pense pas c que ce soit d*un si grand mal. Gar, comme on ne donne point « aux abeilles le nom qu*elles portent, sinon lorsqu'elles ont leur c aiguillon et leurs ailes , aussi Tamour ne s'appelle am^ur que c quand il a des traits et qu'il peut roler, c'est-à-dire quand il c est piquant et inquiet. Auparavant on le prend pour un simple c agrément et une complaisance iffe l'on a pouf une personne c aimable : on se plaît en sa présence , on aime à en parler, le « souvenir en est doux , et les désirs que l'on a de la voir et de « l'entretenir sont si tranquilles, que la sagesse, avec toute sa « sévérité, ne les saurait condamner ; elle les approuve même, et « les fait passer pour des civilités et des devoirs nécessaires. « Mais ils ne demeurent pas longtemps eu cet état, ils s'augmen- « tent peu à peu, et enGn, par la fréquente agitation qu'ils don- « nent à l'âme, ils allument le feu qui y était caché, et font croître « la flamme qui la brûle et qui la dévore. Alors cette image c agréable, qui ne se présentait à Pesprit qu'avec de la douceur « et du respect, devient insolente et impérieuse, elle y entre à « tous moments , ou , pour mieux dire , elle ne Tabandonne ja' « mais, elle se mêle parmi ses pensées les plus sérieuses, elle « trouble les plus agréables , elle profane les plus saintes : elle « se glisse même parmi les songes, et par une perfidie insuppor- « table, elle s'y représente sévère et cruelle quand il n'a rien à c craindre, ou l'abuse d'une vaine espérance quand il est dans