QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR SON ÉPIGURISME
trouve aussi peu avancé qu'en commençant. Ce qui manque toujours, c'est la preuve de fait, la démonstration expérimentale. Le physicien doit donc abandonner ces discussions à la métaphysique, et examiner ce qui se passe sous ses yeux. Or, dans ce que nous voyons, rien ne naît de rien ; une même quantité de matière, qui n'augmente ni ne diminue, fournit à toutes les opérations de la nature; elle ne reste que passagèrement fixée dans certaines combinaisons, pour passer ensuite en des combinaisons nouvelles; et, comme le dit Lucrèce,
Alid ex alio reflcit natura, nec ullam Rem gigoi patitur, nisi morte adjutam aliéna.
Ne serait-ce pas que la matière peut se résoudre en un nombre prodigieux, mais pourtant limité, de particules, qui par leur mélange en différentes proportions, par la variété de leurs groupements, pourraient/donner naissance à tous les corps? En ce cas, Tatomé ne serait pas un corps absolument indivisible, comme le point mathématique, mais un agrégat matériel pratiquement insécable, et parvenu à un degré de division qu'en fait la nature ne dépasse pas. En un mot, ce qui caractérise la matière, ce sans quoi elle n'existerait pas, ce n'est point l'étendue , c'est la solidité , dont l'étendue n'est qu'une des propriétés.
Ce n'est qu'une hypothèse, soit ; mais voyons si les faits s'accordent avec elle. En se combinant entre eux, les atomes garderont chacun leur forme primitive, individuelle; il en résultera des intervalles vides, et de là
tous les degrés possibles de consistance « depuis le solide le plus dense jusqu'au gaz le plus subtil; cette forme de l'atome, c'est à la science de la déterminer, et l'originalité de Gassendi est d'avoir cherché cette démonstration pratique. Il observe le phénomène de la cristallisation, et il Yoit une même substance revêtir une forme toujours identique. Il est l'auteur de cette belle expérience^ qui consiste à prendre une solution saturée d'un sel, et à faire voir que ce liquide, qui n'en peut plus dissoudre la moindre quantité, dissout parfaitement un autre sel; il en conclut que dans les iDte^ yalles laissés par les atomes du premier sel , ceux du second, étant d'une autre forme, ont pu trouver leur place. — On pourrait donc dire avec quelque apparence de vérité que Yatome^ tel que l'entend Gassendi, présente plus d'une analogie avec la molécule chimique telle que nous la concevons aujourd'hui. Et c'est une gloire qu'il faut laisser à un homme qui ne fut point chimiste lui-même, d'avoir eu de ces faits-principes uue idée beaucoup plus nette que les chimistes de profession ses contemporains, et d'avoir, sur plus d'un point, pressenti la science moderne.
Aussi traite-t-il la chimie avec honneur. U a foi dans l'avenir de cette science. Il a l'instinct des services qu'elle est appelée à rendre à la physiologie et à la médecine. Son disciple chéri et son continuateur, Bernier, va même plus loin encore ; tout en croyant à l'efficacité de l'alchimie, telle qu'il la voit constituée, il n'ose en nier absolument les principes. Les procédés employés sont