‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 200 sur 222 · SON CARACTÈRE. 4Î · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE. 4Î

haut quelques passages, porte la date du 98 juin 1648. Il est suivi des éloges des candidats qui devaient, Cê même jour^ recevoir la licence. Parmi ces éloges, se trouve celui de Jean-Armand de Mauvillain, en qui l'orateur salue le favori du cardinal de Richelieu, ce qui est déjà une qualité !

Principibus placuisse viris non ullima laus est.

Ce morceau d'éloquence académique a pcmr nous beaucoup d'intérêt : il n'a pas la banalité des autres ; le portrait qu'il nous donne du récipiendiaîre présente sur son caractère des particularités piquantes, et nous le montre comme un homme à la mode : « Telle a été, dès son enfance, l'attention donnée à son éducation, tel est le soin qu'il a toujours eu de sa personne, que, loin d*avôîr dans son extérieur rien d'austère ni de repoussant, c'est par la candeur charmante de son caractère, c'est par une exquise politesse, par l'élégance de ses manières, qu'il a toujours cherché à se concilier les syûipathies des honnêtes gens. Mauvillain est si bien élevé, si agréable, si séduisant, que non-seulement les Grâces semblent habiter en lui ; on dirait encore qu'il a été formé par leurs mains. Et cependant, en le voyant si attentif au soin de sa toilette et de sa chevelure, ne croyez pas qu'il se permette autre chose que des plaisirs honnêtes. Pour rien au monde il ne laisserait la mollesse porter atteinte à la vigueur de sa vertu. Jules César aimait à se vanter d'avoir des soldats qui, bien que peignés et parfumés^ n'en étaient pas moins braves au combat.

428 MAUVILLAIN.

Ajoutez que Mauvillain résout avec une facilité meneilleuse les questions qui lui sont proposées ; et tels sont les charmes de son élocution, qu'en vérité ce n'est pas aux oreilles de ses auditeurs que s'adresse son éloquence : elle va droit à leur cœur. »

Voilà, certes, un portrait qui n'a rien que de fort attrayant, et il y a loin du Thomas Diafoirus que nous connaissons à ce jeune étudiant si élégant et si bien paré. J'imagine qu'il y a aussi quelque allusion au caractère connu et à l'humeur enjouée de ce favori des Grâces, dans le singulier sujet qu'on lui donna à traiter l'année suivante pour son discours de vesperie : An ridere sapientis? — ignari? Évidemment, il dut démontrer, aux applaudissements de l'assemblée, que la gaieté était un attribut de la sagesse.

Dans ce même discours de paranymphe , Robert Patin nous apprend que Mauvillain avait fait une partie de ses études médicales à Montpellier : « Mais ce n'était pas , ajoute l'orateur, dans cette idée absurde qui y amène tant de gens, que pour avoir dormi quelques nuits à Montpellier, un beau jour on s'y réveille médecin; non, c'était pour se convaincre et pour pouvoir raconter à tous que, quels que soient les avantages que l'on rencontre à Montpellier, on les trouve au centuple à Paris ; que les richesses si vantées de cette Faculté ne sont que pauvreté si on les compare aux nôtres. » Voilà ce qui pouvait se dire chez le chancelier de l'Université parisienne, en présence des docteurs assemblés. En réalité, ce séjour de Mauvillain à Montpellier ne nous

Page 1