‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 201 sur 222 · SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE

est pas indifférent, et va nous expliquer bien des détails de sa conduite future.

Nous venons d'entendre le fils de Guy Patin. Écoutons maintenant le père. Il raconte, dans une de ses lettres, qu'en 1647 un marchand d'orviétan s'était adressé au doyen Jacques Perreau, à l'effet d'obtenir de la Faculté l'approbation de son opiat. Repoussé de ce côté, notre homme s'aboucha avec De Gorrîs, et obtint par son entremise des certificats favorables d'une douzaine ^affamés d'argent^ parmi lesquels se trouvaient Guénaut,DesFougerais et Mauvillain. Cette signature, donnée par des médecins en faveur d'une drogue exploitée par un charlatan sur le Pont-Neuf, était un fait bien grave. Ce dernier ayant renouvelé ses instances, le nouveau doyen Piètre le caressa habilement dans ses espérances, et fit si bien qu'il se fit remettre par lui l'approbation susdite ; puis, dès qu'il eut entre les mains cette pièce de conviction, il dénonça les douze traîtres à la compagnie. Us furent contraints d'avouer leur faute, et par décret solennel furent chassés de la Faculté. — Cette aventure n'est certainement pas à l'honneur de Mauvillain. Ce qu'on peut dire de mieux pour l'excuser, c'est qu'à cette époque, ainsi que je l'ai démontré, il n'était encore que bachelier; et qui sait? c'était le moment où les passions étaient le plus excitées au sujet de Renaudot et de l'antimoine. Les noms auxquels le sien se trouve associé montrent assez de quel côté il s'était rangé dès lors. Peut-être vit-il dans ce marchand d'orviétan un chimiste persécuté. Quoi qu'il

430 MAtnriLLAIN.

en soit, les douze coupables une fois exclus virent leur avenir compromis, et jugèrent prudent de s'humilier. Après avoir demandé publiquement pardon, ils furent réintégrés. Mais, dit Guy Patin, « la tache leur en est restée. »

V. Pendant les années qui suivent, nous retrouvons Mauvillain parmi les chefs les plus actifs et les plus remuants du parti antimonial. Plusieurs des sonnets qm se trouvent en tête de la Stimmimachie du P. Cameau lui sont dédiés. Cette attitude lui valut plus d'une ôlteN cation avec lès demeurants de la saignée et des vieux principes. Dans ce nombre était, on s'en souvient. Tinflexible Blondel. La polémique entre Mauvillain et ce docteur de la vieille roche, ne tarda pas à atteindre les proportions d'une inimitié personnelle des plus yio* lentes. Aussi lorsqu'en 1658, comme par une dernière faveur de la fortune qui allait bientôt le trahir, Blondel fut appelé au décanat par une imposante majorité, Mauvillain se signala par des protestations bruyantes dont l'inconvenance lui est fort aigrement reprochée dans le procès-verbal de Télection. Mais ce n'était là que le prélude de démêlés bien autrement graves avec le nouveau doyen. Dès les premières pages du volumineux Commentaire rédigé par Blondel, nous trouvons un chapitre portant ce titre signiQcatif : Historia facinoris Mattvillani et consortium; histoire de l'attentat de Mauvillain et consorts.

C'était à une thèse quodlibétaîre; une nombreuse as-

Page 1