INFLUENCE DE SA SANTÉ SUR SES JUGEMENTS
ce pas souffrir en effet? Telle est pourtant la vraie hypochondrie : maladie implacable, qui défie tous les remèdes, parce qu'elle envahit l'homme tout entier, en lui donnant, par un prodige de l'imagination, le triste pouvoir de se créer à lui-même de nouvelles douleurs.
Et c'est justement parce que le Malade imaginaire est une œuvre passionnée, pleine de pressentiments et de tristes retours de l'auteur sur lui-même, qu'il me paraît plus difficile qu'on ne le croirait au premier abord, d'y chercher sa véritable pensée sur la médecine, je dis sa pensée désintéressée, philosophique, dégagée de la pression des circonstances extérieures. Je sais qu'il semble l'avoir exprimée ailleurs. Voici, par exemple, ce qu'il dit, parlant en son propre nom, dans la préface du Tartufe : « Qu'est-ce que, dans le monde, on ne corrompt point tous les jours? Il n'y a de chose si innocente où les hommes ne puissent porter du crime ; point d'art si salutaire dont ils ne soient capables de renverser les intentions; rien de si bon en soi qu'ils ne puissent tourner à de mauvais usages. La médecine est un art
cruauté de faire à ce propos, sur la mort de Molière, répigramme suivante :
Ci gtt un qu'on dit être mort ;
Je ne sais s'il l'est ou s'il dort ;
Sa maladie imaginaire '
Ne saurait Tavoir fait périr :
C'est un tour qu'il joue à plaisir,
Car il aimait à contrefaire.
Gomme il était grand comédien,
Pour un malade imaginaire.
S'il fait le mort, il le fait bien.
4&4 MOLIÈRE MALADlS.
profitable^ et chacun la révère comme une des pM excellentes choses que nous ayons; et cependant il y a eu des temps où elle s*est rendue odieuse, et souTeotoil en a fait un art d'empoisonner les hommes. » Il sembl^ rait donc ne-condamner que l'abus, et approuverrusage. Mais, je l'avoue, ce passage ressemble trop à une précaution oratoire, pour qu'on en puisse tirer une conclusion certaine. Voici, d'autre part, ce qu'il dit dans le fc^ /tn de Pierre : « Un médecin est un homme que Ton paye pour conter des fariboles dans la chambre d'un malade, jusqu'à ce que la nature l'ait guéri, ou que les remèdes l'aient tué. » Il est vrai que, cette fois, c'est don Juan qui parle , don Juan impie en médecine comme dans tout le reste, et dont Molière ne prétend certainement pas endosser toutes les opinions. Dans le Makuit imaginaire^ au contraire, nous avons un personnage qui représente trop évidemment le rôle de la raison et du bon sens pour qu'on ne soit pas autorisé à chercher en lui les opinions de Molière lui-même. C'est Béralde. Poussé à bout, son frère lui demande enfin : «Vous ne croyez donc pas à la médecine? » Voilà une question bien nette et bien catégorique. La réponse ne l'est pas moins : mAregarder les choses en philosophe^ ']q ne vois point déplus plaisante momerie, je ne vois rien de plus ridicule qu'un homme qui se veut mêler d'en guérir un autre... par la raison que les ressorts de notre machine sont des mystères, jusqu'ici, où les hommes ne voient goutte; et que la nature nous a mis au-devant des yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose.... De tout