‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 59 sur 222 · LB PRBMIBR MÉDECIN DU ROI · texte numérisé non relu

LB PRBMIBR MÉDECIN DU ROI

choses, lui fit commencer un journal de sa santé, qui fut continué plus tard par ses successeurs. Le Journal de la santé du Roi est un fort beau manuscrit in-folio^ recouyert d'une magnifique reliure fleurdelisée Ml est entièrement écrit de la main de Yalot, de Daquin et de Fagon. Tout ce qui concerne le tempérament ou les maladies du roi y est scrupuleusement relaté, année par année, depuis 1652. Le journal s'arrête subitement, on ne sait pourquoi, en d7H, quatre ans par conséquent avant la mort de Louis XIV. Peut-être tout Tart du rédacteur devenait-il impuissant à cacher au roi, sous les fleurs de la flatterie, la triste et vulgaire nécessité de mourir, comme les autres hommes.

Je laisse aux amis du paradoxe le soin de chercher, dans le rapprochement des dates, l'explication des grands événements du règne par les petits mystères de la garderobe ; de rendre compte de tel ou tel traité conclu, par

Retenaient les poumons un petit trop serrés.

On ne trouva partie au bas ventre offensée ;

11 n'y eut que les reins qui, selon leur ofïice Ne pouvant tirer Teau, manquaient à leur service; En boue étant changés les mamelons charnus, Et les bassins remplis de gros cailloux cornus, etc.

(Notice et extrait raisonné d*un livre de médecine, etc., par P. Sue, 1803.)

1 . Depuis que ce travail est terminé, le Journal de la santé du Roit que j'avais vu eu manuscrit dans la collection de la Bibliothèque impériale, a été publié par M. Le Roi, bibliothécaire à Versailles, pour faire suite au journal du marquis de Dangeau. (Chez Durand, 1862.)

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une indigestion du prince, de tel édit, par une médecine qu'il a prise la veille. C'est l'inconvénient du pouvoir absolu d'exposer à ce genre de commentaires : la volonté d'un seul expliquant tout alors, parce qu'elle a tout décidé, chacun l'analyse à sa manière, et l'histoire, qui a, elle aussi, ses indiscrétions, s'en vient, à deux siècles de distance, chercher des révélations et des solutions dans les plus intimes secrets de la vie privée du souverain. Ce système trop commode n'a pas seulement l'inconvénient d'être peu conforme à la dignité des études historiques ; il a, de plus, celui d'être tout aussi faux que les vues trop générales, en émiettant, pour ainsi dire, la vérité, dont il ne reste plus que des lambeaux sans couleur et sans vie. Qui donc résisterait à une pareille analyse? Il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre, a-t-on dit quelquefois; à plus forte raison pour son apothicaire; car il en est ainsi : ce Journal de la santé du Roi nous montre de lui tout ce que voit l'apothicaire , et même au delà. C'est un spectacle à la fois curieux et triete que de voir ce pauvre grand roi saigné, purgé, drogué à outrance, et souvent malgré lui, obligé de mettre tout un monde dans le secret de ses infirmités. Ainsi le veut l'étiquette. Il ne peut se purger sans que toute la cour le sache à l'instant ; et comme on le purgeait non-seulement pour le présent, mais encore pour la maladie à venir, il en résulte que ces jours de purgation solennelle revenaient à tout moment. Ce fier monarque, d'un abord si difficile, était d'une docilité extrême à l'endroit de son mé-

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