LES PREMIERS MÉDECINS DU UOI
trait assez aisément à Sa Majesté qu'elle était née avec h tempérament qui fait les héros ; il lui donnait d'ailleurs d'excellents conseils, entre autres celui ce de se servir de sa vertu pour résister aux excès de la jeunesse. » Malheureusement le roi ne s'en servait pas toujours, et l'on ne peut s'empêcher de sourire, en entendant Valot lui parler de sa chasteté sans exemple. Il prétend même l'avoir préservé par ses soins du danger de n'avoir point de postérité. Dieu sait si ses craintes durent être plus tard dissipées ! On ne peut nier du moins que sous ce rapport il n'ait parfaitement réussi, et même beaucoup trop pour la gloire de Louis XIV.
Tout est de ce style. Valot consigne à tout propos, et avec complaisance, pour l'instruction de la postérité, les formules qui lui sont « inspirées du ciel » pour l'entretien de cette précieuse santé. Potion pour le Bai; Emplâtre pour le Bot; Lavement pour le Roi; tout cela se trouve écrit en gros caractère, et avec une richesse et une variété de composition qui font au moins honneur à son imagination pharmaceutique.
Il se piquait beaucoup de pronostic ; et il y tenait d'autant plus que, selon lui, les maladies du roi sont toujours des plus extraordinaires, et que lui-même est entouré d'une cabale a qui jette son fiel et vomit sou venin sur lui et sa réputation. » Le roi tombe de nouveau malade en 1656, et guérit. Valot écrit : « Ainsi je ne me suis point en aucune façon trompé en cette maladie, en ayant fait la prédiction à toute la cour et à M. le cardinal Mazarin par une lettre, comme j'ai ex-
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posé ci-dessus, qui a dit plusieurs fois au roi et à toute la cour qu'il admirait en moi cette manière de pouvoir prédire la marche des maladies avec tant de justesse, que je ne m'étais pas trompé en celle-ci, non plus qu'en plusieurs autres. » Cette expression naïve de l'admiration qu'il inspire, et des lumières merveilleuses que Dieu lui envoie, revient à chaque instant dans son récit. Mais il va plus loin : il prédit, au commencement de chaque année, les maladies qui régneront. Ainsi, en 1657, il annonce qu'il y aura des fluxions de poitrine, des rougeoles, des dyssenteries, et que le Roi en sera exempt. Il faut avouer que cette précision dans le pronostic s'est perdue depuis; il est vrai qu'il se fait fort de la devoir à sa connaissance des constellations et de la disposition des vents. Il paraîtrait cependant que l'on s'égaya un peu de ce don de prophétie qu'il s'attribuait. Car en 1669 il écrit : « Je suis résolu de ne plus rien insérer de semblable en cet ouvrage, parce que les 'envieux supposèrent que j'ai fait mes prédictions après coup. » En fait de pronostic, ce qu'on ne permet pas à un naédecin, c'est d'annoncer la mort d'un malade ; grosse difficulté, lorsqu'il ne peut annoncer non plus la guérison. Anne d'Autriche succomba, comme on sait, à un cancer du sein. Valot avait été chargé de lui donner des soins. La bonne madame de Motteville s'est chargée de nous raconter son embarras et ses perplexités dans cette cruelle circonstance. Elle l'accuse même charitablement de la mort de la reine ; en parlant d'un médecin, cela n'a pas de conséquence; elle lui fait