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Les hôpitaux détournent de leur cours naturel les sources de la charité; ils répartissent inégalement, et au profit des villes, les dons de la bienfaisance publique; ils dissipent en fastueuses et inutiles constructions, en frais de personnel et par de mauvaises gestions, le plus sûr du patrimoine des pauvres.
Il est temps, je le répète, d’éclairer cette charité vive et sincère, mais aveugle, qui pousse encore à réclamer de nouveaux établissements hospitaliers, et de bien faire comprendre que les sommes dépensées à l’érection des hôpitaux, dévorées par le personnel ou une administration insouciante, suffiraient, pour porter au domicile de bien de pauvres, la consolation, la paix et la santé.
D’après M. de Watteville, le revenu des propriétés productives des hôpitaux varie de 1 à 2 1/4 p. 100. N’est-ce pas là un fait déplorable? et ceux qui ont demandé la conversion en rentes sur l’État des biens des hôpitaux n’ont-ils pas raison?
En agissant de la sorte, on pourrait plus que doubler le revenu des pauvres; on pourrait rendre cinq fois plus de services, si l’on voulait entrer dans la voie du secours à domicile, voie suivie avec tant de bonheur par l’administration de Paris et que l’on ne peut rejeter que par une indifférence coupable ou par un parti pris, plus coupable encore.
Ne savons-nous pas que les établissements hospitaliers sont habités en général par deux tiers de vieillards
et infirmes, ou se disant tels, et par un tiers seulement de malades. Dans les petites villes, et j’en connais dans cette situation, les hôpitaux hospices comptent tout au plus un dixième de malades (i).
11 est constant aussi, et ce fait importe à notre sujet, il est constant que cinq à six millions d’habitants des villes absorbent presque totalement les cinquante-quatre millions de revenus des hôpitaux et hospices de France. Les habitants des campagnes, c’est-à-dire près de trente millions de citoyens, ne prennent aucune part à celle fortune.
(1) L’hôpital hospice de Briotide, sur quarante-cinq lits occupé^, compte habituellement de deux à cinq malades au plus, et encore sont-ils souvent négligés par le médecin. Toutes les autres places sont occupées par des vieillards infirmes, ou soi-disant tels, quoique le Réglement n’en admette que quatorze. Le personnel employé à l’hôpital est de cinq sœurs, une postulante au moins, un receveur, un économe, un aumônier, un médecin, un garde, cinq ou six domestiques, un sacristain, un barbier à l’année, en tout dix-huit ou dix-neuf personnes, soit un salarié pour 2 1/2 malades ou vieillards. Sans parler des propiétés détachées, dont la valeur est de 60 à 70 mille francs, et qui ne produisent pas 2 °l o, la maison possède une terre estimée à 130,000 francs, qui, tout bien compté, ne produit pas 1200 francs. Le chauffage, 1<^ blanchissage, s’exécutent d’après les procédés les plus coûteux, et je n’exagère pas, en disant que par une bonne administration, les revenus de la maison pourraient être accrus d’environ un tiers. Mais il n’est pas possible de déraciner tous ces abus; pendant six ans que j’ai été Maire, j’y ai travaillé, et mes efforts, combinés avec ceux des membres de la Commission, sont venus se briser devant des manœuvres indignes. Un peu plus tard, j’espère publier un grand travail sur la misère et les moyens d’y remédier : je me réserve d’y traiter in extenso la question des hôpitaux, et d’y mettre à nu, sans réserve comme sans passion, les pièces en mains, les plaies de ce système de secours, plaies mystérieuses et déplorables.
Je puis donc conclure que les secours hospitaliers sont nuis pour les indigents des campagnes, qu’ils sont impossibles à établir dans les communes rurales, et qu’il faut, pour faire jouir les malades pauvres des campagnes du secours médical, recourir à un système autre que celui des hôpitaux.
Dans ma prochaine lettre, je m’occuperai de la recherche de ce système.
Agréez, etc.