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TROISIÈME LETTRE

Brioude, le 28 octobre 1855.

Monsieur le Préfet,

L’impossibilité de créer des hôpitaux pour les habitants de la campagne étant bien établie, à quel moyen recourir?

Les dispensaires, les sœurs de charité, les bureaux de bienfaisance, considérés comme œuvre accordant des secours aux malades, ne peuvent être que les corollaires de l’existence d’un service médical.

Évidemment, avant de songer aux remèdes et aux soins à donner aux malades, il faut avoir un médecin qui aille, gratuitement, partout où la maladie viendra s’abattre sur le pauvre. Avant tout, il faut organiser le secours médical à domicile: et pour quiconque s’est un peu occupé des questions de bienfaisance publique, d’économie charitable, le médecin gratuit des pauvres

constitue, pour les campagnes surtout, la partie essentielle, la base fondamentale des secours publics.

Tel que je le comprends, ce médecin doit appartenir à la charité préventive, autant qu’à la charité curative. Provisoirement, je le désignerai sous le nom connu de médecin cantonal : non pas que celte dénomination me semble heureuse, mais pour me conformer au langage reçu.

La question des médecins cantonaux n'est pas nouvelle parmi nous; elle a été débattue dans divers écrits, elle a été traitée dans les séances du Congrès médical de 1845, elle a été mise à l’ordre du jour de quelques conseils départementaux, et cette institution, qui a été récemment adoptée par plusieurs départements, que votre sollicitude veut appliquer à la Haute-Loire, fonctionne depuis cinquante ans, avec succès, dans le département du Bas-Rhin.

La création des médecins cantonaux a subi le sort de toutes les conceptions humaines, même les plus louables : elle a eu des défenseurs et beaucoup de détracteurs. El, chose digne de remarque! c’est que les détracteurs sont partis des rangs du corps médical et des rangs de ces hommes honorables qui se sont en quelque sorte voués à la propagation des œuvres de charité.

Je veux chercher, avec quelque soin, pour les combattre, les objections dirigées contre cette institution. Mieux que tout autre moyen, je crois, celte discussion permettra d’asseoir un jugement certain.

Première objection. Les docteurs et les officiers de santé suffisent pour voir les malades pauvres des campagnes, et jamais ils ne refusent de le faire.

Cela est une erreur, car, outre qu’il n’y pas partout des docteurs et des officiers de santé, il est bien certain que le riche passe avant le pauvre; il est bien certain que le malade indigent reste souvent sans secours, et la preuve, c’est l’ardeur que l’on met à la recherche du moyen d’assurer au pauvre les soins médicaux.

Deuxième objection. Les questions d’humanité ne sont pas des questions d’argent, et partout où il y aura des pauvres, il se trouvera des médecins qui leur prodigueront des soins sans être revêtus d’un caractère officiel.

Celte objection n’est qu’une variante de la précédente. J’admets que les questions d’humanité ne sont pas des questions d’argent, mais en matière sérieuse il faut tout oser dire et ne pas se faire meilleur que l’on est. Je suis assurément très-flallé de la bonne opinion que l’on a du corps médical, mais prenons garde cependant que la réalité ne soit plus positive que la théorie. Sans doute, lorsque cela sera possible, le médecin donnera des conseils gratuits au pauvre; il les donnera dans son cabinet, il les donnera même loin de son domicile. Mais lorsque ce médecin rentrera au logis exténué de fatigue, avec sa monture non moins exténuée, croyez-vous qu’il sera disposé à repartir sur le

champ pour voir un pauvre qui souffre? Et lorsqu’il sera mandé à la fois de deux points opposés, par un malade qui paie, et par un qui ne paie pas, croyezvous que ce sera chez le dernier qu’il ira d’abord?... Le médecin peut avoir de la charité, il en a beaucoup même, mais il a aussi des besoins. Il faut qu’il vive! et malheureusement tous les médecins n’ont pas du bien au soleil et des rentes sur l’État.... Puis, si nous regardions de bien près, nous verrions encore d’autres choses. Est-ce à celui qui possède une clientèle riche et nombreuse, que s’adresse le pauvre lorsqu’il frappe au nom de la charité? Non, c’est presque toujours chez le praticien obscur, qui gagne à peine de quoi vivre. J’ai fait de la médecine à Paris, j’en ai fait dans un village, j’en fais dans upe petite ville, et je sais un peu ce qui se passe partout. Ce sont les médecins de grandes villes, ce sont les hommes bien posés, qui se sont toujours montrés les adversaires des médecins cantonaux. Et croyez-vous que ces messieurs fassent souvent la médecine du pauvre?.... Tout le monde sait que leurs instants sont comptés, qu’ils n’ont pas le temps de voir les malheureux, et il est rare qu’on les mette dans la nécessité de refuser.

Supposez qu’un humble médecin de campagne trouve chaque jour sur sa liste de malades à voir, deux indigents : ce n’est pas exagérer : eh bien, il ne lui sera pas possible de les voir, car ils seront souvent loin de sa demeure, à un point opposé à celui où

d’autres malades le demandent, et il faudra bien que le pauvre attende une meilleure occasion, et d’ailleurs, en face des besoins de l’existence, en face des déceptions de notre profession, convenons-en, on se blase sur la satisfaction morale lorsqu’elle est le seul résultat.

En définitive, pourquoi cherche-t-on à assurer des secours médicaux aux pauvres de la campagne? pourquoi a-t-on créé des médecins pour les bureaux de bienfaisance? Évidement, c’est parce que le pauvre manque souvent de secours spontanés. Donc, il faut conclure qu’il y a quelque chose à faire , et je le répète, le fait même de l’expression de ce besoin est une réponse irrésistible aux adversaires des médecins cantonaux.

Troisième objection. « Ce ne sont pas les avis du médecin qui manquent, ce sont les remèdes. »

Mais la distribution des remèdes est la conséquence forcée de la création des médecins cantonaux : avant d’être délivré, le remède doit être prescrit.

« Ce qui manque, ce sont les vêlements, le linge, les bouillons, les ustensiles. »

Créez donc des médecins cantonaux, et si vous faites de bons choix, autour d’eux, pour les besoins qu’ils signaleront, viendront se réunir les ressources des bureaux de bienfaisance, les sacrifices et le dévouement de la charité privée.

Quatrième objection. Dans son rapport au conseil général de Maine-et-Loire, dont nous avons déjà parlé, M. de Melun conclut à la non-création des médecins cantonaux.

« Les médecins, dit-il, aiment à faire au pauvre malade l’aumône si précieuse , de leur temps et de leur science. Ils ne lui refusent jamais la visite qu’il ne peut payer. Au milieu de ce concours de bonne volonté, quel vide comblerait l’ établissement du médecin cantonal ? Son titre officiel n ajouterait rien au bien qui se fait, et remplacerait seulement un service libre et gratuit par un service rétribué.... Lorsque, chargé de tout un canton, le médecin se trouverait souvent appelé à la même heure, dans plusieurs communes, comment répondre à cet appel? Comment, à de si grandes distances, suivre des maladies qui demandent une attention constante et soutenue! Si l’on veut que ses visites soient fréquentes et efficaces, il faudra chèrement les payer, et même en ce cas, son temps ne suffira pas à la multiplicité de ses courses. Si l’on vise à l’économie, force lui sera de se créer, en dehors de ses fonctions, une clientèle qui le fasse vivre, et alors il rentrera dans les conditions des médecins ordinaires, dont le temps se partage entre les riches et les pauvres. Mais sa nomination aura froissé, découragé ses confrères, accusés en quelque sorte par celle nouvelle création d’avoir négligé les pauvres. Ils ne songeront plus à les disputer à celui à qui ils appartiennent légalement,

ils ne voudront plus aller sur ses brisées et occuper ses fondions. »

Entraîné par le rapport de sa quatrième commission, le Conseil général de Maine-et-Loire repoussa l’institution des médecins cantonaux, et se borna à prier Monsieur le Préfet d’encourager le service tel qu’il existait.

Si quelque chose était capable de modifier l’opinion des partisans de l’institution des médecins cantonaux, évidement, Monsieur le Préfet, ce serait l’avis de M. de Melun. Quelle autorité peut avoir un plus grand poids en matière de charité et de bienfaisance? Mais, outre que nous connaissons M. de Melun comme un des chefs de l’école de la charité libre, circonstance qui peut avoir influé sur ses conclusions, nous trouvons dans Maine-et-Loire des conditions qui ne permettent pas d’appliquer à toute la France le jugement porté pour ce département. C’est précisément le respect que je professe pour M. de Melun, et le grand cas que je fais de ses paroles, qui m’ont fait rechercher plus scrupuleusement les motifs de son avis. Ces motifs, je les trouve sans peine dans le nombre et la répartition des médecins dans le Maineet-Loire. Ce département compte deux cent soixantedix docteurs ou officiers de santé, et sur ce nombre, cent trente environ habitent des communes rurales, qui ne sont point chefs-lieux de canton. Or, avec une semblable répartition, on comprend que, plus que par-

tout ailleurs, il est facile aux médecins de donner, sans trop de dérangement, leurs soins gratuits aux pauvres.

Ainsi donc, Monsieur le Préfet, l’objection de M. de Melun tombe devant l’examen des circonstances au milieu desquelles l’auteur se trouve placé. Et en admettant avec le Conseil général de Maine-et-Loire, que dans ce département, les médecins peuvent suffire à tout, sans que l’administration se préoccupe trop directement du sort des pauvres en cas de maladie, il ne faut pas conclure que dans la plupart des autres départements de la France, il n’y a pas utilité, nécessité même, à créer un service médical au profit des malades pauvres des campagnes. Et, à mon avis, M. de Melun n’a prouvé qu’une chose, c’est que le service au profit des malades pauvres des campagnes, ne devra pas être appliqué partout de la même façon, et qu’il faudra étudier avec soin les besoins et les ressources de chaque département, afin d’appliquer à chacun le remède à dose convenable. Et d’ailleurs voyez comme, malgré lui, M. de Melun partage nos idées : il faudra , dit-il , ou bien payer fort cher le médecin cantonal, pour qu’il ne soit pas tenté de se créer une clientèle, ou bien s’exposer à voir cette clientèle payante nuire à la bonne et prompte administration des secours près du pauvre. Or, si vous admettez que le médecin payé pour le service des pauvres le néglige, admettez aussi la même négligence de la part de celui qui n’est pas payé.

Cinquième objection. « Le médecin cantonal ne pourra pas suffire à sa besogne. »

Sans doute, il ne pourrait suffire, s’il était chargé d’une circonscription trop grande, d’un canton trop étendu; mais, je l’ai déjà, dit, le canton ne devra pas être une mesure nécessaire; on pourra et on devra créer des circonscriptions spéciales. C’est là un des motifs pour lesquels la dénomination de médecin cantonal me paraît vicieuse.

« Tout le monde se dira pauvre. »

Mais où est la difficulté pour la formation de listes sérieuses et vraies?....

a Le médecin ne pourra être partout. »

Il y est encore bien moins aujourd’hui, et, pour beaucoup de localités, on peut dire qu’il n’est jamais là où le pauvre est malade.

« Les accouchements prendront plus de temps qu’il n en pourra donner. »

Aussi voulons-nous qu’il n’assiste que dans les cas difficiles, et ces cas sont rares dans les campagnes. N’aura-t-il pas d’ailleurs la ressource des sages-femmes, qu’il est désirable de voir se répandre davantage?

Sixième objection. « Quoi! dit M. de Montreuil dans son rapport au Comité de la réunion internationale d’économie charitable, quoi! de tous les médecins des cantons, un seul aura-t-il soin des pauvres, d’après un

tarif fixé? Tous les autres devront-ils renoncer au privilège d’exercer envers lui un ministère de charité? »

L’institution des médecins cantonaux n’a pas la prétenlion d’interdire au médecin la charité et le soin des pauvres; mais elle a pour but d’assurer aux pauvres les soins du médecin.

Septième observation. « Chose plus grave! dit plus loin le même auteur, le pauvre recevra son médecin de l’administration et non de son propre choix, de sa personnelle confiance, b

J’avoue que je ne vois là rien d’attentatoire à la liberté de l’individu. On fera de bons choix autant que cela sera possible; et d’ailleurs, en est-il autrement pour les hôpitaux, que l’auteur se plait à exalter? les malades ne reçoivent-ils pas là un médecin sans pouvoir le choisir, et s’en trouvent-ils plus mal? Le catholique choisit-il son curé, le justiciable son juge et le soldat son capitaine? Après avoir bien choisi le médecin cantonal, on le surveillera; s’il ne convient pas à ses fonctions, il sera remplacé.

Huitième objection. « Il est à craindre que les places de médecins cantonaux ne deviennent des sinécures, ou l’objet d’une concurrence en quelque sorte officielle, b

Je ne saisis pas bien, je l’avoue encore, la portée de cette objection. Craint-on, par hasard, que les malades manquent? hélas! nous savons bien le con-

traire, et d’ailleurs les attributions de médecin cantonal ne se borneront pas à quelques visites. Craint-on que le médecin ne fasse pas son devoir? mais la révocation est là pour le punir. Si vous admettez que l’humanité oblige celui qui voit les malades pour rien, admettez donc aussi que le même motif obligera celui qui recevra un traitement.

Neuvième objection. « Ce sera favoriser certains médecins et attirer à eux la clientèle au détriment de leurs confrères du canton. »

Cette conséquence, dont j’admets la possibilité, ne peut point arrêter. Si le choix du médecin cantonal est bon, évidemment les fonctions dont il sera investi pourront faciliter sa clientèle. Eh bien! dans ce cas, tant mieux pour lui ! tant mieux pour les malades! Pour lui, parce qu’il recevra la récompense de son savoir et du surcroît de travail que lui imposera la médecine du pauvre, qui ne pourra jamais être convenablement rétribuée. Tant mieux pour les malades, car l’administration leur aura fait connaître Hin médecin digne de toute confiance... Si le médecin est incapable, son litre ne lui servira à rien. Le public peut se tromper un instant, mais, tôt ou tard, il fait justice de ceux que poussent l’intrigue et l’audace. Eh! voudrait-on, je le demande, qu’un diplôme pût assurer des malades à ceux qui le possèdent? voudrait-on empêcher d’être mis en relief celui qui l’emporte sur ses confrè-

res par le savoir, par un travail constant, par un dévouement à toute épreuve? voudrait-on admettre pour les médecins le droit au travail? Pourquoi ne fait-on pas valoir la même objection à propos des médecins des hôpitaux et contre les hôpitaux?... Et ne voit-on pas délaissés par le public, beaucoup même de ceux qui occupent ces positions?

Dixième objection. « La dépense nécessitée sera trop grande pour que l’Étal, les départements ou les communes en fassent les frais. En effet, la France possède deux mille quatre cent quaranle-un cantons. On doit admettre qu’il faudra au moins deux médecins par canton. En admettant un traitement moyen de 1000 francs pour chaque médecin, on arrivera à la somme de 4,882,000 francs. »

D’abord, il y a exagération de moitié dans la prévision de la dépense, et j’admets cependant que le traitement sera de 1000 francs. Sans doute il y a des cantons où un seul médecin ne pourra suffire; un sup' pléant sera nécessaire, mais avec un traitement moindre, surtout si I on admet qu’il sera préféré autant que possible, dès que le poste du titulaire deviendra vacant. En compensation, deux ou trois cantons pourront être desservis par un seul médecin, par exemple, dans les villes à plusieurs cantons. On peut donc admettre un médecin par canton, soit une somme de 2,441,000 francs, qui seront répartis entre les communes, les bureaux de bienfaisance, les dépar-

tements et l’État, si cela est nécessaire. Le produit du nouvel impôt communal sur les chiens pourrait-il recevoir une meilleure destination?

Je m’embarrasse peu de la dépense d’ailleurs, et il sera facile de la couvrir sans demander de trop lourds sacrifices.

On a trouvé moyen de faire un traitement minimum de 1500 francs aux commissaires de police, et l’on serait dans l’impossibilité de trouver un chiffre égal pour le service médical et pharmaceutique d’un canton? Cela n’est pas admissible.

Onzième objection. Le rapporteur de la commission du Congrès médical, dans les séances duquel nous avons dit que cette question fut discutée, avait réservé comme dernière raison, pour combattre la création des médecins cantonaux, le grand cheval de bataille de l’époque. « Si celte institution , dit-il, malgré » les dépenses considérables qu’elle aurait occasionnées d avait obtenu l’approbation, c’eût été fournir à l’autorité » l’occasion de créer toute une armée de fonctionnaires, » plus ou moins influents, plus ou moins dangereux. »

Je regrette d’avoir à signaler celte objection émanant d’un homme qui est devenu plus tard professeur à l’École et, par conséquent, fonctionnaire. M’arrêterai-je à le réfuter? Dieu merci! nous ne sommes plus à l’époque où l’on faisait peur au public des budgetivores, des repus et du plus petit garde-champêtre.

Dieu merci! nous ne sommes plus à l’époque où il était très-bien de trouver en toutes choses un moyen d’opposition, où il était de mode de dire : « Le gouvernement, veut, donc c’est mauvais, donc c’est dangereux! b jusqu’à ce que, pourtant, on trouvait le moyen de prendre au budget une part, avouée ou secrète.

Je crois, Monsieur le Préfet, avoir réfuté les objections qui ont pu être dirigées contre l’institution des médecins cantonaux, et je ne pense pas que, de bonne foi, il puisse se rencontrer des adversaires parmi ceux qui voudront bien réfléchir un instant à l’importance de cetle nouvelle création.

Il m’est donc permis de dire que la création des médecins cantonaux ou de circonscription, est le seul moyen d’organiser un service médical profitable aux malades pauvres de la campagne.

Que quelques inconvénients existent, que quelques difficultés d’exécution se manifestent, c’est possible, c’est même très-probable : mais les meilleures choses n’ont-elles pas toujours un côté faible?

Créez d’abord l’institution, puis la pratique et l’expérience vous montreront les modifications à introduire.

J’ai la conviction , Monsieur le Préfet , que Te médecin cantonal bien choisi, deviendra un des moyens les plus importants de bien-être et de moralisation.

Le médecin cantonal et la Béate, voilà deux institutions dont le département n’aura qu’à s’applaudir, si on les établit sur de bonnes bases, si on en dirige bien le développement.

Le médecin cantonal et la Béate, aidés de la charité du curé et de l’influence du maire, représenteront tous les secours. Ils exerceront une action certaine, facile, économique et possible partout, tandis qu’on ne peut créer partout des hospices, des bureaux de bienfaisance, des crèches, des asiles, des sociétés de secours mutuels. Ces quatre personnes représenteront l’alliance si désirable de la charité privée, de la bienfaisance officielle et de l’influence personnelle. Elles modifieront le présent, elles assureront l’avenir.

Enfin, Monsieur le Préfet, l’institution des médecins cantonaux appellera des médecins partout. On ne peut pas espérer en effet, qu’un homme qui a dépensé sa jeunesse et son patrimoine à l’étude de la médecine, aille jamais s’établir là où la pauvreté des habitants lui donne la certitude de ne pas gagner de quoi vivre. Assurez un traitement de 1000 francs, et vous verrez tous les cantons pourvus, non pas d’officiers de santé, mais de docteurs capables et dignes de confiance. Nous savons qu’il existe, sur plusieurs points de France, des communes qui assurent un traitement au médecin qui veut aller s’y fixer, et cet usage est généralement répandu en Suisse.

Dans ma prochaine lettre, Monsieur le Préfet, je m’occuperai de l’organisation des attributions, de la répartition et des détails du service des médecins que je nomme, pour la dernière fois, médecins cantonaux.

Je suis, etc.

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