‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 11 sur 59 · I-!;S MKULCINS · texte numérisé non relu

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inoins de rolTic-inc d Vrchagatos, il est impossible de le décrire exactemenl. Mais on peut supposer que ce (Irec inlelligenl, (pii était surtout chirurgien, dut s inspirer des préceptes d'Hippocrate, qui ne sont d'ailleurs <{ue des préceptes d'hygiène très élémentaires. Autant que le permettaient à cette époque le mode de conslruclion et les idées qu'on se faisait du conl'orl, elle était bien aérée, très éclairée, à l'abri cependant d'un trop ardent soleil (|ui putréfie les l)iaies, et des courants d'air qui agitent, énervent les malades, et peuvent compliquer les dangers d'une opération. Elle devait, en un mot, posséder tous les avantages (pi on ne trouvait guère réunis dans les maisons des particuliers, de ceux-là surtout qui seront les clients des médecins-boutiquiers, les petites gens.

Il est d'ailleurs possible de reconslruire par la pensée celle officine d'Archagatos , (ialieii , qui, beaucoup plus tard, reprit, commenta et développa les prescriptions d'Hippocrate, remar(|ue (pie les établissements concédés par les villes aux médecins qu'elles emploient n'ont jamais cessé d'être organisés d'après le même système, l'ancien système grec. On peut donc, en faisant la part des progrès réalisés après Archagalos, supposer (juelque analogie entre la boutique du premier chirurgien grec fixé à Rome et celle dont les ruines subsistent encore à Pompéi, dans la rue d'Herculanum, tout près de la voie des Tombeaux. Si étrange que paraisse le choix de ce quartier oii passaient chaque jour, en route pour

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leur dernier gîle, des clients trépassés, c'est bien là rofficine d'un médecin pompéien, et, pour une fois, le premier nom donné aux maisons découvertes de la ville ressuscitée s'est trouvé justifié. Eh bien, restaurez par la pensée cette demeure solidement bâtie en pierres du Sarno, et l'une des plus anciennes de la ville; reportez-y les instruments de chii^urgie qui, recueillis en cet endroit, sont conservés au musée de Naples, pinces, scalpels, cautères, lancettes, bisiouris, etc. ; joignez-y, en imagination, les objets divers que les cendres brûlantes du Vésuve ont nécessairement consumés, bocaux de toute forme et de toute grandeur, médicaments simples et composés, bandes, charpies, compresses, éponges, etc.; dans la salle où sont débitées les drogues qui font concurrence à celles des rhizotomes et des pharmacopoles, et, dans la salle voisine, disposez des lits pour opérer les malades, d'autres aussi pour recevoir des pensionnaires * : vous aurez alors une officine de médecin d'autrefois, une installation très semblable à celle d'un apothicaire d'aujourd'hui, mais d'un apothicaire qui serait en même temps médecin, chirurgien, directeur d'une maison de santé, et même gérant d'un cercle ou propriétaire d'un café.

A partir d'Archagatos, en effet, et jusqu'à la fin

1. Les médecins recevaient à demeure des malades, les gardaient quelquefois plusieurs semaines. « Savez-vous ce qu'il y a de mieux à faire? dit un médecin dans une comédie de Plaute. Faites porter le malade chez moi. Je pourrai le soigner tout à mon aise : je lui ferai prendre de l'helléborc pendant une vingtaine de jours. »

de l'Empire, les officines médicales dispuLeronl aux boutiques des barbiers et aux établissements de bains les badauds, les désœuvrés, les curieux en quête de nouvelles. Peut-être ces oisifs y sont-ils d'abord venus un jour qu'on amenait au médecin (jnelque pauvre diable victime d'un accident, comme

Instruments de cliirurgie (pinresj trouvés à Pompëi dans l'officine

d'un médecin.

en pareil cas la foule aujourd'hui se presse devant la porte d'un pharmacien. Ils ont voulu voir le blessé, assister au pansement, à l'opération, satisfaire enfin celte curiosité importune, si énergiquement maudite par Galien, cette envie malsaine qui pousse l'homme à regarder souffrir son semblable. Puis, peu à peu, l'habitude s'est prise d'aller chercher dans la boutique du médecin un spectacle peut-être, des can-

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cans bien sûr. Et c'est ainsi que les patrons de ces demeures hospitalières finirent par partager avec les successeurs de ces barbiers siciliens amenés à Rome parTicinius Menas un siècle avant l'arrivée d'Archagatos, la réputation d'être les plus bavards et les mieux informés des hommes. Seulement, chez les coifTeurs, pourvu (jue vous ne vous éloigniez pas des quartiers élégants, surtout de la région des Carènes, vous pourrez rencontrer des gens bien élevés, comme ces jeunes efféminés qui iront se faire tondre, raser, épiler, parfumer et friser par Licinus, Chez le médecin en boutique, comme chez les tondeurs du Forum et du quartier Subura, vous ne trouverez (jue des petits gens, des Médiocres, l'esclave Epidicus, le pilote Naucratès, des crieurs publics, des maquignons, des femmes du peuple venues pour acheter des herbes ou se faire crever une ampoule, et qui restent là, à attendre elles ne savent quoi, à regarder, à babiller indéfiniment. Pas plus qu'ils ne voudront se faire soigner, les Romains riches n'iront causer dans ces boutiques ouvertes à tous'.

Peu importait d'ailleurs à Archagatos. En aucun temps, ce ne sont la fréquentation et l'estime des hommes distingués qui font les succès populaires ; et si le nouveau venu réussit, selon l'expression de

\. IJilInslir avocat Philippus apcirovanl dans la boutique d'un barbier du Forum le crieur i)ublic Vulleius Menas, qu'on vient de raser et qui paisiblement se fait les ongles, se garde bien d'entrer pour lui parler. Il envoie son esclave Démétrius interroger cet habitué honnête, mais misérable, d'un endroit où ne pénètrent pas les Romains comme il faut.

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Plino, merveilleusement, ce fut parce qu'il s'adressa surtout au peuple, aux ignorants qui ne savaient pas, comme Caton, se soigner eux-mêmes, aux pauvres (jui ne pouvaient, comme les familles riches, se contier à des esclaves spécialement instruits dans la science médicale, et qui, longtemps encore, seront pour les Cirées des concurrents sérieux. 11 dut aussi son succès et sa fortune à sa façon de procéder. Ce n'était ni un savant ayant un système, des idées arrêtées, un dogme élevé, ni môme un chirurgien dans la haute acception du mot, c'est-à-dire un opérateur doublé d'un médecin. C'était un simj)le empiri(jue, comme nos herboristes ou nos vendeurs d'orviétan, et un manœuvre très adroit, très hardi, très courageux en face de la douleur d'autrui, comme les dentistes ambulants de nos foires. Or, à ces industriels les clients ne font jamais défaut, non [)lus que les acheteurs aux fabricants d'images coloriées et les lecteurs aux romanciers des petits journaux. Archagatos ne manqua donc pas de malades. Il avait d'ailleurs ce double avantage, que le peuple ne pouvait s'adresser qu'à lui, puisqu'il était unique en son métier, et qu'on savait tout de suite ce dont il était capable, j)uisqu'il faisait surtout des opérarations chirurgicales. Ouc de maladies longues et graves un médecin doit avoir soignées et guéries avant d'imposer la confiance et de s'assurer, une clientèle! Au contraire, une ou deux opérations heureusement faites en un tour de main, et dont les résultats s'aperçoivent très vite, suffisent à recomman-

der un chirurgien. Ce fui la bonne fortune.que rencontra Archagalos. Son arrivée comblait un vide : il fut le bienvenu ; ses premières opérations réussirent : il fut le bienfaisant. Et le jour où la voix publi(|ucle surnomma Vulnerarius, c'est-à-dire le guérisseur des blessures, il fut adopté par sa nouvelle patrie. 11 ne manquait plus à cette réputation que d'être officiellement reconnue et consacrée : on sait comme elle le fut par le Sénat. O titre de citoyen romain et cette concession d'une bouti(|ue n'attestent pas seulement le triomphe personnel d'Archagatos ; ils marquent, résultat bien plus im})ortant, une date capitale dans l'histoire de la paciticiue et généreuse con(juéte de Rome par la Grèce.

Mais, à ce moment, les adversaires des idées nouvelles et des importations étrangères, les tenaces défenseurs de traditions chaque jour plus oubliées, n'avaient pas encore désarmé. A leur instigation, une ligue se forma, vivement encouragée par les Empiriques de Rome; el, s'il faut en croire Pline l'Ancien, Archagatos aurait lui-même fourni des prétextes à ses rivaux et aux ennemis des Grecs. Si injuste et si misérable qu'il fût, le reproche qu'on lui (it d'exiger de l'argent en échange de ses soins n'était pas pour déplaire aux Romains, pauvres el parcimonieux, <|ui eussent préféré être soignés gratis.

Mais voici qui était plus grave. En sa qualité de chirurgien, Archagalos coupait les membres, brûlait les plaies, taillait dans la chair vive. C'était une nécessité de son métier. Se montra-t-il, dans sesopé-

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râlions, pou compalissanl, brutal, cruel mémo? II se peut : en loul cas, on le lui reprocha. Les gens des basses classes, si durs à la raligue, aux privations, sont le plus souvent très faibles devant la douleur; et vous verrez dans les campagnes de vigoureux gaillards, insensibles à la chaleur, au froid, à la faim, à la soif, et qui se pAmont à la vue d'une pince de dentiste ou d une lancette de chirurgien. Les Romains étaient tout semblables ; et Galion se plaindra vivement de cette faiblesse indigne des conquérants du monde. 11 nous montrera ses malades, très douillets pour la plupart, pfdissant de terreur avant qu'il ait approché l'instrument de leur membre blessé, et allant même jusqu'à perdre connaissance à la perspective de la douleur prochaine. « En ce cas trop fréquent, ajoutera-t-il ,il ne faut pas hésiter à user de subterfuges. Dites au patient que vous remettez l'opération à un autre jour; feignez de vouloir simplement laver la plaie et panser le membre ])lossé, poser des compresses et des cataplasmes; puis, au moment où le malade rassuré ne lutte plus contre vous, coupez brusquement. » Sans doute, Ai'chagatos ne faisait pas tant de manières. On l'appela JiourrcMu; le surnom de Garni fex succéda à celui de Vulnerarius.

Est-il vrai, comme l'affirme Pline TAncion, qu'à partir de ce moment les Romains se dégoûtèrent de la médecine, et prirent en aversion les Grecs qui la pratiquèrent après Archagatos? Il semble bien qu'il y ait là quelque exagération, puisque celui-ci eut

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dos successeurs, ceux-là même qu'un décret du Sénat, porté dans le premier tiers du vu" siècle, expulsa, paraît-il, d'Italie, (-omment auraient-ils pu s'établir à Rome et y vivre, si les Romains s'étaient deshabitués de recourir à eux? Mais ce décret de bannissement que Pline rappelle avec une satisfaction niaise, est-il lui-même bien authentique? En tout cas, on ne voit point qu'il ait été très rigoureusement appliqué. Il fut promulgé, nouff dit-on, longtemps après Caton, quand les Grecs se voyaient enfin débarrassés de leur grand ennemi. Or, C-aton mourut en 605; et voici que quelques années plus tard nous trouvons installé à Rome, aimé, respecté, recherché, un médecin grec au génie puissant, qui devait avoir sur la médecine, sur les mœurs, la littérature, la philosophie, une action profonde, durable et bienfaisante. Ce grand homme s'appelait Asclépiades.

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