‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 12 sur 59 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Asclépiadcs. — Commcnl il fiil jugé par los Romains. — Les inoyons qu'il employa pour réussir. — Son système médical oL sa (loclriiic ijlnlosopliique. Asclépiades disciple (l'Kpicurc et maître de Lucrèce. — Ses préceptes d'hygiène adoi)tés et préconisés par tous les hommes connus de son temps, (licéron, Atticus, etc., élèves d'Asclépiades. — Les Asclépiades grecs et les Asclépiades latins.

C"pst dans la proinière moitié du vu" si(>cle, quolquos années après la réduction do la Grèce on province d'Acliaïe, qu'Asclépiades vint se fixer à Rome. Suivant une tradition, dont Pline l'Ancien demeure responsable, il ne faudrait voir en lui qu'un des premiers types de ces Grecs affamés, si maltraités par Juvénal, do ces hardis aventuriers capables de tout, propres à tout, à volonté peintres, baij^neurs, augures, danseurs de corde, magiciens, grammairiens , rhéteurs et médecins . Asclépiades, pour gagner sa vie, aurait d'abord enseigné l'éloquence. Ce métier ne l'enrichissait pas — ce qui paraît, étrange, puisqu'il avait un talent de parole que toute l'antiquité a reconnu et célébré, — il se serait un

beau jour avisé d'exercer la médecine sans l'avoir étudiée, à peu près comme feront plus tard ces industriels sans scrupules ni clients, que Pline voyait quitter l'établi du menuisier, l'enclume du forgeron et l'échoppe du savetier pour pratiquer l'art de guérir ou de tuer impunément, et auxquels il semble penser quand il parle d'Asclépiades. « Ou'un étranger, ajoute-t-il, qu'un enfant du plus léger des peuples ait pu tout d'un coup, à lui tout seul, dans le seul but de faire fortune, prescrire au genre humain des lois de santé, n'y a-l-il pas là de quoi nous indigner tous? »

Si tel était réellement Asclépiades, comment expliquer qu'il ait été le médecin et l'ami de personnages comme L, Crassus, Marc Antoine, Cicéron,le maître de Lucrèce, le favori de Mithridate, un des écrivains les plus féconds de son temps l'idole des Romains, le bienfaiteur reconnu des hommes? Comment se fait-il qu'après sa mort, pendant des siècles et jusqu'après Galien ^, malgré toutes les sectes

■1. Voici la liste des ouvrages d'Asclépiades : Liber de Finibus; — De communibus adjutoriis: — De celenbtis, sive acutis passionibus libri très; — De periodicis fcbribvs; — De Chjsterihus; — De vini datione in jnorbis; — De lue; — De hydrope; — fAbri salutarium ad Geminimn ; — In aphorismos Hippocralis cornmentariorum libri très; — Ad Erasisti-ati doctrinam libri parasceuatici; — In obscuriores Hippocralis librus explicaiio; — 7Vac'talus de pulsibus; — Ilepl avauvori; xat xdiv atpyv(Aà)v piSXîov; — rUpl (TTOtxîiwv, sive de elemcntis; — Ilspl à).o)7rî-/.;a;, Irailé sur la chute des cheveux; — De ulceribus; — De tucnda sanilale, etc. De tous ces ouvrages il ne reste que de très rares fragments.

2. Galien reconnaît que de son temps la secte d'Asclépiades existait encore. « Il y a aujourd'hui, dit-il, quatre sectes

nuklicales qui lui succédèrent ol on dépit dos progrès réalisés, il soit demeuré dans le souvenir de tous, très souvent in\o({ué, discuté ({uolquefois, toujours respecté? Oise, ([ui le cite })ies((ue à chaque page de son livi-o, se i)roclamo sur beaucoup de points son disciple; Soxtus Empiricus déclare que son génie ne le cède à celui d'aucun autre; Scribonius Largus et Cadius Aurolianus voient on lui un très grand autour de la médecine; et Apulée, après avoir mis Hippocrate hors de pair, l'appollo le prince des médecins. Galion lui-même, dont les idées étaient si opposées à celles d'Asclépiades, rond hommage à son intelligence, son habileté, son éloquence; et la peine qu'il se donne pour discuter son système toujours en vigueur prouve le cas qu'il faisait et qu'on faisait encore autour do lui du savant et du praticien '.

En somme, Pline reste seul avec son indignation et son mépris. Les anciens furent à peu près unanimes à reconnaître le génie d'Asclépiados; et de

florissaiilos, (•ollc d'IIijjpocralo, celle d'Érasislrale, celle d'IIérophilc et celle d'Asclépiades » (De Facull. nal., I, 17).

\. Les modernes eux-mOtues, surtout pendant ces (leux derniei's siècles, ont rendu justice à Asclépiades et essayé de ranimer cette gloire, alTaiblie depuis Galien. fl'est Garofalo, à propos du buste trouvé à Rome en 1712, et ([ue nous reproduisons ici. quia commencé la réhabilitation; puis Cocchi l'a couvert d'éloges ; dans un parallèle tout à son honneur, il a été comparé à Boerhaavc. Que d'autres admirateurs, médecins et savants, on pourrait citer encore, jusqu'à Raynaud, auteur d'une excellente, mais trop courte thèse latine. De Asclepiade Dilhynol Je ne vois guère, de notre temps, «lue l'auteur de la grande Histoire des Humains et Friedlœnder {{•ai nient traité Asclépiades de charlatan.

bonne heure, après quel(j[ues années (rexercice, son nom devint célèbre dans tout le monde romain, plus célèbre même el plus populaire que celui d'Hippocrale. C'est qu'en eU'et le système qu'il représentait était, on va le voir, plus agréable, plus décidé, plus accessible à tous. Asclépiades avait encore un avantage sur le grand médecin. de Cos : il était plus facile à sa gloire, reconnue et consacrée par les maîtres du monde, de se répandre dans toutes les parties de l'univers ébloui par le prestige de Rome, qu'il ne l'avait été à celle d'IIippocrate d'aller de (irèce en Italie. Ainsi, de nos jours, un nom illustre dans la capitale va plus aisément jusqu'au bout de la France, qu'une célébrité provinciale ne s'impose à Paris.

Celle d'Asclépiades s'imposa très vite; car le nouveau venu savait oîi il allait et ce qu'il voulait. Lorsqu'il vint s'établir à Rome, aux environs de l'année G30, il ne comptait pas, comme la plupart des autres émigrants grecs, sur le hasard pour trouver un métier et l'aire fortune; il apportait avec lui des projets très arrêtés, un plan de vie tracé d'avance. Et son but, malgré l'affirmation de Pline, qui a confondu ce Ritliynien de Pruse avec un autre Rilhynien du même nom, originaire de Myrlée et grammairien du temps de Pompée, n'était pas d'enseigner la rhétorique. C'est à conquérir et garder des clients, non à former des orateurs, qu Asclépiades devait employer cette éloquence séductrice que tous ont vantée. 11 se proposait

LES MÉDECINS. j1

doxcrcer la inédccinc, dont il est bien injuste de dire <|M'il ne s'était jamais occupé Au témoignage d'un aulre médecin, qui fit de lui une étude très sérieuse, de Cielius Aurelianus, il l'avait apprise à bonne école, dans celte glorieuse académie d'Alexandrie

Buste supposé d'AscIépiadcs.

illustrée, sous la protection magnifique des Ptolémées, par tant de découvertes en tout genre, surtout en analomie, par les travaux de médecins dogmatiques, tels que Praxagoras, Chrysippe, Erasistrale, Hérophile de Chalcédoinc, et d'Empiriques

1. " Qui nec id egisset, née remédia nosset >• (Pline l'Ancien.)

comme Apollonius d'Antioche, Glaucias et Héraclides le Tarentin. De ces premières études, forlifiées j)ar une connaissance approfondie de la philosophie d'Épicure et par une longue pratique dans les villes de l'Asie Mineure et de la Grèce, à Parium surtout et à Athènes, Asclépiades avait tiré un système très nouveau, très original et hardi, dont Celse a dit qu'il changea presque complètement l'art de guérir *. Et c'est ce système qu'il venait offrir aux Romains. Ce n'est donc pas seulement un médecin étranger, un simple praticien, comme Archagatos, qui pénètre en Italie avec le nouveau venu ; c'est la médecine môme, la médecine grecque, que son représentant va habiller à la romaine et accommoder aux goûts des clients qu'il convoite.

Asclépiades, on le devine aisément, comprit tout de suite combien la jalouse surveillance des Empiriques latins, élèves de Gaton, et l'orgueilleuse répugnance des maîtres du monde à se laisser soigner par des étrangers, et le souvenir encore récent du bourreau Archagatos rendaient sa position délicate. Avec infiniment de tact et d'adresse il s'appliqua d'abord à détruire les préventions qu'avait laissées son prédécesseur, et à ruiner l'autorité de ses confrères romains, ignorants et grossiers. En même temps qu'il séduisit ses clients par des manières alfables, une causerie brillante, des discours caressants et des attentions délicates (jusque-là qu'il

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