‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 13 sur 59 · Medendi ralionem ex magna parte mulaiil · texte numérisé non relu

Medendi ralionem ex magna parte mulaiil

oxposa dans un traité spécial les moyens de combattre la calvitie '), il les flatta dans leurs maladies par la façon dont il entreprit de les traiter. Son principe était (pi il faut guérir sûrement, promptement, af^réablement, tuto, celeriter, jucunde.

5'?<remen// Hélas ! quel médecin fut jamais certain (le i>fuérir ses malades? — Promptement! Certes, il serait à souhaiter (|u*on pût toujours le faire, id volum est, soupire Celse; mais il est parfois téméraire de vouloir guérir trop vite. — Agréablement ! (Vest là ([u'Asclépiades triomphait. Sans doute (et cela suffirait à prouver qu'il ne se préoccupait pas, comme Pline le lui a reproché, de plaire toujours et quand même), il y eut des cas où il se crut obligé de se montrer très énergique * : il lui arriva de condamner ses malades à des veilles prolongées, à une soif intense, avec défense même de se rincer la bouche pour que l'excès d'incitation amenAt une débilité ([u'il jugeait favorable à son traitement^; il dut aussi saigner dans la pleurésie, Tépilepsie et les convulsions, pratiquer la laryngotomie dans les

1. Les préparations relatives à l'hygiène et à reml)ellissemonldii corps {ars oi-nairix) étoienl du domaine des médecins. Cliez Ilippocrate, Celse, Galien, Paul d'Éçrine, etc., on trouve de nombreuses formules pour fabriquer ces sortes de |)roduits.

2. Qiio mar/is faltuntur, dit Celse, qui per omnia jucundam ejm discipiinnin esse concipiunt ; iortoris vicem exhibuil. »

;i. El aussi, pour ce qui concerne les veilles, parce qu'il regardait le sommeil comme un resserrant; et dans certaines maladies, on le verra pins loin, il cherchait <^ relâclier les tissus.

sulïocalions , ol la paracentèse ou ouverture du ventre dans Tliydropisie ; mais il ne risquait qu'à son corps défendant ces opérations qui lui étaient pénibles et peu familières C'est (|ue, par nature et par gofit, il était bien moins chirurgien que médecin, (c 11 faut, dit Celse, que le chirurgien ait un cœur intrépide. Résolu à guérir le malade confié à ses soins, il ne doit pas se laisser émouvoir par ses cris, ni se hûter plus qu'il ne convient, ni couper moins qu'il n'est nécessaire. Qu'il achève sa besogne en restant insensible aux plaintes du patient. » Un médecin, au contraire, peut être compatissant, et Asclépiades l'était de toutes les façons, par sa parole, par les encouragements et les consolations qu'il prodiguait à ses clients, par le régime facile à suivre qu'il leur recommandait dans leurs maladies chroniques, par les remèdes très doux, surtout très peu nombreux, qu'il leur prescrivait dans leurs affections aiguës.

Ce fut là pour les Romains une chose toute nouvelle, une surprise très agréable. « Les anciens mL'decins, dit Celse, ceux-là surtout qui prirent le nom d'Empiri(pies, attribuaient de grandes vertus aux médicaments qu'ils faisaient intervenir dans les traitements de toutes les maladies. Asclépiades, au contraire, a presque entièrement banni l'usage do

1. Galicn le juge sur ce point avec une extrènio sévérilé : il estime qu'il n'entendait rien à la chirurgie, ni même à l'anatomie, et il voudrait l'envoyer prendre des leçons chez les bouchers et les cuisiniers.

ces moyens curalifs qui, selon lui, dérangent l'estomac, et il a reporté tous ses soins à l'application (lu régime. » Ainsi, les vomitifs, mis depuis peu à la mode par do grossiers intempérants, mais de tout temps délestés des malades, étaient d'un usage très répandu : en les proscrivant, avec une rigueur peutêtre excessive, Asclépiades fit acte de médecin aimable et de courageux moraliste. A toute occasion, les Empiriques administraient des purgatifs, dont ils s'étaient fait une sorte de panacée '. Convaincu qu'ils sont nuisibles au corps, l'aflaiblissent et l'empêchent de parvenir à la vieillesse, Asclépiades ^ leur substitua les lavements, dont il exposa les effets bienfaisants dans un livre, De Clysieribus, presque entièrement transcrit par Celse. Beaucoup moins exigeant que ses confrères et ses prédécesseurs, qui souvent, comme Hippocrale lui-même, imposaient la diète à leurs clients pendant une semaine entière, il ne la prolongea pas au delà du ([uatrième jour, sachant bien que le climat de Rome ne permettait pas une aussi longue abstinence que celui d'Asie ou

1. Ils se bornaient à les varier, prescrivant à tour de rôle l'hellébore noir (celui dont la racine est noire), la filleule, lï'caille de cuivre, le suc de tithyniale ou laitue marine, le lait d'clnesse, de vache ou de chèvre mêlé de sel, etc.

2. Aulu-Gellc sera un peu le disciple d'Asclépiades. ■< L'hellébore blanc, dit-il, est un vomitif (jui purge l'estomac, l'hellébore noir nettoie le bas-ventre; l'un et l'autre chassent les humeurs nuisibles, principes des maladies. Il est à craindre cependant qu'avec les principes des maladies toutes les voies du corps ainsi ouvertes ne laissent échapper les principes de vie. »

cl'É^y})te. SouvonI mOmo, si la fièvre avait diminué, il cessait dès le début de résister aux réclamations de ses malades, dont lappétit lui paraissait un symptôme favorable. Surtout, il ne tint pas compte, pour donner ou refuser la nourriture, de l'influence prétendue des jours critiques. Il ne croyait pas, comme Hippocrate, que les jours impairs, le 3°, le o\ le 7°, le 9", k et le 21% ce dernier surtout et le 9", fussent particulièrement dang-ereux pour le malade atteint de fièvre. Il faisait même remarquer (jue les partisans de ces idées se mettaient en contradiction avec leur propre théorie, puisqu'ils comptaient vui jour pair, le 14", parmi les époques redoutables. C'est le 13°, disait-il, ou le 15*^ qu'ils auraient dû choisir. Et il ajoutait : ce n'est pas le temps qui, de lui-même ou par une volonté expresse des dieux, guérit les malades, c'est le médecin par son adresse et son habileté. 11 ne faut jamais, comme faisait Hippocrate, attendre sans rien faire qu'une maladie se termine toute seule : il faut par ses soins et ses remèdes accélérer la guérison et se rendre maître du temps. C'est sans doute cette inaction qu'Asclépiades avait en vue, lorsqu'il reprochait ironiquement à la médecine des anciens Grecs de n'être qu'une Méditation de la mort, et à ceux qui l'exerçaient ainsi de ne venir au lit des malades que pour constater la façon dont la Nature se tirerait d'affaire.

Les Romains étaient moins sceptiques et plus actifs. A cette époque, pour combattre la fièvre, ils

LES MliDECINS. 57

avaiont roulumo do provoquer la sueur par tous les moyens possibles : ils étouiïaienl les malades sous le poids des couvertures, les metlaienl rôtir devant le feu. ou les exposaient aux rayons d'un soleil ardeni : et, entre temps, ils les faisaient vomir ou les purgeaient. (Vest par des proc(^dés tout différents (prAsch'^piades entendit combattre cette terrible, celte éternelle ennemie de Rome. Pour la fièvre, comme pour la plupart des maladies, il substitua aux remèdes violents un régime très doux, à la portée de tous, qu'il exposa dans plusieurs ouvrages, IJe periodicis febribus, De lucnda sanitale, surtout dans son livre sur Les secours communs. De communibus adjutorin. Les promenades, les bains, les frictions et le vin, tels étaient ses remè<les favoris. Il alla même jus(|u'à appeler à son aide la musique, qu'il estimait être un calmant de premier ordre.

Pendant la convalescence, ou dans les intervalles des accès, il prescrivait à ceux dont le corps ne trend)lail plus de fièvre, mais seulement de faiblesse, l'exercice qui fortifie, les promenades à pied, à cheval ou en j)ieine mer; aux alités, mémo quand la fièvre était ardente (et cela paraît ;\ Celse excessif et dangereux), il recommandai! la promenade en litière et en bateau, sur un fleuve ou dans un port. Les plus malades même, il se refusait à les laisser, comme c'était l'usage, dans l'obscurité et l'immobilité. Il avait imaginé pour eux des lits suspendus dont le bercement calmait les douleui's et aj)pelait le sommeil.

58 LES GRECS A nOME.

Il ('lait aussi très partisan des bains, qu'il donnait tantôt chauds, tantôt froids C'est lui qui fut le créateur de Thydrothérapie, si goûtée sous Auguste, et personne ne contribua davantage à généraliser la mode des thermes que les mœurs grecques avaient introduits à Rome. Qu'aurait pensé M. Porcius Caton de ce luxe de propreté? Et quel nouveau grief il eût trouvé là contre les médecins détestés ! De son temps en effet on ne se baignait guère. <( Au dire de ceux qui ont décrit les coutumes de la vieille Rome, raconte Sénèque dans une lettre datée de la villa de Scipion l'Africain où il était allé faire une retraite, on se lavait chaque jour les bras et les jambes, pour enlever les souillures contractées par le travail, mais l'ablution du corps entier ne se renouvelait qu'une fois la semaine, aux jours de marché ^. » (Vest à partir d'Asclépiades surtout, que les malades et tous les Romains adoptèrent un usage jusqu'alors plus particulièrement réservé aux amateurs de gymnasti(pie; c'est grâce à son influence que le goût se répandit des bains d'eau chaude et de vapeur dans des salles enveloppées d'air brûlant par des calorifères souterrains. Ce n'est pas tout : un des prc-

1. On rai)pelail, souvoiit lo donnour d'eau froide », à cause des l)aiiis fi-oi<ls ([u'il donnail et do. l'eau glacée qu'il faisait l)oire dans certains cas, par exemjjle dans la dysenlerio.

2. C'est bien plus encore qu'on ne fait aujourd'hui. D'après une statistique récente, les Italiens prennent en moyenne un bain tous les deux ans. Il n'y a pas de ville au inonde où l'on trouve moins d'établissements de bains chauds qu'à Rome. Les ruines des Thermes anciens semblent leur suffire.

LES MKDECINS. 59

miers voliipliioux de Romo , ringénioux Sorgius Orala, avait inventé des baignoires mobiles et suspendues au-dessus du l'oyei', sortes de berceaux d'eau douce*; Asclépiades les adopta et les employa pour ses malades, qui trouvaient ainsi réunis le bain, le feu, la promenade et le lit.

C'est lui encore qui inti'oduisit dans la médecine romaine le système des onctions pour les maladies aiguës et récentes, du massage et des frictions pour les atTections chroni({ues déclinantes. Hippocrate avait déjà emprunté à la gymnastique grecque et recommandé ce traitement qui fortifie les organes relâchés, rend la souplesse aux organes trop faibles; et un de ses disciples, Prodicus de Sélymbrie, fit même de ce traitement un art spécial, VAliptique ou science de guérir par les frictions . Asclépiades reprit le système d'IIippocrate et le vulgarisa. Désormais, mais surtout plus tard, sous l'Empire, on verra de simples trotteurs de peau grasse s'ériger en médecins. Sous prétexte qu'ils ont quelque connaissance du corps humain, qu'ils règlent le régime des athlètes, qu'on les appelle quelquefois au chevet des malades, comme on a recours aujourd'hui à un poseur de ventouses ou ii un fabricant de bandages, ils se croiront de grands savants, rebattront de leurs conseils pédants les oreilles de leurs clients, et joindront sans scrupules à leur nom d'Aliplae le litre (ïlatroi.

d. C'est lufaussi ([ui mit à la mode ce poisson délicat qui porte son nom, la Dorade.

Enfin, voici le remède souverain d'Asclépiades, celui qu'il avait préconisé dans un traité spécial, De vini dalione, et dont il égalai! la puissance à celle même des dieux. « C'est lui, dit Apulée, qui le premier a fait du vin un médicament salutaire. Il savait le donner à propos et connaissait merveilleusement les cas où il devient bienfaisant, et les malades auxquels il convient. » Quels malades? Les fiévreux qui ont besoin d'être soutenus, et le vin faisait l'office de l'eau-de-vie que nous donnons dans les fièvres typhoïdes; les phrénétiques ' qu'on calme et assoupit en les enivrant ; les léthargiques qu'on excite et dont on réveille les sens avec du vin donné à petite dose; les cardiaques qui, transpirant beaucoup (boire et suer, dit Sénèque, telle est la vie du cardiaque), doivent être fortifiés et réchauffés. Cet emploi raisonné du vin et ces effets bienfaisants, est-il besoin d'ajouter que Pline ne les a pas compris ni soupçonnés? Oubliant sans doute qu'il vient, par erreur, de compter l'abstinence du vin parmi les remèdes qu'appliquait Asclépiades, il ajoute un peu plus loin que ce médecin en promettait et en donnait aux malades ; et il ne veut voir là qu'un adroit moyen de séduction, mirabile arùficium. Il se

1. Asclépiades scmhlo s'être beaucoup occupé des fous; et, comme les autres malades, il les a traités avec une grande douceur. Il protesta contre l'habitude de les tenir dans l'obscurité. Il estimait que les ténèbres les épouvantent et aggravent leur étal. Il voulut qu'on les laissât au grand jour. Mais il n'alla pas jusqu'à les délivrer des liens dont ils resteront si longtemps chargés.

trompe, on vient de le voir. Pourtant, il est bien certain (jnen employant ce remède, Asclépiades n'a pas nui à sa réputation de médecin bon enfant, <rhomme à la mode. Même, il a dù particulièrement réussir auprès des femmes. Le temps, en ellct, n'était pas loin où le vin, sauf celui de marc et de raisins cuits au soleil, était si rigoureusement interdit aux Romaines, qu'elles risquaient la mort si leurs maris, en les embrassant, respiraient sur leur bouche l'odeur du fruit défendu. Le souvenir subsistait encore et subsistera longtemps de la femme d'Egnalius Mecenius assommée à coups de bâton pour avoir bu du vin au tonneau, et de cette autre condamnée par sa famille à périr de faim, parce qu'elle avait brisé les cachets de la bourse qui gardait les clefs du cellier. Asclépiades devait donc plaire aux femmes en leur accordant pendant leurs maladies une liberté qu'il allait devenir aisé d'étendre à la convalescence, et de prolonger môme indéfiniment. Qu'est-ce en efï'et que la santé, sinon une longue convalescence, un répit entre la maladie d'hier et la maladie de demain? Quant aux hommes, ce remède devait leur sourire d'autant plus agréablement, que le vin prescrit par Asclépiades était le vin grec ; et malgré la réputation que la récolte faite sous le consulat d'Opimius, précisément à l'époque d'Asclépiades, venait de conquérir aux vins italiens, les crus de Chios, de Lesbos, de Cos gardaient pour les Romains le prestige mystérieux de l'ambroisie divine. Lucullus lui-môme avouait que

02 LliS LiUECS A ROME.

chez son père ces breuvages précieux ne faisaient jamais (pi'une Ibis le tour de la table. Or, c'était ces vins-là qu'Asclépiades prescrivait à ses malades. Tantôt il les \cur donnait au naturel, tantôt il les additionnait d'eau douce, ou les préparait avec du miel, de l'hysopc et autres produits, que ses successeurs varieront et multiplieront à l'infini, pour remplacer l'alcool et l'élher inconnus des anciens. Le plus souvent, il les mélangeait d'eau de mer, et obtenait ainsi un vin spécial, très connu sous le nom de Thalassitès ou Telhalassomenon, et très recherché parce (|ue, même préparé avec du vin de Tannée, il donnait l'illusion du vin vieux. Voilà, nous semblet-il, une étrange boisson 11 était cependant si prisé des anciens , ce vin récolté surtout et fabriqué à Cos , la patrie d'Hippocrate, dans le vignoble d'IIippos, (jue les Grecs l'appelaient Biôn, le dispensateur de la vie, et que les Romains trop pauvres pour se le procurer cherchaient du moins à l'imiter: ils s'imaginaient donner sa saveur et son bou({uet à leur Apre \\u de Saliine en mélangeant celui-ci d'eau de mer, ou en laissant fondre dans leur

\. On cxi)lifiuait de Irois manières celte opinion ])izarrc ([ue Teau do nier vioillil et, bonilie le vin. D'après les uns, c'était un oracle cpù avait conseillé de plonger liacchus dans la mer; d'après d'autres, .Jupiter lui-même aurait donné cotte idée aux liomnios on préci])ilant dans les Ilots le dieu de la vigne foudroyé, l-^nfin, les sco]»tiques anirniaient qu'on devait cette invention à un esclave. Celui-ci, ayant largement puisé dans une jarre de vin nouveau, avait mis de IVau do mer à la place; et le maître avait trouvé son vin beaucoup meilleur, et vieilli d'un an en un jour.

Lonneaii du sel enlormc' dans un sac de jonc odorant.

^'oilà coninionl, par la srduclion qu"exei\'aionl sa personne et ses remèdes, Asclépiades conquit très vile de nombreux clients et une gloire universelle. Il devint le type parfait du médecin à la mode et montlain. mais d'un médecin mondain qui serait en même temps, chose rare, un grand savant et le premier praticien de tous les pays. A cette époque, en elïel, où les peuples de l'univers avaient les yeux tournés vers Rome , la renommée d'Asclépiades devait forcément se répandre partout. Et c'est ainsi que sa doctrine, toute grecque en somme malgré les modifications introduites par son génie très original et la nécessité de se plier aux mœurs italiennes, revint à la Grèce estampillée par les Romains. On fut ébloui par celle grande réputation; et l'on vit même Alilbridate, par haine de Rome et par amour des sciences médicales, tenter de la confiscpier à son profit.

A l'exemple d'Altalus, qui cultivait les plantes à Pergame, comme précisément à la même époque le vieux Caton les cultivait à Tusculum, qui tentait des expériences avec les sucs et les semences , composait des poisons et des contrepoisons (ju'il essayait sur les condamnés à mort, le grand roi de Pont avait appliqué à la médecine son génie si vaste. Il faisait partout rechercher et collectionnait les livres relatifs à cette science, les recueils de remèdes et les descriptions de leurs elfels. Lui-môme avait

inventé des anlidoles el des élecluaires, dont l'un, composé de substances aromatiques et d'ojjium, est resté célèbre et porte encore son nom. Comme il aimait à vivre au milieu des médecins étrangers qu'il attirait à sa cour, el des eunuques instruits par lui-même dans l'art de guérir, il voulut s'attacher Asclépiades. Mais celui-ci, peu soucieux d'abandonner une ville où il était traité en enfant gâté, répondit à cet appel à peu près comme les prêtres d'Épidaure avaient répondu aux députés romains envoyés en Argolide pour chercher Escidape, et qui durent se contenter de l'ofl'rc d'un serpent sacré. Au lieu de venir lui-même, Asclépiades expédia à Mithridate le recueil de ses œuvres, que Pompée devait retrouver dans la bibliothèque du roi vaincu, et rapporter à Rome , pour être traduites , avec les autres livres médicaux de cette collection fameuse, par son alfranchi Lenœus. Lorsqu'il rappelait avec orgueil que la défaite du roi de Pont avait été de la sorte aussi profitable à la santé qu'à la gloire des Romains, Pline ne songeait pas qu'au nombre de ces ouvrages reconnus si utiles se trouvaient précisément ceux du médecin qu'il traitait de charlatan.

Mais telles étaient, ill'avoue lui-même, la gloire de ce charlatan et son autorité, qu'on finit par le vénérer de son vivant comme un être surnaturel, un élu des dieux. On allait même jusqu'à se demander s'il n'était pas descendu du ciel ', (juand un événe-

1. « Vniversum prope humanum genus civcumeçjil in se, non alto modo quant si cœlo ewissus advenisset. » (Pline.) Juvénul

LES MIÎDECINS. 65

ment exlraortlinaire, dont le souvenir souvent évoqué dans la suite devait survivre à trois siècles se produisit tout d'un coup, qui permit aux enthousiastes de n'en plus douter.

Asclépiades revenait un soir de sa maison de campagne. Comme il franchissait la porte Capène, il aperçut un long cortège, une multitude en deuil, des pleureuses, des licteurs noirs, et un mort qu'on allait brûler. Le bûcher préparé attendait le malheureux dont les membres étaient parfumés d'aromates et le visage enduit d'odorante fleur de farine.... Asclépiades, (jui fut, dit Apulée, un grand curieux, un badaud flAneur que tout attirait et intéressait, s'approcha, fendit la foule, vint au lit funèbre, se pencha sur le cadavre, le regarda attentivement, lui prit la main qu'il garda quelques secondes entre les siennes, et tout à coup se redressant : « Cet homme n'est pas mort, s'écria-t-il ; éteignez ces torches et renversez ce bûcher. » Alors, de la foule stupéfaite un murmure s'éleva, et des cris d'admiration se firent entendre, mêlés de quelques mo(jueries et protestations d'assistants incrédules et d'héritiers déçus. Non sans peine, Asclépiades obtint qu'on dinenlt la cérémonie et que le défunt lui fût confié. Celui-ci, reporté dans sa maison et soigné avec des médica-

nc (lira pas (luc les Grecs (Jcscondoiit du ciel, mais il prétendra (et il y eut peut-tHre des Ames assez simples pour le croire) qu'ils sont capal)les d'y monter :

Grœculus esuriens in cœlum, Jusseris, ibil. 1. Cette anecdote, rappelée par Celsc et par Pline, a été longuement racontée par Apulée, dans ses Florides.

06 LKS GRECS A ROME.

menls myslérieux, quiùusdam medicamenlis, rcvonail bientôt à la vie... Et le peuple alla partout répétant qu'Asclépiades ressuscitait les morts. Car il ne vint à l'idée de personne, tant élait grand et irréfléchi l'enthousiasme universel, que le prétendu mort élait en catalepsie, et (jue son sauveur, merveilleusement habile, dit Apulée, dans l'art de l'auscullalion avait simplement senti sous ses doigts battre à coups faibles le pouls du cadavre vivant. Seul, parmi les Romains de cette époque, un poète savant allait chercher à expliquer ce phénomène encore inconnu de la mort apparente ; et c'est peut-être à cette cure quasi divine que nous devons ces beaux vers de Lucrèce :

« Souvent, taudis qu'elle demeure encore au séjour des vivants, rànie, blessée d'un mal mystérieux, paraît vouloir s'en aller et se séparer entièrement du corps. Les traits du visage s'affaissent comme à l'heure suprême ; les nieml)res se laissent aller, et le corps privé de sang reste inerte -. »

A ce nouveau titre de gloire, très exceptionnel, Asclépiades eut la bonne fortune de pouvoir en ajouter un autre, (jue tout le monde, et particulièrement les médecins, ne sauraient trop ambitionner : il ne tomba jamais malade et vécut très vieux. Sul-

1. « Cujus rei ohssvuationem probe callebal : ut i/td dilifjeniissime animadverleret venarum piilsus inconditos, tel prœclaros. «

2. « Quin eliam, fines dum vil/r verlilicr intra, Sicpe aliqua tamen e causa labefacla videlur Irc anima, ac tolo solvi de. corpore velle,

Et quasi supremo lanrjuescere lempore voltus, Molliaque exsangui tmnco cadere omnia membra.... »

picius écrivait à son ami Cicéroii : Ne lais pas comme ces mauvais médecins qui se prétendent très liabiles à guérir les autres, et qui ne savent pas se soigner eux-mêmes », Asclépiades se soigna très bien, et toute sa vie porta sur sa figure la preuve évidente de son pouvoir et de sa science. Cette santé robuste, il savait d'ailleurs en tirer parti. « Refusez-moi votre confiance, avait-il coutume de dire, et le titre de médecin, si aous me voyez jamais malade. » Aussi, s'imaginait-on que les dieux, qui l'avaient envoyé sur la terre, ne l'en rappelleraient plus ; et une tradition, naïvement adoptée encore par un érudil allemand du XVII* siècle, Fabricius, le faisait vivre cent cinquante années. Il est tout au moins certain qu'il ne mourut qu'à un Age très avancé, non de maladie ou de vieillesse, mais d'une chute dans un escalier.

Si longue et si heureuse qu'ait été la vie de cet homme plein de gloire, quelque chose lui manqua. Ils sont rares en tout temps, les malades capables ou soucieux de se rendre compte de tout ce qu'ils doivent à leur médecin, et de calculer combien de travail, de veilles, d'années d'eiîorts et de dangers courus sont souvent enfermés et résumés , pour ainsi dire, dans une seule visite, une indication de traitement, une simple ordonnance. Il ne faut donc pas s'étonner si les Romains, ignorants et pratiques, dont Cicéron disait : « ce n'est pas pour sa science, mais pour la santé qu'il procure qu'on fait cas du médecin », ne soupçonnèrent pas tous les mérites d'Asclépiades. Le son vivant, et longtemps après sa

moli, jusqu'au jour où Cœlius Aurclianus expliqua les idées philosophi(iues du médecin, ils reslèrenl sans comprendre que ses Iraitements, si efficaces cl si douxi pouvaient bien élre, non une adroite flallerie, mais le résultat de longues études et Tapplicalion raisonnée d'une théorie supérieure. Bien loin, en eilel, d'avoir pour but unique le désir de plaire, le système thérapeutique d'Asclépiades reposait sur des principes scientifiques et philosophiques. C'est la doctrine Épicurienne , une nouvelle venue chez les Romains, qui en était, comme elle le sera tout à l'heure pour le poème de Lucrèce, la grande inspiratrice, la mère et la nourrice.

Soucieux d'assurer aux hommes la félicité suprême, Épicure s'était nécessairement préoccupé de la santé du corps en même temps que de celle de l'âme, et il avait écrit un traité, Ilspt vôcou 8ô;ot, où il entreprenait d'appliquer à l'art médical son système scientifique, et au corps humain sa théorie des atomes C'est cette théorie qu'Asclépiades reprit, adopta et dont il fil un ensemble complet, qu'il exposa dans son Irailé perdu, Ilepi Stoi/eîow. Rattachant très étroitement ses propres idées sur la médecine à la doctrine philosophique de son maître, dont il avait fait en Grèce une élude approfondie, il décou-

1. Avant lui, Démocrilc, le conlcmporain et le client d'IIippocrate, s'était aussi occupé des choses médicales. « Il avait expliqué, dit M. A. Bertrand, les grandes épidémies par la destruction des corps célestes et le mélange confus de leurs atomes délétères avec ceux de notre atmosphère. » [Revue scientifique, 1884, 1" semestre, n" 5.)

vril un rapport intime entro la substance organisée et la substance brute, entre la vie et la matière. Il expliqua le corps humain, ses accroissements, ses ailaiblissements, ses maladies, non par des lois spéciales, mais par les lois mêmes, physi([ues et chimiques, du système épicurien; et tous les mouvements de notre organisme devinrent, à ses yeux, des applications particulières de ces lois. La machine humaine l'ut pour le médecin ce que la grande machine ronde était pour le philosophe, un composé de matière qu'il ai)pela atonies ou molécules et de \ ide qu'il appela porcs. Ces pores, disait-il, sont autant d'ouvertures percées dans ces atomes agglomérés qui forment notre corps. Par ces trous, comme à travers un crible, pénètrent d'autres atomes très ténus et de figures diverses, carrés, triangulaires ou ronds, qui se répandent dans l'organisme, vont et viennent, entrent et sortent. Tant que l'harmonie subsiste entre les pores et ces molécules voyageuses, c'est-à-dire tant que ces dernières circulent librement et régulièrement, la santé est assurée. Elle se trouble, au contraire, les maladies surviennent, et notre ma(diine

1. Il y a pourtant une dilTérencc entre le maître et le disciple : Épit ure ne i'ei,'ardait ])as les molécules comme les ])remiers principes des corps, mais seulement comme la première chose résultant de l'assemblage des atomes, ([ui sont, d'après lui, les premiers et les vrais principes des corps. Asclépiades, au contraire, ne dislingue pas les atonies des molécules. Les uns ni les autres ne sont pour lui, connue les atomes pour Épicure, des corps indissolubles, mais de petites masses fragiles. C'est du moins ce qui send)le résulter d'un passage où Cœlius Aurclianus explique, sans grande précision, les idées d'Asclépiades.

commence à se détraquer, dès que ces rapports sont interrompus, quand les atomes deviennent trop gros ou trop petits, les pores trop ouverts ou trop fermés. Trop grosses ou trop nombreuses, les molécules ne peuvent plus passer par les pores trop resserrés, et des compressions, des déchirements se produisent qui amènent les spasmes, la paralysie, les fluxions, la fièvre, le plus évident de tous les symptômes de l'obstruction des corps, la fièvre qui devient plus ou moins forte selon que ces corps plus ou moins gros ont plus ou moins de peine à circuler. Au contraire, les molécules sont-elles trop petites : elles s'écoulonl alors trop rapidement dans les filières Irop larges ; le corps humain n'est plus soutenu, ni nourri ; et voici venir la faim canine, les langueurs, les défaillances, etc., etc. Resserrer et relâcher les pores à propos, voilà donc la tâche du médecin. Et Ton comprend maintenant pourquoi Asclépiades proscrivait les médications violentes qui ouvrent les pores d'une secousse trop brusque, comme les vomitifs, ou qui, comme les purgatifs, créent les humeurs sales au lieu de les expulser; et pourquoi, au contraire, il prescrivait des remèdes très doux, tantôt le vin et les douches froides qui resserrent les tissus, tantôt l'exercice, les frictions, les bains chauds qui les relâchent, et forcent les corps retenus dans les canaux à circuler et à sortir en entraînant avec eux tous les éléments impurs. Ces traitements agréables, qui semblaient aux Romains de simples prévenances, d'adroits procédés d'un homme uniquement sou-

LKS MKDECINS. 71

cieux de plaire, étaient en réalité des remèdes très logiques, destinés à amener la contraction ou la dilatation des pores, à retenir les atomes ou îi les mettre en mouvement, îi retarder ou à faciliter leur passage.

En faisant d'Asclépiades le disciple d'Épicure et le premier représentant de cette doctrine à Rome, ce système étroit, dont nous sourions aujourd'hui, mais qui se tient, faisait aussi de lui, et nécessairement, l'adversaire de la plupart des anciennes théories médicales. Comment, par exemple, un médecin sans cesse préoccupé, comme il devait Tètre et Tétait en efl'ol, de surveiller les pores trop ouverts ou trop fermés de ses malades, aurait-il pu consentir à voir dans la Nature ce Principe intelligent qu'avait salué llippocrate, et à déclarer avec lui « qu'elle suffit aux êtres pour toutes choses, leur tient lieu de tout, fait d'elle-même tout ce qui leur est nécessaire, sans avoir besoin qu'on le lui enseigne et sans l'avoir appris de personne »? — « Non, disait Asclépiades (et c'est surtout par ces affirmations qu'il exaspérera Galien), non, il ne faut pas croire c{ue ce qu'on appelle la Nature fait toujours le bien : elle fait souvent le mal. Ce n'est pas elle qui assure la marche régulière des atomes dans les canaux, c'est le médecin. Le médecin n'est point le serviteur docile et l'exécuteur respectueux des ordres de la Nature : il est son guide, son correcteur et son maître '. »

i. C'est aussi ce que disait Sénèque. <- (Juoiqu'on la juge (lue au Destin, la guérison n'en est pas moins due au médecin, parce que c'est par ses mains que le bienfait du Destin

72 MîS GRECS A ROMK.

Mais ce n csl pas seulement Ilippocrale qn'Asclépiades osait combattre. Par celte application à la médecine de la doctrine épicurienne, et par l'importance qu'il attachait à l'élude générale de l'organisme, à la connaissance des causes cachées qui font la santé et la maladie, il se séparait des Empiriques indiflerenls aux causes lointaines ou prochaines, et préoccupés seulement de faire l'histoire de chaque maladie, de suivre son évolution, de la comparer à celle d'autres affections identiques ou analogues, de réunir le plus d'observations possible, et d'adopter enfin le traitement qui avait le plus souvent réussi. D'un autre côté, par l'allenlion et la sollicitude avec lesquelles il examinait et suivait ses malades, par la place qu'il donnait à la pratique, il se distinguait des Dogmatiques de l'école d'Alexandrie, qui faisaient reposer l'art médical sur le raisonnement , et n'accordaient à l'expérience ([u'une valeur très secondaire. Mais, outre ces dilférences fondamentales, la doctrine d'Épicure, ainsi rattachée à la médecine, devait amener sur d'autres questions moins générales des divergences curieuses entre Asclépiades et ses prédécesseurs ou ses confrères. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, voici le phénomène de la digestion. Pour l'expliquer, on disait qu'introduits dans l'estomac les aliments s'y

nous arrive. » L'auteur de la grande Uisloire des Romains après avoir traité Asclépiades de charlatan, ajoute : « lî disait cependant une demi-vérité importante : la Nature, c'est le médecin ». Asclépiades disait précisément le contraire.

(U^composaiont , ou que la chaleur du corps les soumettait à une sorte de cuisson. Or. pour acce})ler cette hypothèse d'une décomposition ou d'une cuisson, il fallail reconnaître (jue les éléments peuvent se modifie!'; et c'est ce que la doctrine épicurienne refusait absolument d'admettre. « La matière est inaltérable », affirmait Asclépiades. C'est crus que les aliments descendent dans l'estomac, oii ils se désagrègent et se divisent en une infinité de molécules, ni froides ni chaudes, qui, reçues dans les canaux, vont ensuite se répandre dans toutes les parties du corps.

On s'est souvent étonné de la science profonde de Lucrèce, surtout de ses connaissances en physiologie, aussi exactes et précises que merveilleusement exposées. La description que le poète a faite de certains phénomènes, et en particulier de la nutrition et de la digestion, a paru à quel(j[ues savants tout à fait extraordinaire '. Ouoi donc! Lucrèce était un médecin, en même temps qu'un poète, un philosophe, un savant! Un siècle avant notre ère il connaissait l'existence et les pérégrinations du liquide nutritif, de la lymphe plastique passant, par transsudation, à travers les parois des vaisseaux capillairespour aller humecter et fortifier tous les tissus!... Cet étonnement s'évanouit et tout s'explique, si Ton songe que Lucrèce était le jeune conlem-

1. Voir Études médicales sur les poêles latins, par le docteur Mcnière.

7i- LES GRKCS A ROMK.

porain <rAsclépiades , et (jirun commun enlhousiasmo pour Épicure avait dû les allirer l'un vers laulro, et peul-tMre les lier. Il est difficile, impossible mCme, quand on lit les vers sur Talimentation, de ne pas reconnaître entre les deux grands hommes une (''Iroite parenté intellectuelle, et, bien plus encore, l inflnence directe du médecin sur le poète. C'est la théorie même d'Asclépiades (jue Lucrèce expose en vers éclatants, rpiand au va-et-vient naturel et facile, pendant la jeunesse, des éléments absorbés par les tissus régulièrement constitués il oppose la circulation plus lente ou plus rapide, dans la vieillesse, des molécules arrêtées ou emportées à travers les canaux trop étroits ou trop relAchés. Et la ressemblance devient plus frappante encore dans ce passage où le poète explique, bien plus clairement que ne le fera plus tard Cadius Aurelianus, la théorie médicale des atomes et des pores, le système même d'Asclépiades.

« Comme tous les êtres qui se nourrissent dilTèrent an deliors. selon leurs espèces, pai- la forme et les contours de leurs meinljres, de même au dedans ils sont formés d'atomes et de tlgm'es diverses. La différence que présentent leurs nlonies doit se retrouver dans ces ouvei'Iures. ces canaux que nous appelons pores. Les uns sont plus étroits et les autres })lus larges, ceux-ci sont triangulaires et ceux-Hi cari'és, beaucoup sont ronds ou prennent la forme de polygones variés. Car, suivant la (igure et les mouvements des atomes, les pores et les canaux doivent changer de

Ibrnio on raison de l'espace qui leur est laissé par le tissu du corps »

Et aussitôt après, dans un élan de reconnaissance pour l'inventeur de cette théorie, le poète ajoute :

« Maintenant, avec ces principes, il n'est pas de problème que tu ne puisses résoudre 2. »

Et pour bien montrer que c'est à la médecine, c'est-à-dire sans doute à Asclépiades lui-même qu'il doit celte explication, il prendra pour exemple une maladie, la maladie romaine par excellence, la fièvre :

« Ainsi, quand un accès de bile ou c|uelfiue autre cause allume en toi la fièvre, il se produit une perturbation, un ])Ouleversement des atomes •'. »

1. .< Povvo omnes, quœciimque cihum capiunt animantes. Ut sunt dissimiles extrinsecus, et cje7iemlim Extima membroriirn circumavsura coercet, Proinde et seminibus constant variante fitjura. Semina ciim porro distent, dif ferre necesse est hilervalla, viasque, foramina qu.r. perhibemus... Esse minora ir/itur qusedam, majoraque debent, Esse triquetra aliis, aliis quadrata necesse est, Multa rolunda, modis miiltis multanr/ula qusedam. Namque figurnrum ratio ut motusque reposcunt, Proinde foraminihus dchcnt diffcrre firjurœ

Et variare vive, proinde ac textura coercet. >•

Liv. IV, 642-6.54.

Page 1