‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 15 sur 59 · VI, 1 H · texte numérisé non relu

VI, 1 H

2, Sympos., VIII, 9.

3, -< Super omnia adjiivere eum mayicae vanilates, in tanlum eveclœ, ut abrogare herbis fidein cunclis passent. C'est ainsi,

l'icliciile les tlébilanls do drogues morveilleiises, comme celle Ethiopis qui desséchait les fleuves et ouvrait les serrures, celle Achemenis qui, jelée dans les bataillons ennemis, y répandait la terreur el la fuite, cette Laface qui assurait à leurs possesseurs l abondancc de toutes choses.

Lucrèce ne fera que reprendre ces idées. Seulement, il ira plus loin, et surtout plus haut. Avec la doctrine d'Epicure qu'il applique à la médecine, Asclépiades ne prétend délivrer les hommes que de leurs maux physiques, et ne cherche à leur rendre que celte paix du corps (pii s'appelle la santé. Combien plus élevées les ambitions du poète! S'il étudie à son tour pendant les nuits sereines, et s'il répèle avec une volupté divine les leçons du maître, c'est pour assurer aux hommes la santé de l'âme, la paix ; c'est pour les guérir de toutes les maladies morales

du moins, que j'inlcrprclc ce j)assage, me ralliant à l'opinion du Le. Clerc, le savant auteur de l'Histoire de la Médecine, qui dit : <> La manière superstitieuse de guérir les maladies, à laquelle on s'était attaché jusfju'alors, ou les remèdes magiques qui étaient en grand usage avant la venue d'Asclépiades, et des([uels Caton lui-même s'était servi, mais dont on conuuençail à se lasser parce (ju'on n'en voyait aucun effet, contribuèrent h faire recevoir cette nouvelle médecine. C'est ce qu'a remar([ué Pline : « Les vanités de la magie, « dit-il, lui servirent plus que tout le reste ». Un auteur, n'ayant pas pris garde que ces paroles se rattachaient à ce que Pline avait écrit ;i la fin du chapitre précédent, a expliqué ce i)assagc connue si Pline avait voulu dire fpi'Asclépiadcs s'était particulièrement servi de la magie dans l'exercice de la médecine; ce <(ui est absolument contraire à la jjcnsée de Pline et au sentiment d'Asclépiades, qui était Épicurien.

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qui les assiègent, la i)eui' des dieux toujours présents, cruels, envieux, persécuteurs, la crainte de la morl, la crainte surtout d'une autre vie malheureuse, et l'ambition, et l'amour, et l'ennui. S'il développe, lui aussi, la théorie des atomes, ce n'est pas pour chasser du corps la douleur, mais pour dissiper les tourments de l'âme en substituant à l'idée d'une création divine l'idée de l'éternité de la matière. S'il analyse le mécanisme des sens, et fait de l'amour une description toute technique et physiologique, c'est pour détruire les prestiges de la sorcellerie, cent fois plus funestes à l'esprit qu'au corps, pour bannir les terreurs superstitieuses nées du [sommeil et des rêves, la croyance aux philtres amoureux, aux préparations louches des Sagœ grecques et romaines

Mais, si complètement qu'ils se distinguent dans l'application du système épicurien, le médecin et le poète font, l'un après l'autre, une œuvre commune : ils répandent à Rome la doctrine du maître. Us se ressemblent même par le soin qu'ils prennent de la rendre intelligible et aimable. Asclépiades, parmi les remèdes inspirés d'Épicure, choisit les plus

1. Voici quelques-unes de leurs drogues. Leur demandaiton des aphrodisiaques? Elles vous laissaient le choix entre un mélange de poivre et de graine d'ortie, du pyrèthre fauve écrasé dans du vin vieux, de la moelle de porc, du fiel de sanglier. Désirait-on, au contraire, des calmants? Elles vous offraient la partie droite du poumon d'un vautour, de la fiente d'escargot, un lézard macéré dans de l'urine d'homme, de la crotte de souris, etc., etc-

agréables el les plus doux; Lucrèce, pour une fois iufidèlc II celui qui ordonne à ses disciples dépasser à côlé de la poésie les oreilles bouchées avec de la cire, invoque, afin de charmer le vulgaire rebelle, l'aide des Muses à la voix mélodieuse, et enduit de miel les bords de la coupe remplie d'absinthe amère.

Certes, Lucrèce est i)lus grand qu'Asclépiades : c'est, dans l'histoire de la pensée humaine, le plus grand des Romains. Il semble pourtant que la Fortune n'ait pas été équitable dans la fagon dont elle a réparti la gloire entre les deux disciples enthousiastes d'Epicure. L'œuvre dans laquelle le poète a immortalisé la doctrine du maître a survécu; celles où Asclépiades l'exposait au point de vue de l'hygiène et de la thérapeutique se sont perdues; et, chose plus singulière, regrettable pour la gloire d'Épicure, les Romains ne semblent guère s'être doutés des liens étroits qui attachaient l'un à l'autre le philosophe et le médecin grecs. Si le nom d'Asclépiades resta très longtemps populaire à Rome, Épicure n'y fut pour rien : le médecin ne dut qu'à lui seul toute sa renommée.

Voici même qui est plus curieux : de son vivant et après sa mort, Asclépiades eut parmi ses admirateurs et ses disciples des adversaires déclarés d'Épicure. On eût bien étonné l'auteur du De Finibus en lui disant qu'il avait, lui aussi, subi l'influence et éprouvé les bienfaits de cette grande doctrine épicurienne qui, physiquement et moralement, peut être si réconfortante. Et pourtant, comme la plu-

part de ses conlemporains, il est bien sur un point le disciple d'Épicure, puisqu'il est Télève d'Asclcpiades. En uiTmiic temps qu'après Lucrèce il travaille plus que personne à vulgariser, en la critiquant, la doctrine du maître, il répand partout autour de lui, dans sa famille et parmi ses amis, les préceptes d"Asclépiades, le régime et les remèdes dont on connaît maintenant l'origine. Volontiers, en efTet, dans sa vie privée et dans sa correspondance, il l'ait de la médecine domesti(|ue, prodigue les conseils, multiplie les ordonnances. 11 s'impose à lui-même et veut imposer aux autres une hygiène et des médicaments qu'il croit de son invention, et qui sont directement inspirés d'Asclépiades, dont, au reste, il ne parle jamais qu'avec sympathie et respect. Comme Asclépiades, Cicéron veut qu'avant de traiter un malade le médecin étudie son état de santé habituel, analyse sa complexion, recherche les causes lointaines de sa maladie. Mais, comme Asclépiades encore, il veut aussi qu'à cet examen général se joignent des soins assidus et une observation ((uotidienne des faits particuliers; « car un médecin, dit-il, pas plus qu'un orateur ou qu'un général, ne peut avoir de grands succès par la seule théorie de son art, sans le secours de l'expérience et de la pratique ».

Celle expérience, Cicéron croit la posséder lui aussi, au moins sur certains points, et il n a pas tout à fait tort. Asclépiades, dans ses livres et dans ses causeries si vives, si éloquentes, et dont le souvenir ne s'est pas perdu, avait expliqué les diffé-

rentes maladies, siirlout les l'ormes variées de la fièvre, avec une nelleté telle, que depuis lors les gens éclairés surent les distinguer très bien. Quand Atticus est malade au loin, son ami comprend tout de suite, d'après les nouvelles envoyées et les détails précis comme des bullelins de santé, si la fièvre est simple, tierce ou quarte, quarte simple ou quarte double; et, d'après ces renseignements, il calcule avec exactitude le retour des périodes aiguës. Ah! qu'Atticus n'espère pas s'autoriser de sa fièvre pour se dispenser d'aller voir son ami. Celui-ci le reprend aussitôt, et sa réplique est péremptoire, du tac au tac. « Par une de tes lettres, lui dit-il, écrite au début d'un léger accès de fièvre, j'ai connu quel était le jour oîi tu devais l'avoir de nouveau. J'ai fait mon calcul : lu peux venir me voir à Albe le 3 des nones de janvier. » Cicéron a compris aussi que les fièvres graves étaient toujours précédées de frissons. C'est pourquoi la santé de la fille d'Alticus ne l'inquiète pas outre mesure; car si l'enfant a eu la fièvre, elle n'a pas senti de frissons. Enfin, il partage l'horreur d'Asclépiades pour les remèdes violents. Persuadé que le corps humain, comme la Ré|)ul)liquc, doit (Mrc soigné avec la plus grande douceur, il prétend qu'il vaut mieux guérir que couper ou arracher, et guérir précisément avec les remèdes d'Asclépiades, dont il recommande l'usage non seulement à ses amis, mais même aux médecins de ses amis, {i Alexion, à Métrodore, à Asclapon, à Craterus : la distraction, les promenades modérées,

les frictions. « Soigne- toi hien, écrit-il à Tiron malade, digère sans peine, garde ton ventre libre, ne te fatigue pas, fais de courtes promenades, distrais-toi'. C'est le vrai moyen de me revenir avec une mine superbe. » Asclépiades aurait-il mieux dit, et ne semblc-l-il pas qu'il ait lui-môme rédigé cette ordonnance? Ainsi cinquante années avaient suffi pour répandre et vulgariser les idées de cet homme qui, créateur d'un nouveau système très savant, se trouvait être du même coup le fondateur bienfaisant de l'hygiène publique. On pourra dans la suite combattre sa doctrine et lui substituer d'autres théories médicales; mais la plupart de ses remèdes, et les principaux, tous ceux qui sont simples, faciles à comprendre et à appliquer, ne cesseront jamais d'être populaires, comme son nom.

Car le nom d'Asclépiades restera pendant des siècles connu dans le monde et respecté. Et ce ne fut pas, comme on serait tenté de le croire, parce qu'il était celui de la grande famille médicale des prêtres d'Esculape. Pour les Romains, ce nom était, avant tout, celui du grand médecin de Pruse, Après Asclépiades, d'autres médecins viendront à Rome, qui auront la bonne fortune de porter ou l'audace d'usurper le même nom. On ne comptera pas dans

1. C'est de la même manière, par la distraction, le changement de lieu, la suppression de tout travail intellectuel,' et surtout de toute nourriture, que Cicéron se guérit d'une indigestion abominable <iue lui avaient donnée des champignons malsains.

la suilo moins de (|ualoiv.o Asclépiades l'ameux : Aitorius Asclépiades, un dos nonil)reux médecins d'Auguslo, lo prédécesseur d'Anlonius Musa, et si célèbre, ((ue le sénat cl la ville de Sniyrne lui décerneront « des honneurs divins à cause de son savoir immense »; Asclépiades Pharmacion, qui décrira et classera les principaux médicaments externes et internes; C C'.alpurnius Asclépiades, très estimé de Trajan; P. Numilorius Asclépiades, un oculiste; T. .Elius Asclépiades, attaché à l'école des gladiateurs du riolisée, etc., etc. Sans doute, tous ces médecins, en adoptant ce nom, entendront se mettre, pour ainsi dire, sous la protection d'Esculape, et profiter du prestige de ses prêtres, de leur gloire anli((ue et consacrée. Mais ce n est pas ce souvenir qui séduira surtout les Romains. S'ils accueillent avec faveur ces nouveaux Asclépiades, c'est parce (]ue leur nom raj)pellera un médecin très aimé de son temps, très célèbre et très bienfaisant. Comment refuser sa confiance et son argent à un homme qui se pi'oclame habile à guérir, et ({ui a le double privilège de venir de Grèce et de s'appeler Asclépiades? Oui sait?... Peut-être, comme l'autre, ressuscite-l-il les morts !

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