I.KS MÉDECINS
l'excès laissent un (ro]) l'acile on tro{) étroit passage aux petits eoqjs qni entretiennent la vie; et (prenfin ceux-là meurent, connne moi et toi nous sommes morts, qui, devant la course trop lente ou trop rapide des sucs nouri'iciers, n'ont plus eu la force il'ouvrir ou de fermer à temps l'écluse. Ces vérités profondes, tes auxiliaires bienfaisantes dans les guérisons admirables qui te firent si gi'and, si populaire parmi les hommes, tu pouvais les révéler, les expliquer et les transmettre à les amis, à Lucrèce, à Crassus, à Cicéron, à moimême, qui me suis toujours appuyé sur elles, parce que c'était en même lemps m'appuyer sur toi, mon gnide bien-aimé. Mais tu ignores sans doute qu'après ta mort, attirés par tes succès qui leur promettaient tles richesses, et par les avances d'un homme très puissant <pii leur assurait des honneurs, des étrangers sont accourus de tous les points de l'Orient pour soigner à leur tour les enfants des Romains. C'était un ramassis d'ignorants cupides, dont le plus iidelligent vendait jadis tles hei'bes aux ménagères de Chios.
ASCLIiPIADES
IN'es-tu pas, ù mon enfant, très sévère et très injuste pour des compatriotes et des confrères?
TUIÎMISON
Je ne crois pas.... Qu'allait devenir entre les jnains de ces hommes cette médecine grecque inventée, imposée par toi, et dont ils étaient incapables de coml)rendre les augustes jn-incipes? Fallait-il la laisser périr, et les malades avec elle? Ne valait-il pas mieux essayer de la mettre à la portée de ces intelligences vulgaires? C'est h quoi je me suis appliqué.
ASCLÉPIADES
Et je t'en remercie. Mais de mon système ainsi revu, corrigé et abrégé tu as supprimé le princii)C fonda-
\)2 LKS GKKCS A ROME.
iiieiilal, la théorie des pores et des alonies. Pourquoi cela?
TIIKMISON
Parce que lues conIVères iTauraienl rien compris à ce uiccauisnie niyslcrieux. A (juoi Ijou ei'Irayer de siiuples j)raticieiis i)ar cet appareil scientifique"/ A quoi bon leui- parler de choses invisibles? 11 ne fallait mettre sous leurs yeux que des pliénoniènes api)arenls. évideids.
ASCLKPIADES
Mais ce sont là des choses manifestes, visibles autant qu'intelligibles.... « Voyez, pouvais-tu leur tlire. regardez votre main en ce jour de grande chaleur. La sueur jiei'le sur la peau. Comment sort irait-elle, si votre main n était percée, comme un cril)le. d une iidinité de trous inqiercei)til)les? » Ils l'auraient compris, je suppose: et, cela fait, tu pouvais leur expliquer sans peine, par le relâchement ou le resserrement des tissus, les causes cachées des maladies.
TUÛ.MISOX
Et quelle nécessité de leur explicpier les causes des maladies?
ASCLÉPIADES
Que me dis-tu là. Théniison? Eh quoi! Serais-tu devenu un abominable Empii-ique, comme Aj)ollonius et Glaucias. et même comme le vieux Caton. d'odieuse mémoire? Ne crois-tu donc i)lus que c"est la cause connue de la maladie qui indique le remède, et la tâche du médecin ne consiste-t-elle plus à éloigner la cause qui a produit le mal? Pour supi)rimer celte cause, il faut l)ien la connaître.
TUlhllSON
Peut-être.... Mais c'était bien assez pour ces gens-là. quand ils soignaient une maladie, d'en connaître le genre. Je leur disais simplement : « Regardez ce pauvre
Li:S MÉDECINS. O:}
diable dont le corps brûle et iVissonne ; sa peau est tendue, raide et sèche; son pouls bat coups pressés; ses évacuations sont i)éniblcs cl rares. Ne cherchez pas à deviner la cause qui a produit ce mal et qui l'entretient. Du moment qu'il y a rougeur, chaleur, soil" ardente, gonllement et congestion, tous symptômes faciles h i-ecneillii', administrez ;\ votre patient des révulsifs, des dérivatifs, des anliphlogistiques; forcezle {\ l'exercice, frottez-le d'huile, saignez-le. Et si vous voulez un nom pour caractériser ce gem-e de maladie, si vous voulez, par l'enqjloi d'un terme savant, en imposer davantage h vos clients, servez-vous du mot Steyvov ou Strivtum.
ASCLKPI.VDES
C'est-à-dire, pour nous, resserrement des pores.