No pas oublier que Cclse écril pour les Romains
2. Surloul parce que les hommes du Midi assaisonnent ces sortes de mets d'ingrédients très forts dont s'accommo-
A'oici maintenant venir les malades , les vrais malades, dont la théorie semble se dérouler à perte de vue, lamentable. Et pareil à la Sibylle présentant à Enée les monstres à face horrible qui gardent rentrée du Tartare, les pi\les Maladies, el hi liisie Vieillesse, el la Crainte, et la Faim, mauvaise conseillère, el la hideuse Pauvreté, Celse nous arrête devant chacun de ces misérables, pour nous apprendre (juelles maladies Taccablenl ou même le menacent. Car ce ne sont pas les alités seulement (pii défilent sous nos yeux; les plus solides en apparence, ignoi-ants du mal qui les guette au détour du chemin, l'auteur les dislingue el les marque. De son œil vif, (|ue de nombreuses lectures d'ouvrages grecs ont singulièrement aiguisé, il reconnaît et diagnostique au passage les atTections aiguës, les affections chroni(jues, même les affections latentes. Aucun symptôme ne lui échappe, ni ceux des maladies dont on guérit el que trahissent une émaciation plus ou moins grande, la perle des couleurs, l'altération des Irails, la lenteur incertaine de la démarche, ni, à plus forte raison, ceux des maladies graves cpii, effilant le nez, creusant les tempes cl les yeux, bhincliissanl les lèvres, tendant el durcissant le fionl, refroidissant l'haleine, amincissant les doigts et pAlissanl les ongles, sont les signes certains de la mort prochaine.
Après l'examen des symptômes qui apportent aux
(Iciil mal les narines, le pnlois et l'eslomac dos i)orsonnes délicates. Comme Horace, Celse avait horreur de l'ail.
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malades les consolations de Tespérance ou les tourments de la crainte, Celse passe au traitement des maladies déclarées; et son manuel d hygiène se présente alors sous la forme d'un traité de pathologie el de thérapeutique générales. Parmi les méthodes curatives, les unes, comme la saignée, les purgations, les vomiliJ's, la gestation, la diète, s'appliquent à plusieurs maladies, les autres ne conviennent qu'à certaines aflections particulières. Mais ces maladies se divisent elles-mêmes en deux classes, celles qui afïectent tout le corps, et celles qui n'en intéressent qu'une partie. Telles sont, pour la première catégorie, la fièvre, dont l'auteur dislingue avec une remarquable précision les types dilTérents, la folie et ses trois espèces, la maladie cardiaque, l'hydropisie, l'épilepsie ; et, pour la seconde, le rhume, l'angine, l'hépatite, l'asthme, la dysenterie, etc. Le médecin devant connaître chacun des organes attaqués, Celse entreprend une description détaillée du corps humain, description fort curieuse, pour laquelle il s'est évidemment inspiré des découvertes et des ouvrages anatomi([ues de l'École d'Alexandrie.
Toutes les parties de la médecine étant si bien liées entre elles qu'il est impossible de les séparer entièrement, un traité comme \c De Medicina ne pouvait négliger la pharmacopée. A l'exemple d'Asclél)iades, Celse voudrait bien qu'on s'appuyât particulièrement sur le régime, el il montre pour la diététique une i)rédilection très marquée. 11 reconnaît cependant (ju'il est des cas où le corps humain
ne peut (.Hrc guéri sans médicaments. Et puisque d'illustres praticiens, comme Érasistrate et Hérophile, ne traitaient sans leur secours aucune maladie, et c|ue de grands écrivains, comme Zénon, Andréas et Apollonius, ont laissé sur ce sujet de nombreux écrits, il se décide à consacrer deux livres de son ouvrage à la médecine pharmaceulicpie, à l'étude des médicaments simples et composés , externes et internes, au classement de leurs genres et de leurs espèces, à l'analyse de leurs propriétés, aux prescriptions relatives à la façon de les préparer. Ce sont là des chapitres très spéciaux, mais très curieux aussi, parce que nous leur devons le premier essai de pharmacopée qui soit parvenu jusqu'à nous.
La troisième partie de la médecine est celle qui guérit parle secours de la main : c'est la chirurgie. Celse lui consacre ses deux derniers livres ; et comme il a fait au début pour la médecine, il en retrace d'abord brièvement l'histoire. « Cette science, dit-il, bien que la plus ancienne, fut cultivée par Ilippocrate avec plus de soin que par ses prédécesseurs. Plus tard, lorsque, devenue indépendante, elle commença à aA'oir ses maîtres particuliers, elle fit de grands progrès en Egypte, grâce aux travaux de Philoxènc qui l'exposa en j)lusieurs volumes avec un grand talent. Gorgias, Sostrate, Héron, les deux Apollonius, Ammon d'Alexandrie et beaucoup d'autres savants illustres firent plusieurs belles découvertes. A Rome aussi, des maîtres d'un rare mérite, et, dans ces derniers temps surtout, Tryphon le
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père, Euelpislo, et Mégès, le plus savant de tous, comme on peut en juger par ses écrits, contribuèrent, par d'heureux changements, aux progrès de cette science. »
Les chirurgiens modernes, seuls compétents en la matière, sont d'accord pour reconnaître la haute valeur scientifi([ue de ces deux derniers livres. En les lisant , Boerhaave s étonnait d"v trouver une foule de choses qu'on donnait pour nouvelles, et il avouait que les opérations chirurgicales devaient se faire à l'époque de Celse avec autant d'habileté que de son temps. Le docteur Broca ne trouve, parmi les ouvrages modernes, qu'un livre à opposer au traité De Chirurgla; et M. Védrènes a dit : « Dans ces deux livres sont décrites avec un ordre, une précision et une clarté remarquables les opérations qui se prali([uent sur toutes les parties du corps. L'auteur commence par celles qui sont a|>plicables à toutes les régions indistinctement, telles que les scarifications, les ouvertures d'abcès, les opérations de fistules, l'extraction des traits, l'ablalion des tumeurs; puis, il en vient à celles qui ont pour thérdre les organes en particulier, comme les oreilles, le n(v, la bouche, les lèvres, le cou, l'abdomen, les organes génito-urinaires de l'homme et de la femme, les veines, les membres et les doigts. Plusieurs des opérations décrites par Celse sont restées des modèles dans la science. Le chapitre qui traite de l'opération de la taille, par exemple, surpasse en clarté et en précision tout ce qui a été écrit en médecine opéra-
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toire jusqu'à nolro siècle... Dans son ensemble, la chirurgie de Celse est manifestement inspirée par celle (rilippocrate ; mais elle est plus méthodique et })lus complète. »
Elle est surtout très clairement exposée dans une langue qu'il avait fallu créer en partie K Pour les profanes, pour ceux ([ui ne sont pas du métier, ces deux derniers livres, comme du reste l'ouvrage tout entier, ont le rare mérite d'être aisément intelligibles, et de donner pendant ([uelques heures à l'ignorant cette illusion tlatteuse (pi il pourrait, lui aussi, sans trop de peine, s'entendre aux choses de la médecine. Anche io son' medico. D'ailleurs, n'était-ce pas là précisément le but de Celse? N'écrivait-il pas pour les phillaires et le grantl public?
En somme, ce traih' de médecine pratique fui poiu* les corps des Romains ce qu'étaient pour leurs ûmes certains traités de [)hil()sophie. L'auteur fut un marchan<l de santé physique, comme Cicéron, par exemple, avait ('-!('' un marchand de santé morale.
1. Colse osl censé s'oxiii-iiiior .-unsi dans nno nncionne èpigiuinnio où il so montre très lier, sinon de son onvrago, du moins de la laijon dont il a résumé, concentré et exprimé en lalin les découvertes d(> ses illustres devanciers :
Diclanles medici f/uando/jne et ApolUnis artes Musas romano Jii.s.fimus ore lo/pti.
Nec minus est nobis per patica volumina famx Quam quos nulla snlis bibliolheca capil. »
■< En écrivant sur l'art d'Apollon le médecin, j'ai ol)lit-é les Muses à parler lalin. .le n'ai pas acquis moins de gloire avec le i)eu de volumes que j'ai composés que ceux dont les livres ])eu\ ent à peine tenir dans les bibliothèques. »
Celui-ci, dans les lusculanes, cherchail, par une sorte de gymnastique, à se prémunir contre les maux de tout genre dont était alors menacé l'honnête homme; et dans d'autres ouvrages, comme dansla Consolation qu'il s'adressait à lui-même après la mort de sa fille, il essayait de calmer sa douleur et de guérir son ûme. Ainsi, Celse indique dans la première partie de son livre les moyens de prévenir la maladie, et il énumèrc, dans la seconde, les remèdes qui rappellent à la santé et remettent au cœur la joie de vivre. Il a été, lui aussi, un Consolateur.