‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 29 sur 59 · I.KS MÉDECINS · texte numérisé non relu

I.KS MÉDECINS

« Ceux-là aussi se trompent aujourd'hui, qui marchent sur ses traces. Ce sont dos iiirnorants ou des criminels, et de toute façon ils méritent le blûme. S'ils ne connaissent pas les propriétés des médicaments, ils font preuve d une iiçrandc négligence et d'une ignorance impardonnable; s'ils les ont étudiées, ils n'en peuveni niei- l'ulililé; el, en refusant de les employer, ils se montrent à la fois très ingrats et très insensibles aux douleurs des hommes. »

Pour convaincre ses confrères et les instruire, en même temps que pour faire honneur à Calliste et sa cour à l'empereur Claude, Sci'ibonius Largus écrivit, sous le lilre de Compositions médicales, une pharmacopée très curieuse On y voit avec (piel soin il avait élucHé les plantes. D'ailleurs, il raconte lui-même que, j)endant son séjour en Bretagne, il ne cessait de courir les montagnes à la recherche des simples; et il se vante d'y avoir notamment découvert, près du port de la Lune, une certaine herbe introuvable en Italie et souveraine contre les pi([ùres des serpents ^ Aussi, avec (pielle joie il la décrit, et

1. On a supposé aiUrofois qiio Scril)onius Lartîiis avait écrit en grec, et que l'ouvrage latin ([uc nous possédons n'était (pi'unc traduction. C'est une erreur. A partir de Cels(>, ([uelques médecins grecs écrivirent en latin. Scrihonius I.argus est de ce nombre. Dans sa dédicace à Calliste, il dit expressément : « Non es j)assus cessare tuum erga me |)ielatis oITicium, tradendo scripta mea latina medicinalia I)(M) nostro CcTsari... ».

2. " In Ilaliœ l'egwnibu'i nusquam eam vidi herbam, nisi Liin/i; porta ciun Britanniam peleremus cum deo nostro Cœsare, plurimum circa circumdatos montes. »

comme il se plaît à analyser loiif^uemenl ses effets bienl'aisants ! Or, il cl aient rares à cette épO(iue, les médecins (pii disputaient aux rhizotomes le soin de recueillir les herbes et de les préparer, et plus rares encore ceux qui avaient pris la peine de composer des traités sur ces matières. Il y avait bien eu jadis le vieux Caton; mais il ne connaissait guère que les vertus du chou, et les herl)es utiles aux boeufs l'intéressaient infiniment plus que les plantes capables de guérir les hommes. Il y avait bien eu aussi cet affranchi de Pompée, Lenœus, qui avait apporté à Rome et traduit en latin les innombrables compositions pharmaceutiques trouvées dans la bibliothèque de Mithridate; mais ce n'était qu'un vaste recueil de rapports contradictoires, venus de tous les points de rOrient, sans lien et sans utilité })ratique. Il y avait bien encore un traité composé par un certain (1. Valgius, et dédié à vVuguste; mais fauteur, platement convaincu que c'était de l'Empereur et non de cet ouvrage (|ue l'humanité devait attendre la guérison de tous ses maux, n'avait pas pris la peine de le terminer ^

L'avantage et la grande supériorité du livi-e de Scribonius Largus, c'est que les plantes y étaient étudiées, non pour elles-mêmes, mais pour les services qu'elles peuvent rendre. On sent que l'auteur est médecin bien plus que botaniste, et qu'il ne fait

1. « Inchoala eliam prwfalione reiif/iosa, ut omnibus malts humanis illius potissimum. principis semper mederetur majpttas. « (Pline l'Ancien.)

<lo la bolanique que parce (ju il veut guérir ses malades. La plupart de ses prédécesseurs grecs et lalins avaient classé les remèdes d'après les dilïérenis règnes auxquels ils étaient empruntés, et les remèdes végétaux d'après les plantes qui entraient dans leur composition. Scribonius Largus semble avoir eu, le premier, l'idée de la méthode suivie plus tard par Pline l'Ancien, et ([ui consiste à classer les plantes d'après les parties du corps sur lesquelles elles doivent agir. Pline commencera par la vessie, continuera par l estomac, et finira par la tète. Ce sont les maux de lète (pu^ Scribonius s'etïbrcera d'abord de guérir. « Car la tète, dit-il, tient la première place dans l'organisme humain '. » Aussi, pour les migraines, les maladies des yeux et des oreilles, les poly pes et les ulcères du nez, les rages de dents et les afï'ections de la gorge, il a des remèdes minutieusement préparés et souvent éprouvés. Il en a de même pour toutes les autres parties du corps, depuis le cou jusqu'aux doigts de pieds noués par la goutte.

Ces médicaments ne sont pas tous de son invention. « Je ne prétends pas, déclare-t-il, (|ue toutes ces recettes soient nouvelles; plusieurs sont déjà connues, et, pour ainsi dire, publiées ^ » Il en est,

1. .< înitium a capite faciemus : summum enim et primum locum hoc obtinet. »

2. •■ Neque illud rursus dico novas el non aliquihus notas in hoc lihro conçieslurum compost l iones : ventm cliam (/iiasdam divulgatas, et, ut ita dicam, publicatas. «

en effet, qu'il emprunte aux anciens médecins grecs, à Ilippocralc, à Andron, à son cher Iléropliile; d'autres, mais en petit nombre, sont dues à des amis; quelques-unes môme, comme certains remèdes de Celse et beaucoup de remèdes de Pline, son! directement inspirées des croyances populaires . Ainsi, Scribonius Largus ne craindra pas <le conseiller aux épilepticpies de manger neuf jours de suite * un morceau de foie de gladiateur égorgé dans l'arène ^. Mais à peine a-l-il signé son ordonnance, qu'il ajoute prudemnumt : <( ('es remèdes-là n'ont rien à voir avec la médecine; je les signale cependant parce que certaines personnes, paraît-il, s'en sont bien trouvées » Le plus souvent même, quand il sacrifie de la sorte à la superstition, il prend soin, pour dégager sa responsabilité, d'indiquer ses sources. Ce remède bizarre composé de miel attique et de plantes variées macérées dans du sang de tortue et de pigeon ramier, c'est une honorable

1. « Novenarius numcrus in viorendis rébus potissimus et maximus. » (\'arron.)

2. C'est h ce passage et à ce remède inhumain (qu'explique celle idée aulrefois très réi)andue (pie le sang des hommes était le plus jtnrde tous) qu'Arélée l'ail allusion : .< 0 inqcnlem 7iecessil.ale>n, (/uemijiam sustinere malum malo piaculo depellere- Auclorem ler/i ([ui hiunanum Jecur epulandum adponi pra;cipiebat. Sed lurc illis scripta sunto (]u,r. ad fume iisqiie miserLv terminumpevvenemnL. « — Le chronicpieur byzantin Cedrenus raconte que le médecin qui disséiiua Cyrille détacha et mangea le foie du saint évècpic. Il en fut i)ien puni, car sa langue pourrit.

3. « Qu^eque ejusdem f/eneris siait exlra medicime professionem cadunt; qxuimvis pro fuisse quibusdam visa sunt. »

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matrone, une grande dame romaine (jui le lui a sij^nalé et rerommandé. L'alïVanciii se trouve tlallé de cette communication; et voici la droi;ue inscrite, classée et publiée. Cet antidote précieux, et ce nouveau moyen de guérir les morsures des chiens enragés, c'est un médecin de (lordium, Zopyre, (pii, de passage à Rome, en a l'ait la confidence à son hôte Celui-ci pouvait-il s'abstenir de répandre le nom et l'ordonnance d'un confrère? Cette autre recelte, mélange de poivre blanc, de myrrhe, de cornes de jeune cerf brûlées et pulvérisées, c'est une pauvre femme qui la lui a apportée d'Afrique. Ellemême l'avait expérimentée sur un grand nombre de malades atteints d'aiïections d'entrailles, et les avait guéris. Sans marchander, et par pitié, Scribonius Largus achète à la pauvre vieille un secret dont elle ne demande qu'à se débarrasser pour quehpies sesterces; sans hésiter, et par curiosité scientifique, il es.saic sur ses malades ce nouveau médicament. Plusieurs sont remis sur pied, et parmi eux, paraîtiK des personnages considérables; et voici la recette ([ui prend i)lace, avec son numéro d'ordre, dans l'ouvrage en préparation ^

C'est ainsi que, grâce à ses lectures, à ses recher-

1. « A/j hospite mco, ler/ato inde 7nisso, noniine Zopijro, Gurdiense medico, pro mnfjno inunere accepi. »

2. « Hoc médicament um inuliercula quiedam Rumœ ex Afriva mullos remediavit. Poslea nos per maçinam curam compositionem accepiinus, id est pretio dato qnod desideraverat, et aliquol non ùjnotos sunavimun , quorum nomina supervacuum est referre. »

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elles personnelles, aux indications venues de droite et de gauche, Scribonius Largus a pu composer un recueil de deux cent soixante et onze recettes. Ce petit livre modeste, peu connu, éciil dans un latin (pii, sinon par son élégance, du moins par sa précision et sa fermeté rappelle celui de Celse, résume toute une vie de travail et de dévouement.

Mais Scribonius Largus n'est pas le seul médecin sérieux qui, sous les règnes de Tibère et de Claude, ail étudié les plantes et écrit sur la médecine. 11 semble bien qu'à cette époque le goût de la botanique ait été très répandu, et le nombre des livres médicaux considérable. Un certain Antonius Castor, qui vécuplus de cent années sans rien perdre de sa vigueut ni de sa mémoire (ce qui permit à Pline le Naturailiste de le visiter et de l'entretenir), connaissait admirablement toutes les plantes, et cultivait lui-même dans son petit jardin celles dont il avait besoin pour soigner ses malades. Un autre, Héras de Cappadoce, écrivit, comme Scribonius, un livre sur la Composition des médicamenls. Un autre encore, Pamphile, se fit une réputation en inventant un remède contre cette alTreuse dartre vive, appelée Mentagra, (pii, après s'être altaqvu'e au menton, dévorait tout le visage, s'étendait sur le cou, la j)oitrine et les mains. Très brave homme aussi, et très dévoué à ses clients, nous apparaît ce Tib. Claudius Ménécrates que plusieurs villes honorèrent de décrets insignes, à qui ses élèves dédièrent un monument, et dont Galien parle souvent avec une vive estime. C'était un travailleur, et,

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s'il faut on croire une inscription flatteuse un inventeur et un chef (Técole. Il avait composé un ouvrage qui ne comptait pas moins de cent-cinquante-six livres, et qui renfeiMuait un gi-and nombre de nouvelles compositions pharmaceutiques. Qiw\- ([ues-unes d'entre elles, par exemple le diachi/km. sont encore d'un emploi constant. Un des mérites originaux de ce traité, c'est (pu' les remèdes, au lieu d'y élre , selon l'usage alors établi , indiqués en signes abrégés, y étaient inscrits en toutes lettres. Cette précaution nouvelle permettait d'éviter les erreurs, et empêchait les falsifications faciles dont se rendaient parfois coupables des confrères jaloux ou peu scrupuleux.

De tout ce qui précède il i-ésulle ipi il y avait à Rome, en ce temps-là. de bons cl de méchants médecins, des charlatans intéressés ou criminels, et

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