‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 35 sur 59 · luvénal. xiu, US · texte numérisé non relu

luvénal. xiu, US

guinaires de l'Orienl barbare; donnez-les-moi. J'assoupirai leurs transports en les enivrant ; puis, je les réveillerai au son de la tlùte, et je les calmerai par de douces, de paternelles remontrances. Ils resteront longtemps pûles et maigres, parce que les blessures qu'ils se sont faites les ont beaucoup aiïaiblis ; mais ils auront du mt)ins recouvré leur raison, leur bonne humeur et leur gaieté. » J'ai dit la part du Stoïcisme dans la découverte du Pneuina. Ne voilàt-il pas relïet le plus salutaire de la philosophie sur la médecine, les conséquences vraiment fécondes de l'alliance conclue entre les bienfaiteurs des ûmes et les guérisseurs des corps?

Pourtant, ce Pneuma^ dont il semble que nous soyons si loin, le voici qui reparaît avec Arétée, II le faut bien, puisqu'Arétée est l'écrivain de la secte pneumatique. Mais cet Esprit, conservateur de vie, joue dans les ouvrages du médecin-historien un rôle aussi eiïacé cjue Dieu, d'après le reproche de Pascal, dans la philosophie de Descartes. Celui-ci, pour mettre le monde en mouvement, n'avait besoin que d'une chiquenaude divine; de môme, Arétée n'a besoin du Pneuma qu'au début de son exposition. Dans la seconde partie du livre, consacrée à la cure des maladies, il devient un disciple d'Hippocrate, d'Asclépiades, et de son école. Les divisions qu'il adopte, les distinctions qu'il fait entre les maladies aiguës et les maladies chroniques, ne lui appartiennent pas : elles figurent déjà dans les traités des Méthodistes. L'importance qu'il attribue au régime,

au choix des alimenls, dost^s ol dislribués par lui avec le soin le plus minutieux, prouve qu'il mel en pratique les préceptes d'Hippocrate. La place qu'il réserve aux exercices physiques, le pugilat, le disque, les haltères, aux promenades à pied, en voiture et eu litière, la préférence (pi'il manifeste pour les médicaments externes et les remèdes très doux, bains, onctions, cataplasmes, prouvent que, théoriquement fidèle à Athénée, il est dans la pratique disciple d'Asclépiades, de ce médecin grand entre tous, et dont ni le temps, ni les sectes nouvelles, ni les hommes les plus remuants ne pouvaient supprimer l'influence et effacer le nom glorieux.

Ainsi, partiellement abandonné par ceux-là mêmes qui le représentaient, et mélangé d vine foule d'éléments hétérogènes, sinon contradictoires, le Pneumatismc ne pouvait pas subsister longtemps. Il lui manquait cet Esprit mystérieux, ce feu plasti(jue, ce souffle vivifiant et nourricier dont, il prétendait animer les corps. Aussi s"éteignit-il vers le milieu du second siècle; sa mort suivit de près celle d'Arélée.

Cette mort, les Méthodistes semblent dès l'origine l'avoir prévue. Comptant déjà à l'époque de Néron de longues années de vie et de succès, ils ne daignèrent pas s'émouvoir des efforts et de la réaction tentés parles Pneumatistes. Sûrs de leur autorité et (le la faveur publique, ils le prirent tout de suite de très haut avec les nouveaux venus, ces échappés du Stoïcisme, ces rêveurs dont la science

prétenlicuse osait (.-ensurer les vieux, et arrogaminonl se vantail de réformer la médecine à coups d(^ su])tilités métaphysiques.

(-"est bien, en elïel, une altitude iryni(pu) et dédaigneuse qu'adopta, dès le début du conflit, le chef des Méthodistes, ïhessalos, de Tralles, compatriote, contemporain et rival tl'Athénée.

Fils d'un cardeur de laine lydien, Thessalos n'avait re(;u aucune éducation, aucune instruction. Mais il était bien le type de ces Grecs entreprenants qui ne doutaient de rien, et traitaient Rome en pays con- (piis. Ouand nous l'y trouvons installé, cinquante ans environ après Thémison, il est un personnage puissant. Par ses intrigues, sa souplesse, ses manières iiumbles, il a su se glisser dans l'intimité des grands : il est en correspondance avec Néron lui-même . « Autrefois, dira Galien, les médecins, descendants d'Esculape, commandaient à leurs malades, comme un général à ses soldats, comme un roi à ses sujets. Au contraire, Thessalos obéit à ses clients, comme un esclave à son maître. Ceux-ci veulent-ils se baigner? Il les baigne. Demandent-ils des boissons fraîches? 11 fait apporter de la glace ou de la neige. Réclament-ils du vin? 11 n'a garde de leur en refuser. » Aussi sa clientèle est-elle nombreuse. 11 ne manque pas non plus d'élèves, El quoi de plus naturel? Devant les ignorants de Rome il développe ses théories soi-disant nouvelles avec tant de complaisance, d'aplomb et de facilité! Surtout, il promène à travers la ville des offres si séduisantes! A

v(Mil rôcoulci' il promet d'apprendre la médecine en six mois '. C'est la fortune môme (ju'il tienl dans sa main. Quelle tentation pour les ambitieux et les pauvres diables dont les aflaires vont mal ! C'est pourquoi les élèves se pressent autour de lui. Et il a bien soin, pour rehausser son prestige, de les exhiber partout. A tous les carrefours on rencontre ceux que les médisants appellent les ânes de Thessalos. Dans toutes ses tournées de visites, le maître les traîne derrière lui, en bande serrée. C'est un des embarras de Rome. « Jamais histrion, jamais bateleur n'a paru en public avec plus nombreuse compagnie que celle dont ce Grec se plaît à s'entourer » Souvent, les parvenus sont aussi durs pour les petits, aussi fiers avec leurs anciens camarades, aussi insolents envers leurs collègues restés modestes, qu'ils sont respectueux, vils et lâches devani les grands. Thessalos écrasait tous les médecins de son mépris et de ses outrages ^. Ses victimes n'étaient pas seulement les Pneumatistes el les Dogmatiques, el lli])pocrate lui-même, qu'il accusait d'avoir débité beaucoup de maximes nuisibles; c'étaient aussi ceux-là mômes donl il suivait, sans l'avouer, la pralifiue, ceux dont il était, en réalité, l'élève et à (pii il devait tout , Asclépiades, Thémison

1. Ilippocrate avait dit : la vie esl courte et Vurt est long. Tlicssalos rolournait la maxime, et disait : la vie est longue et Vart est court, c'est-à-dire facile à acquérir.

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