‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 36 sur 59 · Remarque de Pline l'Ancien · texte numérisé non relu

Remarque de Pline l'Ancien

3. « Il déclamait, dit Pline, avec une sorte de rage contre tout ce qu'il y avait eu de médecin dans le monde. »

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et tous les Méthodistes. « J ai fondé une nouvelle secte, écrivait-il à Néron — cet autre vaniteux bien l'ait pour le comprendre, — et c'est la seule véritable. J'y ai bien été obligé, puis([u'aucun des médecins qui m'ont précédé n'a rien trouvé d'utile, ni pour conserver la santé, ni pour chasser les maladies. Je suis rialronicès, le vainqueur des médecins. » Et il avait pris ses mesures pour (jue personne n'en doutât jamais. Après sa mort, en elVet, et pendant des siècles, les yeux des voyageurs passant sur la voie Appia seront attirés par le mot 'laTpovt'x-rjç, gravé en très grosses lettres sur son tom])eau superbe.

Ce ([ui pouvait autoriser cet orgueilleux à se proclamer le vainqueur des médecins, c'était son incontestable succès. Ce succès, ses adversaires les plus acharnés, Galien i)ar exemple, le reconnaissaient eux-mêmes, quand ils lui reprochaient son arrogance, ses manières de protecteur et ses allures de tyran On n'est pas tyran sans sujets, et l'on ne protège guère les indilTérenls et les dédaigneux. En réalité, Thessalos, ayant dépouiUé la |)luparl de ses confrères de leurs clients et (\v leurs élèves, avait aussi bien le droit de chanter victoire, ipi'un général qui a pris à l'ennemi ses armes, ses bagages et son territoire. Mais était-il aussi bien venu à (h'chu-er qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait rien trouvé

1. '< On déleste les tijrana, dit Galieii, et même on les supprime, parce qu'ils imposenl leurs volontés; Tliessaios n'est qu'un tyran. «

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d'utile, et à se proclamer chef d'une nouvelle école? On en jugera par l'expose^ de ses théories.

Dans le cours ([u'il faisait complet en six mois, au bout desquels il délivrait à ses élèves un permis d'exercer la médecine, voici, à peu près, ce qu'il cnseii^nait.

« Appelés, leur disait-d, au chevet d'un malade, vous devez d'abord constater si ralîeclion dont souffre votre client resserre ou relâche ses organes. Rien de plus simple que ce diagnostic. La rareté ou la suppression absolue d'une part, de l'autre la surabondance des sécrétions sont là pour vous avertir. La constatation immédiate et facile d'un de ces deux états morbides, les seuls ([ui existent, vous permettra d'éviter les indécisions, les tâtonnements, si préjudiciables à la bonne renommée d'un médecin. La maladie ainsi reconnue par ses symptômes évidents, vous entourez votre sujet de précautions hygiéniques qui sont toujours les mômes. Je vous le dis en vérité, c'est lui métier 1)ien commode que le nôt re. Préoccupez-vous d'abord de l'air ([ue va respirer le malade. Cwv l'air ([u'on respire, A'oyez-vous bien, est plus important <iue les aliments qu'on absorbe : on ne mange ([u'à de certaines heures, et l'on respire continuellement; et l'air entrant sans cesse dans le corps, pénétrant jusqu'au fond des plus petits espaces, resserre ou relâche plus puissamment que la nourriture. Mais cet air, quel doit-il être? Ceci encore est bien simple. Votie client estil atteint d'une maladie du genre resserré^ Exigez

(ju'il habite une chambre chiitv , petite et bien chautïée. SoullVe-t-il, au eoutraiie, d une maladie du genre relâché"^. Inslallez-h' (huis une chambre peu éclairée, exposée au noi'd, (>l froide. Au besoin même, pour obtenir cette fraîcheur, faites tapisser le sol de feuilles et (h' branches de lentisque, de vigne, (h* myrte, de saule, arrosées d'eau. On |)eut aussi disposer çà et là des soufflets et des éventails. Occupez-vous aussi (bi bl et des vêlements. Que les resserrés reposent sur des matelas très durs; qu'ils soient peu couverts dans leur lit, et légèrement vêtus. Les relâchés, au contraire, doivent coucher sur des lits de plume, enveloppés de couvertures Irès épaisses; quand ils se lèvent, ils doivent porter des N'êlements très chauds. Ce sont là les observations aisées, les prescriptions élémentaires qu'il convient de faire tout d'abord, avant de commencer le traitement. »

Décidément, Tiiessalos avait laison : on peut apprendre cela en six mois. Mais supposons, parmi les auditeiu's de ces premières leçons, un auditeur instruit, indépendani , et que l'enthousiasme n'aveugle point. « En vérité, devait-il se dire, il n'y a là dedans rien de bien nouveau. Mon maître a bien pu insister sur quelques détails, développer avec une complaisance particulière certaines considérations prati- ([ues; mais c'est, en somme, la doctrine du Méthodisme primitif (]u il s'est appropriée et (ju'il nous apporte. Avant lui, Tliémison avait supprimé la théorie philosophiciue des atomes, simplifié la méde-

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cine, trouvé entre les maladies des communautés évidentes, inventé le laxum el le slr'tclum, fait du régime el de Fhvg'iène la |)arlie essentielle de tout Iraitemenl. Ce professeur-médecin ne serail-il donc qu'un plagiaire, un geai paré des plumes du paon? » Pour être irrespectueuses, ces criticpies n'en seraient pas moins fondées. Mais attendons la suite.

— « Le malade entouré de ces précautions préliminaires, continuait Thessalos, vous commencez la cure. Et d'abord, que l'afTection soit de l'un ou de l'autre genre ci-dessus désignés, vous le soumettez à une diète de trois jours, au bout desquels vous le saignez abondamment. »

Arrivé à cette seconde partie de son enseignement, Thessalos devait fièrement dresser la tète, et prendre l'attitude victorieuse d'un inventeur, (^est alors en ell'et (p>e , de l'aveu même de Galien, il changeait quelque chose au système de ses prédécrsseurs; c'est alors, comme il l'écrivait à Néron, (|u"il fondait une secte, ('onvaincus (pie la sanlé consiste dans la symétrie ou j)roportion des pores, et la maladie dans leur disproportion , Asclépiades et Thémison cherchaient, dès le début de la maladie, à rétablir cette symétrie, celte proportion. Dès sa première visite, le médecin ordonnait el administrait des remèdes. Thessalos voulait, au contraire, qu'avant de travailler à ce ivlablissemenl on modifiût complètement l'état des pores, c'esl-à-dire qu'on reconstituAt de fond en comble l'organisme. C'est ce (pi'il ap})elait modestement Métasyncrise , c'est-à-

(lire Régônôralion du corps. Puisqu'il prétendait créer une médecine nouvelle, il fallait bien un nom à celte invention. Il voulait que son malade dépouillAt entièrement le vieil homme, et lui olTrît, pour ses expériences ultérieures, une matière toute neuve. Aussi le nettoyait-il et le vidait-il par la diète et par la saignée. Et c'était bien là, dans sa pensée, le point fondamental, l'originalité suprême de sa doctrine, puiscjue, non content du mot Métasyncrise, il avait tiré de cette abstinence de trois jours un autre mol, Diatrilos, et ses disciples devaient s'appeler Diatrilarii.

Le malade très alTaibli, comme bien l'on pense, et réduit à sa plus simple expression, Thessalos procédait à la reconstitution de l'organisme, à ce qu'un de ses élèves appellera la Recorporalion . Et de nouvelles leçons commençaient sur les différents l'emèdes à donner, les bains et les boissons d'eau froide, le vin pur cl le vinaigre pour les maladies du genre relâché, et, pour les alTections contraires, les bains chauds, les fomenlations, les cataplasmes, et tous les i-emèfles déjà connus . Après sa courte envolée vers les théories nouvelles, Thessalos retombait dans l'imitation de ses prédécesseurs.

Très peu consécjuent, cet homme (pii se vantait de former des médecins infininuMit plus vite qu'on ne dresse un chien de chasse, avait écrit de nombreux et de gros livres dont la lecture exigeait beaucoup de temps, d'attention, et une connaissance approfondie de la langue scientificiue des (irecs. Aussi, ne

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devait-on guère les élxidier, ni les Iraduire, ni les copier, ni les vendre; el cesl là, sans doute, une des causes de leur disparition. Les gens pressés et les ignorants, c'est-à-dire tous les disciples de Thessalos, préféraient les leçons du maître à son enseignement écrit.

Il en fut de même pour un autre Méthodiste, Soranos d'Éphèse, qui, après avoir étudié la médecine à Alexandrie, vint l'enseigner et la praticpier à Rome sous les règnes de Trajan el d lladrien. Clinicien très goûté, professeur très écouté, estimé même par Galien, peu suspect cependant de bienveillance pour ceux de cette école, il avait, lui aussi, beaucoup écrit. Mais ses ouvrages se sont perdus. De son temps, comme à l'époque où régnaient Thémison et Thessalos, le Méthodisme, par cela même qu'il promettait des guérisons très rapides avec des moyens très simples, intéressait par ses résultats pratiques bien plus que par ses exposés de doctrine. Ce n'étaient pas leurs livres, mais leurs cures (jui assuraient aux disciples de cette secte leurs succès auprès du public.

Au contraire, quand il eût été écrasé par Galien, le Méthodisme n'intéressa plus guère qu'au point de vue historique. Les compilateurs et les curieux des choses passées consultèrent volontiers les ouvrages où ils retrouvaient l'histoire d'une doctrine longtemps triomphante, et qui avait laissé, en somme, de grands souvenirs. On lut surtout, et nous pouvons lire encore celui du dernier représentant

connu ' du MiHhotlismo . de Ctelius Aurelianus, qui exposa en latin les principes doctrinaux et théraj)euli(]ues de ses prédécesseurs, et donna de leurs œuvres de longs extraits précieux. Il avoue lui-même n'avoir été le plus souvent que le traducteur de Soranos.

Si l'on veut se faire une idée exacte des procédés minutieux et rigoureux des Méthodistes, et retrouver, successivement appliqués, tous les principes fondamentaux de leur doctrine, la Méiasyncrise, le I)iatritos, le Laxuni et le Sl7'icfwn,c[c., on lira le passage relatif au traitement du mal de tète. En voici le résumé.

Après la diète de trois jours et la saignée obligatoires, on frottait doucement la tète endolorie avec de l'huile et de l'extrait de plantain ou de chicorée. Le (piatrième jour, on accordait au malade une nourriture légère, du })ain et des citrouilles, et le cinquième, des aliments plus substantiels, du pain, des œufs et des petits oiseaux. C'est le sixième jour seulement que la portion entière, la viande et môme la chair de porc, était substituée à la portion congrue. Si la maladie persistait (voilà un mal de tête bien récalcitrant), on imposait derechef une diète

i. On reU'Ouvo encore, ch et là filés dnns les vieux livres, des noms d'autres INIélliodisles ; mais ils n'offrent i)as plus (l'intérêt que n'en auront pour nos enfants les noms des imbéciles, vaniteux même après leur mort, qui payent très cher pour faire annoncer, dans les journaux à réclames, leurs dîners, leurs bals, leurs soirées, leurs mariages et leurs enterrements.

d'un jour, et, pendant les six qui suivaient, on recommençait à graduer savamment l'alimentation : on allait des citrouilles au porc salé, en passant par les œufs, les petits oiseaux, le lièvre, le chevreuil et les aromates. Le huitième jour, la migraine étant classée dans les maladies du genre resserre^ on employait les remèdes relâchants. On faisait vomir, et on couchait le patient ; mais le sommeil étant considéré comme un resserrant, on ne le laissait pas dormir. Pour le consoler de cette insomnie douloureuse, on lui faisait absorber de la graine de moutarde macérée dans du vinaigre, et des décoctions de thym, d'origan ou d'hysope. Si le mal, au lieu de se calmer, s'exaspérait, les médecins faisaient comme lui ; et cela se sentait aux remèdes nouveaux qu'ils appelaient à leur aide. Ils rasaient la tête du malade à contre-poil ; et quand la peau du crâne était bien rouge, ils la frottaient vigoureusement avec du nitre. Puis, de la nuque au bas du dos, ils appliquaient une série de ventouses scarifiées, recouvertes d'un enduit adhésif; et cet cmplûtrc, ils l'arrachaient ensuite avec violence. Après ces eflbrts héroïques, si le patient n'était ni mort, ni guéri..., ils l'envoyaient aux eaux.

On conçoit qu'habitués à soumettre leurs clients à de pareils traitements intensifs, à cet entraînement rigoureux, à cette persécution de toutes les heures, les Méthodistes aient profondément méprisé les partisans d'Hippocrate, ceux qui voulaient laisser agir la Nature. Ils les méprisaient, et, jusqu'à Galien, les

supplanlôrenl : leur secte tient une place immense dans riiistoire de la médecine grecque à Rome. VA n'est-il pas curieux de penser qu'Asclépiades est le fondateur, d'ailleurs irresponsable, de celle école absurde et si longtemps toute-puissante? Oui, sans <loute, mais avec Thessalos et Gœlius Aurelianus que nous sommes loin de la grande doctrine inspirée d'Epicure !

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