‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 37 sur 59 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La médocino grecque à Rome, sous Néron (suile). — Androluaque, médecin de l'empereur el Arc/iialre. — La Thcriaque. — Un Ijolaniste, médecin militaire : Dioscorides. Pline l'Ancien.

Il ne semble pas, malgré leur réclame tapageuse, <|ue les Méthodistes aient été particulièrement honorés (1(^ la laveur impériale; les Pncumatisles encoi-e moins. C'est un Empirique, Scribonius Largus, que Claude emmène avec lui en Crande-Bretagnc, et c'est un Empiricpie aussi (|ue Néron attache à sa personne : il reçoit les lettres de Thessalos, mais c'est Andromaque, un (irec de Crète, (|ui lui donne ses soins. Ce dut être pour la vanité du Vainqueur des médecins un(> blessure cuisante; et ses missives à l'Empereur ne sont sans doute qu'une protestation adroitement enveloppée, un appel à l'attenlion du maître, la profession de toi d'un candidat friand d'honneurs.

Ces efforts demeurèrent inutiles. Néron qui ne se piquait pas de fidélité dans ses affections, (pii si facilement envoyait des ordres de mort à ses amis

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et professeurs, n'abandonna jamais le médecin (pie son caprice avait choisi; el pour mieux lui témoigner sa confiance, pent-èire aussi par esprit de tacjuinerie, il lui coulera un titre orficiel <pu dul singulièrement exaspérer la jalousie de Thessalos. Tandis que ce dernier, de son autorité privée, s'appelait latronicès, Androniaque recevait de l'Empereur le droit de s'appeler Arckiatros. Ce titre, qu'avaitdéjà porté Xénophon, n'a d'ailleurs à ce moment qu'un caractère honorifique. Plus tard, certains décrets curieux d'Alexandre Sévère et de ses successeurs pourront reconnaître à VArchialre une valeur exceptionnelle, faire de lui un haut fonctionnaire public, et de VAi'chiairie un des rouages de l'aduiinistration impériale; mais à l'origine, sous Néron, ce mot ne symbolise ni supériorité scientifique ni prééminence officielle. L'Archiatre est tout simplement le médecin de l'Empereur, tou apyo^ro; Ixzpo: . C'est là, et rien de plus, ce que seront, après Andromaque, Démétrius et Magnus, médecins d'Antonin le Pieux et de Marc-Aurèle. Si ce titre avait été la récompense du talent et de la réputation, il devait revenir à Archigènes, à Soranos et à Galien.

On n'a pas toujours admis ce sens, très légitime,' qu'eut à l'origine le moi Archiatre '. Mais les discus-

i. A côté do ceux qui font de Y Archiatre le niédcciii du prince il y a : 1° ceux qui déclarent que c'est le prince des médecins; 2° ceux (pii, conciliant les deux opinions, prétendent que Y Archiatre est le premier des médecins parce qu'il est le médecin de l'Empereur; 3" ceux f[ui soutiennent que le mot Archiatre désignait celui qui, n'étant pas spécialiste,

sions soulevées à ce sujet s'expliquent par la confusion même qui, dès le principe, régna dans l'esprit des Romains. On sait comment les choses se passent dans le monde des courtisans, cl chez les peuples esclaves. Naturellement portés à admirer et à considérer comme plus habiles que les antres les médecins choisis par les empereurs, les naïfs devaient attachera ce titre d'Archialre une signification particulièrement flatteuse; et, à leurs yeux, celui qui le portait n'était pas seulement le médecin du prince : il était aussi le prince des médecins. Cette superstition s'était très vite répandue; et l'on voit, par le témoignage même de Galien, qu'Andromaque, parce qu'il était Archiatre, passait pour être le plus éminent des hommes, un médecin très supérieur à tous ses confrères par sa science médicale et son habileté professionnelle.

C'est son art de composer et d'administrer les médicaments qui faisait surtout sa force. Comme tous ses confrères de la même école, cet Empirique, dédaigneux des théories vagues, pensait (pie la médecine repose essentiellement sur la thérapeutique, que rien n'est plus important que les recherches de matière médicale, et que la confiance des malades est en raison directe des remèdes qu'on

prali(iuait loutos lo» parlios de la médecine; 4" ceux qui voient dans les Archinires des médecins payés par l'État, opposés aux medici, ou médecins libres, qui n'avaient de salaire à attendre que de leurs clients; 5" enfin un critique, qui se croit sérieux, traduit Archiatre par princeps atrii et fait de cet homme le chef des portiers.

leur ordonne. Celte conviction servait au mieux ses inténMs.

Que de gens, dans tous les temps, préfèrent le médecin qui drogue à celui qui se contente de prescrire un régime! Or, à lépoque de Néron, les livres de médecine empiri([uc étaient remplis de formules et d'ordonnances; et ces livres, affichés sur toutes les colonnes, encombraient les boutiques des libraires. On n'avait que l'embarras du choix : on pouvait consuller les traités d'Heraclite de Tarente et de Glaucias sur les propriétés des médicaments, celui d'Apollonius sur les onguents, et les deux plus récents, les livres de Scribonius Largus et de Dioscorides.

Ces différents ouvrages offraient aux praticiens d'innombrables recettes; et les Romains qui les emploient adoptent en même temps les noms étranges qui les désignent, A partir de Néron, ce fut, non seulement dans la langue scientifique, mais dans le langage courant, et môme dans celui des poètes, une formidable invasion de termes grecs. On ne prend plus de pilules, on prend des cntnpolia; les baumes adoucissants ne sont plus des linimenis, mais des acopa et des malagmata Pour rafraîchir l'haleine, il n'est rien de tel que les ecligmata, sortes de bonbons qu'on laisse fondre dans la bouche; el, pour parfumer le corps, rien ne vaut le diapasmn. Fescennia est convaincue que cette poudre odoriférante dissipera les émanations pestilentielles qui montent de son>stomac. Quelle illusion ! Ce mélange

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(le parfum cl d'haleine nauséabonde augmonle l'infeclion nalurcllc On no s'épile plus qu'avec le dropax ou le psilolhrum. Demandez plutôt à Thaïs : chaque fois quelle se déshabille pour prendre un bain, elle s'enduit de cette pûte qui lui verdit la peau -. C'est Yarteriace qui guérit le mieux les maux de gorge, et le sympasma les ulcères. Horace, qui n'a jamais reculé devant les mots nouveaux, ne reprocherait plus à RufiUus d'empester les pastilles, mais bien les trochisces. Chaque médecin a sa drogue, dont il vante les eifets souverains, et qu'il colporte, une drogue naturellement supérieure à toutes les au^tres, et d'autant plus merveilleuse, que son nom, plein de promesses, est plus savant, plus mystérieux. Voici VAlJianasia, Timmortelle, YAmbi^osia, la divine, YlsoVieos, l'égale des Dieux, Ylsoch'ysos, l'égale de l'or, la Panacea, qui guérit toutes les maladies.

Voici enfin, et surtout, la Thériaque. Andromaque .se devait à lui-même, il devait à son titre et à ses fonctions de prendre rang parmi les écrivains et les inventeurs de sa secte. Galien le compte en elTet parmi les auteurs qui ont le mieux écrit sur les médicaments. Il avait d'abord composé plusieurs remèdes, dont il s'était contenté de donner la description, sans ajouter leurs propriétés ni les maladies

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