KES MÉDECINS
aux([uolles ils élaicMil propres. Mais comme ces receltes, très particulières, ne guérissaient que dans certains cas déterminés, il jugea qu'un médecin de l'Empereur devait trouver plus et mieux. C'est alors (lu'il inventa et décrivit dans un poème grec en vers élégiaques dédié à Néron, une panacée devenue célèbre. Kil(> eut la gloire d'éclipser non seulement les drogues de ses confrères, mais même l'antidole de Mithridale, cet électuaire fameux qui, depuis la découverte qu'en avait faite Pompée dans la bibliothèque du roi de Pont, était très répandu dans le monde romain, et universellement employé.
Estimant difficile de toujours trouver le médicament approprié à cbatpie maladie, les Empiriques d'Alexandrie avaient , on se le rappelle, imaginé d'associer ensemble un certain nombre de drogues; ils comptaient, sans l'avouer aux profanes, qu'un au moins des ingrédients inlroduils dans cette vaste mixture produirai! un ell'et salutaire, et ([uc le médicament serait plus habile que le médecin. C'est ce principe ((ui avait présidé à la composition de l'antidote de Milhridate, et c'est sur ce principe aussi que s'appuya Andromaque, Seulement, pour être plus sûr d'arriver au but, de trente-six 'il porta à soixante
1, CVsl pour éviter les altérations (lu'il fit on vers cotte doscriplion, (jne son fils, par la suite, mit en i)rose. II avait raison de se méfier des contrefaçons. Plusieurs médecins imitèrent la Thériaque et y ajoutèrent do nouveaux ingrédients. Un d'eux même, Xénocrate, y voudra introduire de la chair humaine,
2, La composition célèbre connue sous le nom de Mithridato contenait 3G substances, selon les uns, et 54 selon les
el quelques les ingrédients qu'il mélangea, en même temps que, pour frapper davantage l'imaginalion do ses contemporains, il ajoutait une substance destinée à donner à celte panacée son originalité, sa supériorité et son nom. Appelée d'abord, dans le poème, Galénè, Eudlos, la Sereine, la Tranquille, celle qui donne au corps le calme et la paix, la composition d'Androma(pie prit bientôt le nom de Thériaque, ce nom fameux qui devait, comme le médicament luimême, traverser les siècles et faire d'innombrables dupes. Cet électuaire s'appela ainsi parce qu'il était un spécifique contre le venin des bétes malfaisantes, el surtout parce que la chair de la vipère ent rait pour une grande part dans sa composition. C'était là la grande trouvaille d'vVndromacjue. Après avoir coupé la tête et la queue de la bête, afin que le sang ré-
aulrcs (l'linc l'Ancien, XXIX, I). Ouelqucs écrivains ont sou- Icnu que ce remède, beaucoii]) plus simple, était fait, à l'origine, tout simi»lenient de vingt feuilles de rue, d'un grain de sel, de deux noix et de deux figues sèches. On ])renait ce remède tous les matins à jeun, avec un peu de vin.
« Antidolus vero mullis Mithridatica ferlur Consoclata modis; sed Magnus Scrinia Rer/is Cum raperel victov, vilem deprendit in illif! Synlhesin, et vulgata salis viedicamina risit : Bis denum rulœ folium, salis et brève granum, Juglandesqiie duas, lolidem cum corpore ficus. Hsec oriente die paiico conspersa Lyaeo Sumebat; metuens dederal quœ pocula mater. >.
{Q. Serenus Samonicus.)
D'après Aulu-Gellc (XVII, 10), il y entrait aussi du sang de canard du Pont, parce que les canards de ce pays se nourrissent communément de poisons.
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pandu eniportûl avec lui k> venin on séparai! la chair des entrailles et des os, on la lavait et on la Taisait cuire. Ouand elle avait bouilli dans de l'eau salée parfumée d anelh, on la pétrissait avec de la niic de pain. A celle première substance, qui était le Tond même, la base originale delà T hér laque, Km\vomaque ajoutait de nombreux autres ingrédients, des simples communs, des gommes, des aromates, de l'essence de rose, d'iris, de lérébinlhe et de lauriercasse, de la cannelle, du gingembre, de l'huile de baume, de la valériane, du pavot, etc., etc. Ces substances pulvérisées et dissoutes dans du vin de Crète, passées dans un tamis et mélangées de miel altique, ressemblaient à un suc épaissi, et prenaienl, comme l'opium, la consistance, la viscosité et l'éclat de la poix bien préparée.
Avec ce remède miraculeux, Androma(iue prétendait guérir toutes les maladies. Leur énumération est aussi complète et minutieuse dans le poème que celle des matières utilisées. L'asthme, les douleurs d'estomac, la colique, la phtisie, la jaunisse, l'hydroj)isie, les ulcères, les convulsions, les afïections de la vessie, l'impuissance vénérienne, les douleurs de reins, la peste, rien ne résiste à la Thériaque. Mais
1. Andronia(|uc ne se doutail pas ([ii'il était inutile d'isoler le venin, et qu'en l'an de grâce 1894 des chercheurs savants découvriraient que la chaleur, appliquée au venin de la vipère, non seulement détruisait ses propriétés virulentes, mais faisait appai-aître dans les produits chauffés d'éiiergi- <[ues propriétés vaccinantes. (Voir le compte rendu de la séance du 13 février 1894, à l'Académie des sciences.)
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surtout — et voici sa grande supériorité, — elle est souveraine contre les poisons et les venins. Protégé par elle, on n'a rien à craindre de la ciguë ni de l'aconit; Médée elle-même reconnaîtrait limpuissance de ses philtres. Les chiens enragés, les scorpions el les vipères ne sont plus que des êtres inoll'ensifs. Quedis-je? La vipère devient un bienfait des dieux, puisqu'elle-méme guérit le mal qu'elle a fait.
Des causes particulières et des causes générales expliquent le prodigieux succès de la Thériaque. Ce fut, dès le premier jour, un grand avantage pour elle d'avoir été inventée par un médecin de l'Empereur, décrite en vers grecs dans un poème dédié à l'Empereur, adoptée et patronnée par l'Empereur. Comme ces naïfs qu'attirent les fournisseurs patentés des majestés impériales et royales, les Romains se précipitèrent vers ce monstrueux assemblage de drogues, que Néron, ce monstrueux assemblage de vices, avait pris sous sa protection. Quels mérites ne devait pas avoir ce spécificpie, dont le maître envoyait chercher les ingrédients dans les lointains pays d'origine, qu'on préparait dans son palais, et dont lui-môme (comme feront aussi ses successeurs, Antonin notamment) prenait chaque matin une pilule avant son premier déjeuner! Cette médication, que l'excellente santé du prince ' ne semblait pas justifier, ce travail secret auquel se livrait Andromaque, fabriquant son contre poison dans la chambre