‹ Les médecins Grecs a RomeChapitre 40 sur 59 · Ipsa prsesumendo l'emedia munierat corpus. » (Tacite · texte numérisé non relu

Ipsa prsesumendo l'emedia munierat corpus. » (Tacite

3. T. Bordcu, Recherches sur l'Histoire de la médecine, 17G4.

'J!3i IJiS GRECS A nOMK.

est en vogue partout. J ai vu, i)i'iKlanl plusieurs années, donner cha(pie soir un bol de Thériaque i\ tous les malades de l'hôpital de Montpellier, tandis que les écoles de cette métropole de la médecine retentissaient d'invectives contre cette composition. J'ai vu donner de la Thériaque, et même à très forte dose, dans toutes les incommodités, dans tous les ménages, par toutes les vieilles gens d'expérience; et j'ai vu réussir cette manœuvre dans beaucoup d'occasions où je n'aurais su quel parti prendre en suivant les indications puisées dans les principes de la théorie. Quelle vogue n'ont pas prise de nos jours, au milieu de Paris, des formules (|ui n'étaient que des diminutifs de la Thériaquel Combien d'efl'orls ceux mômes qui décriaient ces formules n'ont-ils pas faits pour les imiter! »

Ce n'est pas au seul historien de la médecine ([ue doit être réservé le privilège de signaler cette monstrueuse invention d'une monstrueuse époque. Par l'enthousiasme qui l'accueillit et par ses succès prolongés, la Thériaque appartient à l'histoire de la sottise humaine à travers les Ages. Andromaque, ([ui fut pendant sa vie le médecin d'un fou furieux, est resté après sa mort, et pendant des siècles, le médecin des fous naïfs . 11 n'est personne que cet homme et sa drogue ne puissent intéresser. Au reste, quelle que soit leur spécialité, tous ces Grecs habiles, dès qu'ils arrivent à Rome et se mêlent à la vie romaine, deviennent des sujets d'étude aussi curieux pour le littérateur, l'historien et le philosophe que

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pour le médecin , le botaniste ou l'artiste. Intéressants par leur métier, ils le sont au moins autant par la place (ju'ils occupent dans la société impériale, par l'action qu'ils exercent, l état d'esprit qu'ils révèlent, le mouvement c[u'ils impriment et le caractère ([u'ils imposent à la science, à l'art, à la philosophie.

Ainsi, il semble bien d'abord que l'ouvrage très spécial de Dioscoritles. un contemporain d'Androma({ue, ne doive intéresser que les médecins, et, plus particulièrement , les historiens des plantes médicales. 11 n'en est rien pourtant . Ce traité sérieux et consciencieux permet de se l'aire une idée générale, très exacte, de 1 état des connaissances scientifiques à la fin du premier siècle. 11 montre quels étaient les procédés de travail des savants d'alors, de quelle l'açjon et dans quelle mesure les recherches personnelles et les découvertes nouvelles se mêlaient aux connaissances puisées dans les livres anciens, les complétaient, les rectifiaient, comment aussi elles trouvaient moyen de faire bon ménage avec les croyances populaires et les plus grossières superstitions. Le livre tout médical de Dioscorides, un pur savant, aide beaucoup à comprendre la grande Histoire Naturelle de Pline l'Ancien, dont ne manquent jamais de parler les historiens de la littérature latine.

Né à Anazarbe, une petite ville de Gilicie plus connue sous le nom de Césarée Augusta, Dioscorides avait pris à Tarse, la très intelligente capi-

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laie de cette province, le goût des choses de Tesprit. Les maîtres dont il suivit les le(:ons à Alexandrie, les ouvrages qu'il y lui et <pi"il n'oubliera pas, surtout ceux de Cratevas et ceux que Théophraste, élève d'Aristolc et directeur du jardin hotanicpie d'Athènes, avait écrits sur la génération et la vie des plantes, enfin ses recherches personnelles sur la flore égyptienne fixèrent sa vocation. Elle semble avoir été très impérieuse. Et si Rome l'attira, comme elle attirait ses compatriotes, les médecins particulièrement, ce fut moins par l'espoir qu'elle lui donnait de la fortune et des honneurs, que par les moyens qu'elle lui réservait de poursuivre et de compléter ses études. La preuve, c'est qu'il n'y resta d'abord que le temps nécessaire pour obtenir, avec le titre de médecin militaire, le droit de suivre les armées romaines dans leurs expéditions. Ces fonctions, qui lui permirent de voyager commodément en Italie, en (îaule, en Espagne, lui laissèrent aussi le loisir de former une riche collection de plantes et d'amasser un précieux trésor d'observations.

Très curieux et très sagace, Dioscorides s'intéresse à tout. Il aime à causer avec les indigènes des pays (pi il traverse; il les interroge sur leurs maladies et note soigneusement, pour les retrouver plus tard, les remèdes qu'ils emj)loient. 11 visite leurs champs et leurs jardins, et y cueille toutes les plantes qui manquent à son herbier. Il se promène dans les pAturages, en étudie la nature, goûte le lait des vaches, des chèvres, des ânesses, des brebis, et fait

des comparaisons. Il sait très bien que le lail vraiment pur et naturel doit (Mre très blanc, également épais, et laisser au bout du doigt trempé dans le vase des gouttelettes bien formées. Il constate que le lait de l'été ne vaut pas le lait printanier, et que celui du nord de l'Italie est très supérieur à celui du centre. Gomment ne le saurait-il pas? Il a bu chez les Vestins un cyathe de lait qui l'a fort indisposé. Mais il ne songe guère à s'en plaindre : sa curiosité est plus foi'te que ses tranchées. D'où vient cet accident? Évidemment les vaches de ce pays broutent des herbes mauvaises. Quelles sont ces herbes? Il cherche, et partout retrouve dans les prés de la scammonée, de l'hellébore, de la mercuriale et de la clématite. Sa mésaventure lui a donc appris, et il ne manquera pas lui-même d'apprendre à ses lecteurs, qu'il faut se méfier du lait venu des contrées où ces herbes pullulent. « On peut me croire, écrira-l-il, car j'en ait fait l'expérience : ce lait-là dérange les entrailles et détraque l'estomac. » Il descend aussi dans les caves, note soigneusement les caractères et les effets différents des vins, selon qu'ils viennent de la Campanie ou de la Gaule Gisalpine, des côtes de l'Adriatique ou d lllyrie, de Sicile, de Grèce ou d'Espagne. Le Falerne, le plus fameux de tous, est bon pour l'estomac, mais mauvais pour la vessie; le Cécube, très agréable au goût, gène la digestion; plus légers et vieillissant très vite, les vins de Sicile et des rives de l'Adriatique troublent moins le système nerveux; ceux de Chios, d'Éphèse et de Lesbos

sont très nutritifs, très digestifs, ot ne portent pas à la tOte ; il faut craindre, au contraire, ceux de Cos et de Clazomène, qu'on a la d('>plorable habitude de mouiller avec de l'eau de mer ; ils se corrompent aisément, provoquent des dérangements d'entrailles et des dilatations d'estomac... — Dioscorides conlinue ainsi, et Ton conçoit très bien qu'il se soU vivement intéressé s cette question. Il estime avec raison que le vin, naturel ou médicamental, joue un grand rôle en hygiène et en thérapeutique; et d'ailleurs il en aura bientôt besoin poin- extraire les principes actifs des plantes recueillies au cours de ses voyages.

De toutes ces notes très soigneusement prises, mais assez sommairement classées, et rédigées dans un grec dont l'auteur lui-même s'est excusé un livre est sorti, qui nous est parvenu sous le titre de Matière Médicale. Dioscorides ayant beaucoiqi lu et étudié les botanistes, ses prédécesseurs, et ne décrivant, dans sa longue nomenclature, qu'une centaine de plantes nouvelles, on devine aisément que son traité n'est pas de tout point original. On y reconnaîtrait sans doute, si leurs ouvrages n'étaient perdus, l'influence de Cratevas et de Théophraste. Comme tous les savants et tous les médecins d'alors, il est dans une certaine mesure un imitateur, et s'appuie au début sur les connaissances acquises. Mais il est facile aussi de retrouver dans son œuvre une originalité très curieuse et indiscutable.

i. Il était de Cilicic, cl la Cilicie, comme on sait, est la patrie des solécisme».

Au temps de Ni^ron, la botanicjue était une science relativement avancée, et les livres sur les plantes ne manquaient pas. Mais aucun d'eux ne satisfait Dioscorides. Les uns lui paraissent très incomplets, les autres très superficiels ou trop peu nouveaux. Ceux d'Iolas de Bithynie, par exemple, et d'Héraclite le Tarentin néi>li<i,eiit une l'oule de plantes. Oux d'Andréas et de Cratevas ne décrivent pas toutes celles qu'ils si<?nalent. Ceux de Bassus, de Niceratus, de Pétrone, de Niger et de Diodote, tous disciples d'Asclépiades, reproduisent les ouvrages antérieurs, et sacrifient la description des plantes à des exposés de doctrine, à des discussions vaines. Comme si la théorie des pores et des atomes avait quelque chose à voir dans des sujets de ce genre! D'autres écrivains encore ne s'adressent qu'aux cultivateurs des champs et des jardins, ou bien, comme Théophraste, l'ont de la botaiii(iue une science indépendante, se suffisant à elle-même, fort égoïste et insoucieuse des services qu'elle pourrait rendre aux autres sciences. Quels sont les principes des plantes, comment germent-elles et croissent-elles, quels sont les éléments qui les composent, les caractères qui les distinguent et les rapprochent ? Voilà ce qu'on trouve surtout dans les livres de botanique. Si, d'aventure, leurs auteurs s'avisent d'indiquer l'utilité pratique et les efTets des plantes, que d'erreurs, de sottises, de superstitions! A quel homme sensé persuadera-t-ou que telle herbe rend fécond et telle autre impuissant : et que les gens mariés, en mangeant celle-ci ou

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celle-là, auront à volonté des gai^-ons ou des filles?

Dioscorides a la prétention justifiée d'être plus sérieux et plus pratique. Il entend que son livre de botanique soit un livre de médecine, et les plantes ne l'intéressent qu'autant qu'elles guérissent les maladies. Aussi omeltra-t-il, ou, s'il les cite, ne décrira-l-il pas les arbres et les herbes qui, ne pouvant servir de remèdes, lui semblent souverainement méprisables. A la vue d'un érable, d'un buis ou d'un bouleau il devait s'écrier :

A quoi songeait, ma foi, l'auteur de tout cela?

Au contraire, il signale avec le plus grand soin ioiiles les espèces végétales utiles au médecin : il donne leurs noms, fait leur description, indique les endroits où on les trouve, la manière de les cueillir, de les préparer, de les conserver, leurs propriétés médicales, les maladies qu'elles guérissent. Et l'on sent bien qu'il a lui-même trouvé, cueilli, préparé, conservé, éprouvé toutes ces plantes minutieusement énumérées. D'ailleurs, il ne le laisse pas oublier : à tout instant il rappelle que ce qu'il décrit, il l'a vu, qu'il a essayé sur sa propre personne ou sur les soldats de Néron les médicaments qu'il conseille, et dont il analyse les effets bienfaisants. Aux affirmations téméraires, ce n'est pas l'opinion de tel ou tel qu'il oppose , mais toujours sa propre expérience. Diagoras et Andréas prétendaient que l'opium était très dangereux pour les maladies

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