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nouveautés grecques. Comme en(in ils n'allaient sur les brisées de personne, ils n'avaient pas à craindre que des rivaux menacés par une concurrence étrangère se plaignissent d'être supplantés et dépossédés.
La situation d'Archagatos était beaucoup plus ilélicate. Evidemment, puisqu'il exigea des salaires, le nouveau venu comptait sur son métier pour vivre. Trouverait-il une clientèle? Il lui fallait non seulement triompher des obstacles qui partout et toujours arrêtent à ses débuts l'homme sans renom et sans appui, mais encore lutter contre les préjugés, les préventions qui pouvaient s'attacher à sa qualité d'étranger et d'intrus. Ce l'ut presque une bonne fortune pour le parti de la vieille Rome qua l'arrivée d'Archagatos. 11 n'était plus guère possible, à celte date, de remonter le courant (jui entraînait les esprits vers les lettres grecques; Caton lui-même fut bien force d'admettre avec elles quelques accommodements et de reconnaître (|u'il est bon de les eftlcurer. D'autre part, en 53o l'heure n'avait pas encore sonné de livrer bataille aux philosophes, ces parleui's habiles à persuader tout ce qu'ils veulent, et capables d'étouller les deux seuh^s voix (pie devraient entendre les enfants des ]\omains , la voix des magistrats et celle des lois. La médecine grecque, apportée par Archagatos, venait tout à point olïVir aux gardiens austères des traditions nationales un nouvel et sérieux espoir de revanche et de triomphe.
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« Eli quoi! s"écrièi'cnl-ils , co n"osl pas assez (jifavec loin- arl et leur litléralurc les Grecs aient corrompu nos mœurs cl empoisonné nos Ames! Voici mainlenanl que celte race intraitable et vicieuse, nequ'tssiniiim et indocile genus, s'en prend à nos vies mêmes et veut empoisonner nos corps! Pourquoi nous envoie- t-elle ses médecins? (Vest qu'elle ne trouve j^as assez malfaisant ni surtout assez rapide le \cmn de ses artistes et de ses poètes, n
Comme celte accusation était manifestement ridicule, et plus niaise qu'odieuse, comme les remèdes d'Archagatos et de ses confrères ne dépeuplaient pas ritalie, on chercha et l'on découvrit des arguments plus sérieux. — « Les médecins grecs ne sont pas des assassins de parti pris, des empoisonneurs publics, soit! Mais ils veulent, cela nest pas douteux, vendre à prix d'or la santé et la vie, comme si une vie romaine était chose vénale. Intrigants, ils veulent créer une caste à part; accapareurs, ils veulent monopoliser ce qui appartient à tous; impies, ils veulent se substituer aux dieux protecteurs de la santé publi(|ue; jaloux enfin de notre gloire, de toutes nos traditions, ils veulent discréditer et ruiner la thérapeutique des ancêtres. >>
Là était l'accusation grave et vraiment précise. Archagatos et ses confrères menaçaient la médecine romaine. C'est qu'en effet celle-ci existait longtemps avant leur arrivée. Ainsi qu'on le verra plus loin, la chose en preuves abonde; mais il est a priori cer-
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lain (ju'il n'en pouvait èlre aulremciil. C-ommenl les Humains auraient-ils pu so soustraire à celle loi nalurelle (jui cherche à cahner la douleur el à repousser la mort, à cet instinct qui auprès de ceux <pii soullVenl met des hommes désireux toujours et (juelquefois capables de les soulager? A l'Age héroïque, et dès le temps de la guerre de Troie, il y avail des mortels aimés des dieux qui savaient relirer les dards enfoncés dans les chairs et poser sur les plaies des baumes bienfaisants. Ne s'en Irouva-t-il pas chez les anciens Romains, qui durent recevoir tant de furieux coups au milieu des batailles, et dont la ville fut décimée par de terribles épidémies, fièvres et pestes, si fréquentes depuis Homulus, que la description en revient, comme une sorte de refrain lamentable, presque à cha([ue livre des Histoires de Tite-Live?
On est donc sui'pris de voir Pline le Naturaliste féliciter ses concitoyens de s'être passés de médecins pendant plus de six cents ans. Est-ce une simple allusion à rétablissement à Rome d'Archagatos, et les médecins dont il parle sont-ils seulement les médecins grecs? Bien qu'en ce cas Pline se soit trompé de près d'un siècle dans son calcul, on est tenté d'abord de le supposer.... Mais non, et c'est bien d'une façon générale qu'il s'exprime, pu is- (ju il range les anciens Romains parmi les peuples heureux qui vécurent tout à fait sans médecins.... — « Sans médecins, poursuit-il, mais non pas sans médecine. » Ou'est-ce à dire, et que signitie une
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médecine sans médecins?... Voilà, dans la vaslc encyclopédie de ce compilateur consciencieux, sans orii^inalité ni critique, un de ces passages obscurs, comme beaucouj) de ceux qui ne sont pas des tirades à ellet, des morceaux de bravoure, mais de simples renseignements transcrits de notes prises au hasard des lectures. Sans doute — et c'est la seule explication possible — Pline entend dire par là que, pendant les premiers siècles, il n'y eut pas à Rome de corps de médecins régulièrement constitué, et que l'exercice de la médecine n'était pas une profession à pari, et légale. A la bonne heure! A l'origine, en elTel, el pendant cin([ cents et quel- (|ues années, on aurait vainement cherché en Italie un [)raticien ayant un litre distinct, des fonctions spéciales, ne vivant que des opérations qu'il faisait, des remèdes (pi'il ordonnait, préparait, administrait; mais il y avait des hommes que Tobservation, l'expérience et leur dextérité rendaient capables de soigner à l'occasion el de guérir les malades ou les blessés *.
1. Les liaruspiccs devaient être de ces gens-là. Car, chargés d'ouvrir les victimes et d'examiner leurs entrailles, ils possédaient évidemment quel([ues connaissances analomi- <{ues. Une des preuves d'ailleurs qu'avant l'arrivée des médecins grecs il y avait à Rome des gens capables de soigner les malades el habitués à ces fonctions, c'est le nom même de mediciis qui n'est pas d'origine hellénique, mais d'origine osipie. 11 vient du mot meddix. Voir dans la Revue archéologique (1885) un article du docteur R. Briau sur Vintroduction de la médecine dans le Latium el à Borne. Voir aussi plus loin, chap. va, p. 185, note 1.
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Quelle était donc cette médecine toute romaine, à huiuelle les Grecs vinrent substituer au vi'= siècle une thérapeutique étrangère et nouvelle?
Ce lui d'abord une médecine nécessairement
lupyx pansant la blessure d'Énde.
empirique et surtout chirurgicale, comme celle de tous les peuples enfants. Longtemps avant de connaître les remèdes des maladies, dont les phénomènes étaient manifestes, mais dont le siège et les causes échappaient aux yeux, on sut l'aii'c les opé-
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râlions élcincnlaires que le bon sens inclique et que réclame la nature. Virgile et un peintre de Pompéi ont raconté comment lapyx guérit Énée de sa blessure. Les choses se passaient de même dans la réalité. A Rome, comme partout, on sut dès l'origine extraire les flèches et les traits, soit en les ébranlant peu à peu avec la main, soit, lorsqu'ils étaient profondément cachés sous la peau, en élargissant la plaie et en les allant chercher avec les dents d'une pince. Les moins intelligents, parmi les anciens Romains, comprirent bien aussi qu'il était indispensable, pour éviter l'inflammation des chairs et arrêter l'écoulement du sang, de laveries blessures et de les bander. De très anciens monuments figurés nous permettent d'assister à ces opérations, et montreiil avec quelle adresse les bandes étaient enroulées et serrées autour des membres blessés. Très amusant, par exemple, est le miroir étrusque sur lequel Sthénélos esl représenté pansant l'index tendu de Diomède, et très louchante, sur un autre, l'image d'Achille passant et repassant de longues, lanières de toile autour du l)ras de son ami Pat rode, qui détourne la tète avec le geste très naturel d'un malade qu'on opère, et regarde d'un œil farouche la flèche dont il vient d'être débarrassé. De même, les accidents qu'entraînaient les exercices violents, si goûtés des Romains, durent apprendre dès les temps les plus reculés qu'il fallait, pour rejoindre et rattacher deux membres fracturés, les mettre bout à ])oul et les maintenir i)ar des ligatures; et, pour