CHAPITRE PREMIER
ÉTAT PB 1^4 MÉDECINS /V hh MORT PE QAWKN.
Quand mourut Oalien, en 201 ou 210 après J.*C., les 3cie)ice8 médicales étaient fixées pour longtemps. Depuis OalÎQp jusqu'à Yésa}e, mort en 1564, l'anatomie ne fit guère de progrès ; la physiologie resta stationnaire. En rappelant l'état de la science telle que Galien Ta laissée, nous verrons plus exactement les quelques progrès qui ont été réalisés pendant près de quatorze siècles.
RassemblaQitlesmatéri^uxlaissésparAristQte,Én^sistrAtQ, Héroplxilai M4l*înos, son maître Pélops, iEU^n, Galien rér suma une anatomie qui fut le seul guide jusqu'au XYI^ 9iè*cle. Il cré^ en outre 1^ physiologie expéri(penta|a.
Il nous importe peu de savoir si Galien a disséqué des cadavres humains ; la plupart de ses dissections ont été faites sur de9 siqge^ ou d'autres animaux ; néamoins la lec-
ture de ses écrits nous confirme dans notre opinion qu'il n'est pas resté étranger à l'anatomie humaine.
On connaissait assez bien Tostéologie qu*on avait étudiée sur des squelettes rapportés d'Alexandrie, Galien, dans son livre n«pt ôarwv (1), écrit pour les élèves (T. ii, 731-778), divir sait les os en os longs à canal médullaire et en os plats, sans canal : il distinguait les apophyses, les épiphyses, les diaphyses. Les os du crâne étaient connus ; on considérait les dents comme des os et leur mode d'évolution était nettement décrit (p. 753) . On connaissait les 24 vertèbres (ottov^oi) , terminées par l'os sacré (Upov o(ttoûv) et le coccyx. On a peu ajouté aux descriptions que donne Galien du sternum, des côtes, des vertèbres, de la clavicule. Les descriptions de l'humérus, du radius, du cubitus, du carpe, du métacarpe, des doigts étaient nettes et précises, aussi bien |que celles des os des membres inférieurs.
L'étude de Tarthrologie était aussi avancée que celle de l'anatomie. Galien admettait deux genres d'articulations (p. 735), auxquelles il avait donné les noms de diarthroseet 4e synarthrose. La diarthrose ou articulation avec mouvement se subdivisait en énarthroses, — arthrodies, — ginglymes. La synarthrose ou articulation sans mouvement était subdivisée en sutures, — gomphoses, — harmonie. L'harmonie, expression aujourd'hui abandonnée, indiquait la synarthrose linéaire, ou par une simple ligne, xara 7pa|Apiw «ttX^v, comme dans la symphyse pubienne.
Avant Galien, Tétude des muscles était peu connue. Pelops. Marines, Lycas, iElien avaient écrit sur la dissection des muscles, mais d'une façon tout à fait incomplète. C'est à Galien qu'on doit le premier traité sur ce sujet, il a pour titre nep't(AU(ôv àvaroptin; (T. XVIII, 026-1026), Sur Vanatomiedes muscles.
Les muscles étaient définis « des corps nerveux mélangés
(1) G*est l'édition grecque-latine de Kiihn (34241) qui nous a servi dans ce travail. — Lipsix. 1821-1833, 20 vol. in-8.
de chair, faits pour le mouvement des parties du corps » (T. XIX, p. 367). On savait que des perfs, des veines et des artères parcourent la chair du muscle et y distribuent le mouvement, l'aliment et la vie.
On connaissait plus de trois cents muscles (T. xviii, p. 929) dont Galien donne la description et il en est quelquesuns dont nous avons conservé les noms, tels que les crotaphites, les masséters, les cremasters, etc. Il en est d'autres qui ont été décrits pour la première fois par Galien, tels que le muscle peaucier auquel il donne le nom de^xucû^e; 7rXaTU(jpt.a OU épanouissement musculaire.
Les connaissances en angéiologie étaient moins avancées qu'en ostéologie et en myologie. Le livre où Galien traite des vaisseaux a pour titre Oept ^xeêôv xal àpTYiptôv àvaTopt^-, Sur Vanatomie des veines et des artères (T. ir, 779-830). L'ignorance qu'on avait des méthodes d'injection des vaisseaux, jointe à celle delà circulation du sacg, n'a pas peu contribué à laisser cette branche de l'anatomie bien en retard.
On divisait les veines en veines avec pulsations et veines sans pulsations.
Depuis Hippocrate, on comparait le système des veines et des artères à un arbre avec ses racines et ses branches. Les veines avaient leurs racines dans le ventre et les intestins ; le tronc était constitué par la veine cave (jcoîXyi ou iqitxtîti^ 9X6(|») ; les branches étaient représentées par les veines qui se distribuent dans le cœur droit, dans les poumons et dans toutes les parties du corps auxquelles elles portaient sa nourriture.
Pour les artères la comparaison était analogue : il y avait également des racines, un tronc et des branches. Partant de cette idée que l'artère est le vaisseau où se conserve et circule l'air (àiip air; ryipelv, conserver), les grecs avaient donné le nom de àp-nipîa à cet ordre de vaisseaux, dans lesquels ils soupçonnaient cependant la présence du sang, que Galien a démontrée. Les racines étaient constituées par les branches de l'artère pulmonaire ; le tronc, par la grosse artère ou aorte, nom donné par Aristote ; les rameaux, par les
artères qui partent de Taorte pour se répandre dans les différentes parties du corps.
Au point de vue anatomique, on savait que les tuniques des artères sont plus épaisses que celles des veines ; on croyait que les veines n'avaient qu'une tunique, tandis que les artères en avaient deux, une externe, semblable à celle des veines et une interne (tunique moyenne) environ cinq fois plus épaisse. Si Érasistrate avait cru que les artères ne contenaient que de l'air, Galien avait démontré qu'elles ne contiennent que du sang. « Car, écrivait-il, lorsqu'une artère est blessée, le sang s'échappe. De deux choses l'une, ou bien ce sang était contenu dans l'artère, ou bien il vient d'ailleurs... S'il vient d'ailleurs, c'est l'air qui dans les blessures, devrait sortir le premier; ce qui n'est pas... Si c'est le sang qui s'échappe de l'artère, c'est qu'il y existait avant
la blessure. » (Ei xarà çuaiv ev àprinpiai; aip-a Trepis'xèTai J Le sang
est-il contenu naturellement dans les artères (T. iv, p. 703, 723, 736)? Dans le même livre, Galien, après avoir combattu Topinion d'Érasistrate, démontre expérimentalement la présence du sang dans les artères, en interceptant une portion d'artère entre deux ligatures et en en faisant la section.
On connaissait l'anastomose des veines et des artères, et on croyait à l'existence de petits pertuis établissant la communication entre les deux cœurs.
On avait une notion assez exacte du trajet des veines. Pélops avait cru qu'elles venaient du cerveau : Érasistrate plaçait leur origine dans le cœur; Galien, dans la veine cave. On croyait que les veines puisaient leur nourriture dans les intestins, la portaient au foie par la veine qu'on appelait (mXextat* 95i£iJ (veine ayant la forme d'un tronc). On appelait portes du foie (YjTraTc; iruXat) l'endroit par lequel ces veines pénètrent dans le foie, d'où le nom de veine des portes et par abréviation veine porte qui lui est resté. Le foie était considéré comme la fabrique du sang, qui par Tabouchement des veines sus-hépatiques dans les veines caves, sortait de cet organe et se répandait parles veines dans tout l'organisme.
On connaissait les veines du cerveau, les veines dites de Galien, le pressoir ou confluent d'Hérophile, celles des poumons, les veines coronaires du cœur, la veine azygos (a^u-yo;), que les latins appelaient cœlebs, solitaire (T. xv, p. 529), les veines du pancréas, des reins, de l'utérus, les veines mammaires, diaphragmatiques, épigas triques, épiploïques, les veines des membres, etc., etc.
Nulle part, avait dit Galien, l'artère ne marche sans la veioe; mais partout où il y a un vaisseau artériel, là aussi se trouve une veine (Z>e V utilité des parties, 1. xvi, ch. 13). La connaissance des veines impliquait nécessairement la connaissance des artères.
On admettait que les artères tiennent du cœur la faculté de se contracter et de battre. On n'était pas bien d'accord pour préciser si elles battaient, parce qu'elles étaient remplies d*esp]-it ou bien si elles se remplissaient des esprits vitaux en battant. (T. v,p. 560.) Érasistrate et ses disciples soutenaient la première opinion qui était combattue par Galien, s'appuyant sur l'expérimentation. Dans son livre Et xa7à(pu(jiv... (p. 711), il dit : « Les artères contenant du pneuïT a. lorsqu'elles se contractent, elles reçoivent un autre pneuma qui vient du cœur qui en est plein ; ce pneuma remplit la cavité des artères, et pendant qu'il sort, a lieu la diastole. Mais, après que les artères se sont vidées, elles se contractent de nouveau... » Ailleurs, Galien ajoute : « Je n'ignore pas qu'Archigènes et ses prédécesseurs ont dit que lorsque l'artère se contracte, elle s'emplit de pneuma (par aspiration) ; lorsqu'elle se dilate, elle le vide. » (T. v, p. 162.) Dans l'Utilité des parties, Galien dit que le cœur se dilate pour attirer la substance utile ; il s'arrête pour en jouir et se contracte pour expulser le résidu (Ed. Daremberg, t. i, p. 403). On se tirait encore d'embarras en disant que le cœur avait « la faculté » contractile et qu'il la transmettait aux artères.
On croyait que les artères port aientll'esp rit vital danstout le corps; qu'elles le puisaient dans l'air qui pénétrait par
la trachée et les bronches dans les poumons ; que cet esprit s'emmagasinait dans le cœur, l'aorte, d'où il était ensuite répandu dans tout le corps. Il était exhalé par l'expiration en égale quantité. (T. iv, p. 511.)
On admettait ainsi deux espèces de sang, un sang rouge foncé (jpuOpov) destiné à Talimentation du corps ; un sang rouge clair (Çavôov) destiné à porter les esprits animaux ou vitaux dans l'économie,
La description du cours des artères était assez complète et assez exacte, tant de celles des viscères que de celles des membres.
On connaissait assez bien Tanatomie du cœur, qu'on considérait comme une chair dure et non comme un muscle, car il est formé de fibres longitudinales et transversales, tandis que, selon Galien, les muscles n'ont que des libres longitudinales. On connaissait les valvules, les ligaments (colonnes charnues), les oreillettes et les ventricules, les artères et les veines pulmonaires, la communication des -ventricules dans la vie fœtale. Les expressions de valvules sigmoïdes, triglochines étaient employées bien avant Galien. On savait aussi l'existence du péricarde.
Le cœur était considéré comme le principe de la vie, la source de la chaleur animale. Il était nourri par la veine cave, innervé par une branche de la sixième paire de nerfs. Il était le principe du pouls, ce qu'on expliquait en disant qu'il avait la faculté pulsative. Il était l'origine du sang rouge vif, ou artérieux (Çavôov), contenant le pneuma. On reconnaissait l'existence de deux sangs dans le cœur (T. v, p. 527) ; le sang artériel était plus subtil, plus léger, plus
vaporeux (àTfAW^earepcv).
Le foie était le viscère dans lequel se faisait la sanguification. On le disait formé d'une chair épaisse et dense ; le sang y était amené par les veines intestinales qui formaient la veine gtéléchiaia ou tronc qui pénétrait par les portes du foie (veine porte). La division des branches de la veine porte était connue, ainsi que les artères qui lui portaient l'esprit vital. Outre la fonction de sanguification, on reconnaissait
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encore au foie celle de faire la bile, qu'on considérait comme une humeur dont se débarrassait le sang. Quand le sang était formé dans le foioj il se répandait dans la veine cave inférieure et passait dans l'oreillette droite du cœur.
Les poumons étaient décrits, non seulement comme les organes de la respiration, mais encore comme l'instrument de la voix et le réservoir des esprits vitaux. C'est dans les poumons que le sang porté par les artères pulmonaires venait se rafraîchir par son contact avec Tair. On les disait formés d'une chair très légère, comme si elle provenait de l'écume. Ils étaient nourris par un sang pur, léger et plein
d'esprit (aip.aTOç ÇavOou xaî Xeirroû xal Trveofit.aTÛ^ouc). Le sang qui
était envoyé du cœur aux poumons avait toutes ces propriétés. On savait qu'ils étaient enveloppés d'une membrane mince, la plèvre (S|xy,v (wpeÇ«x«;, membrane environnante) qui recevait les nerfs provenant du grand nerf (ou pneumogastrique). On admettait deux plèvres, une droite et une gauche, ce qui les différencie du péritoine qui est simple.
Les connaissances en névrologie étaient relativement assez étendues. Si Galien n'avait pas disséqué de cerveaux humains, il avait étudié avec soin le cerveau des singes et des bœufs. Jl avait établi que les nerfs émanent du cerveau et de la moelle et non pas du cœur. (T. ii, p. 831-836.)
Sous le rapport anatomique, on savait que le cerveau est séparé des parois internes des os du crâne par une membrane dure (p-nivi-yÇ <Fx).Yjpà) qui est une membrane protectrice. Au-dessous de celle-ci est une autre membrane mince (ptiivi'YÇ xewTTî), qui s'insinue dans les ventricules, se replie sur elle-même pour former les plis ou plexus choroïdes {kU-huoltol xopoftî<^). Cette membrane est parcourue par de petites veines, de petites artères, et enveloppe immédiatement le cerveau. Aujourd'hui, on appelle ces deux membranes ou méninges la dure-mère et la pie-mère.
Quant aux détails, on trouve dans Galien la description des lobes du cerveau > du cervelet, de la substance grise, au-dessous de laquelle est la substance dure ou corps cal-*
leux (<ïwp-a TuXw^e;), des deux ventricules antérieurs, aboutissant à Tethmoïde ou os crébreux (1). On croyait que c'était par les trous de cet os que le cerveau pouvait inspirer et expirer Tair, ce qui faisait expliquer à Galien les mouvements du cerveau : on pensait aussi que c'était par ces trous que les excréments du cerveau se portaient dans le nez pour être expulsés, Galien décrit aussi le troisième ventricule sur lequel repose le conarium (à to jcwvàpiov sTrtêéêYixe) (T. ii, p. 728), et le ventricule du cervelet ou quatrième ventricule, qui n'était pas admis par tous ses prédécesseurs. Hérophile avait décrit le xaxapto;, calamus scriptoriv^; d'autres avaient décrit l'entonnoir, la glande pituitaire, le corps vermiforme, les éminences nates ('^xcutoc) et testes (^i^uptot opxei;).
On croyait que les ventricules recevaient les humeurs superflues du cerveau et Tair du dehors, et que ces humeurs étaient sécrétées par les veines du plexus choroïde.
On admettait que les nerfs émanant du cerveau sont plus mous que ceux émanant du cervelet, parce que ces derniers sont destinés au mouvement, tandis que les autres sont réservés pour les sensations.
Dans son livre sur la dissection des nerfs (T. ii, p. 831- 856), Galien considère le nerf comme composé d'une partie centrale provenant de la substance du cerveau et de deux enveloppes qui sont des prolongements des deux méninges.
On connaissait sept paires de nerfs émanant du cerveau et du cervelet et trente paires émanant de la moelle épinière.
La première paire était constituée par les nerfs optiques [V^ paire des modernes) ;
La deuxième, par les moteurs de TcBil (3® et 6*) ;
La troisième, par les nerfs qui se rendent aux tempes, aux mâchoires, aux gencives, en un mot, à tous les muscles de la face et des organes du goût (5° paire) ;
(1) C'est dans le livre IX des Démonstrations anatomiques que Galien traite de Tanatomie du cerveau; malheureusement, une partie de ce livre a été perdue.
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Ln quatrième paire se réunissait avec la troisième pour former les nerfs .du palais (5® paire en partie) (1) ;
La cinquième paire (7® et 8® des modernes) fournissait deux branches, Tune pour Taudition (nerf auditif), l'autre s'en gageant dans les muscles ;
La sixième paire (9% 10^ et 11** des modernes) est composée de trois branches (jui correspondent aux nerfs pneumogastriques, glossopLaryngiens et spinaux. Leur trajet était bien connu des médecins grecs. Galien avait parfaitement établi les propriétés de quelques-uns d'entre eux. Il avait démontré expérimentalement Tinfluence du nerf récurrent sur la phonation. « Si nous lions ce nerf, dit-il, Tanimal devient sur-le-champ aphone. . et ppo'xw ^laXapLêavoptev, tôÇôov aOrix*
d?<p«vov -perat », (T. II, p. 841.)
Enfin, la septième paire, qui correspond à la douzième des modernes, se ramifie dans les muscles do la langue.
Dans le traité nepl àvaToptixav e'Yxeipxaswv {Sur les démonstrations anatomiques, livre VIII, chap. 9), Galien expose le résultat des expériences faites sur la moelle épinière. On savait que toute incision de la moelle, faite entre la première et la deuxièmevertèbres cervicales, détermine la mort instantanée ; — qu'entre la troisième et la quatrième vertèbres, la section provoque Tarrêi de la respiration et l'immobilité du thorax ; — qu'après la sixième vertèbre, elle donne lieu à la paralysie des muscles du thorax, l'animal ne respirant plus que par le diaphragme; on connaissait l'action du nerf phrénique (T. ii, p. 696). On savait encore qu'au-dessous du thorax, la lésion de la moelle détermine la paralysie des extrémités inférieures, celle de la vessie et des intestins.
Les trente paires de nerfs médullaires, plus durs, servent au mouvement et à la sensibilité, et fournissent à la peau, aux muscles, à la vessie, au rectum, aux organes génitaux, etc.
La moelle épinière était comme un second cerveau. Les (1) Ce n'est qu*en 1758 que Meckel a bien étudié ce nerf.
nerfs qui en émanent et qui sortent par les trous vertébraux communiquent à tout le corps les facultés de se mouvoir et d'être sensible. Pour le prouver, Galien sectionnait le nerf principal d'un membre, et on voyait immédiatement que les parties eituées au-dessous de la section restaient immobiles et insensibles à la douleur.
Les nerfs étaient divisés en nerfs, mous et'en nerfs durs^ les premiers émanant des parties molles de Tencéphale, les seconds émanant des parties dures et surtout de la moelle épinière, qui est le principe de tous les nerfs durs. [De Vuti-lité des parties^ Livre ix, ch. 14.)
Mais si Ton reconnaissait des nerfs du mouvement et de la sensibilité, on ignorait Taction des filets antérieurs et des filets postérieurs de la moelle. Galien avait presque touché cette grande découverte de Magendie.
Galien avait vu les renflements nerveux ganglionnaires ; car dans le chapitre XVI, Sv/r Vutilité des parties^ il dit : « Il existe encore une autre disposition admirable de la nature, que ne connaissent pas les anatomistes. Quand elle doit conduire un nerf par un long trajet, ou Pemployer au violent mouvement d'un muscle, elle entrecoupe sa substance d'un corps plus épais, mais du reste semblable. Vous croiriez, en effet, voir un nerf s'enrouler sur lui-même ; il vous semblera, au premier aspect, surajouté et développé autour de ces nerfs ; puis en disséquant et en examinant avec soin, vous trouverez que ce n'est pas un corps surajouté ni développé autour du nerf, mais une certaine substance semblable aux nerfs, unie de tout point et parfaitement identique à la partie du nerf qui vient à elle et qui lui fait suite. Cette substance, semblable à ce qu'on appelle ganglion ('Yot'Y-yXiov), a pour but de renforcer, d'épaissir les cordons nerveux, en sorte que la portion du nerf qui lui fait suite paraît évidemment d'un diamètre supérieur à celui qui la précède. Vous verrez que cette substance existe dans certaines autres parties, et dans ces nerfs descendus de l'encéphale, vous la recontrerez, non pas une fois ou deux, mais six fois ; la première, dans le cou, un peu au-dessus du
larynx {ganglion cervical supérieur) ; la deuxième, quand ces nerfs entrent dans le thorax (ganglion cervical infërieur), pour aller aux racines des côtes ; en troisième lieu, au moment où ils sortent du thorax (ganglion semi-lunaire). Puisqu'un corps semblable se trouve trois fois dans Tun et Tautre côté de Tanimal, c'est-à-dire à droite et à gauche, nous avons dit avec raison qu'on l'y rencontrait six fois. » (Trad. Daremberg, T. ii, p. 172.)
Galien avait connu les glandes salivaires et probablement aussi les conduits excréteurs, si Ton en croit Oribase, qui en aurait fait la description d'après un livre de Galien, malheureusement perdu.
On savait que le larynx est formé de trois cartilages et de quatre muscles (T. v, p. 233), qu'il est parcouru par des filets nerveux provenant du nerf vague (T. m, p. 577), et qu'il est l'instrument de la voix. La trachée était appelée l'artère par excellence (àpTYipia xar' èÇox^iv), et elle reçoit des rameaux du nerf vague : quatre muscles entrent dans sa composition (T. xviii, B., p. 949).
On attribuait au thymus la propriété d'empêcher la veine cave de toucher les os et de rendre fixes les parties qui sont en contact avec lui (T. m, p. 424).
On reconnaissait à l'œsophage deux tuniques, Tune ayant pour propriété d'entraîner les aliments dans l'estomac; l'autre, ayant la propriété de les faire rendre par le vomissemçnt (T. vrii, p. 332).
L'estomac était considéré comme un viscère et non comme un muscle (T. xvi, p. 172). On lui reconnaissait également deux tuniques (T. ii, p. 568; xvi, p. 343) ; on savait qu'il est formé par des fibres droites et par des fibres courtes ou circulaires. On considérait sa tunique externe comme formée par le péritoine (T. iir, p. 293), et sa tunique interne comme continue à celle de la bouche et de Pœsophage.On savait qu'il reçoit des veines, des artères, et que les nerfs qui le parcourent proviennent des nerfs mous
du cerveau (T. m, p. 727 ; T. iv, p. 271). Sous le rapport fonctionnel, on obéissait aux idées humoristes de Tépoque. On attribuait à Testomac une propriété de « coclion » des aliments, qu'il préparait pour le foie où se faisait la sanguification (T. xv, p. 233, 385).
Comme l'estomac et Tœsophage, les intestins sont composés de deux tuniques : on connaissait leurs fibres transversales, leurs villosités, leurs valvules conniventes, leurs mouvements antipéristaltiques. On les divisait en six portions : 1° Tecphysis (ex^u^i;), nom donné par Erasistrate à la partie que nous appelons duodénum ; 2** le vwi; ou jéjunum ; 3® l'intestin grêle (xeirrov) ; 4** le caecum (tuçXov) ; 5^ lo côlon (xôxov) et 6° le rectum (àTcsuôuffptsvov).
On savait que les intestins sont percés d'un nombre infini d'orifices de veines qui reçoivent pour la sanguification la partie nutritive des aliments. Ces orifices étaient considérés comme constitués de telle sorte que la partie des aliments, qui dans l'estomac est changée en chyle, pût être transportée par les veines au foie, pour la sanguification. On leur reconnaissait aussi une propriété de coction (T. m, p. 269, 323, 324).
On savait que les reins ont pour fonction de purger le sang et d'en séparer l'urine, qu'ils reçoivent des veines et des artères et que le volume des unes est égal à celui des autres (T. m', p. 364), On connaissait le trajet que parcourt l'urine pour arriver dans la vessie.
Galien admettait, avec les Stoïciens, cinq sens, la vue l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher. (n3pl ^iXoao^ou wTopio;, T. xix, p. 303.)
Les connaissances des anciens sur l'œil et la vision laissaient beaucoup à désirer. Néanmoins il y a, dans Galien, des idées remarquables d'anatomie générale.
L'œil était considéré comme formé par le prolongement du nerf optique, qui lui-même est un prolongement du cerveau.
Il est constitué, comme le cerveau, par des méninges et de la matière cérébrale.
La méninge dure ou dure-mère fournit la tunique ou membrane dure de Tœil (ffxXr.pi; x^^wv) sclérotique. Cette membrane embrasse la portion do méninge légère ou pie-mèro qui contient des vaisseaux et qu'on appelait tunique ou membrane choroïdienne (xopoei^yj? yvvm) choroïde, nom donné à cause de l'analogie de cette membrane avec le choiion du fœtus. La choroïde enveloppe, sans y adhérer, la membrane placée sous elle, qu'on comparait àun filet ou rets [rete)^ et qu'on appelait pour cette raison â(i.<pi6XYi<rrpo6t^Yjç x'^wv, rétine. Cette membrane qui coniient des vaisseaux était considérée comme apportant l'aliment à l'humeur contenue dans la grande cavité de l'œil.
Galien confondait la rétine avec ce que nous appelons la membrane hyaloïde.
La partie antérieure de l'œil est constituée par une tunique résistante, transparente, d'aspect corné {x.t^a.TonHç x^fcov), la cornée^ et qui était considérée comme formée par la sclérotique.
Cette membrane est recouverte par une autre membrane transparente, superficielle (iTrwecpuxw; x^'^^v), la conjonctive.
On appelait tpiç, iris, le cercle au niveau duquel se réunissent toutes les membranes de l'œil, au nombre de sept. Nous verrons plus loin quelles étaient ces sept membranes.
a Les anciens, dit Sappey (Anat., t. m, p. 783), considéraient la choroïde et l'iris comme une seule et même membrane, qu'ils comparaient pour sa forme, ainsi que pour sa couleur, à un grain de raisin (uva) dont le pédicule aurait été arraché; de là le nom de pa-yosi^ç... »
Dans le cercle iris est enclavée une substance blanche et modérément dure, analogue au cristal (xpucn-aUoeKyè; w-^pov), d'où le nom de cristallin. Sa forme lenticulaire était connue. On l'expliquait en disant que les corps sphériques communiquent avec les objets perçus par moins de leurs parties que les corps plans. On le disait nourri par un aliment approprié qu'on appelait OaXoei^è; û-^pov, Vhumeur vitrée , sans laquelle il se dessécherait.
Entre la cornée et le cristallin, dans l'espace que nous appelons la chambre antérieure de l'œil, est une himieur
ténue et pure, woei^èç o-^pov, V humeur aqueuse ^ contenant un air pur, volatil et lumineux, 7rv6up.a, analogue à la partie aérée qui est dans l'œuf.
11 nous est facile maintenant de comprendre les tuniques ou membranes qui semblaient se terminer, comme si elles étaient coupées à Temporte-pièce, pour former lïris. Ces sept tuniques sont constituées par quatre cercles mous et par trois cercles durs :
A. Cercles mous : 1® la rétine, — 2^^ la choroïde, — S^ le cristallin, — 4° l'humeur vitrée.
B. Cercles durs : 5® la sclérotique, — 6** l'épanouissement du tendon des muscles de l'œil, — 7° la conjonctive.
On connaissait les corps charnus {caroncules lacrymales) situés au grand angle de Tœil, dont la propriété était de recouvrir rouvcrture des fosses nasales [canal lacrymal). On connaissait aussi les points et les conduits lacrymaux.
Quant à la théorie de la vision, elle se résumait dans le passage des rayons lumineux à travers la cornée, la pupille, le cristallin, dans leur épanouissement sur la rétine et la perception par le nerf optique qui transmettait l'image à l'encéphale, réservoir de toutes les sensations. A défaut d'explication plus probante, GLalien disait que c'était la divinité qui lui avait révélé que, sans la rencontre (chiasma) des nerfs optiques, les objets auraient été vus doubles.
Les organes de l'ouïe étaient peu connus. On se bornait à direquel'os du crâneest creusé enforme de labyrinthe et que l'oroille externe est formée par une partie cartilagineuse, sans chair, et à peine pourvue de vaisseaux sanguins, et qu'une partie du nerf de la cinquième paire lui est destinée. On expliquait le phénomène de l'audition en l'attribuant à un air subtil qui était dans l'intérieur de l'oreille, enfermé dans des membranes sur lesquelles s'épanouit le nerf de la cinquième paire, quia pour fonction de transmettre les sons au cerveau.
On savait que les narines sont les organes de l'odorat; on croyait qu'elles communiquaient avec le cerveau dont
elles étaient rémonctoire. On reconnaissait qu'elles sont formées d'une partie cartilagineuse et d'une membrane interne recevant des vaisseaux et des nerfs et formée par un prolongement de la dure-mère. On pensait que les odeurs étaient transmises directement au cerveau par les trous de Tos ethmoïde, attirées et expulsées par les mouvements d'inspiration et d'expiration du cerveau.
Oïl considérait l'odorat et le goût comme deux organes congénères. La langue est l'organe du goût, et c'est le nerf de la troisième paire qui a pour mission de transmettre les sensations à l'encéphale.
On avait des idées générales sur la peau, que Galien définit «un corps nerveux recouvrant tout le corps de l'homme » (T. XIX, p." 370). On admettait aussi une peau interne (muqueuse). On savait qu'elle est percée de trous nombreux ou pores par lesquels s'échappent les humeurs superflues (T. xr, p. 402 ; T. XV, p. 253). Au-dessous de cette enveloppe superficielle ou épiderme, est une peau plus épaisse ou derme, qu'on croyait formée de la substance des ligaments et des os, tandis que la peau superficielle tient de la nature du nerf et de la chair. Par sa constitution nerveuse, on expliquait sa propriété tactile.
Les opinions qu'on professait à la mort de Galien sur les organes sexuels et sur la génération ont régné pendant des siècles.
On trouvait une analogie complète entre les organes sexuels de l'homme et ceux de la femme : « Toutes les parties de rhomme, disait Galien {De Vutilité des 'parties^ Liv. XIV, ch. 6), se trouvent aussi chez la femme. Il n'y a de différence qu'en ceci, c'est que les parties de la femme sont internes et celles de l'homme externes, à partir de la région dite périnéale. »
Aux testicules, disait-on, correspondent les ovaires qui sont des testicules femelles. Les uns et les autres sécrètent du sperme, abondant, épais et chaud chez l'homme, im-
28 ETAT DE LA MEDEGINlB
parfait chez la femme. Le testicule droit, chez la femme, est plus chaud que le gauche; c'est pourquoi les mâles sont engendrés par le mélange du sperme de Thomme avec celui du côté droit de la femme; les filles sont engendrées par le mélange avec le sperme du côté gauche.
On connaissait Tépididyme, les vaisseaux spermatiques ou canal déférent chez l'homme; on savait que le sperme est élaboré dans le testicule et quel trajet il a à suivre avant son émission. Il est inutile de rappeler le rôle qu'on faisait jouer aux esprits vitaux dans le phénomène de Térection : on reconnaissait une influence mécanique à la prostate dans ce phénomène.
Quant à l'utérus, on le considérait comme formé de deux cavités, auxquelles aboutissent deux conduits qui portent la semence des ovaires jusqu'à la matrice (ligaments et trompes), analogues aux vésicules séminales et aux canau^^ spermatiques ou déférents chez Thomme. On reconnaissait deux membranes dans la formation de l'utérus, l'une externe, nerveuse et forte; Tau tre interne, veineuse et double. On expliquait l'existence des fibres droites et transversales, ayant pour but, les unes d'attirer la semence de l'homme, les autres de faciliter l'expulsion des règles, des humeurs et du fœtus. Le col de l'utérus est formé par un muscle dur et cartilagineux.
Aristote pensait que le foetus est formé par le mélange du sperme de l'homme avec le sang menstruel de la femme, théorie combattue par Galien, qui attribuait la formation du fœtus au mélange des deux spermes (T. iv, p. 167). Dans ses traités nept<nrsp[i.aToç {Sur la semence), etnepl )cuGU[i.6V(i>y ^tairXfluriw; (Sur la formation des fœtus) ^ il établit que les semences masculine et féminine mélangées forment les membranes (T. iv, p. 536). Dans la membrane interne ou amnios est un liquide dans lequel se meut le fœtus. La membrane moyenne, ou allantoïde reçoit l'urine du fœtus. La membrane externe ou chorion (xofîov) est la membrane que parcourent les vaisseaux artériels et veineux qui portent raliment de la mère au fœtus (T. iv, p. 538).
On admettait que Je fœtus est formé dans Tordre suivant : 1® Le foie est formé par le sang ; 2» Le cerveau est formé par la semence ; 3» Le cœur est formé par le sang ; 4» I-a semence forme, outre le cerveau, les veines, les artères et les nerfs.
On trouve dans Galien la pathologie générale en principe. Il professait cette doctrine qull n'y a pas de lésion de fonctions, sans affection des parties : p.r<^tiroTc pxairrcaeai (&i}^cp.iftv
ivsp'^eiay aveu toû irEircvOsvai to -ïrotoOv aÙTTv piopicv (T. VIII, p. 29) {Des
lieux affectés^ 1. 1, ch. 2). C'est la théorie que nous avons vu ressusciter sous le nom d'organicisme. Archigènes prétendait, au contraire^ que des fonctions peuvent être lésées sans que Torgane soit affecté.
Pour connaître le lieu malade, ou la maladie, Galien recommandait d'étudier le siège du mal, la fonction lésée, les matières excrétées, les symptômes spéciaux. « Je recherche toujours, disait-il, quel lieu afîecté, primitivement ou sympathiquement, a produit la lésion de la fonction, et quandje suis certain d'avoir découvert la partie, je recherche immédiatement la dialhèse de cette partie, puis, de ces deux notions, je tire l'indication de tout le genre de traitement à adopter, relativement à la découverte des substances convenables, à la quantité et à la qualité des remèdes, considérant en même temps Tâge et la nature du malade, la saison et le pays et toutes les particularités qui ont été déjà souvent rapportées dans Texplicalion des livres d'Hippocrate » (l. m, ch. 4. Trad. Daremberg, T. ii. p. 547).
On admettait donc des maladies locales, — et des maladies diathésiques ou constituées par l'altération des humeurs, — des maladies sympathiques.
Il y a seize cents ans que ces principes ont été écrits ; on les signerait encore aujourd'hui. Mais on se perdait en considérations métaphysiques, lorsqu'on s'abandonnait aux théories des humeurs, au chaud, au Iroid, au sec, à l'humide, et ces idées ont régné jusqu'à la fin du xviii« siècle.
Si Ton ne connaissait pas Tauscultation, on attachait une grande importance aux deux phénomènes appelés diastole et systole, et à l'observation du pouls.
La diastole était pour ainsi dire le développement et la dilatation du cœur et des artères en longueur et en largeur, sensibles à la main. La systole était le phénomène opposé.
Le pouls était divisé et subdivisé en un nombre infini de variétés, ce qui prouve un esprit de minutieuse observation, à l'époque où Ton ignorait la circulation du sang. Il était distingué en grand, petit, moyen, plein, vide, dur, mou, humide, sec, chaud, froid, violent, languissant, précipité, lent, fréquent, rare, réglé, confus, égal, inégal, bien rhythmé (gupu6|i.oç), non rhythmé (appu8|i.o;), mal rhythmé (xaxopu6[i.oO, pararhythmé (7rapapu6ii.oç), c'est-à-dire plus qu'il ne convient à l'âge, hétéro-rhythmé (lTspopu6ii.oç), non approprié à l'âge, ecrhythmé (£)cou6ii.oç) en dehors de l'âge et des circonstances, tremblant, oblique quand il y a anomalie artérielle, court ((AUGupoç); dicrote, arachnoïde (àpa^voei^ri;) ou filiforme, intermittent, caduc, capricant, récurrent, formicant (T. xix, p. 404).
Les urines étaient examinées avec un grand soin, parce qu'étant l'émonctoire du sang, on les considérait comme le véritable critérium de la santé. Aussi, verrons-nous par la suite beaucoup d'écrits sur les urines.
On considérait dans les maladies quatre états ou périodes : périodes de début, d'augmentation, de maturité et de déclin. Dans les deux premières, les humeurs sont à l'état de crudité; pendant la troisième se fait la coction ou l'élaboration des humeurs ; dans la quatrième, a lieu l'élimination. Nous n'avons pas d'autre division.
On reconnaissait des maladies à marche continue; d'autres, à marche rémittente, — modification du type continu sous forme de paroxysmes, — d'autres à forme intermittente, dontles différentesvariétés étaient nettement caractérisées.
Parmi les maladies aiguës, on rangeait la phrénitis, la
léthargie, la pleurésie, la péripneumonie, les fièvres ardentes et continues.
On considérait comme maladies suraiguës, la synanche, la cynanche, l'apoplexie, le choléra, le tétanos et les maladies analogues (T. xix, p. 387).
On appelait maladies chroniques celles qui changeaient en bien ou en mal après des mois, des années, et, quelquefois, ne finissaient qu'avec les malades eux-mêmes. Parmi ces maladies, on plaçait le tabès, Tépilepsie, Tarthritis, la néphrite, l'hydropisie, le marasme etautres maladies semblables.
On attachait une grande importance au pronostic, et Galien ajouta peu au livre d'Hippocrate.
Galien n'a pas laissé de pathologie proprement dite. Elle se trouve un peu disséminée dans ses dilïérents écrits, — dans les Lieux affectés , dans les traités sur les fièvres, sur l'inflammation, sur la conservation de la santé,'etc. 11 faudrait un volume pour en donner un résumé. Néanmoins, nous pouvons la diviser en pathologie générale et en pathologie spéciale.
Nous avons donné plus haut une idée de ce qu'était la pathologie générale de Galien. Quant à la pathologie spéciale, nous la diviserons en maladies générales et en maladies locales.
Dans son Traité sur la différence des fièvres (T. vu, p. 275), Galien, après avoir défini la fièvre « une production de chaleur contre nature », admet des fièvres sans cause matérielle et des fièvres résultant de lésions d'organes.
On divisait les fièvres en continues et intermittentes. Dans les fièvres continues, on plaçait la fièvre éphémère (courbature), la fièvre épiale (TîirîaXo;) avec frisson etchaleur, — la fièvre synoque (oyvoxo;), continue, sans rémission, ni interruption (c'est notre fièvre typhoïde légère); — le typhus (tuçw^yjç), ou fièvre continue avec stupeur (rucpoç) et troubles intellectuels; — la fièvre ardente (xauoo;), avec chaleur, sécheresse et coloration noire de la langue, altération considérable, respiration haletante, courbature; — la fièvre
32 ÉTAT DE liA MÉDECINE
lipyrique (xeiTrupCa), caractérisée par une chaleur vive à Tintérieur, sans augmentation à la peau ; — la fièvre fluente (ço(Âh;) avec déjections alvines, vomissements, déperdition des forces, altération et faiblesse du pouls ; — la fièvre vernale ou fièvre de printemps, occasionnée par la bile ; — la fièvre pemphigoïde (irgp.cpi^w^ç) caractérisée par de la chaleur et la présence de phlyctènes dans la bouche ; — la fièvre ictérique (i)CT6pi«<yyiç), avec coloration jaune de la peau, augmentation du volume du foie, sécheresse de la langue et de la peau ; — la fièvre pestilentielle ou peste; — la fièvre torpide (vtûOpoç) avec céphalalgie, épistaxis, suppression des excrétions, abattement; — la fièvre tremblante ((pptxw^yjç), avec alternative de frissons et de chaleur, faiblesse du pouls, ballonnements du ventre, langue humide et acide, etc. (T. XIX, p. 398).
Parmi les fièvres continues, les unes ont pour cause la putridité des humeurs {ari^iç twv x^k*»v), les autres ont leur point de départ dans les parties solides et étaient appelées fièvres hectiques (Ixtuoi «uperoî) ou parce qu'on les considérait comme fixes et tenaces, ou parce qu*on croyait qu'elles avaient leur siège dans la constitution (fÇt;) elle-même. On les appelait encore fièvres marastiques (p.apaa[i.(û^6iç).
On distinguait trois variétés de fièvres intermittentes (^laXeiTTcvre; Truperoi) ; la quotidienne était engendrée par la pituite putride: la tierce par la bile jaune ; la quarte par la bile noire (T. VII. p. 336).
h'arthritis était considérée comme une maladie de même nature que la podagre. L'arthrite était une inflammation des articulations, s'étendaiit de Tune à l'autre, taudis que la podagre avait son origine aux pieds, occasionnant do la douleur dans les nerfs, avec une sensation de froid ou de chaud. Cette maladie est héréditaire, peut se porter à l'estomac (T. X, p. 513), aux poumons (T. xiv, p. 275) et donne naissance à des tophus (nopoi) aux articulations. La sciatique se rattachait à l'arthritis.
Le mot diathèse («ïiaôeaiç) était connu des Grecs et il avait une signification un peu différente de celle que nous lui
donnons aujourd'hui. La diathèse indiquait la manière d'être du corps, dans l'état de santé, de maladie ou dans l'état intermédiaire (T. vu, p. 43).
La cachexie (xaxoç iÇt?) indiquait une mauvaise constitution; elle avait pour cause une mauvaise condition du sang (T. xjx, jp. 487). Il y avait cacochymie si l'altération avait pour siège les tumeurs (^T. x, p. 891); la cacochymie était la cause des ulcères chroniques, des avortements, des cancers. Les ulcères étaient subdivisés en phagédéniques, herpétiques, etc. {Méth. thérap,^ 1. ii, chap. 2).
Si l'on étudie les maladies spéciales aux difierents organes, on verra que certaines d'entre elles étaient assez bien connues.
On appelait apoplexie (ànoiiX-n^U) la perte du sentiment et du mouvement avec troubles de l'esprit, et altération des principales fonctions. On la croyait occasionnée par une humeur froide se portant dans les principaux ventricules du cerveau, surtout les ventricules postérieur et moyen (T. XIX, p. 415). La ditîérence avec la paraplexïe était considérable, car si les apoplectiques pouvaient être paraplectiques, ces derniers, au contraire, ne pouvaient être apoplectiques. Les paraplectiques conservaient leur esprit sain tout en ayant une partie du corps, ou bien un côté ou l'autre paralysé, tandis que les apoplectiques étaient privés à la fois de l'intelligence et du mouvement.
Vépilepsie (iiriXYn|/itt) était considérée comme une maladie de l'esprit, dans laquelle le malade tombe avec convulsion, avec ou sans écume à la bouche, accompagnée du phénomène que nous appelons actuellement ïaura epileptîca.
On appelait carw* l'état de l'individu privé de mouvement et de sentiment, avec intégrité delà respiration, tandis que dans l'apoplexie la respiration était lésée.
On appelait catochus (xa-roxc?) une affection caractérisée
34 ÉTAT DÉ hk MÉDECINE
par de la stupeur, de la rigidité de tout le corps* Il y avait trois espèces de catochus : l® Tun avec une somnolence semblable à la léthargie; 2° l'autre, dans lequel la malade restait éveillée, semblable à un tétanique avecconstriction utérine; S'* le troisième, appelé phrénétique, était un mélange de catochus et de frénésie. Aujourd'hui, le mot .catochus est employé quelquefois pour désigner le coma vigiL Celait une variété de ce que nous appelons la catalepsie.
La typhomanie était une maladie caractérisée par un mélange de délire et de léthargie.
On distinguait deux espèces de vertiges : l'un provenant d'une affection primaire de la tête, précédée de tintements d'oreilles, de douleurs de tête ; l'autre ayant son origine daus les hypochondres.
On appelait céphalée une douleur de tête, ancienne et difficile à guérir, laissant le nom de céphalalgie à la douleur non invétérée.
JJhémicranie ou migraine était parfaitement connue.
On distinguait les maladies mentales en manie et mélancolie : l'essence de la dernière était la crainte et la tristesse. La première était la folie furieuse. LajjAr^mïts était plus particulièrement ce que nous appelons la méningite, caractérisée par im délire violent, la gesticulation, la carphologie et une fièvre intense. Elle était causée en grande partie par la bile.
Le tétanos, Vemprosthotonos et Vopiêthotonos étaient considérés comme des maladies de la moelle épinière.
Toutes les maladies de la gorge étaient désignées sous le nom de cynanches (xuva-yx*') d'où est dérivé le mot ^^esquinancie^ que quelques auteurs ont écrit synanches, Galien en avait fait quatre classes bien distinctes : dans la première^ il y a inflammation du pharynx; dans la deuxième, il y a suffocation, gêne, sans inflammation perceptible au dedans ni au dehors; dans la troisième, il y a inflammation de la
région externe du pharynx ; dans la quatrième, il y a inflammation interne et externe. Dans le livre ayant pour titre Le médecin^ Galien emploie le mot de cynanche pour l'inflammation interne, et celui de synanche pour l'externe. Il dit (ju'Asclépiades avait donné comme moyen extrême de pratiquer la laryngotomie (T. xiv, p. 734).
On signalait une autre cynanche produite par les lésions vertébrales (T. vni, p. 238).
Parmi les maladies de la bouche, on connaissait les aphthes, maladie spéciale à l'enfant, et produite par le lait vicié ou mal digéré.
Les maladies des poumons étaient constituées par la péripneumome, ou inflammation autour du poumon avec fièvre aiguë et dyspnée, avec ou sans crachats.
Dans la pleuritis^ il y a douleur de côté» avec frisson, toux, fièvre, dyspnée, produites par l'inflammation de la membrane qui tapisse les côtes, avec ou sans crachats. La couleur des crachats indique l'humeur qui a causé l'inflammation ; ils sont jaunes avec l'humeur bilieuse, — • noirs avec l'humeur noire ou mélancholique, — écumeux et blanchâtres avec l'humeur pituiteuse, — rouilles avec l'humeur sanguinolente.
On savait que Vasthme est une maladie des organes respiratoires, qu'on croyait déterminée par un suc épais et qui donnait lieu à la dyspnée et à Torthopnée.
Les Grecs n'attachaient pas la même signification que nous au mot phthisie. Hippocrate semble avoir confondu dans la même signification les mots ^e^Yi et <pôiatç(T. Xviii, A., p. 116), Au temps de Galien, la distinction était bien tranchée. <i>6oïi signifiait la diminution du corps etla consomption résultant d'un ulcère, tandis que le mot ^eîai^ signifiait seulement diminution et consomption, sans ulcération. La pleurésie peut dégénérer en phthisie, avec expectoration de crachats ronds (T. xvii, B., p. 106), fièvre lente, etc*
Dans les affections des organes pulmonaires^ on redoutait la suppuration, et pour la prévenir, on employait lej cautérisations au fer rouge sur les parois de la poitrine.
On appelait on général ep.in>ji ceux gui ont du pus formé en collection à l'intérieur du corps ; mais les médecins avaient plus spécialement réservé ce nom pour ceux qui ont une collection purulente entre le thorax et les poumons, c'est-à-dire dans la plèvre (T. xviii, B., p. 202). Aujourd'hui, dans notre langage médical, le mot empyème a un peu perdude sa signification primitive. Ilindiquepluiôtropération par laquelle on donne issue à la collection purulente. Néanmoins, cette complication morbide était parfaitement connue d'Hippocrate et de Galien, qui en avaient exposé les symptômes, le pronostic et le traitement avec une remarquable précision. On savait que si ce pus n'est pas rendu parles vomissements ou par tout autre moyen, il survient une petite fièvre hectique avec exacerbations nocturnes, sueurs fréquentes, chaleur haliteuse. Hippocrate employait l'instrument tranchant pour donner issue au pus ; Léonides, d'après Paul d'Egine (Liv. vi, ch. 44), substitua le cautère actuel à l'instrument tranchant.
On distinguait Vhématémèse de Yhëmoptysie. Le sang qui vient du poumon est rouge ot écumeux, et est rendu après la toux ; celui de l'estomac est plus noir, non écumeux, est rendu dans le vomissement et sans toux. Le sang pouvait encore provenir du fond du pharynx. Dans le premier cas, l'indication thérapeutique consistait, surtout chez les jeunes sujets, dans les saignées dérivatives, les astringents, etc.
Nous ne faisons rien de plus actuellement.
On avait désigné sous le nom de maladies du cardia les maladies de l'estomac, parce que les anciens appelaient xap<yia la partie supérieure de l'estomac et le cœur. Les maladies de l'estomac reconnaissent pour cause une trop longue abstinence, une saignée intempestive, ou des déper-
ditions très abondautes. On administrait des boissons glacées, de la neige.
Si l'ignorance de la circulation du sang n'avait pas permis de connaître les maladies du cœur, on avait admis que cet organe est la source de la chaleur naturelle et que, du moment qu'il est vicié, toutes les parties sont atteintes en même temps. On faisait dépendre presque toutes les maladies du cœur de dyscrasie, et on savait que les dyscrasies cardiaques donnent lieu à des syncopes, à des palpitations, et que certaines de ces palpitations guérissent par les saignées et un régime débilitant. Hippocrate avait dit : « Ceux qui ont des défaillances fréquentes et graves, survenant sans cause manifeste, meurent subitement. » (Aph., 2® sect., 41.) Galien n'ignorait par la gravité de la présence d'un liquide morbide dans le péricarde.
On avait des notions assez précises sur les lésions du cœur. Galien savait que la blessure pénétrant dans Tune des cavités du cœur peut occasionner la mort instantanée, par suite d*épanchement du sang, surtout quand la blessure siège à gauche (T. viii, p. 304) ; mais si la blessure n'a pas perforé le cœur et n'a intéressé que sa substance, la mort peut n'arriver que quelques jours après, par suite d'inflammation. Galien avait vu, en disséquant un singe, une tumeur contre nature siégeant dans la tunique du péricarde.
On connaissait assez bien les principales maladies des organes digestifs, la boulimie, l'apepsie provenant de mauvaise alimentation, certaines maladies organiques de l'estomac, les vomissements de sang, et leur influence sur les fonctions du cerveau, la lientérie ou passage des aliments, tels qu'ils ont été ingérés.
On distinguait la diarrhée et la dysenterie^ la première, fréquente en été, occasionnée par l'usage de mauvais aliments, parla dentition chez les enfants; la seconde, résultant souvent de mauvaises conditions atmosphériques et reconnaissant comme symptômes l'excrétion de matières sanguinolentes avec ténesme, occasionnés par Tulcération des intestins.
On appelait choiera une maladie aiguë, avec vomisse-
38 ÉTAT DE LA MÉDEGINfi
monts, selles abondantes, crampes et refroidissement des extrémités (T. xix, p. 421). On distinguait deux espèces de choléra : un choléra humide, avec vomissements et selles bilieuses, douleur d*entrailles, convulsions, crampes des jambes; un choléra sec, provenant de la môme cause, sans évacuation.
Le voïvulus (ftXto;) désignait Tinflammation des intestins, dans émission de vents, sans déjections, avec douleurs d'entrailles considérables.
Galien, dans le livre V, Des lieux affectés, traite longuement ^Q^maladies du foie, les unes résultant de dyscrasie, les autres produites par des tumeurs, Tinflammation, etc. Il indique leurs principaux symptômes, leurs signes diagnostiques, selon qu'il y a inflammation, ictère, squirrhe. hydatides, blessures, etc. On appelait ictère la maladie causée par la présence delà bile sous la peau. Il y avait fièvre ou apyrexie, chaleur intérieure et troubles stomacaux. Galien savait que, dans beaucoup de maladies du foie, bien que ce viscère ne fût le siège d'aucune tumeur contre nature, il y a hydropisie. La théorie qu'il donne de la production des hydropisies est tout à fait erronée, ce qui était inévitable, puisqu'il ignorait la circulation du sang.
On distinguait trois variétés à! hydropisies — Tascite, la tympanite et Tanasarque. Hippocrate considérait Tascite et la tympanite comme étant de la même espèce. L'ascite est produite par la présence d'eau dans l'abdomen, le scrotum, les jambes, etc. ; Tanasarque, ainsi que l'indique son nom, est caractérisée par la présence d'eau dans tout le corps. Les causes des hydropisies résidaient dans l'intempérie du cœur, la dysenterie, la suppression d'hémorrhoïdes, les hémorrhagies considérables, les maladies du foie, de la rate, les fièvres quartes (T. vu, p. 470), les inflammations de la rate, etc. On pratiquait la paracentèse, à peu près comme nous la pratiquons aujourd'hui, un peu au-dessous . de l'ombilic, à gauche.
II y avait des rapporte assez intimes entre les maladies
A LA MOnr DE OALIEN. 30
da foie et celles de la rate. Si la rate était affectée d'atonie, le corps prenait une coloration noirâtre ; le squirrhe de là rate donnait lieu à l'hydropisie.
On avait donné avec une rare précision le diagnostic différentiel des diverses maladies des reins, selon qu'il y avait inflammation, ulcération ou calculs.
Parmi les maladies des reins, on connaissait la néphrite, les calculs, les abcès, le diabète. Galien n'avait vu que deux fois cette dernière maladie, caractérisée par une soif inextinguible, des urines abondantes. Il la considérait pour les reins et la vessie comme l'analogue de la lientérie pour l'estomac et les intestins {Des lieuoo affectés^ VI, §. m, p. 675) ; il la comparait à la faim canine ou boulimie.
L'inflammation des reins donne lieu à des douleurs intolérables ; l'ulcération rend les urines sanguinolentes ou purulentes ; les calculs provoquent des crises violentes, des urines mélangées de sang et de petits graviers.
Les maladies de la vessie étaient assez nombreuses ; on avait décrit les calculs, les hémorrhagies, l'inflammation, l'atonie, la paralysie, les ulcères.
Parmi les maladies des organes génitaux de l'homme, Galien et ses prédécesseurs avaient placé l'hydrocèle, Tentérocèle, Thydrentérocèle, lecirsocèle, leparocèle, l'éplplocèle, l'entéroépiplocèle, Thydrocirsocèle, maladies que nous rangeons aujourd'hui, pour la plupart, dans les maladies des intestins et sur lesquelles nous reviendrons.
Le priapisme et les pollutions nocturnes étaient décrits comme des maladies dépendant du trouble des esprits animaux ou des humeurs.
Par contre, on connaissait aussi les maladies opposées, c'est-à-dire V impuissance, dont 1-étiologie était à peu près la même.
h'hyst&ie était considérée comme une maladie de l'utérus : on avait décrit les abcès, le cancer, les érosions, les inflammations, la rétention des règles.
Si, après avoir envisagé la pathologie dans les grandes fonctions de Torganisme, on se reporte aux différentes régions, on verra qu'à l'époque de Galieu les connaissances étaient déjà très étendues.
On connaissait Valopecie qu'on attribuait à un défaut de sécrétion de la peau. Le traitement reposait sur la théorie humorale et consistait en topiques excitants, euphorbe, ellébore, thapsia, etc.
La pathologie dentaire était assez avancée. Galien (T. xii, p. 848 et suiv.) décrit longuement les maladies des dents et des gencives, la carie, la névralgie, rébranlemenl des dents et il donne de nombreuses formules de dentifrices, dans lesquels nous trouvons la chélidoine, le pyrèthre, la clématite, la myrrhe, etc.
Les maladies connues des oreilles étaient les contusions, les fractures du cartilage, les écoulements purulents et fétides, la surdité, les abcès, les corps étrangers. Les liniments habituellement employés étaient l'huile, le blanc d'œuf, le lait tiède, la graisse d'oie, de renard, le lait de femme. Contre les tintements d'oreilles on conseillait le nard, les décoctions d'absinthe, le vinaigre rosat, Thuile d'amandes amères. On savait que l'otite suppurée peut se terminer par la mort.
On faisait la distinction entre les parotides qui surviennent dans le cours des maladies et celles qui se manifestent spontanément. On les divisait en bénignes ou malignes.
On définissait Vozène aTulcération profonde des narines exhalant une odeur fétide ». On le traitait avec des emplâtres dans lesquels entraient le saule, Tanémone, la myrrhe, l'encens, les limaçons, le blanc d'œuf.
* Les polypes étaient traités par la racine de bryone, la sandaraque, etc.
On traitait Yépistaœis par les olfactions de substances
acides, par l'introduction d'épongés dans les narines, l'application du froid sur le front, de ventouses sur la région du foie si récouloment avait lieu par la narine droite, sur la région splénique s'il avait lieu par la narine gauche. Si l'écoulement avait lieu des deux côtés, on les appliquait sur les hypochondres. Galien conseillait les petites saignées dérivatives (T. xi, p. 296).
On connaissait un grand nombre de maladies des yeux et des paupières et'beaucoup de noms sont conservés actuellement. Nous pouvons citer la chute des paupières ou irTiXweriç, l'ectropion, l'entropion, l'hypopyon, l'orgeolet (xpiOii), Tophthalmie, le néphélion, l'épicauma, la phlyctis, le leucoma, la mydriase, la nyctalopie, le glaucome, le staphylome, le chémosis, la chalaze, la trichiase, Tamaurose, Tencanthis, l'anchilops, l'aegilops, le ptérygion, la lagophthalmie, la cataracte (67roxu[i.a), lamyopsie, le strabisme, etc. On admettait un rhumatisme oculaire.
Contre les inflammations des yeux (ophlhalmies),on employait les collyres de blanc d'œuf, de lait de femme, les cataplasmes de blanc d'œuf, de mélilot, de roses et de pain bouilli. S'il y avait des maux de tête, on prescrivait des ventouses scarifiées à l'occiput, des poudres sternutatoires dans lesquelles entrait le poivre.
Les maladies de peau connues étaient Therpès, la lèpre, caractérisée par une peau dure, âpre, squameuse, avec démangeaison, Talphus noir, l'alphus blanc ou leucé ou viti» ligo, la psydracia, les clous, l'érysipèle, le favus (xyipCov), les achores, les éphélides, lamentagre ou dartre croûteuse du menton. Cette dernière maladie que les Grecs appelaient Xeixtiv aurait, d'après Pline le Jeune, été importée d'Asie, où elle régnait et se serait transmise par les baisers.
L'éléphantiasis des Grecs était caractérisé par une peau épaisse, rugueuse, des taches, des tubercules et se localisait plus spécialement vers les extrémités. Il reconnaissait pour cause l'altération des humeurs ou une'mauvaise alimenta-
tion. Selon ses pricipaux symptômes, Téléphantiasis était subdivisé on léontiasis, ophiasis, alopécie, d'après une pré* tendue ressemblance avec la peau d*éléphant, do lion, de serpent, de renard, et en x»6yj, ou maladie affectant particulièrement les mains et les pieds. Quant au traitement, il consistait en évacuants, et c'était Tellébore noir ou blanc qui tenait le premier rang.
On croyait que la rage n'affecte que le chien dans Tespèce animale; on savaitqu'elle peut être communiquée à Thomme, et le nombre des médicaments employés pour la combattra était considérable.
Après avoir exposé d'une façon sommaire l'état des eon-* naissances anatomiques^ physiologiques et médicales à la mort de Galien, il nous reste à jeter un coup d'œil sur la chirurgie de cette époque.
On sait que Galien avait été nommé, à l'âge de vingt* neuf ans, médeciu des gladiateurs à Pergame, fonction qui lui permit de voir un assez grand nombre de blessures par instruments tranchants, jusqu'à l'époque de son arrivée à Rome, où, obéissant à un usage établi, il laissa la chirur^^ gie aux gens spéciaux qui l'exerçaient, pour se borner ex-* clusivement à la pratique de la médecine. C'est dans eon ouvrage qui a pour titre Le médecin (T. xiv, p. 674), dans sa Thérapeutique à Glaucon (T. xr, p. 1), et surtout dans sa Méthode thérapeutique^ qui constitue le tome x de l'édition de Kuhn, qu'il faut chercher l'état des connaissances chirurgicales à cette époque.
Galien a eu le mérite de débarrasser la théorie des phlegmons des idées métaphysiques qui en faisaient attribuer la cause aux esprits. Dans la Méthode thérapeutique (p. 879), il considère le sang comme la cause principale. Comme traitement, il conseille les émissions sanguines générales et locales, puis les fomentations émoUientes, et Tincision à la partie la plus saillante, lorsque le phlegmon est arrivé à maturité : il indique la direction qu'il faut donner
A LA MORT DE GALIfiN. 43
à rincision. Dans Taisselle, dans Talne, réglons faibles, il recommande les fomentations toniques avec les feuilles de ravrthe, le vin.
Le changement du phlegmon en pus constituait l'apos^èmé ou abcès.
Galien donne la description de Y anthrax ou charbon^ très fréquent en Asie, caractérisé le plus souvent par une pustule, point de départ d'une ulcération avec eschare, ftu^o; l^xapcd^eç, autour de laquelle se développent de nombreuses Vésicules semblables à des grains de millet. Il existe Ifi une confusion entre les deux maladies. Il faisait consister le traitement en saignées générales copieuses, jusqu'à lipothymie ; on combattait les humeurs épaisses et malignes par des cataplasmes de plantain, de lentilles, de mie dq pain et de son, et en lotions vineuses, afin de hâter la maturité de Tanthrax, avant d'arriver aux incisions profondest (T. X, p. 981).
U^rysipèle n'était à proprement parler qu'une variété du phlegmon. Comme lui, il était considéré comme produit par l'humeur bilieuse et constitué par une tumeur avec excès de chaleur. Il ne différait du phlegmon que par la couleur, rouge dans le phlegmon, plus pâle, d'un rouge moins foncé dans Térysipèle. C'est notre érysipèie phlegmoneux, que Galien appelle érysipèie œdématewe 6pu<xiiF6Xaç oi^YjpaTw^eç (T. XIV, p. 945-952). Le traitement était analogue à celui du phlegmon ; dans le second cas, on insistait davantage sur les évacuants cholagogues. Galien avait indiqué les bons effets des réfrigérants dans les érysipèles {Ib.y p. 898), et le moment où il faut les remplacer par les résolutifs.
Le mot Sxxoç signifie plaie, blessure et par extension ulcère. C'est dans la première signification que ce mot est employé par Hippocrate et Galien. Toutefois, ce dernier est un peu plus précis dans sa dénomination ; il appelle
ùxoç la solution de continuité de la peau et xara-yii^a la lésion de la peau et de l'os. Il ajoute les qualifications de herpétiques ou de phagédéniques, selon que les plaies sont superflciellesou profondes, il y avait pourGalien, un certain degré de parenté entre les dartres et les ulcères, les deux affections reconnaissant pour cause Taltération des humeurs. Galien avait remarqué que les plaies qui ont de la difficulté à guérir s'observent en général chez ceux qui sont cacoéthiques, c'est-à-dire dont le tempérament est mauvais (T. xiii,p. 423), chez les vieillards, chez les hydropiques, chez les individus qui ont une maladie des os (T?. xviii, B., 559). Chez ces individus, il y a issue d'un pus plus abondant ; les bords de la plaie sont renversés, n'ont pas de tendance à se rapprocher. Si Galien n'a pas décrit la carie des os, il Ta entrevue.
Ses opinions sur le traitement des ulcères reposent sur la méthode d'Hippocrate. S'il y a perte de substance, il faut la réparer. Le sang est la matière réparatrice, la nature est l'artisan (T. x, p. 174, 197). Il faut donc que le sang soit bon et bien tempéré, c'est-à-dire qu'il ne soit vicié ni en quantité, ni en qualité.
Or, chez ceux qui' sont dans ces conditions, il n'y a rien qui puisse empêcher la réparation naturelle de la plaie, sans le secours d'aucun médicament. Le liquide sécrété par l'ulcère indique l'emploi de médicaments qui humectent, rafraîchissent ou bien qui dessèchent la plaie. Si la sécrétion était trop abondante, Galien prescrivait l'encens, l'orge, la farine de lentilles, l'aristoloche, l'iris, la calamine, etc., dont les propriétés siccatives ne sont pas les mêmes. Le but principal qu'il se proposait était le rapprochement des bords de la plaie, soit par la ligature, par la suture, par les agrafes (à-Yx-nipeç), ou par d'autres moyens analogues, auxquels il joignait la compression modérée. Parmi les topiques, il conseillait le vin et d'autres excitants identiques. S'il y avait exubérance de chairs ou hypersarcose(û7ripaàpx»<n;), OU employait les siccatifs, la rouille, les caustiques ; on faisait l'ablation.
Nous nous sommes arrêté avec intention sur ce sujet pour montrer la confusion qui existait alors entre les plaies
et los ulcères, coufusiou plus apparente que réelle. Ce n'est qiie plus tard que la dénomination d'ulcères a été réservée pour les plaies qui sont entretenues par un état général,avec tendance à rester stationnaires ou à récidiver.
La définition que Galien donne des blessures est celle que nous donnons encore aujourd'hui. Son expérience sur ce sujet était grande, à cause de ses fonctions auprès des gladiateurs.
11 divisait les blessui-es en grandes et petites, avec ou sans hémorrhagie, chaque variété réclamant un traitement particulier qui pouvait être modifié selon le siège do la blessure.
Si la plaie était le résultat de la morsure d'un animal venimeux, Galien conseillait d'enlever autour de la plaie toutes les parties qui avaient pu être touchées par l'animal et de donner à cette plaie une forme circulaire, car on croyait que les plaies circulaires guérissent plus lentement que les autres, ce qui permettait au venin d'être plus complètement expulsé. On appliquait aussi des ventouses ou des caustiques ou bien on faisait la succion (T. x, p. 896),
La plaie peut être compliquée à' hémorrhagie et le sang peut être fourni par une artère ou par une veine. Galien indique d'une façon précise la conduite à tenir en pareil cas. Il faut pratiquer l'occlusion des vaisseaux soit en rapprochant les bords de la plaie, ou bien en les liant et en appliquant des topiques réfrigérents et astringents. Dans quelques cas on employait les escharotiques, le feu, laconstriction, l'élévation du membre blessé.
On y joignait l'usage des narcotiques, de la ciguë, du pavot, etc.
Galien indique comme moyens d'arrêter le sang, la ligature, la compression digitale et la torsion modérée. La ligature de l'artère se faisait en appliquant le lien sur le vaisseau, ou bien en appliquant deux liens et en sectionnant le vaisseau entre les deux liens. Si la blessure est profonde, il était préférable d'appliquer le lien à la racine du membre et de faire ensuite la section. Quant à la compression digi<
taie, elle est clairement indiquée par les mots et e» ToiAgrepoi
^rfxTOXot cuvflt'YOVTeç TÊ xal ffçî-YTOVTSÇ oi.brd (à-cY^^*) (T. X, p. 317). A la
page suivante, Galien dit qu'il faut appliquer le doigt sur l'ouverture du vaisseau, appuyer doucement et comprimer sans douleur : on provoque ainsi la formation d*un ôpô'|x6oç ou caillot qui obstrue Tartère. Quant à la torsion, Galien dit qu'il faut glisser un petit crochet ou hameçon A-^Mur^o** sous le vaisseau qu*on soulève et qu'on tord modérément,
Galien définit Vanévrysme « la blessure d'une artère ouverte )l ApTYipta; S* àva9Top.(i)68Î(ry); rh iràdo; àvE6pu(jp.ft xaXeÎTai. Il en
expose le mode de production, le diagnostic, révélé par les battements de la tumeur, qui s'affaisse quand on la com« prime, par Tissue d'un sang rouge clair et léger, plus chaud que celui qui est fourni par les veines (1). Il signale aussi la gangrène consécutive aux anôvrysmes (Des tumeurs contre nature f T. vu, p. 725).
Mais si le sang est fourni par une veine, il ne faut pas appliquer de ligature : on tentera de l'arrêter par des médicaments ischémiques, qui consistent en emplastiques faits avec résine, farine de froment et plâtre. Galien avait émis sur la réparation des tissus des théories sur lesquelles nous n'avons pas à nous appesantir.
On attachait une grande importance à l'occlusion de la plaie avant la chute de la ligature, afin de prévenir la formation d'un anévrysme ; d*où le soin avec lequel on appliquait des emplâtres, et tous les agglutinatifs imaginables.
Galien entre dans beaucoup de détails selon le siège de la blessure, selon les dimensions de la plaie.
mUià
(i) On voit, par les lignes qui précèdent, que Broca a été injuste envers Galien, que le médecin de Pergame connaissait les anévrysmes, leur mode de formation, et qu'il avait nettement indiqué la compression. (Broca, Des anévrysmes et de leur Iraiièment. Paris, 1856, p. 204, 270.)
D'après les préceptes hippocra tiques on pratiquait la révulsion et la dérivation, et Galien précise les endroits où elles doivent être faites.
Si la blessure intéressait les tendons, qu'on considérait comme des corps nerveux, on prescrivait le repos au lit, on pratiquait des saignées, on faisait des embrocations huileuses chaudes, et Galien, pour éviter la perte de mouvement du membre, imagina sur un gladiateur de mettre les tendons à découvert jusqu'à l'origine charnue et fit la suture dans cette partie charnue, en enfonçant profondément l'aiguille, opération qui n'avait jamais été faite avant lui. [De la composition des mefdicamenlSj Livre III, ch. 2, T. xiii, p. 60.)
La plaie peut exister avec ou sans perte de substance.
Dans sa Thérapeutique à Glaucon et dans sa Méthode thérapeutique y Galien parle du mode de reproduction des parties détruites, des parties qui se réparent et de celles qui ne se réparent pas; parmi ces dernières sont les artères, les nerfs, etc.
On définissait la gangrène (^ct-y^fiaiva), la mortification d'une partie du corps, par suite d'une trop grande inflammation. On la considérait comme consécutive le plus souvent aux grandes inflammations qui ne se terminent pas par résolution.
Dans son livre Sur les tumeurs contre nature^ Galien est le premier qui parle des dartres d'une manière précise. Il en attribue la cause à la bile jaune, qui selon son degré d'âcretô produit Testhiomène ou dartre rongeante, la dartre simple et enfin une dartre plus bénigne, caractérisée par de petites pustules. Le traitement consistait à combattre la cacochymie, en administrant des cholagogues, des diurétiques et en appliquant des topiques appropriés à Tespôce de dartre^ topiques calmants, résolutifs ou astringents.
Galien faisait rentrer dans la classe des dartres les ver* rues qu'il appelait àxpox^p^v^ ou (AupjjLiixia, à cause des fourmillements qu'elles occasionnent. On les traitait par Tabla-
tion avec un instrument tranchant, ou par Tarrachement après en avoir fait la succioa.
U œdème reconnaissait également les humeurs pour cause principale. Galien* avait signalé son existence aux malléoles chez les hydropiques, chez les phthisiques, chez les cachectiques (/ô., p. 953). Il conseillait les frictions et l'application d'un bandage commençant par rexlrémité inférieure et montant jusqu'à la racine du membre.
Les idées de Galien sur le squirrhe se ressentent également des théories humorales de Tépoque. On le disait formé par une humeur mélancolique épaisse et glutineuse,et constitué par une tumeur dure et pesante, axippcç. Abandonné à lui-même, le squirrhe devient cancer ou carcinome, xapxîvoç ou >txp3civ<i){i.a. Dans la Méthode thérapeutique^ Galien signale la présence du squirrhe dans la plèvre, les reins, les muscles, la mamelle, le palais, la rate, l'anus, l'utérus, etc.
Après le traitement antihumoral, Galien indique le traitement chirurgical du cancer proprement dit. Il insiste sur le soin avec lequel il faut enlever toutes les parties malades, sans laisser la moindre racine, sur la nécessité de laisser couler le sang des vaisseaux divisés, avant de fermer la plaie qu'on panse comme les ulcérations ordinaires (T. x, p. 979).
Pour le cancer des mamelles, Galien indique que l'ablation se faisait avec l'instrument tranchant, avec les caustiques ou bien avec de petits rasoirs incandescents. Eîal 8ï oi Çupa(pfoi;
ircirup(i>{i.tvot; dpi.ou Tépcuoi xat ^laxaicuai. « Il en est, dit*-il, qui COU*
peut et brûlent en même temps avec de petits rasoirs incandescents » (T. xjv, p. 786).
C'est notre thermocautère actuel.
Si les expressions de réunion des plaies, par prcjnière ou par seconde intention, n'étaient pas employées, les procédés étaient connus. On appelait synthèse le procédé qui avait pour but de l'éunir les bords des plaies, par opposition à la diérèse^ qui consistait à diviser les parties.
Si les expressions de réunion des plaies par première ou par seconde intention n'étaient pas employées, les procédés étaient connus. On appelait synthèse le procédé qui avait pour but de réunir les plaies, par opposition à la di&èse^ qui consistait à diviser les parties.
Les agents de rapprochement consistaient dans les doigts, les Landes, les agrafes. Comme agents médicanienteux, ou employaitles lotions avec le vin rouge chaud, les emplâtres agglutinatifs faits avec une sorte de mastic, les lotions avec la décoction de feuilles de chêne, de ronces, de bourgeons d'oime, d'écorces d'orme, etc. (T. x, p. 320). Toutefois, on admettait que toutes les parties ne se réunissent pas, tels que les nerfs, les artères, les os. Pour ces derniers, on pensait qu'il se forme une sorte de cal (rwgoc) autour des extrémités fracturées, et que ce cal est produit par les sucs osseux fournis par ces extrémités. Admettant que c'est la nature qui réunit, le chirurgien n'avait plus qu'à favoriser le rapprochement des parties, d'où la nécessité d'immobiliser à l'aide des moyens contentifs, consistant en bandes, bandages, etc. {De Vart médical ^ T. t, p. 387.)
Nous reviendrons sur ce sujet à propos des fractures.
On pratiquait la diérèse ou division, avec les instruments tranchants, ou bien parle grattage (?u<iic), le sciage (exTrpioiç). L'incision se faisait dans le sens longitudinal des fibres. Le fer rouge était employé dans des cas spéciaux.
^Hippocrate avait traité des plaies de tête d'une façon si magistrale (Trad., Littré, T. m, p. 183), qu'on n'ajouta presque rien au livre du médecin de Cos. Il les divisait en : lo fractures simples; 2o contusions sans solution de continuité et sans enfoncement; 3° enfoncement avec fractures; 4« entamure de l'os, èxxcTnî ou i^^a, ; 5° fracture par contrecoup.
Si Hippocrale avait établi que l'opération du trépan est réciamée dans la contusion et dans la fracture du crâne et non dans renfoncement ni dans i'hédra, à moins qu'il n'y
eût en même temps fracture et contusion (p. 211) ; s'il avait écrit que cette opération ne doit pas se faire sur les sutures (p. 229), Galien avait un peu modifié les préceptes d'Hippocrate, et ne craignait pas de porter Tinstrument sur les sutures ; il conseillait les émissions sanguines, proscrivait les bandages de tête trop serrés.
On distinguait quatre variétés ii hydrocéphalie. Le liquide est entre le cerveau et les méninges ; — entre les méninges et les os. — entre Tos et le péricrâne, — entre Tos et la peau. Dans le premier cas, le traitement était nul ; dans les deux autres, on perforait Tos, dans le dernier qui est le céphalématome, on pratiquait deux ou trois incisions linéaires (T. XIV, p. 783).
Les principales maladies des yeux qui rentrent dans le domaine de la chirurgie sont la cataracte, la fistule lacrymale, rhypopyon.
La cataracte (u7roxu[i.a, ôttoxucxiç) était considérée comme « produite par la présence d'un liquide coagulé entre Tuvée et le cristallin, lequel empêche l'esprit visuel de s'échapper de la pupille. » Le traitement chirurgical consistait dans rabaissement que Galien décrit ainsi : a Nous abaissons les cataractes (uTroxupaTa) en pratiquant une ponction autour de l'iris par le plus petit angle de Toeil, et en faisant pénétrer l'aiguille jusque dans un espace vide ; ensuite, la dirigeant obliquement jusqu'à l'iris, nous abaissons avec la pointe l'humeur épaisse qui est autour de la pupille, en raclant et en pressant. » (T. xiv, p. 784, Le médecin.)
On appelait œgilops, ai^tX©!);, une tumeur située entre le grand angle de l'œil et la racine du nez, ayant de la tendance à s'ouvrir spontanément et de la difficulté à se cicatriser. Avant son ouverture on lui donnait le nom à'anchilops. C'est la fistule lacrymale. Pour en obtenir la guérison, on brûlait jusqu'à l'os avec le fer rouge. JD'autres portaient l'instrument tranchant jusque sur les narines {Ibid.)^
La signification du mot hypopton varie avec la manière d'écrire ce mot. tirwiriov est employé par Hippocrate et par Galien pour désigner un épanchement quelconque au-dessous (ûiro) de Toeil (ô<^, àwoç). twoTruov signifie une tumeur qui renferme du pus. Dans la Méthode thérapeutique (Liv. xiv, ch. 19), Galien emploie le mot hypopyon pour désigner la présence dans l'œil de pus cachant Tiris en totalité ou en partie, et il rapporte qu'un oculiste, nommé Justus, guérissait les malades par la succussion de la tête, ce qui faisait descendre le pus ou bien par la ponction (T. x, p. 1020).
Les autres maladies des yeux qui réclamaient les manœuvres chirurgicales étaient le trichiasis, les hydatides, les eucanthis, le ptérygion, le staphylôme, la lithiase des paupières.
On enlevait le ptérygion, en le soulevant avec un petit crochet, en le liant avec un fil et en Tincisant. Dans la chute considérable des paupières, on enlevait un petit lambeau de peau, proportionné au degré de relâchement (T. XIV, p. 783). On traitait la lithiase ou kyste des paupières en en faisant l'incision et enlevant la production morbide. S'il y avait adhérence des paupières, on divisait avec l'instrument tranchant et on prévenait la réunion par l'application de corps étrangers entre les lèvres de la plaie. On guérissait le trichiasis par l'arrachement des cils.
On enlevait les polypes du nez avec un petit bistouri et on pratiquait ensuite l'abrasion des racines.
On traitait les mèlicéris et les athéromes par l'incision et l'ablation. On coupait les luettes trop longues.
Les blessures des poumons étaient considérées comme très graves. On prescrivait le repos, le silence absolu, afin d'éviter les accès de toux.
Celles du diaphragme sont variables selon qu'elles sont
profondes ou qu'elles intéressent les nerfs. Ces dernières étaient considérées comme incurables. Il était indiqué d'employer les médicaments ayant pour propriété de dessécher la plaie, Teau vineuse, et surtout la casse (T. xiv, p. 343, 345).
Galien avait une grande expérience des plaies de poitrine, ainsi qu'il le raconte dans la Méthode thérapeutique (T. x, p. 338). Après avoir cité plusieurs cas curieux, il rapporte qu*à Rome, il pratiqua l'ablation de Tos malade.
L'une des opérations les plus hardies pratiquées par Galien fut l'ablation d'une portion du sternum chez un jeune enfant qui avait été blessé à cette région, en jouant à la palestre. Quatre mois après cet accident, le pus se manifesta à la partie blessée. Après des péripéties diverses, le sternum se sphacéla ; on percevait les battements du cœur. Plusieurs médecins qui avaient vu le malade hésitaient à enlever l'os. Galien, après avoir constaté que les bords du sternum sous lesquels passent les artères etles veines étaient sains, enleva la partie osseuse sphacélée, vit le cœur à nu, car le péricarde était gâté (èaeayiirro} ; néanmoins, l'enfant guérit [Des démonstrations anatomiquesy L. vu, ch. 13, T. II, p. 632).
' S'il existait un liquide corrompu dans la plèvre, Galien faisait injecter par la plaie de l'eau miellée (fisXixpaTov), le malade était couché sur le côté blessé pour lui permettre de i^ejeter le liquide. Quelquefois on évacuait ce qui restait avec un instrument appelé ttucuXjco;, pyulque, et on injectait ensuite les médicaments convenables (/ô., p. 340).
Nous avons indiqué précédemment l'opinion de Galien sur les plaies du cœur,
Galien a traité d'une façon remarquable des plaies et blessures des^flrofs abdominales. Après avoir décrit sommairement ces parois et la disposition du péritoine, il expose que les blessures des parois antérieures donnent plus aisément
issue aux intestins, et que la réduction des partieâ est plus difficile en cet endroit. Il y a quatre indications à remplir; réduire Tintcstin, — rapprocher les bords de la plaie, — appliquer les médicaments appropriés, — préserver les parties nobles des accidents ultérieurs.
Si la blessure donnant issue à l'intestin est petite, Galioii recommande d'agrandir la blessure, ou bien de piquer Tin* testin avec une aiguille pour en diminuer le volume, et d'appliquer des éponges douces ou de Peau tiède bu du vin pour réchauffer l'intestin. Il indique la position à donner* au malade, la manière de rapprocher par la suture les bords de la plaie, les topiques qu'il faut appliquer et les soins ultérieurs (T. X, p. 412 et suiv., Liv. vi, ch. 4).
Les hernies de Vombilic ou exomphales étaient divisées enpneumatomphales, entéromphales et hydromphales, selon que le sac contient de l'air, une anse intestinale ou de l'eau. La réduction se faisait avec la main.
La hernie portait le iiom de bubonocèle quand elle siégeait dans Faine ; quand elle existait dans le testicule, elle prenait les noms de épiplocèle, entérocèle. Le mode de formation et le diagnostic étaient connus. Dans son livre Le m^deciny Galien établit le diagnostic différentiel des tumeurs qui se manifestent dans le scrotum, qu'il divise en hydrocèle, porocèle (tumeur tophacée), stéatocèle, sarcocèle, épiplocèle, cirsocèle, entérocèle, hydrentérocèle, sarcoépiplocèle (T. xtv, p. 788).
On traitait le stéatocèle, le porocèle, le sarcocèle, par l'incision et l'ablation de la tumeur. Pour l'opération de l'hydrocèle, on tendait le testicule, on plongeait un siphon ou canule (<Ti(pa)v) dans la tumeur (T. x,p. 988). Ailleurs Galien dit qu'on enlevait la tunique qui contient le liquide. Pour l'opération du cirsocèle ou tumeur veineuse (varicocèle), on passait un petit crochet sous la veine et on en faisait ensuite la section. L'opération de l'entérocèle, de Tépiplocèle se faisait également par incision du sac, refoulement du péritoine. Si une partie considérable de ce dernier faisait
hernie au dehors, on comprenait dans un fil la partie herniée et on en faisait l'ablation.
Ou traitait le phimosis par Tincision du prépuce, opération en usage chez les Hébreux, Vhypospadias par la perforation de Textrémité du gland et Tintroductioii d'un petit tube ou tuyau, (xwXyiv'^iov.
Les maladies connues de la vessie étaient la paralysie, la ipiTupîxaiç ou gravelle, les calculs, Tulcération, surtout celle qui siégeait au col, Tischurie, la dysurie, la strangurie. Nous avons conservé ces trois derniers noms. Quelquesunes de ces maladies ont été signalées précédemment ; nous ne nous arrêterons que sur celles qui sont du ressort de la chirurgie.
On traitait la rétention d'urine par le cathétérisme. La sonde qu'on devait à Erasistrate avait la forme de la lettre S (T. XIV, p. 751). On savait aussi que les lésions de la colonne vertébrale peuvent amener la rétention ou l'incontinence des urines.
Galien avait exposé les procédés à l'aide desquels on peut diagnostiquer la présence delà pierre dans la vessie. Outre les signes physiologiques, on avait encore recours aux signes physiques fournis par le xaôe-nîp et à ceux fournis par le toucher anal. Dans son livre le Médecin, Galien indique que, pour reconnaître la présence de la pierre dans la vessie, on pratique le toucher par le rectum, ce qui permet de sentir la pierre (T. xiv, p. 749). 11 expose les différentes variétés de calculs, selon qu'ils sont ou ne sont pas friables, ou solubles. Ceux qui sont durs ou difficilement solubles, dit-il, sont enlevés par les chirurgiens qui divisent la partie charnue du col de la vessie.
Hippocrate, qui redoutait les plaies delà vessie qu'il considérait comme mortelles, défendait à ses disciples de pratiquer Topération delà taille. Les chirurgiens et les traducteurs se sont divisés en deux camps pour savoir si Hippocrate, dans le Serment, avait voulu désigner la taille ou la castration dans ce passage : où t8ji.6w où^è \Lh Xiôiwvtoç... 11 nous parait hors de doute que le médecin de Gos désignait la
taille ;• le mot te'ixvw et ses dérivés simples ont toujours été employés par lui pour signifier « couper, inciser ». Galion emploie le même mot lorsqu'il dit: « Nous taillons (Tsp.vop.ev) ceux qui ont la pierre dans la vessie, en serrant la pierre sur le col de la vessie et, . nous en servant comme point d'appui, nous divisons d'un seul coup les parties qui la recouvrent, et nous enlevons la pierre avec le litholabe. »
Touç ^è Xiôov iyio'iTCiLç ev xuarsi T6p.vop.8v, acpyjvwdavTSç p.8v to Xiôov ev tw ttî; xuoTeci); TpaxiiXcd (T. XIV, p. 787.)
Galien n'en dit pas davantage. Il faut demander à Celse, qui vivait au siècle d'Auguste, par conséquent deux cents ans environ avant Galien, la description du procédé opératoire. Celse est, sinon le seul, au moins le plus illustre représentant de la médecine gréco-latine. « Dès que la pierre est arrivée au col de la vessie, dit-il, on fait auprès de l'anus une incision semi-lunaire (1) allant jusqu'au col de la vessie, et dont les deux extrémités sont un peu dirigées vers les hanches (c'est-à-dire à convexité tournée vers l'anus) ; ensuite, dans cette incision convexe, on fait sous la peau une autre incision par laquelle on ouvre le col de la vessie, de manière à avoir une plaie un peu plus grande que le volume de la pierre... Le col de la vessie étant ouvert, on aperçoit le calcul dont la couleur n'a pas d'importance. S'il est d'un petit volume, on peut, en le poussant en avant avec les doigts d'une main, l'extraire avec l'autre ; s'il est plus volumineux, il faut appliquer à sa partie supérieure un crochet construit pour cette opération... Le crochet étant placé, on lui imprime un double mouvement afin de s'assurer si le calcul est
(1) Malgaigne, dans sa thèse de goncours pour la chaire de médecine opératoire, en 1850, dit (page 5) qu'on a fort discuté sur la direction de cette incision « qui très probablement avait sa convexité en arrière. » Il nous semble qu'il n'y a aucun doute à avoir à ce sujet et que les termes de Celse indiquent clairement que les deux extrémités de l'incision sont dirigées vers les hanches, cornibus ad coxas spectantibus paulum, c'est-à-dire quo la convexité est tournée vers Tanus. Le < 1res probablement » dô Malgaigne nous semble donc superflu.
bien saisi... Quand on est certain de tenir le calcul, presque au même moment, on imprime un triple mouvement, à droite, à gauche et en dehors, de manière à attirer la pierre lentement et graduellement. Cela fait, il faut élever l'extrémité du crochet pour l'engager plus avant et faire sortir plus facilement la pierre (1)... »
Les maladies chirurgicales connues de la région anale étaient les hémorrhoïdes, les fistules, le cancer.
Hippocrate consdérait les hémorrhoïdes comme formées par la réplétion des veines du rectum, occasionnée par la bile et la pituite. Galien les définissait « Tanévrysme des vaisseaux qui entourent le fondement ».
Hippocrate les traitait par la cautérisation au fer rouge, par Texcision, Textirpation, la ligature, les cathérétiques ou consomptifs, consistant en un mélange de myrrhe, de noix de galle, d'alun calciné et de poix de cordonnier, ou bien par les suppositoires. Hippocrate indique, dans le traitement parla cautérisation, l'emploi du xotTcirrxp, instrument qui permettait d'élargir et de voir au fond de la plaie, et qui n'était autre chose qu'une sorte de spéculum ani. Selon Galii n, on les guérissait en traversant leur base avec un fil double ; on faisait la constriction, et l'on pratiquait l'ablation deux heures après (T. xiv, p. 789).
On appelait /f5^wfe, oupqÇ, un trajet calleux, étroit, oblong, ayant une ouverture difficile à cicatriser et donnant quelquefois passage à un écoulement d'humeur. On divisait les fistules en complètes et en incomplètes, en borgnes, TU'fXaî, et en cachées, xpuxrat. Ces dernières ont leur ouverture et leur cavité situées dans la profondeur des tissus. Hippocrate en avait établi le diagnostic par l'examen direct ou par l'examen avec le catopter ou spéculum. Il traitait les fistules complètes par les cathérétiques, par la ligature, et même par l'incision. La membrane qui tapisse la paroi des fistules avait été décrite sous le nom de tunique ou xi^wv.
(1) Celse. De re medica, lib. VII, cap, 26.
Galien décrit ainsi Topération de la fistule anale. Pour Topération des fistules complètes, on introduisait d^abord dans l'anus une sonde, puis le doigt qui servait de conducteur ; on attirait avec la pointe de la sonde l'intestin au dehors, et Ton faisait l'incision, en commençant par le bas. L'opération était identique pour la fistule externe. Dans la fistule incomplète, il était d'usage de pénétrer avec la pointe de la sonde dans toutes les parties saines. On employait aussi le procédé consistant à comprendre dans l'anse d'un fil de lin plié en cinq les deux ouvertures de là fistule, à faire ainsi la division et à mettre un onguent entre les lèvres de la plaie. Ce procédé avait été indiqué par Hippocrate (Le Médecin, ch. 19, T. xiv, p. 789).
Bien avant Galien, on avait donné le nom de xipuoi ou varices à la dilatation des veines. Hippocrate les appelait anévrysmes veineux. Galien avait signalé cette dilatation veineuse dans les vaisseaux du testicule (cirsocèle) et aux jambes (T. x, p. 943). On traitait les varices soit par lefeu^ soit par la ligature. Dans l'un et l'autre procédé, on incisait les téguments, on mettait la veine à nu, et l'on écartait les bords de la plaie au moyen de petits crochets. Dans le premier cas, ou touchait modérément la veine avec un fer rouge mousse ; dans le second cas, après avoir isolé complètement la veine, on glissait des crochets sous le vaisseau, on plaçait quelques ligatures, et Ton en faisait la section.
D'Hippocrate à Galien, la thérapeutique des fractures et des luxations n'avait fait aucun progrès et, pendant longtemps encore, on s'en tint aux écrits d'Hippocrate; c'est donc là que nous aurons à chercher Tétat de la science à la mort de Galien.
La fracture était appelée xara-yp.» par les chirurgiens; les médecins la désignaient généralement par le nom de ^Tra-yp.». Celte dernière dénomination était surtout usitée quand il y avait diduction des fragments. On l'appelait xauXYi<ïov quand la fracture était nette et transversale ; on l'appelait <rx(^ocxT)^v
quand elle était comminutive. Les jeunes médecins avaient établi encore d'autres subdivisions, pa^avt^o/, en forme de rave, àx^iTY^^ov, en farine ou en bouillie. Galien pensait qu'il fallait s'en tenir aux termes usités par Hippocrate : néanmoins il a un peu complété sa nomenclature (T. x, p. 425).
Le but que Ton doit se proposer dans le traitement des fractures, c'est de rapprocher et de réunir les fragments. Hippocrate avait signalé la difficulté plus grande de consolidation chez les vieillards que chez les enfants.
La coaptationse faisait avec les mains, si le membre fracturé avait un petit volume, ou bien avec des liens dans le cas contraire. On immobilisait le membre et Hippocrate avait exposé toutes les indications réclamées par le membre blessé et la nature de la fracture , ainsi que les précautions à prendre pour éviter les déformations, les raccourcissements, la formation de phlegmons. On renouvelait le pansement le troisième jour, puis le septième, pour s'assurer que la déligation était bien faite et que les fragments n'étaient pas déplacés ; on faisait des lotions chaudes ; on appliquait les attelles, qu'on assujettissait tous les trois jours, dans le but de maintenir l'appareil et non de comprimer le membre. On les laissait en place de vingt à trente jours, selon Tàge du blessé et le siège de la fracture. Hippocrate avait en outre établi les règles du régime alimentaire des malades. Galien était allé un peu plus loin et avait écrit que la bonne alimentation fournit un suc meilleur et plus tenace pour la formation du cal. Venait ensuite l'application des emplastiques dans le but de rendre le cal plus solide, ou de procurer la guérison des plaies consécutives. Galien signale (T. x, p. 442) un petit appareil appelé 7XwaaoxGp.ov, glossocome^ inconnu d'Hippocrate et inventé par les jeunes médecins de son temps, qui avait la forme d'une boîte, dans laquelle on plaçait le membre fracturé, afin de favoriser la formation du cal. A l'extrémité de la machine D D était fixé un axe A B sur lequel s'enroulaient les bouts des lacs Ee, faisant, au moyen des poulies F G, l'extension et la contre-extension (fig. 1). Etant donnée, par exemple,
la fracture du fémur au tiers moyen, les lacs étaient placés sur les Ëztrémités de l'os fracturé et le pied appuyé sur une planchette G. On pouvait augmenter ou diminuer le degré
de traction, eu imprimant à l'axe un degré suffisant de
rotation. Hippocrate néanmoins indique un appareil analogue appelé oaixiiv, sorte de gouttière qu'on plaçait sous la jambe fracturée et dont il ne blfUne ni n'approuve l'usage, à moins que ce ne soit pour faciliter les mouvements du blessé, pour le changer de lit ou pour lui permettre d'aller à la garde-robe. .
Quant aux fractures des membres en particulier, on s'en tenait aux préceptes d'Hippocrate, qui indique avec une grande netteté la manière d'appliquer les bandes et de faire les pansements(l).
(1) Ed. Littré, T. m, p. 411. — Malgaigne, Des appareils pour le traitement des fractures en général. Thèse de concours pour la chaire de médecine opératoire, 18U.
Hippocrate avait fixé à quarante, jours le temps iBxigé pont la consolidation de Thumérus, et à cinquante jours le temps lîécessaire à la consolidation du fémur. Il avait donné de minutieux détails pour prévenir les accidents causés par des appareils trop serrés et par la pression du talon sur le plan d'appui.
Les fractures compliquées de plaies avec ou sans issue des fragments étaient traitées différemment, les uns laissant la plaie à nu, les autres la recouvrant de tours de bande. Hippocrate conseillait Textension et la coaptation comme dans les fractures ordinaires : il appliquait sur la plaie du cérat à la poix, du cérat blanc sur les parties environnantes, jetait les tours de bande aussi nombreuses, mais moins serrées, la compression portant sur le lieu de la plaie et allant en diminuant au-dessus et au-dessous ; il renouvelait le pansement tous les jours. En général, on ne mettait pas d'attelles sur le siège de la blessure. Hippocrate indique les moyens de reconnaître sll est survenu quelque plaie pendant le cours du traitement, s'il y a quelque nécrose, quelque exfoliation osseuse. Il attachait une grande importance à prévenir le raccourcissement dans le traitement des fractures des membres inférieurs. Il croyait que le quatrième ou cinquième jour est le meilleur pour faire la réduction. S'il y avait issue d'un fragment irréductible, il conseillait la résection avec la scie.
Galien suivait les préceptes d'Hippocrate; néanmoins il y avait apporté une légère modification, non dans Tapplication des appareils, mais dans la position à donner au membre blessé, afin de se rapprocher le plus possible de l'habitude professionnelle des blessés.
Quant au raccourcissement des membres, Hippocrate avait imaginé un appareil d'extension pour les membres inférieurs. Le raccourcissement du bras était pour lui sans importance, car on pouvait le dissimuler.
Hippocrate traitait les fractures du maooiÙaire ïnférietvr
en immobilisant les fragments, ce qu'il obtenait en liant entre elles les dents voisines à l'aide d'un fil d'or ou de lin et on appliquait des bandes de cuir collées sur la peau avec une solution gommeuse et maintenues par un bandage {ArticuL, § 32).
Pour les fractures du nez^ on recouvrait Torgane avec une pâte collante pour maintenir le rapprochement des fragments.
Dans les fractures de la clavicule, Hippocrate avait établi des variétés, selon qu'il y avait saillie du fragment sternal ou du fragment acromial, ou bien déplacement des fragments en avant ou en arrière. Il appliquait des compresses en nombre suffisant sur le fragment en saillie, maintenait le coudé rapproché du tronc et l'épaule aussi élevée que possible.
Hippocrate avait distingué les fractures de côtes en fractures simples, et en fractures compliquées d'enfoncement, d'hémoptysies. Le cal se fait en une vingtaine de jours et le pansement se pratiquait selon les règles ordinaires.
Les luxations avaient été bien étudiées par Hippocrate, dans son Traité des Articulations et dans le Mochlique. Toutefois, hâtons-nous de dire que ses désignations ne concordent pas exactement avec les nôtres. Nous y reviendrons ultérieurement.
Hippocrate avait décrit la luxation d'un ou des deux condyles de la mâchoire (Des articulations, § 31) et la méthode de réduction est celle que nous employons encore aujouid'hui.
De toutes les variétés de luxations de Tèfpaw/^, Hippocrate n'avait vu que la luxation dans l'aisselle, mais il ne niait pas les autres variétés. Celse avait décrit la luxation en avant (sous-glénoïdienne). Galien, dans le Commentaire au livre des Articulations d'Hippocrate(T. xviii, A., p. 347), dit avoir
VU cinq fois la luxation eu avant. Les profcédés habituels de réduction consistaient dans les méthodes par le poing, — par le soulèvement du membre avec torsion, — parle lalon.
A est la pièce de bois, garnie d'un rebord saillant à uoede ses eitrémités et destinée à Être mise sous le bras luxé.
— par l'épaule, — par le bâton ou pilon, — par l'échelle, — par l'ambe, âji^K ; c'est cette dernière qu'Hippocrate préférait pour réduire les luxations anciennes et qui consistait en une petite pièce de bois ou planchette, de dimension suffisante et convenablement taillée et garnie de linge, dont Galleo donne la description, dans les commentaires au livre des Articulations d'Hippocrate (L. i, § 18).
On en portait Textrémité aussi avant que possible dans Faisselle, de manière à lui faire dépasser la tête de l'humérus; le membre était assujetti solidement sur la planchette. Une poutrelle étant attachée transversalement entre deux piliers, on passait le bras lié au bois par-dessus la poutrelle, de manière que le bras fût d'un côté, le corps de l'autre, et alors on imprimait des efforts de traction sur le membre lié à la planchette, pendant que le reste du corps était pendant de l'autre côté (flg. 2).
Pour empêcher ces luxations de se reproduire, Hippocrate conseillait de pratiquer dans le creux- de l'aisselle, deux cautérisations qui la traversaient de part en part au niveau du lieu où la tête humérale lui paraissait devoir se luxer de nouveau, c'est-à-dire en bas. [Des articulations^ § 11.)
Hippocrate avait décrit la luxation acromiale de la clavi-cule, et Galien, dans ses commentaires aux Articulations d'Hippocrate, en avait donné une description plus complète, d'après ce qu'il avait observé sur lui-même (T. xviir, A., p. 400).
Hippocrate connaissait les luxations incomplètes ou partielles du coudey c'est-à-dire la luxation isolée du radius en avant et en arrière, — les luxations complètes du coude en avant et en arrière, — les luxations latérales internes ou externes du coude, — les luxations partielles du radius, — les fractures de l'olécrâne et de l'apophyse coronoïde.
La classification d'Hippocrate, admise par Galien, présente quelque embarras, car le point de départ de l'école hippocratique n'est pas celui que nous admettons aujourd'hui. Laissant tomber naturellement la main contre le corps, Hippocrate constatait que la paume est tournée en dedans, c'est-à-dire vers le tronc. Les chirurgiens modernes admettent en principe que la paume de la main est tournée en avant, d'où il résulte que la luxation en dedans d'Hippocrate correspond à notre luxation en avant; sa
luxation en dehors est une luxation en arrière, Pétrpquin (1) a cherché à établir une concordance entre la classification d*Hippocrate et celle des modernes, classification que nous reproduisons en partie.
Déplacement des os du coude.