SELON HIPPOCRATE. SELON LES MODEUNES
En dedans correspond au déplacement en avant. En dehors — — en arrière.
En avant — — en dehors.
En arrière • — — en dedans.
Les procédés de réduction consistaient dans la contre-extension qu'on pratiquait en assujettissant le malade à une résistance fixe, dansTextension au moyen d'an corps pesant suspendu au bras, et dans la coaptation par les mains du chirurgien. On avait quelquefois aussi recours à l'extension et à la contre-extensionpratiquées par les mains dénommes vigoureux.
Les procédés de réduction consistaient à exagérer l'attitude dans un sens ou dans un autre et toujours par une manœuvre rapide, c'est-à-dire que des réductions étaient obtenues par un mouvement d'élévation, d'autres par l'extension, d'autres par un mouvement de circumduction. Galieu résume le mode d'opérer la réduction en disant que, dans les luxations internes ou externes, on a recours à la distension, mais que ce procédé ne doit pas être employé dans les luxations en avant ou en arrière.
On distinguait aussi quatre espèces deluxations complètes du poignet : en dedans, en dehors, en avant, en arrière. Ici se reproduisent les mêmes observations que précédemment, quanta l'attitude du membre, c'est-à-dire que les luxations en dedans d'Hippocrate correspondent à nos luxations en
(1) La chirurgie d'Hippocrate, parPétreqmn,T.n, p. 225, 249.
avant, celles eu dehors correspondent à nos luxations en arrière. Hippocrate avait aussi décrit des luxations incomplètes et les diarthroses ou luxations d*un des deux os (Des articulations, g 26, 27, 28; Ed. Littré, T. ir, p. 137).
Hippocrate avait également admis les quatre variétés de luxations des doigts. Il avait signalé la terminaison fatale quand la luxation se compliquait de l'issue des fragments dans les luxations du coude ou du poignet.
Hippocrate avait décrit les luxations du fémur en dedans (ischio-pubiennes),en dehors filio-ischiatiques),en arrière et en avant {Des articulations ^% 51, 54, 57, 59), et les luxations congénitales. La première est la plus fréquente; les deux autres sont rares.
La réduction de la luxation en dedans se faisait par la suspension du blessé, par les tractions horizontales, par le banc, par Tambe, par foutre. Les procédés, du reste, variaient selon la variété de luxation, car il est des luxations qui se réduisent par Textension simple, ou par la flexion avec rotation. L'extension se faisait avec des treuils dans les cas difficiles. Hippocrate était partisan de la suspension, dans les cas de luxation de la cuisse en dedans. Ce procédé avait quelque chose de théâtral. Le patient était suspendu par les pieds A à une poutre transversale, les pieds un peu écartés, la tête distante du sol d'environ deux coudées, les bras étendus le long des. côtes et fixés avec un lien souple. Le blessé, une fois suspendu, un homme de l'art, habile et vigoureux, glisse son avant-bras entre les deux cuisses, le place entre le périnée et la tête luxée du fémur, puis joignant l'autre main à celle qui est passée entre les cuisses et se tenant ainsi debout, il se suspend brusquement et se maintient en l'air aussi perpendiculairement que possible (fig. 3).
Après avoir décrit le procédé de réduction par la méthode de suspension, Hippocrate insiste sur les difficultés que le chirurgien éprouve quelquefois à faire une extension suffisante, d*où la nécessité pour le praticien qui exerçait dans une grande ville d'avoir une machine permettant de fair
LBS MéDBCnCS 0RBC8. 5
âO ETAT DE LÀ. UBDECIME
das tractions considérables el gradnéesà volonté. Cette machine qu'il appelle Eûiov TirpBiwoi, bois guadraagulaire, a été appfJée par Galle» ntnHpâTui» gaepsv, banc d'Hippocrate, et aurait été, dît-il, inventée par Ârchimède (T. xviu,
p.747).aGetappareilconsislaiten un madrier de six coudées de long (S-jTU), de deux de large (0,90), et de l'èpaiBseur d'un empau (0,223J, offrant, à chaque bout, un treuil peu élevé, et dans sa partie moyenne des piliers symétriques, d'où part une traverse à la façou d'un échelon pour soutenir la plaochette (l'ambe), qu'on pUce ici cooune pour la
A LA UORT DE OAUGN.
réduction de rép.iule. Ce madrier sera U'eusé de petites cavités, en forme d'auges, bien polies, ayant quatre travers de doigt en largeur et en profondeur, et laissant entre elles autant d'espace qu'il est nécessaire pour lis jeu du levier dans la réduction. Udoit y avoir dans le milieu une cavité quadrangulaire où pourra se placer une petite colonne qui, s'appliquant contre le périnée, pourra empêcher le corps de glisser, et, si on lui laisse do la mobilité, agir comme
FifioUE 4.
A, madrier. — BBBB, jambes des treuils. — CC, aies des treuils. — DD, cavités en forme d'auges. — E, petite colonne quadrangulaire. — G, traverse posée sur les deux piliers FF, et qu'on pourra mettre à des hauteurs diverses, & l'aide des trous percés dans les piliers.
un levier. A l'égard de la planche (l'ambe, en usage pour certaines réductions), la manœuvre consiste à la pousser par un bout, que ce bout occupe une entaille creusée daus un pieu, ou bien qu'il s'engage dans une muraille, et àesercer sur l'autre des efforts de preasion, après avoir préalablement placé au-dessous une garniture molle et appropriée (1). B
Cl) Pttraqûn (mv. eUi, T. ii, p. 619).
Cetto action du Jevier combiné avec l'extension constitue un ezcellent moyen de réduction.
FlCL'HE 5.
La réduction de la lusation en dedans se faisait encore au moyen de l'ambe. En se servant du même banc, on attachait à la jambe luxée D une plancheA, de longueur etde largeur suflidantes, convenablement échancrée et garnie; on faisait rf.xtension et la contre-extension avec un treuil B, E, ouuubÂtou, et on forçait en même temps la jambe et la planchette qui lui est attachée à basculer sur la traverse B, mise dans les deux supports C, C (Sg. 5]^
Le procédé de réduction par l'outre était moins employé et moins puissant. Après avoir couché du côté sain, le
blessé sur le banc ou machine, on plaçait entre ses cuisses une outre vidi; B ; on la poussait aussi haut que possible du côté du périnée ; on attachait ensuite la jambe Luxée A i
la jambe saine, au nireau des rotules et au-dessus des genoux, ou mieux daus presque toute leur étendue, et, à Taido d'un tuyau de forge, ou InsufQait vigoureusement l'outre (fig. 6}. On pratiquait l'extension et la coutrextensioo avec les deux treuils ËË. Ce procédé, on le voit, était assez défectueux.
Si laluxation était en c^eAorj (ilio-iscbiatique), Hippocrate faisait pratiquer l'extension et la contre extension comme dans le cas précédent, el il faisait agir de dehors en dedans un levier A, d'une certaine largeur, qu'on appliquait sur le haul de la fessa du côté blessé D, en ayant soin de maintenir par un autre levier B, la fesse opposée pour l'empêcher de céder, et on portait alors doucement de dedans en dehors le genou de la cuisse luxée {fig. 7). La suspension n'était pas employée dans la réduction de cette luxation.
FlGUBB 7.
Si la luxation était en arrière, Hippocrate conseillait de faire coucher lo malade sur le ventre \fig. 8) et sur un madrier A, de pratiquer l'extension et la contre extension, soit avec les treuils, soit avec un bois B, B, en forme de pilon, auquel étaient attachés des liens G, passés autour de la poitrine et sous les aisselles, des liens D, passés au-dessus des genoux et des talons, et d'autres liens Ë, passés autour des lombes. A l'aide d'une planche FG, fixée dans la muraille en F, on appuyait sur l'os luxé, de manière à le faire rentrer dans la cavité cotyloïde.
Pour la luzatioQ en avant, Hippocrate donnait U préférenco à la méthode de réductioD par la suspension.
FiâVBE 8.
Hippocrate indiquait encore d'autres procédés, pour la réduclion des luxations en dedans et en avant; parmi ceux-ci, il Taut citer le procédé dit de l'échelle, consistant à asseoir le blessé sur une échelle plantée en terre, à attachâr la jambe saine età suspendre, è la jambe luxée A, uu panier rempli de pierres. La réduction s'opérait à l'aide de cette extension lente et progressive {fig. 9).
Hippocrate avait signalé les luxations du ^enouendedanfl, quelquefois en dehors et en arrière. La réduction se faisait, soit par la Qexion da genou, soit par le biQsque relàrement du talon jusqu'il hii Mre lODCher la fesse, soit par l'extension.
Pour la 1a»ition du con^e-pitd va tibio-tarsïenne, on pratiquait une extension énergique, puis la coaptatitHi.
tes luxations de; mtffatanietu «t des orMd se râduisùent comme les luxations de la main et eux doigtB.
Lepierfêoi, qn'Hippocrate appelle la diflbrmitii du pied
niiiXaaii mSii, était traité par la malaxalion de l'articulation,
par l'application de bandes, ou d'une semelle de plomb et
par le relèvement du pied.
\fcssEa-fc»
FiGunB 9.
Hippocrate avait décrit les effets de Vincurvatim congénitale du raohis sur le développement du thorax et des membres pectoraux et abdominaux. Il avait noté la coexistence dans les poumons de tubercules dura et crus, «nanpûv fupÉTuv xBî àWiEwt : il était allé plus loin en disant que la cause de la gihbosité et la distension qui en résulte pro- Tiennent, chez la plupart, du fait même de ces concrétions, avec lesquelles les ligaments volsius (tqW) se seront trouvés en communication. Il avait précisé les différents phéno-
mènes pathologiques, selon que la gibbosité était placée au «dessus ou au-dessous du diaphragme.
L'incurvation du rachis par chute ou traumatisme était traitée quelquefois par un procédé assez singulier, qu'on appelait la succussion, procédé que n'approuvait guère Hippocrate. La succussion se faisait, la tête ou les pieds en bas, selon que la gibbosité occupait une région inférieure ou supérieure du rachis. Nous ne la rappellerons que comme curiosité, car le procédé nous paraît assez barbare. On garnissait une échelle de coussins transversaux dépassant en largeur et en longueur la taille du blessé. Ce dernier, mis sur le dos, était étendu sur l'échelle, les pieds attachés par les malléoles à l'échelle. On passait d'autres liens au-dessous et au-dessus du genou et autour des hanches. Les liens placés autour des flancs et de la poitrine devaient être assez lâches pour ne pas empêcher la succussion. Les bras étaient attachés le long du corps. Les choses étant ainsi disposées, on hissait l'échelle au faîte d'une maison, à l'aide d'une poulie, et on la laissait retomber régulièrement, perpendiculairement, subitement.
La succussion, les pieds en bas, se faisait d'une façon analogue.
Si l'incurvation du rachis avait lieu par cause externe, par chute ou choc, s'il y avait saillie d'une des vertèbres, Hippocrate conseillait de faire la réduction par le procédé analogue à celui employé pour la luxation de la cuisse en arrière.
Hippocrate avait signalé la gravité des déviations traumatiques du rachis en avant, leur influence sur l'intestin et la vessie et sur les membres inférieurs. En résumé, les déviations en avant laissent des désordres graves ou causent la mort, tandis que les déviations en arrière n'amènent pas ces accidents.
Galien avait donné les noms de xu^ufitc, cyphose^ à la gibbosité postérieure, de Xop^«»<nc, lordose^ à l'incurvation en avant, de oxoXi«»<nc, scoliose^ à l'incurvation latérale. Nous avons conservé ces dénominations.
Accouchements et maladies des femmes.
Il est incontestable que ce sont les femmes gui, les premières, se sont porté secours dans le travail de l'accouchement. En Grèce, avant Hippocrate, quelques femmes remplissaient le rôle que remplissent actuellement encore quelques femmes de campagne auprès de leurs voisines, sans autre instruction qu'une pratique le plus souvent grossière. On les désignait sous les noms de Maiat, iarpcpLaïai, taTp'lat, larp^vai. On les appelait encore ôpi.çaXoTopi.01, coupeuses de nombril, etc. Peu à peu les hommes ont été appelés, soit pour les cas dangereux, soit dans les circonstances ordinaires.
Hippocrate est le premier auteur grec qui ait longuement écrit sur les maladies des femmes et sur les accouchements. Ses opinions ont régné pendant bien des siècles, et il faut arriver aux temps modernes pour réduire à néant toutes les erreurs qui avaient eu cours pendant si longtemps.
Les livres dans lesquels Hippocrate traite des maladies des femmes sont les suivants : Des maladies des femmes ; — des femmes stériles ; — des maladies des jeunes filles ', — de la superfétation ; — de t excision du fœtus ; — de lagros^^ sesse de sept mois ; — de la grossesse de huit mois. Le livre qui a pour titre De la nature de la femme n'est en réalité qu'un extrait de ce qui a été dit dans lés autres livres.
Higpocrate avait traité, dans son livre Sur les maladies des femmes, de l'influence de l'écoulement menstruel sur leur santé, de la quantité, de la qualité du sang et de la durée moyenne de la menstruation. Il avait observé et décrit les divers déplacements deTutérus, son obliquité, son abaissement| sa chute complète. Il avait émis sur la théorie de la conception des idées qui n'ont plus cours aujourd'hui ; il faisait jouer un rôle considérable à la sécheresse ou à l'humidité de la matrice. Néanmoins, il indique comme
propice à la conception le début ou la fin des règles, et cette dernière période, de préférence.
Dans le livre deuxième sur les maladies des femmes, Hippocrate expose ses principes sur la mélrorrhagie, sur la leucorrhée qu*ii croyait être un écoulement de semence de la femme et qui donnait lieu à la cachexie anémique. Il expliquait Thystérie par des déplacements imaginaires de la matrice, qui se porterait tantôt à la tête, tantôt aux hypochondres, ou au foie, ce qui, selon lui, localisait les douleurs. Dans ces obliquités prouoncées et chroniques de la matrice, Hippocrate avait constaté Tabsence des règles, le gonflement des mamelles. Le but qu'il se proposait était de rappeler la menstruation, et, pour y arriver, il conseillait les fumigations chaudes et aromatiques, qui, selon lui, remplissaient d'air Tutérus, le redressaient, l'ouvraient et rappelaient les règles. Après le's fumigations, on introduisait des pessaires faits avec des bâtonnets, du pin le plus gras, longs de six doigts, de forme conique et ne dépassant pas le volume du doigt indicateur. On commençait par un bâton* net mince, dont on n'enfonçait que le bout, puis on l'en» fonçait de plus en plus jusqu'à ce qu'il fût entré de quatre doigts. La nuit on remplaçait le bâtonnet par une sonde en plomb. Quand on était parvenu à dilater la matrice, on se servait d un pessaire à la résine, gros comme une olive, et on l'introduisait après l'avoir trempé dans l'huile de rose ou d'iris. Quand ce pessaire était resté deux ou trois jours, on faisait des fumigations et des lotions émoilientes pour faire tomber l'inflammation. On pratiquait l'insufflation de Torifice utérin et de l'utérus en appliquant le pessaire à la figue. Dans son livre Sur la nature de la femme, Hippocrate semble avoir décrit les troubles de la sensibilité sûr les membres inférieurs dans les déviations de la matrice (§ 14). Si Hippocrate décrit les déplacements de l'utérus, son obliquité, il existe toujours une certaine confusion dans son esprit entre les déplacements réels et les déplacements ima^aires. Il décrit également rabaissement delà matrice, avant ou après raccoucheoient, l'inversion utérinCi rinduratioa squirrheuse du ool, la métrite, Tliydromôtrie ou
hydropisie de la matrice. Pour faire rentrer Futérus, dans les cas de prolapsus complet» flippocrate conseille quelquefois la succussion par l'échelle, la malade étant placée la tête en bas, sans toutefois se montrer grand partisan de ce procédé.
Nous ne dirons rien du traitement qui, la plupart du temps, est indigne d*un observateur comme Hippocrate.
Dans son Traité des femmes stériles, Hippocrate expose les causes de stérilité qui sont au nombre de douze : P l'orifice utérin est oblique ; 2® il est fermé complètement ou incomplètement; 3"* il est lisse, soit naturellement, soit à la suite d'ulcérations ; 4^ il existe une ulcération utérine ; 6^ Tutérus n'a pas été éyacué complètement par les règles; ô*» le col reste entr 'ouvert; 7« il y a dysménorrhée ; 8" aménorrhée ; 9^ menstruation moins abondante ; 10® plus abondante; 11<* prolapsus utérin; 12^ antéversion.
Nous ne suivrons pas Hippocrate dans les procédés qu'il donne pour reconnaître si une femme concevra, si elle est grosse d un garçon ou d'une fille ; ces procédés ne sont pas sérieux. Mais il avait -constaté que les déviations du col peuvent être cause de stérilité, et il avait également observé que les femmes trop grasses ont de la difficulté à concevoir, et il les faisait maigrir. S'il supposait que la présence de pus dans la matrice pût empêcher la conception, il prescrivait les injections intra-vaginales de lait, à l'aide d'une vessie de porc, convenablement préparée.
Hippocrate appelait p.6XT), mole, un faux produit reconnaissant pour cause l'introduction d'une semence peu abondante et morbide dans l'utérus de femmes ayant des règles trop abondantes, il avait signalé le développement du ven*tre dans ces cas, la turgescence du sein et l'absence de lait dans les mamelles.
Dans les deux ou trois pages consacrées aux maladies des jeunes fiUes, il ssmble n'avoir en vue que les troubles intd**
lectuels occasionnés par la menstruation, et sa conclusion est qu*il faut conseiller le mariage dans ces conditions.
Hippocrate, dans son livre Sur la génération, expose que le sperme provient de tout le corps, des parties solides comme des parties molles et de tout Thumide qui est dans le corps ; qu'il afflue de toutes les parties dans la moelle, qu'il passe le long des reins, qu'il se rend par le milieu des testicules au membre viril, non par la voie de Turine, mais par une voie particulière qui est attenante. Hippocrate avait signalé la bonne influence des rapports sexuels sur la santé de la femme, car il dit : a Si les femmes ont des rapports avec les hommes, leur santé est meilleure, moins bonne, si elles n'en ont pas » (/ô., § 4). 11 croyait que l'homme possède la semence mâle et que la femme possède la semence femelle. Il expliquait les difformités des enfants par les contusions que recevaient les femmes grosses. Il croyait que c'est par l'ombilic que s'opèrent la respiration et la nutrition de l'enfant.
Quant à la formation du fœtus, Hippocrate attribuait au souffle la propriété de diviser la chair et de pousser ainsi les semblables vers les semblables, c'est-à-dire le dense au dense, l'humide à l'humide, etc., d'où la formation des parties. Il croyait que le fœtus mâle est formé en trente jours, tandis que le fœtus femelle l'est en quarante-deux, et que la durée du flux lochial est relativement la même chez les deux sexes, c'est-à-dire trente jours après l'accouchement d'un garçon et quarante-deux après celui d'une fille. Il croyait aussi que le gargon remue le premier dans l'utérus, ce qui lui permettait de prédire le sexe avant l'accouchement.
Hippocrate avait décrit la position de Penfant dans l'utérus, mais il ne croyait pas qu'il fût possible de diagnostiquer si la tête est en haut ou en bas. C'est lui qui avait, le premier peut-être, ouvert la voie à l'embryologie comparée, et c'est sur l'œuf de la poule qu'il avait fait ses études pendant chacun des vingt jours d'incubation. Il comparait la sortie de l'enfant à celle du poussin. Lorsque l'enfant ne trouve plus dans l'utérus l'aliment nécessaire, il s'agite^
dit-il, rompt les membranes avec ses mains, comme le poussin rompt l'œuf avec son bec, chemine la tête en avant, parce que les parties supérieures sont les plus lourdes.
Il expliquait la formation des jumeaux par le partage de la semence dans les deux sinus de la matrice.
Dans les quelques pages consacrées au fœtus de sept mois et de huit mois, Hippocrate n'a d'autre but que de faire voir que le terme légitime de la grossesse est de 2S2 jours ; qu'après le sixième mois révolu, les enfants peuvent vivre, mais qu'au huitième mois les enfants succombent, parce que le huitième mois est une époque de souffrance et de maladie pour la mère et pour l'enfant. Les meilleures chances de vie sont quand l'enfant vient au bout du neuvième mois. Hippocrate comptait sept quarantaines ou 280 jours comme la durée ordinaire de la grossesse.
Il considérait comme plus dangereux les accouchements par les pieds, les rotations du fœtus dans l'utérus, l'entortillement du cordon autour du cou pu de l'épaule (Du fœtus de huit mois, T. vu, p. 455).
Dans le Traité de l'excision du fœtus, Hippocrate a décrit l'opération de Tembryotomie, la céphalotripsie, les soins consécutifs à ces opérations. Il considérait la sortie de la main comme étant souvent un signe de mort pour Tenfant. Mais à côté de ces pages, il en est qui ne sont pas dignes de lui, c'est lorsqu'il traite de la succussion des femmes dans les cas d'accouchements laborieux, etc.
Dans le Traité de lasuperfétation, Hippocrate indique la marche à suivre quand un bras, les deux bras, une ou les deux jambes font saillie au dehors. U conseillait de faire rentrer ces parties et défaire des fumigations émoUientes, afin de pouvoir repousser l'enfant, mort ou vivant, et de lui faire présenter la tête.
Dans les cas de rétention du placenta, il prescrivait d'at-
78 ÉTAT DÉ lA MÉDECINE
tacher au cordon un corps uu peu lourd, pouTant, par son poids, faire une traction douce et régulière.
Hippocrate avait exposé les signes d'avortementpi-ochain, tels que l'affaissement des mamelles, etc. Il avait indiqué la maladie que nous appelons métropéritonite puerpérale, caractérisée par la suppression des lochies, le gonflement du ventre, des jambes, les douleurs au bas-ventre et aux lombes, les frissons, les défaillances (De la nature de la femme, § 9). !1 avait également décrit la métrite, la phlegmasie utérine. En résumé, si Hippocrate a entrevu beaucoup de choses dans la pratique des accouchements, ses connaissances sont relativement peu étendues, et si on le considère comme le père de la médecine, il ne l'est pas de Tobstétrique.
Celse avait été plus explicite dans les préceptes qu'il avait donnés pour l'extraction du fœtus mort dans Tutérus, pour pratiquer la version, l'extraction du fœtus avec le crochet, etc. Nous ne Tiildiquons que pour mémoire, n'ayant pas à empiéter sur la médecine latine. Rappelons, toutefois, ijue Celse est le premier auteur qui ait décrit clairement le procédé de la version polalique, bien que cette opinion soit contestée par quelques accoucheurs allemands. 11 ne la conseillait que pour les enfants morts. Le chapitre dans lequel Celse traite desaccouchemeuts{Livre Vil, chap. 29), bien que fort court, est écrit avec une admirable clarté, et il résume la dystocie à cette époque, version, perforation du crdne, application du crochet, détroncation, etc.
SORANUS, qui vivait un peu avant Galien, avait étudié la médecine à Alexandrie et exerçait sa profession à Rome, sous les empereurs Trajan et Adrien. Il fut peut-être le maître de Moschion, gui le cite dans son livre (ch. 151). Il a occupé une place considérable dans la pratique des accouchements, et il est noté par Saint-Augustin comme un très honorable médecin.
k LA MORT DE GALIEN. 79
Soranus avait décrit les présentations par la tête, par les mains, par les pieds, en double ou par les fesses, les présentations transversales, par le côté droit, par le côté gauche ou par le ventre. De ces présentations transversales, il préférait la présentation par le côté, parce qu'elle permet plus facilement de pratiquer la version céphalique ou podalique.
Dans les présentations en double, Soranus considérait trois variétés : l'enfant se présentait par la tête et les jambes, — par l'abdomen, — par les fesses.
Dans le chapitre LXIV, qui a pour titre Cure de la dys» tocie (ÉTTip-eXeia ^(ttoxioç), Soranus, après avoir exposé les préceptes généraux, recommande de changer les présentations contre nature en présentations naturelles, par la position qu'on fait prendre à la femme, par l'introduction de la main et la réduction de la tête fœtale en une présentation directe; il expose les manœuvres à faire lorsqu'un pied ou les deux pieds, lorsque une main ou les deux mains apparaissent à la vulve. Dans les présentations par les fesses, par les genoux, par le flanc, Soranus conseille la version podalique ; si l'enfant résiste aux tractions manuelles, il faut alors avoir recours au moyens énergiques, à Tapplicatioii des crochets ou à Tembryotomie.
On avait décrit les causes de dystocie dépendant de la mère, de Tenfant ou du conduit maternel. Pour reconnaître ces causes, ou se servait d'un instrument appelé «^loirrpov, sorte de spéculum dont a retrouvé un spécimen dans les ruines de Pompéi.
On voit par c^ qui précède que Soranus avait porté l'obstétrique à un haut degré de perfection, et qu'il est réellement le premier accoucheur qui ait décrit la version podalique pour Tenfant vivant.
Le livre de Soranus sur les maladies des femmes est constitué par 66 chapitres, et c'est dans les derniers qu'il traite des accouchements difficiles. La meilleure édition est celle de Ermerins, 1869, édition grecque latine (B. F. M. P., n« 34718).
A la fia du xvi® siècle, Gesner trouva par hasard, à Augsbourg, un manuscrit grec conservé dans la bibliothèque publique et ayant pour titre Mo^xtuvoc i^tpl ^uvauceCtty TraOûv. Moschion vivait sous Néron, et a donné des conseils à Agrippine. D'origine grecque, mais vivant à Rome, et souvent appelé, comme il le dit dans la préface de son livre, par les sages-femmes qui ne connaissaient pas la langue grecque, il écrivit pour elles en latin une sorte de manuel par de mandes et par réponses, sur toutes les questions relatives à Taccouchement. Ce manuel existe dans les deux langues, ce qui permet de placer son auteur parmi les médecins grecs.
Le Manuel de Moschion comprend 152 questions : « Qu'est-ce qu'une sage-femme? — Combien de noms donne-t-on à l'utérus? — Où est-il situé? — Quelle est sa substance? etc., etc. » Il traite dans ce petit guide élémentaire des soins à donner à la femme qui est sur le point d'accoucher, du lit, des aides, du lait, des soins à donner au nouveau-né, de la manière de couper le cordon et de la nécessité d'appliquer deux ligatures, de la dentition, des maladies postpuerpérales, des déplacements de l'utérus au nombre de quatre. C'est le sujet des 142 premières questions. Dans les suivantes, Moschion traite des accouchements difficiles (B. F. M. P., n*> 34300).
Le livre de Soranus était écrit pour les chirurgiens ; celui de Moschion n'était qu'une sorte de catéchisme à l'usage des matrones, résumé de Soranus.
Galion n'a rien ajouté à ses devanciers, c'est pourquoi nous nous sommes étendu plus longuement sur Hippocrate et Soranus, qui ont régné longtemps en maîtres de l'obstétrique.
Maladies mentales.
La psychiatrie subit fatalement l'influence, quelle qu'elle soit, de. la philosophie contemporaine.
Avant de parler de la folie, il est indispensable de savoir ce que les Grecs entendaient par les trois mots (ppifri,voûç et Xoyç qui reviennent fréquemment dans leurs écrits, opw était le diaphragme et son nom est resté au nerf diaphragmatique qui est aussi appelé phrénique. On a encore désigné, sous le nom unique de çp^vsç, prœcordia, l'esprit et rintelligence, d'où le mot (ppevîriç pour caractériser le délire continu dans toute espèce de fièvre. Le mot <ppTiv signifie aussi l'esprit, l'âme ; voûç c'est l'intelligence, mens^ opposée à la matière, Xo-foç est le raisonnement, la raison. Hippocrate^ dans son traité de l'épilepsie (§ 19), s'élève contre le nom de <ppweç donné au diaphragme et considéré comme siège du sentiment.
Hippocrate avait donné trois noms différents aux désordres de l'intelligence, qu'il appelait jp^r^ntïw, mélancolie et manie.
Pour lui, la phrénitis était un délire aigu, qu'on observait dans les maladies fébriles. Il accompagnait ou suivait les fièvres continues ; Hippocrate avait même signalé son existence après l'accouchement [Coaq, 514 ; Prorrh,^ liv. I, 80, Ed. Littré, T. v, p. 531), et il y revient en plusieurs endroits de ses ouvrages. Il indique aussi le délire et les convulsions chez lesbuveurs {Burégime dans les mal, aiguës, append., § 10).
La mélancolie était considérée par Hippocrate comme une maladie occasionnée par la bile noire et donnant lieu à deux symptômes particuliers, la tristesse et la crainte. Le mot manie était surtout employé pour caractériser l'exaltation en bonne ou en mauvaise part. En bonne part, c'était la divination, Tinspiration, etc. ; en mauvaise part, c'était la fureur.
Hippocrate n'a pas traité d'une manière spéciale de l'aliénation mentale ; on trouve ses idées éparses çà et là dans les Aphorismes, les Épidémies, IesProrrhétiques,etc. ; mais il n'y a rien de précis.
Attribuant ces maladies à la bile noire, Hippocrate coules MÉDBCmS 0RBG8. 6
seillait les purgatifs, et c'est l'ellébore qu'on employait généralement.
Hippocrate pressentait-il la paralysie générale des aliénés lorsqu'il dit que la folie termine le bredouillement de la langue avec agitation des lèvres? (Ed. Littré, T. v, p. 129.)
11 avait mis dans le cerveau le siège des fonctions intellectuelles. « Il faut savoir, dit-il, que les hommes n'ont de joie, de plaisiri de gaieté, de prudence que par le cerveau. Par lui nous viennent aussi les peines, la tristesse» le chagrin, la perte de la raison. Nous lui devons rintelligence.,,, c'est par le cerveau que nous tombons dans le délire, dans la manie*.. Nous tombons dans ces divers états quand le cerveau est malade, quand sa nature est plus chaude que de coutume, ou plus froide, ou plus humide, ou plus sèche. La manie vient de ce qu'il est trop humide... » (De Tépilepsie ou maladie sacrée, § 14.) Plus loin, Hippocrate ajouté t « On tombe dans des inquiétudes et des tristesses déplacées quand le cerveau est refroidi ou resserré au delà de l'ordinaire. G est la pituite qui le met dans cet état. »
Platon, qui est nd 80 ans après Hippocrate (430 ans iiv. J.-C), partageait ses opinions : il considérait l'Atne comme immortelle et la subdivisait en trois puissances différentes, localisaot Tune dans l'encéphale, qui est l'âme supérieure et raisonnable^ Xo-^oç; et l'autre, irascible, dans le cœur; la troisième, appétitive ou grossière, dans les hypochondres. Il distinguait un délire inspiré par les Dieux, délire céleste ou supérinur, celui de l'âme, du Xô'foç; c'est le délire des pro^ phètjs, des poètes, des amants, etc. ; c'est le délire intellectuel, celui de l'homme de génie.
L'auti*e délire, délire grossier ou fbiie proprement dite^ avait pour cause les altérations deis humeurs.
Aristotb, qui vécut de 384 à 322 avant J.-G», était fils du médecin Nicomaque et disciple de Platon. 11 fut le chef de l'École péripatéticienne, admettait deux âmes, l'une ra» tiounelle ou raisonnable et immortelle, et l'autre irrationnelle, siégeant toutes les deux d^s le coeur, le cerveau
restant étranger aux sensations. Il subdivisait Tâme irrationnelle en nutritive, sensitive, motrice, appétitive. Cette dernière était la source du désir, de la volonté et de l'énergie morale.
Il considérait la chaleur comme la principale qualité de l'âme. Si elle est trop considérable, il y a excitation, inspiration ; si elle n*est pas assez abondante, il y a refroidissement, d'où dépression de Fàme.
L'École d*Alexandrie admettait aussi une âme divisée en deux parties; Tune, intelligente, se dirigeant vers la tête; l'autre irrationnelle, se dirigeant vers les extrémités. Mais si l'Ecole d'Alexandrie plaçait dans le cerveau l'âme rationnelle ou intelligente, il restait à la localiser. Ici, les opinions varièrent ; mais, peu importe ; pour les Alexandrins à la tête desquels sont Êrasistrate et Hérophile, comme pour Hippocrate, c'est Fencéphale qui est le siège de l'intelligence et de la folie.
Depuis l'ÊcoJe des Alexandrins jusqu'à Arétée, qui vécut à la fin du premier siècle et au commencement du second après J.-C. et qui fut, après Athénée, sinon le chef, au moins le premier et principal écrivain de la secte pneumatique, la psychiatrie ne vécut que de vaines spéculations de l'esprit humain. Arétée s'affranchit de ces idées et traça des maladies mentales des descriptions dont la netteté, la précision et la rigueur scientifiques laissaient bien loin tout ce qui avait été dit ou écrit avant lui.
Arétée plaçait dans le cœur le siège de l'âme, rveO[Aa.Si les pneumatistes attribuaient les maladies au pneuma, ils faisaient également intervenir les humeurs.
Arétée faisait dériver de la bile noire ou atrabile les maladies mentales. 11 les divisait en manie, mélancolie, et les considérait comme des maladies chroniques (liv. I, ch, 6) H faisait dériver la manie du chaud et du sec, et ne la confondait pas avec le délire des vieillards. Il admettait plusieurs formes de manie, selon qu'elle se présentait avec des symptômes de gaieté, de tristesse, de fureur, pouvant aller j usqu'à
rhomicide ou au suicide. Il admettait des formes innombrables variant avec les individus eux-mêmes, avec leurs habitudes, leur genre dévie, leur instruction. Il plaçait surtout dans les viscères le siège de la manie et de la mélancolie, laissant dans le cerveau celui de la phrénitis.
TO^e xupoç 8v Toîdt oTrXà-j^voMii goTt in\ [xaviv] xal p-EXa-YXO^t?, Ôxwwep tv r^ xKfOLk^ xai Toîdi atoÔTideai ràiFoXXa toïoi çpBviTixota;). (ij<i. Kiihn, p. 80.)
Dans rénumération des symptômes de la manie, Arétée parle de la variété que nous appelons aujourd'hui la folie erotique (àçpo^taiwv ^è àoxeroç swiôuptîYj), et il fait rentier dans la même classe la manie et la mélancolie, car pour lui c'est de la mélancolie que dérive la manie.
Arétée définit la mélancolie : une tristesse de Tâme, concentrée sur une idée fixe et sans fièvre Ifort ^è àeu|i.'vj èwi p.17 çavTaffîTrj, aveu te TPupgToû (Ed. Kuhu, p. 75). Si Ics mauiaques sont portés à la fureur ou à la gaieté, il n'en est pas de même des mélancoliques chez qui la fureur est remplacéa par la tristes:^e. La mélancolie afi*ecte diverses formes ; tantôt les malades ont peur du poison, d'autres recherchent la solitude, tombent dans les idées superstitieuses, ont le dégoût de la vie. Dans les moments de calme, ils peuvent retrouver de la gaieté. Il attribuait la cause de la mélancolie à la présence de l'atrabile dans l'estomac ou à la région diaphragmatique, et il ne méconnaissait pas l'influence des troubles menstruels, de la suppression des hémorrhoïdes, des maladies de Tes^omac. Arétée décrit toutes les variétés de mélancolie, depuis rabattement jusqu'à la misanthropie, jusqu'au désir de la mort. Dans le livre I de la Thérapeutique des maladies chroniques (traitement de la mélancolie), Arétée signale l'influence de la mélancolie sur les nerfs, et donnant lieu à la paralysie.
Arétée avait porté un peu plus loin que ses devanciers l'étude des maladies du cerveau. Il donnait le nom deparaplégie à la perte du sentiment et du mouvement d'une partie quelconque, dôld main ou de la jambe. Il appelait jpara/y^ze la perte du mouvement et du sentiment, désignant ce dernier phénomène par le mot de anesthésie (àvaoÔYicÎTi), plutôt que par celui de parésie, ^apeaiç, qui signifie seulement fai-
blesse, atonie. Arétée avait très clairement écrit que dans les maladies du cerveau, la paralysie des membres occupe le côté opposé à la lésion, à cause de Tentrecroisemont des nerfs, tandis que, si la lésion occupe la moelle spinale, la paralysie siège du même côté {Causes des maladies chroniques, liv. I, ch. 7).
Arétée considérait le satyriasis comme une maladie aiguë.
Il plaçait dans la tête le siège de l'épilepsie.
Nous ne signalerons que pour mémoire Asclépiade, de Bithynie, dont les ouvrages ne nous sont pas parvenus, qui vivait au temps de Pompée, et est quelquefois cité par Celse, Galien, Aetius, etc. Il appartenait à la secte méthodiste, expliquait tout par le mouvement des atomes, selon les principes d'E[Jcure. C'est chez Asclépiade qu'on trouve pour la première fois les mots alienatio mentis. Il divisait également les maladies mentales en phrénitis, manie et mélancolie, plaçant la première dans les maladies aiguës et considérant la léthargie et la catalepsie comme des formes de phrénitis.
Quant à Celse, qui appartient à l'école gréco-romaine, il acceptait en partie les idées d'Hippocrate.
CoELius AURELiANUS, sur la vie duquel règne imo grande obscurité, s'était un peu éloigné des idées d'Hippocrate, et d*Arétée, 11 admettait la manie, la mélancolie (qu'il semble confondre avec l'hypochondrie); il plaçait le siège de la manie dans le cerveau, celui de la mélancolie dans l'estomac. Cœlius parle d'autres variétés de délire, provoquées par la luxure, de Thydrophobie, qu'il appelle Aqv.i^ fuga, et dont l'incubation lui semblait être de quarante jours.
Galien plaçait dans le cerveau le siège de l'inlelligence. Il admettait plusieurs âmes, une raisonnable siégeant dans le cerveau ; une irascible dans le cœur ; une concupiscible, dans le foie. Sans se prononcer sur l'immortalité de Tâme,
Galien reconnaissait qu'elle était influencée par les maladies du corps, ou en d'autres termes que les maladies de Tâme dépendent d'une lésion spéciale des forces, soit de la vie animale ou de relation, soit de la vie naturelle ou végétative (T. VII, p. 200), c*est à-dire par de^ lésions du sentiment, — du mouvement, — des facultés dirigeantes ou intellectuelles, qui pouvaient être abolies, affaiblies ou perverties. Galien admettait avec Hippocrate la phréniûs, la manie, la mélancolie.
La manie est un trouble de Tesprit sans fièvre, avec changement dans la manière d'être ou dans les habitudes,
La mélancolie est une maladie de l'esprit, sans fièvre, avec grande tristesse et éloignement pour Ica choses les plus chères. Galien ne parle pas des idées fixes, comme le fait Arétée, Quant aux symptômes principaux, ils varient avec les causes et les individus.
Pour bien comprendre les idées de Galien, il feut se rappeler sa théorie humorale. Il admettait que ratrabile(l) est une humour froide et sèche et que la bile jaune est une humeur chaude. Pour lui, les humeurs chaudes déterminent les délires maniaques, tandis que les humeurs froides déterminent les délires mélancoliques. Cette bile noire en excès pouvait se porter dans tout l'organisme, ou bien dans le cerveau ou dans les hypochondres, d'où une niôlancolie générale, ou cérébrale, ou hypochojidriaque. Ce sont donc les humeurs altérées et Tintempérie des organes qui amènent la folie.
Galien admettait que cette humeur mélancolique pouvait se développer directement dans le cerveau, ou bien s'y porter par irradiation de l'estomac, du cœur ou du diaphragme. Il reconnaissait donc un délire primitif et un délire sympathique, et c'est dans les humeurs qu'il plaçait la nature du mal.
(1) Les anciens appelaient (isXaiva xoXin ou atrabile,unô humeur épaisse, noirâtre qu*iis supposaient séerétée par Ie9 capsules surrénales ; c'est imaginaire.
A LA MORT Dt (ÎALIÊN. 87
A la mélancolie et à la manie Galien ajoute la démence ou perte de riiitelligence, àvoCa et rimbécillité, pi.wp«aiç.
Cette classification fut la base de celle que nous avons encore aujourd'hui.
Quant au traitement^ il fut et devait être anti-humoral. Hippocrate conseillait en outre Texercice. Celse joignait le traitement moral au traitement physique, il recommandait quelquefois de contenir les malades avec des liens (vïncula), de les enfermer dans une chambre obscure, bien différent en cela d'Asclépiade qui recommandait le grand jour. Il conseillait en outre une diversion morale puissante, des exercices variés.
Thérapeutique.
Galien a écrit plusieurs ouvrages sur la thérapeutique, mais c'est surtout dans celui qui a pour titre Méthode thérapeuitque etpftivtuTUTi (^tOo<foç, qu'il expose ses piûncipes. Cet ouvrage est divisé en quatorze livres. Galien ayant, pour ainsi dire, régné eu maître pendant des siècles, nous devons nous arrêter un peu sur s» méthode (Ëd, Kuhn, t. x).
Comme Hippocrate et Platon, Galien admettait là théorie des quatre éléments : — le feu, l'air, la terre et Teau. — Ces éléments avaient quatre propriétés : — le chaud, le froid, le sec et Thumide. Galien admettait dans le corps do l'homme quatre humeurs : — le sang, la pituite oa phlegme, la bile jaune et la bile noire ou mélancholie. Ces quatre humeurs déterminaient quatre manières d'être du corps humain ou tempéraments, savoir : le sanguin, lepiluiteux, le bilieux et le mélaacholique. Ces humeurs avaient des propriétés parliculières : le sang était chaud et humide; la pituite, froide et humide; la bile jaune, chaude et sèche; la bile noire, froide et sèche.
Les corps, d'après Galien et Platon, sont formés par le mélange intime des quatre éléments ei ils ont alors des
qualités qui varient selon que le mélange est plus ou moins intime. Toutes les particules du corps n'ont pas la même qualité: les unes sont chaudes, les autres sont froides, sèches ou humides.
Pour Galien, le sang est l'humeur principale ; il est formé des éléments les plus simples et il fournit à la nutiition du corps humain. Les trois autres humeurs (pituite, bile jaune et bile noire) proviennent du sang et sont des produits excrémentitiels ; leur surabondance ou leur défaut engendre un mauvais état du corps. En d'autres termes, c'est l'aliment qui fait le sang ; c'est le sang qui fait les humeurs. C'était la théorie émise par Platon, dans le Timée.
Aujourd'hui, au lieu des quatre éléments admis par Hippocrate, Platon, Galien, etc.,poar la composition des corps organiques, nous en avons quatre autres, qui sont : l'oxygène, l'hydrogène, l'azote et le carbone. Nous avons remplacé l'élément primitif par la cellule ou par l'atome. Qui sait si ceux-ci ne seront pas un jour remplacés par d'autres ?
Pour Galien, on ne peut faire de bonne thérapeutique qu'à la condition de bien connaître le corps, sa composition et ses qualités. On ne connaît bien les médicaments qu'en les expérimentant {Méthode th&,^ liv. IV, ch. 3).
Quelle était la cause prochaine ou l'essence des maladies ? Platon (1) admettait que l'eau, l'air, la terre et le feu, qui constituent le corps, peuvent être altérés de quatre manières et devenir causes de maladies : 1" par la surabondance contre nature de chacun de ces éléments ; 2° par leur diminution ; 3* par leur déplacement; 4^ par l'appropriation d'une qualité qui ne convient pas à leur nature, comme, par exemple, lorsque les parties sèches deviennent humides, lorsque les froides deviennent chaudes, lorsque les légères deviennent denses, etc. Mais un peu plus loin, Platon
(1) Platon. Timée ou De la nature. Ed. Didot, 1862, t. II, p. 241-243.
ajoute qu'il y a des parties secondai ces, telles que la moelle, les os, les chairs, les nerfs et le sang qui peuvent être troublées dans leur formation naturelle et dans leur harmonie, ce qui donne encore lieu à des maladies, et c'est là, dit-il, le siège des maladies les plus grandes et les plus douloureuses, tandis que les plus nombreuses viennent des premières causes.
Platon admettait encore une classe de maladies produites par l'air, ou par la pituite, ou par la bile.
Mais comme Platon reconnaissait que le sang est le générateur des chairs et des nerfs, il fallait que le sang se renouvelât naturellement par les aliments et par les breuvages pour maintenir ces parties et les autres humeurs en bon état.
En philosophie, Galieu procédait de Platon; eu méthode, il procédait d'Aristote. En thérapeuti jue, il associait Texpérience au raisonnement (M^^^ocfe th(fr,^ liv. II),
Dans les quatorze livres consacrés à la thérapeutique, Galien traite des maladies internes o.t externes.
Les deux premiers livres contiennent des considérations générales sur la thérapeutique. Le troisième et le quatrième sont spécialement consacrés au traitement des ulcères externes et internes (poumons, reins, vessie).
Le cinquième livre s'occupe du traitement des hémor rhagies et des hémoptysies. Galien, comme Hippocrate, avait recours à la révulsion et à la dérivation : il conseillait les petites saignées répétées, fort employées encore il y a une trentaine d'années (I); les ventouses appliquées plus ou moins loin du siège de l'hémorrhagie ; les ventouses sur les seins contre la métrorrhagie. Nous avons peu ajouté au traitement préconisé par Galien contre l'hémoptysie des phthisiques.
Dans le livre VI, consacré à la chirurgie, les parties les
(1) Lisfranc. Clinique chirurgicale de la Pitiés 1841, t. I, p. 38; t. II, p. 454.
plus curieuses à connaître sont relatives aux blessures des parois abdominales etdes intestins, car la situation officielle de Galien le mettait à même de voir et de traiter les blés* sures quelquefois très graves des gladiateurs (ch. IV). Lorsqu'il y avait issue des intestins, Galien recommandait de faire rentrer Tiatestin et il ne craignait pas d'inciser une petite portion du péritoine, s'il était nécessaire; après quoi il faisait la suture des parois de Tabdomen. Il considérait comme incurables les blessures du jéjunum. Du reste, Galien a peu ajouté à Hippocrate. Le reste du livre est consacré aui fractures.
Dans les livres suivants, Galien s'occupe du traitement des fièvres par la saignée et du régime qui leur convlept. Galien n'était pas partisan de la diète absolue.
Le livre XIII traite des tumeurs contre nature, du phlegmon, dont le traitement variait selon le siège, selon la nature, selon le volume, selon la constitution du malade. Dans le livre XIV et dernier, Galien expose la différence qui existe entre le phlegmon et l'érysipèle, qu'il traitait parles évacuants pour éliminer l'humeur non tempérée.
Dans le chapitre X de ce livre, Galien traite de la pustule charbonneuse, très fréquente en Asie, et sa description est complète. Quant au traitement, nous n'en pouvons dire autant, il consistait en saignées générales, en cataplasmes de plantain, de lentilles cuites avec la mie de pain, en fomentations vineuses sur la partie ulcérée.
Si l'on veut résumer la Méthode thérapeutique de Galien pour extraire l'idée dominante, on arrivera à une méthode dichotomique qui divise les médicaments en relâchants et en astringents^ pour agir directement sur les solides et indirectement sur le sang. Il y avait aussi, dans l'esprit de Galien, des médicaments qui agissent directement sur le sang, en le rendant plus ou moins abondant, plus ou moins épais, etc., en un mot, des atténuants^ des incisifs^ des mcrassants^ etc, classification qui a duré jusqu'au xix® siècle.
Dans les deux livres à Glaucon sur la thérapeutique,
Galien expose des idées de thérapeutique générale et s'occupe plus spécialement du traitement des fièvres, dans lequel il faisait usage des saignées, qu'il employait du reste assez fréquemment dans sa thérapeutique. Il expose longuement les effets des saignées dans le livre n8pl<pXiSoTcpa;68paiïeuTmv, et il les conseillait lorsqu'il y avait pléthore dans les vaisseaux ou dans l'état des forces. Il les proscrivait choz les jeunes enfants, chez les vieillards, chez les sujets adonnés aux excès de table. Il recommandait de les pratiquer loin du siège du mal dans les maladies récentes, et près du lieu malade dans les affections anciennes. C'est Tapplication de la théorie de la dérivation.
Avant Galien, il régnait en thérapeutique une opinion qu'avait défendue Asclépiade, c'est que lespurgatits attirent indiiTéremment les humeurs du sang dans les inlestius. 11 la combattit énergiquemeqt daas son livre Sur la propriété' des purgatifs (t. xi, p. 323-378), et il y soutient que les purgatifs n'ont pas la propriété de changer les humeurs, mais que chaque médicament a une propriété élective particulière pour chasser telle ou telle humeur. Il est le premier qui ait enseigné cette doctrine que nous admettons encore aujourd'hui, après lui É^voir fait subir quelques modifications. Galien était réservé sur l'emploi des purgatifs, qu'il ne prescrivait pas sans raison, car leur usage intempestif peut être nuisible, par la raison qu'il prive le sang de matériaux utiles. Il avait précisé les cas dans lesquels il fallait employer les purgatifs ou les vomitifs, selon les indications.
Dans le Traité de l'action des médicaments simples, Galien ne s'occupe guère que des propriétés des plantes, des terres, des métaux et des animaux, selon leurs qualités de chaleur, de sécheresse, etc.
Les deux autres traités de Galien dans lesquels il expose sa thérapeutique ont pour titre : De la composition desmè-^
dicaments selon les lieux, — Le la composition des médical ments selon les genres (Ed. Kuhn, t. xii, xiii).
Dans les dix livres qui constituent le premier, on trouve les formules des médicaments employés pour les maladies de la tête, des oreilles, des yeux, des dents, etc.
Le second ouvrage, qui contient sept livres, est un petit traité de matière médicale.
Les livres sur les Antidotes et sur les Thériaques, et le Traité des médicaments de préparation facile complètent la thérapeutique de Galien. C'est la pharmacologie. Il n^y a rien d'original dans ces ouvrages. Les Thériaques, ainsi que l'indique le nom, étaient des remèdes contre le venin des bêtes sauvages (ôTîp); c'était un composé informe de toute espèce de médicaments, et dont l'invention remonte à Xéiiocrate, Damocrate ou Andromaque, et qui avait été chanté par Nicandre (1), environ cent cinquante ans avant J.-C, dans un poème de 958 vers, ayant pour titre : Bn^iaatd,
Dans les six livres consacres par Galien à Tétudo des
médicaments simples, niplxpaaécdçxai^afAÉcâCTÛvàirXcâv^appifléxttv
(Kiihn, t. xi), on trouve la pharmacologie, qui a fait autorité pendant des siècles et qui a conservé la qualification de pharmacie galéiique^ lorsqu'elle traite des remèdes végétaux. On avait étudié soigneusement les plantes et leurs efiets; malheureusement la thérapeutique était encombrée par des mélanges à l'infini, d'où les agents polypharmaques innombrables. Ce qu'on étudiait surtout dans un médicament c'était sa propriété de sécheresse, d'humidité, de chaleur, etc. Il n'en pouvait être autrement, puisque les maladies étaient considérées comme le résultat de laltération des humeurs par la sécheresse, la chaleur, le froid et l'humidité. La saignée était faite plus ou moins abondamment, selon les forces du malade, selon son âge, et, en général, au début des maladies aiguës. On ne saignait pas les enfants
(1) Lipsiœ, 1856 (B. P. M. P., 35 Hl).
au-dessous de quatre ans et on ne saignait qu'exceptionnellement les vieillards. On préférait réitérer la saignée plutôt que d'extraire une trop grande quantité de sang d'une seule fois. Ou se guidait sur l'état ou la force du pouls. Galien précisa Tua des premiers la quantité de sang qu'il fallait extraire. La saignée se pratiquait aux trois veines du pli du coude, aux veines dorsales de la main, aux jugulaires, derrière les oreilles, aux petitef? artères.
Les ventouses étaient d'un usage assez fréquent. Les sangsues étaient moins employées (liv. XI, 317).
Les bains, les frictions, les purgations constituaient de puissants agents thérapeutiques. On faisait avec les têtes de pavot (^tà xw^sia) une boisson somnifère très employée.
La méthode thérapeutique se réduisait à ces deux maximes :
1" La nature doit être conservée par tout ce qui a du rapport avec la nature ;
2» La maladie étant quelque chose de contraire à la nature doit être combattue par tout ce qui est contraire à la maladie (1).
Le traitement des maladies internes reposait sur les indications fonrnies par les causes, les symptômes, Tâge, le temps, le lieu, etc. Ce sont les idées développées dans les deux livres à Glaucon sur la thérapeutique (Ed. Kiihn, t.xi). « Si, dit Galien, vous enlevez ce qui nuit, sur le champ la
maladie cesse ». Kàv àiroarriOTpç TO Xuiroûv i\)U<ù; al*v aOrw irauirai rè
wàÔYjpta (t. VIII, p. 137). C'est l'aphorisme si connu : Suhlata caitsa^ tollitur effectua. Dans le chapitre IV des Lieux affectés, Galien pose en principe que c'est par la connaissance des lieux affectés et des diathèses qu'on arrive à bien traiter les malades.
En résumé, le traitement était basé sur trois principes : — la connaisance de la cause fournissait le traitement étiologique, traitement médical et moral; — la connaissance
(1) Ravel. Exposition des principes thérapeutiques (thèse) deGalien,
94 ÉTAT DE LA MÉDEGINfi
des lieux affectés indiquait le traitement local; -^la connaissance de la diathèse indiquait le traitement général.
Entre la thérapeutique d'Hippocrate et celle de Galien, il y a cette différence, c'est qu'Hippocrate s'en tient aux idées de coction, de crise, de métastase, c'est-à-dire qu'il se base sur robservation et se laisse guider par la nature, tandis que Galien sappuie sur le raisonnement, sur Texpérimentation, mais souvent aussi sur des hypothèses.
Hygiène.
L'hygiène est vieille comme le monde. Théocratique avec Moïse, politique et patriotique ave.c^ Lycurgue, naturiste avec Hippocrate, c'est avec Galien que l'étude de l'hygiène a commencé à devenir scientifique, bien qu'elle soit encoi'e, à cette époque, encombrée d'idées métaphysiques.
Les philosophes admettaient deux sciences pour les soins du corps, la médecine et la gymnastique: l'une, nous maintenant en bonne santé; l'autre, nous donnant une bonne constitution. Contre les maladies de Tâme, il n'y avait qu'une science, la philosophie, ou l'hygiène morale.
Législateurs et philosophes avaient considéré Thygiène comme étant de leur domaine. Hippocrate avait jeté les fondements de cette science dans son livre Sur Vair^ les eauœ^ les lietxxy étudiant l'influence de Tair sur l'hommei Taction des eaux, selon leur provenance. Il avait également étudié l'action des saisons et l'influence des climats sur la constitution de l'individu.
Xénophon (445-335 av. J.-C.), dans la Cyropèdie^ reconnaît l'importance de l'hygiène dans les armées, et son livre est un guide pour l'éducation des enfants. Platon (430-347 av. J.-C.), dans la République et^ le Timée, veut qu'on exerce à la fois le corps et l'àme. Epicure (311-270
av. J.-C), dans sa lettre à Ménécée (1), recommande la frugalité, qui procure la santé, Tagilité et met Thomme en état de mépriser les coups de la fortune. L'homme, d'après lui, devait chercher à avoir le corps exempt de douleurs et l'âme exempte de troubles. Il y a loin de là à ces préceptes de gloutonnerie qu'on lui attribue et qui ont pour auteur Aristippe, un de ses disciples.
Plutarque, né 50 ans après Jésus- Christ, consacre dans ses œuvres morales plusieurs livres à l'hygiène.
On trouve de sages conseils dans le chapitre Sur Védu>ca' iion des enfants. Plutarque prend l'enfant dès la conception, et il interdit les rapprochements sexuels aux hommes pris de vin, car le produit s'en ressentirait. La mère doit nourrir son enfant; elle s'acquittera de cette fonction avec plus de sollicitude que la femme mercenaire. A un âge plus avancé, Tenfant doit être confié à des maîtres sages et honnêtes, qui lui formeront Tesprit et lui donneront une éducation complète et soignée. La gymnastique occupe une place importante dans l'éducation de l'enfant, et il faut savoir alterner les exercices corporels avec les exercices intellectuels . Plutarque attache une grande importance à l'hygiène morale» qui est la philosophie.
Voilà pour l'hygiène de l'enfance.
Les Préceptes de Plutarque sont naturellement plus philosophiques que médicaux. Il recommande la chaleur aux extrémités, l'usage modéré de toutes choses, dans le boire dans le manger, dans le travail et dans les plaisirs de Tamour. Il explique les avantages que l'on peut tirer des exercices de la voix pour le jeu des poumons ; il est grand partisan des bains avant le repas, des promenades, de la gymnastique, des frictions, car la santé ne peut s'acheter au prix de l'inaction et de l'oisiveté.
Quant à la nourriture, il faut préférer les mets légers, comme les légumes, les volailles, le poisson à chair peu
(1) Diogèûe LôierCé, VU du Philosophes, — Epicure, Liv. X.
grasse; le mieux, dit-il, serait d'habituer le corps à n'avoir nullement besoin de la chair des animaux. H est, sous ce rapport, un peu partisan de la doctrine de Pythagore, que ne désapprouve pas Platon.
Pour les boissons, il recommande Tusage modéré du vin coupé avec de l'eau, boisson préférable au vin pur après les exercices violents. Après le repas, un léger exercice est salutaire avant de se livrer au sommeil.
L'âme a naturellement sa port dans les Préceptes de Plutarque, qui répète cette idée émise par Platon à la fin du Timée, « qu'il ne faut pas exercer le corps sans Tâme, ni l'âme sans le corps ; mais qu'il faut les faire marcher constamment de pair, comme deux coursiers attelés à un même char ».
C'était une sorte d'hygiène du bon sens, celle que tout le monde devine, et qui a pour bases le raisonnement et l'observation journalière.
Les choses en étaient là quand parut Galien, et c'est lui qui, le premier, a jeté les fondements d'une méthode qui a duré jusqu'au xix® siècle.
Galien s'est occupé de l'hygiène dans trois traités principaux : 1** Dans son livre à Thrasybule sur cette question : L'hygiène appartient-elle à la médecine ou à la gymnastique ? — 2^ Dans ses Discours sur l'hygiène, Y-Yiewwv Xo-yoi, au nombre de six, qui n'ont jamais été traduits en français, et qui sont désignés dans les traductions latines sous le titre de De sanitate ttienda, (Ed. Kiihn, T. X.) — 3" Dans les trois livres Sur Faction des aliments, (Ib.)
Dans ses discours sur l'hygiène, Galien expose en quoi consiste la santé, il en donne la description ; il établit que la science qui s'occupe du corps de l'homme se divise en deux parties : l*»une curatrice, c'est la thérapeutique; 29 une conservatrice, c'est l'hygiène.
Galien commence par l'hygiène de l'enfant, qu'il prend à sa naissance : il expose les soins qu'il réclame dès la sortie de Tutérus. II faut qu'il soit lavé modérément avec de l'eau
salée, emmaillotté soigneusement, baigné fréquemment et exclusivement nourri de lait. Si l'enfant crie, qu'on lui donne d'abord le sein, puis qu'on lui imprime de légers mouvements et qu'on cherche à le calmer par des chants. Quant à la nourrice, elle doit s'abstenir complètement des
plaisirs de l'amour, à<ppO(^i(Tiei>v iravràirocrtv àfsixtafiùLi xtXtue» rkç
Vers trois ou quatre ans, l'enfant peut être mené en voiture, en bateau ; à sept ans, on lui permettra des exercices plus violents, tels que l'équitation.
Les autres livres sont consacrés à l'hygiène de l'adulte. Galien attache une importance considérable aux exercices corporels, gui consistent en luttes, palestres, haltères, disques, courses, pugilat ; en bains, onctions, frictions. Mais il insistait sur ce point, à savoir que tous les mouvements ne constituent pas un exercice, mais ceux-là seulement qui changent la manière d'être du pneuma; d'où la nécessité d'une certaine force dans les mouvements musculaires, pour dissiper les superiluités excrémentitielles et favoriser la distribution de la nourriture. C'est l'exercice qui régularise les excrétions, qui développe l'appétit, la force musculaire, d'où l'avantage de la gymnastique avant le repas ; toutefois, on doit éviter la lassitude. Le sommeil a son importance, que ne méconnaît pas Galien.
Les excrétions doivent être réglées, ainsi que Talimentation.
Dans les chapitres consacrés aux aliments, Galien revient naturellement sur sa théorie humorale, les aliments ayant pour but de nourrir le corps, de faire le sang et de contribuer à la coction des humeurs. On doit donc éviter tout ce qui peut les épaissir. Un traité tout entier est consacré à l'action des aliments, envisagés sous leurs rapports de chaud, de froid, de sec ou d'humide. Il n'acceptait pas les opinions de Pylhagore sur l'alimentation exclusivement végétale.
Galien avait pour principe qu'il faut chercher à maintenir dans la bonne voie les tempéraments qui auraient de la tendance à s'en écarter. C'est par les aliments qu'il croyait
y arriver, d'où l'importance qu'il attachait à l'action des aliments dans le corps ; d'où aussi une très nombreuse classification basée sur cette action. Mais cette classification était tout à fait arbitraire. Il y avait, comme pour les médicaments, des atténuants, des incrassants, des fiatulents, des obstruants, des échauffants, des refroidissants, etc., et Tabus de tel ou tel de ces aliments pouvait déterminer des maladies.
Les boissons jouent im grand rôle dans le livre de Galion. Elles consistaient généralement en eau, en oxymel et en vin. L'oxymel, dont on faisait un très grand usage à cette époque, était ainsi préparé : on faisait bouillir du miel de bonne qualité, on y ajoutait un peu de vinaigre, en quantité suffisante pour qu'il ne parût au goût ni doux, ni acide ; on chauffait de nouveau, et lorsque le mélange était intime, on le retirait du feu et on le laissait refi'oidir pour le boire.
Les vins de Grèce étaient renommés. Galien, après avoir énuméré les différentes espèces de vins, expose leurs propriétés contre les calculs, la goutte, la podagre, etc. Ils aident à la coction des humeurs, sont salutaires aux vieillards, dont ils réchauffeat les membres ; ils chassent par les urines le sérum du sang.
Le lait constituait aussi une boisson très usitée en Grèce, Galien cite l'exemple d'un campagnard qu'il a connu et qui a vécu plus de cent ans, ne se nourrissant presque exclusivement que de lait de chèvre, dans lequel il mettait un peu de miel et du pain émietté. Quelquefois, il faisait chauffer le lait et y ajoutait quelques sommités de thym avec un peu de pain. Mais ce procédé ne réussit pas à tous. En résumé, Galien se montre partisan du lait, mais il faut que les animaux soient bien nourris.
Dans ce même livre V, Galien s'occupe d'une façon particulière de l'hygiène des vieillards, auxquels il recommande de s'exercer, mais avec modération, à tous les travaux habituels. Il leur conseille la gymnastique pour les membres, les bains, les lotions, etc. Il cite des exemples de longévité
dus au régime, aux exercices, aux bains et à la gymnastique (p. 333).
Dans le sixième livre, Galien revient aux questions générales d'hygiène, aux tempéraments, qu'il divise en secs et en froids, aux constitutions, qui sont inégales ou maladives. Pour lui, les constitutions sont inégales quand il y a inégalité dans la constitution du corps, c'est-à-dire daiis les parties similaires. Là, Galien retombe dans les trois divisions métaphysiques d'Aristote, qu'il accepte. Il consacre quelques chapitres à Thygiène des gens nerveux, des goutteux, des calculeux, des épileptiques, des convalescents. Ce sont toujours les dérivatifs qui constituent la base de ses préceptes d'hygiène.
Galien traite, dans un dernier chapitre, des fonctions génitales, pour lesquelles il impose de la modération. Les plaisirs de l'amour, dit-il, sont funestes aux individus qui ont le tempérament sec et nerveux, plus funestes encore à ceux qui ont un tempérament humide et lymphatique; mais ils sont sans danger pour les gens qui ont le tempérament chaud et humide et la semence abondante. C'est dans ce but qull conseille les exercices, les bains, les fatigues corporelles et surtout les exercices des membres supérieurs, qui consistaient à lever des boules, des haltères. Comme anaphrodisiaques, il recommandait la laitue, la graine de lin, Tapplication de lames de plomb sur la région lombaire, etc.
En résumant les livres de Galien sur l'hygiène, la scholas tique du moyen âge en avait tiré une classification qu'acceptent encore quelques-uns de nos hygiénistes, en divisant l'hygiène en Oesta^ Ingesta^ Excréta^ Percepta, Oenitalia.
Philosophie de Galien.
Sous le rapport philosophique et médical, Galien est assez difficile à saisir.
lOî) ÉTAT DE LA MÉDECINE
On faisait reposer la médecine sur deux bases — le raisonnement et Texpérience, — d'où deux sectes de médecins.
Les premiers, qui reconnaissaient Hippocrate pour chef, étaient les rationnalistes ou dogmatiques.
Les seconds étaient les empiriques et procédaient de Philinos de Cos, dont le plus remarquable disciple fut l'arabe Sérapion. Ils ne reconnaissaient que ce que leur donnait Texpérience basée sur Tobservation, Thistoire ei Tanalogisme.
Malgré leurs discussions, dogmatistes et empiriques suivaient le même traitement pour les maladies (Des sectes aux étudiants. Trad. Daremberg. T. II. p. 384).
Les méthodistes, à la tête desquels était Thémison, formaient une troisième secte. Ils ne s'occupaient ni de l'âge, ni du sexe, ni du tempéramment, ni des lieux, ni du temps, etc. Ils reconnaissaient l'existence de trois états, le resserrement (dTspwdt;), le relâchement (pow<yeç ou pOdt;), et le mélange de Tun et do l'autre (eTwrXoxTi). C'est la théorie du strictum^ du laœum et du mixtum.
Ils considéraient comme inutile l'étude des symptômes (De la meilleure secte, Ch. XXI, p. 432).
Dans son livre Des sectes aux étudiants^ Galien fait réfuter les dogmatistes par les empiriques, par les méthodistes et réciproquement, afin d'établir un ensemble de doctrine, après avoir,pour ainsi dire, considéré comme non avenues les idées de ses devanciers, il tenta néanmoins de reconstruire la médecine hippocratique, tout en discutant certains principes du maître.
Il y avait aussi d'autres sectes qui dérivaient des trois sectes précédentes : c'étaient les pneumatistes qui, outre les qualités admises par Galien, reconnaissaient un cinquième élément, le irveSfita, sorte d'air igné qui pénétrait, animait et conservait toutes choses, et dont les altérations étaient les causes des maladies. Les Episynthtftiques et les Eclectiques cherchaient à concilier l'empirisme et le dogmatisme, Platon et Aristote, et ils ne constituaient pas, à propre-
ment parler, des sectes bien distinctes. Galien n*en disait rien.
Que fut Galien ?
Il croyait en un Dieu qu'il invoque quelquefois, Dieu créateur du monde, être éternel.
11 croyait, avec Platon, à l'âme, où plutôt à une âme triple qu'il plaçait l'une dans le foie, l'autre dans le cœur, la troisième dans le cerveau.
Il admettait trois ordres d'esprits, qui, par les artères et les veines, communiquaient à tout le corps la chaleur et la vie; des esprits naturels, nés dans le foie, lesquels se trans* formaient, dans le cœur et les poumons, en esprits vitaux, pour devenir esprits animaux en passant dans le cerveau. D'où trois ordres de fonctions ou facultés : des fonctions naturelles ou de la vie végétative, des fonctions vitales et ^ des fonctions animales, ou de la vie de relation.
Il considérait le corps humain comme composé de solides, de liquides et d'esprits.
Il reconnaissait quatre éléments, la terre, l'air, l'eau et le feu, qui par leur mélange formaient les quatre humeurs, le sang, la pituite, labileetl'atrabile. Ces éléments avaient des qualités de sécheresse, de chaleur, de froid, d'humidité que nous avons déjà signalées.
Partant de ce principe, Galien faisait consister la médecine dans l'art : 1** de conserver les parties dans leur état naturel, 2" de rétablir celles qui ne font plus leurs fonctions, 8^ do travailler à une nouvelle production des jiarlies manquantes.
Le corps était considéré comme formé de parties similaires et de parties composées ou organiques. Les parties similaires étaient les os, les ligaments, les nerfs, les membranes, les veines, les artères, la graisse, les glandes et la chair. Les parties composées ou organiques étaient formées ' d'un assemblage de plusieurs parties similaires, telles que les jambes, les pieds, les mains, etc» Nous trouvons ces doctrines exposées dans le Timée de Platon.
Il y a donc dans Galien un mélange de pneumatisme, d'humorisme, de dogmatisme. Il est un peu insaisissable On en a fait un éclectique, mais s'il n'appartient à aucune secte, il est incontestable qu'Hippocrate était son maître favori.
Nous n'avons pas à faire ici Ténumération des nombreux ouvrages de Galien. Les meilleures éditions grecques et latines, sont celles de René Chartier. Paris, 1679, in-f® 13 T. reliés en 9 vol. (B.F.M.P. 13), et celle de Kuhn Lipsiœ^ in-8<» 1821-1833, 20 vol. reliés en 22 (34241).
Daremberg avait entrepris une traduction française des œuvres de Galien, dont deux volumes seuls ont paru, Paris, 1854-1857, in-8o (34857). Ces deux volumes contiennent les chapitres suivants: I. Que le bon médecin doit être philosophe. — II. Exhortation à l'étude des arts. — III. Que les mœurs de Tâme sont la conséquence des tempéraments du corps. — IV. Des habitudes. — V. De l'utilité des parties du corps humain. — VI. Des facultés naturelles. — VII. Du mouvement des muscles. — VIII. Des sectes aux étudiants. — XI. De la meilleure secte à Thrasybule. — X. Des lieux affectés. — XI. De la méthode thérapeutique, à Glaucon.
On possède quelques traités traduits aux xvi* et xvii® siècles : ce sont les suivants :
De la raison de curer par évacuation du sang, trad. par Tolet. Lyon, 1540 (30867).
Des tumeurs contre nature, trad. par Tolet. Lyon, 1540 (30867).
Petits traictés propres à la médecine, trad. par Tolet. Lyon, 1540 (30867).
Perioche des VII premiers livres de la thérapeutique de Galien, trad. par Guillaume Cristian. Paris, 1540.