‹ Les Médecins grecsChapitre 8 sur 19 · Livre delà curation par mission du sang, et par sangsues · texte numérisé non relu

Livre delà curation par mission du sang, et par sangsues

révulsion, cornettes et scarification par Pierre Tolet.

Lyon, 1540.

Des administrations anatomiques, trad. par Dalecbamp, Lyon, 1512.'

A LA MOHT DB GALIBN. 103

Des six principaalx livres de la thérapeutique de Galien. Paris, 1547 et 1570 (33302).

Le livre de Galien traitant des viandes qui engendrent bon et mauvais suc, mis en François.,.. Paris, 1553 (39464).

De l'usage des parties, trad. par Dalechamp. Lyon, 1566 (35178), — Paris, 1608, 1659, 1666 (32020, 5348, 7525).

La dissection des muscles, trad. par Dalechamp, Lyon, 1574 (35178).

Deux livres des simples de Galien, c'est à sçavoir le cinquiesme et le neufviesme, trad. par Jean Canapé.... Lyon, 1610 (35395).

De la formation des enfants au ventre de la mère, Paris, 1559.

Des choses nutritives, trad. par J. Mossô, Paris, 1552.

Des propriétés des médicaments, trad. parHernePavard. Limoges,

Nous nous sommes arrêté longuement sur Galien, dont les idées ont fait autorité pendant des siècles. Quelle que soitFopinion qu'on professe sur lui, il est incontestable qu'il a laissé une trace profonde dans la science, que c'est lui qui, le premier, coordonna toutes les connaissances médicales, qu'il fut un encyclopédiste, un commentateur, un compilateur, sinon un auteur original.

C'est à tort, croyons-nous, que quelques écrivains l'ont accusé d'avoir entravé le mouvement scientifique. Si Galien a régné en maître pendant tant de siècles, c'est que personne n'avait pu le remplacer; c'est qu'il n'y avait pas de science réelle pouvant se substituer à la sienne; c'est que, hypothèses pour hypothèses, celles de Galien étaient préférables à celles des sorciers et des alchimistes du moyen âge.

ALEXANDRE, d'aphrodisie.

Alexandre est couiiu sous la qualification d'Aphrodisien, du nom de son pays natal, Aphrodisie, en Carie, dans TAsie mineure. Il était contemporain de Galien, vivait à la fin du II® et au commencement du m® siècle. Il appartenait à la secte péripatéticienne. Ses écrits sont plus philosophiques que médicaux. On possède de lui : Questions médicales et 'problèmes physiques. C'est un mélange confus, sans ordre, ni méthode de questions relatives à la médecine, à la physiologie. Pour cette dernière, il suit la doctrine d'Aristote; poui* la médecine, il suit celle de Galien. C'est toujours Thumorisme que Ton rencontre et l'action des esprits vitaux. Il parle d'une foule de choses médicales et extra-médicales, telles que les suivantes :

Pourquoi les chauves ont-ils le sommet de la tête dégarni et les tempes fournies de cheveux? — Pourquoi les femmes et les hommes châtrés grisonnent-ils immédiatement? — Pourquoi ceux qui ont peur pâlissent-ils ? — Pourquoi les phthisiques semblent-ils avoir les ongles crochus? — Pourquoi, quand un doigt de pied est blessé, se fait-il une tumeur dans l'aine? — Pourquoi, en hiver, quand la pluie a cessé, les étoiles semblent-elles plus brillantes? — Pourquoi les douleurs augmentent-elles habituellement pendant la nuit? etc., etc. Il parle des myopes, des près* bytes, de l'accouplement des chiens, etc., etc.

Les réponses se ressentent de Tesprit de l'époque. Toutes ces questions sont oiseuses.

Cet ouvrage est divisé en deux sections, formant 228 problèmes ou questions.

Il existe une traduction française de Héret, en 1555, contenant 286 questions (41,228). *

L'édition grecque la plus récente est celle d'Ideler, publiée en 1841, d'après l'édition des Aide (33 176, T. i, p. 1-30).

Le Traité des fièvres a été reproduit par Ideler, d'après les éditions de Cambridge, 1822, sur un manuscrit de Flo*

PHILAGRIOS. 105

rence. C'est un petit traité de 25 pages, dédié à Apollonius, le plus illustre des Asclépiades. Alexandre admet, avec Empédocle, Zenon et la plupart des sectateurs d'Hippocrate, que la fièvre provient d'une chaleur contre nature, commençant au cœur et s'élendant par les artères et les veines par tout le corps. 11 considère trois choses comme causes des fièvres, le sec, Thumide et l'air. II admet des fièvres éphémères, hectiques, essentielles, symptomatiques. Il a fait, ainsi qu'il le dit lui-même au chapitre 30, des emprunts à Arétée.

On a encore de lui des Commentaires à Aristote (1420), — des Questions naturelles et morales sur Vâme (1210, 42281), — un petit Traité sur le destin.

PHILAGBIOS.

Philagrios (1) doit être placé entre Galien, qu'il cite, et Oribase, qui le cite. Nous ne le connaissons que par Oribase, par Aétius et par Rhazès.

D'après Oribase, Philagrios a écrit un livre sur les boissons agréables. Il nous a conservé des fragments sur l'eau miellée (T. i, p. 375. Ed. Bussemaker et Daremberg, 34 860), sur les boissons avec les têtes de pavots, les coings, les coriiouilles, sur le miel au verjus, aux roses, sur l'eau de céleri.

Philagrios recommande l'emploi de l'eau miellée dans les fièvres ; il précise l'époque où elle convient le mieux^ la

(1) L'usage a prévalu pour l'orthographe de certains noms propres. C'est ainsi que nous avons conservé le nom de Périclèa, tandis que nous avons dit Hippocrate au lieu de Hippocratès, Aristote au lieu de Aristotelès, Diogène au lieu de Diogenès, Galien au lieu de Galenos, etc. Nous nous soumettons à cet usage, tout en protestant; et si nous continuons à employer les noms de Hippocrate, Galien, etc., consacrés par T usage, nous nous hasarderons à rétablir la véritable orthographe des noms moins connus. Nous conserverons donc les noms de Philagrios, Ântyllos, Némôsios, Paliadios, etc., etc.

manière de la préparer. Il la prescrit surtout dans les maladies aiguës, contre les aigreurs d'estomac (Oribase, T. v, p. 143).

Philagrios ne limite pas, comme Galien, le nombre des cas dans lesquels celui-ci administre la boisson avec les pavots (^tà xw^wv) ; il la conseille dans toutes les fièvres ardentes, avec ou sans inflammation des viscères et à toutes les périodes. Cette eau réussit surtout à la période d'acmé de la maladie, tantôt seule, tantôt mélangée avec du miel au verjus, aux roses ou au vin, dans lequel on a fait bouillir les têtes. L'eau de pavots convient encore dans la toux, la phlegmasie du foie ou de la rate, des reins, de la vessie, dans le diabète, le choléra ou diarrhée bilieuse.

Philagrios conseille également une boisson aux coings dans les maladies intestinales ; il emploie dans les mêmes circonstances une boisson avec les cornouilles.

Il donne le procédé de fabrication de miel au verjus qtfil prescrit dans les diarrhées chroniques, dans l'inappétence, dans les défaillances, etc. La décoction de céleri était prescrite contre les flatuosités, dans les fièvres aiguës à coction lente, etc.

Mais c'est surtout par Rhazès (1) que nous connaissons Philagrios, dont le nom a été changé par les traducteurs en Filogorius, Filogorinus. Philagrios semble avoir écrit sur toute la médecine et la chirurgie; car nous le trouvons très fréquemment cité dans Rhazès, à propos des maladies des oreilles (L. III, f° 54, 58), des maladies des gencives (L. V, f* 65, r^), des dents (f* 66, v«), du pharynx, de la gorge, des crachements de sang, de la phthisie (L. X, f® 103, V»), de la boulimie (L. XI, f° 111, v®), des vomissements (L. XI, f° 126, vo), des maladies des intestins, du ténesme, des maladies du foie (L. XVII, P 182, v^), de la rate (L. XX, P 102, v°), contre lesquelles il emploie les apostèmes de ciguë, sur les maladies de la matrice (L. XXII, f** 226, r*»).

(1) Continens Rosis ordinatus,,. Ed. Venetiîs, 1509, in-f», 2 vol. (103).

ANTYLLOS. 107

sur la pierre (L. XXIII, f** 2S9, v°), sur récoulement involontaire de semence (L. XXIV, f° 262, v^), sur le diabète (L. XXIII, f° 245, v°). Il conseillait aux diabétiques la boisson à Teau de roses, des emplâtres froids, des aliments froids, des lavements laxatifs. Il donne aussi des remèdes contre Timpuissance virile (L. XXIV, ^ 278, v°).

Bien qu'il n'y ait rien d'original dans Philagrios, ce que nous indiquons suffit pour faire voir qu'il a dû occuper un certain rang comme praticien.

Nous n'avons aucun document précis qui nous fasse connaître la localité où il est né, ni le pays dans lequel il a exercé son art. Haller pense qu'il est né en Épire et qu'il exerça la médecine en Thessalie.

ANTYLLOS.

On n'a rien de positif sur Antyllos, dont nous ne possédons que des fragments, qui nous ont été conservés par Oribase, Aetius, Paul d'Egine, AvicenneetRhazès. Il vivait à la fin du m® ou au commencement du iv° siècle.

Ces auteurs nous ont donné de lui quelques recettes de médicaments. Il était grand partisan de l'eau chaude, prescrivait Teau froide dans les fièvres chaudes, le vinaigre contre les hémorrhagies nasales et œsophagiennes, le décubitus sur le côté dans les affections des reins, dans le satyriasis, dans les mauvaises digestions, afin (pensait-il) que le foie pût réchauffer l'estomac. Il faisait déclamer ou réciter à haute voix pour donner plus de force à la poitrine. Il indiquait, en les précisant, les veines qu'il faut saigner dans les différentes maladies.

La chirurgie d' Antyllos était assez avancée. Il indiquait la manière d'ouvrir les abcès et pratiquait au besoin des contre ouvertures.il reconnaissait des fistules simples, anfractueuses, osseuses. Il en faisait Tincision et coupait les callosités, ruginait l'os au besoin, et, s'il était nécrosé, il en faisait la résection. Si une fistule avait plusieurs trajets, il les réunissait en un seul.

Il enlevait par excision les tumeurs pédiculées; il trai* tait certaines gangrènes par la compression prolongea. Il enlevait également les tumeurs ganglionnaires des aines, du cou, etc. Il excisait les veines variqueuses au point le plus déclive. On trouve dans Oribase presque toute la chirurgie d'Antyllos, sur les scarifications, les ventouses, rhypospadias, le phimosis, l'opération de la cataracte par abaissement et par succion, etc. Antyllos pratiquait les résections osseuses dans la contiguïté et dans la continuité. Toutefois, il n'osait réséquer la tête du fémur, mais il était plus hardi pour pratiquer d'autres résections, telles que celle de l'articulation temporo-maxillaire.

Antyllos doit être considéré comme l'inventeur du traitement de Tanévrysme par l'ouverture du sac. C'est Oribase qui nous a conservé ce chapitre d'Anlyllos que nous reproduisons (1) :

« Il existe deux espèces d'anévrysmes : dans le premier, l'artère a éprouvé une dilatation locale (c'est de là que l'anévrysnie tire son nom) ; dans le second, l'artère a été déchirée et vomit le sang dans la chair qui est au-dessous. Tous les anévrysmes qui tiennent à la dilatation d'une artère sont plus allongés que les autres; les anévrysmes par rupture, au contraire, sont plus arrondis ; lanévrysme qui provient de la dilatation d'une artère est recouvert par une couche plus épaisse de tissus : on entend comme une espèce de bruit quand on comprime avec les doigts ceux qui tirent leur origine d'une rupture; dans l'autre espèce d'anévrysme, au contraire, aucun bruit ne se fait entendre. Refuser de traiter un anévrysme, comme le voulaient les anciens chirurgienSy c'est une stupidité ; mais il est dangereux aussi de les opérer tous; nous refuserons donc de traiter les anévrysmes qui ont leur siège à l'aisselle, à Taine et au cou, à cause du volume des vaisseaux, à cause de l'impossibilité et du danger qu'il y a à les isoler et à les lier ; nous ne touchons pas non plus un anévrysme d'un volume consi-

(1) Oribase. Trad. Bussemaker et Dareuberg, 1872, t. iv, p. 52 et suivantes.

ANTYLLOS. 10&

dérable, même quand il a son siège dans quelque autre partie du corps ; nous opérerons de la manière suivante ceux qui existent aux extrémités, aux membres et à la tête : s'il se présente un anévrysme par dilatation, nous ferons sur la peau une incision droite, dans le sens delà longueur du vaisseau; ensuite, écartant, à Taide de crochets, les lèvres de la plaie, nous couperons avec précaution toutes les membranes qui séparent la peau de Tartère; avec des crochets mous?es nous isolerons la veine de l'artèro et nous, mettrons à nu, de tous les côtés la partie dilatée de ce dernier vaisseau ; après avoir introduit au-dessous de l'artère le bouton d'une sonde, nous soulevons la tumeur, puis nous faisons passer le long de la sonde une aiguille munie d'un fil double, de telle manière que le fil se trouve placé audessous de l'artère; nous coupons les fils, avec des ciseaux, près de Textrémité de Taiguille, de façon qu'il existe alors deux fils et quatre chefs ; saisissant ensuite deux chefs d'un des fils, nous les amenons doucement vers Tune des deux extrémités de Tanévrysme et nous les nouons avec soin. De la même manière nous amenons aussi l'autre fil vers l'extrémité opposée, et dans cet endroit, nous lions l'artère ; ainsi, ranévrysme tout entier est placé entre les deux ligatures. Nous ouvrons ensuite le milieu de la tumeur à l'aide d'une petite incision; de cette manière, tout ce qu'elle contient sera évacué et il n'y aura pas de danger d'hémorrhagie. Lier, comme il vient d'être dit, l'artère des deux côtés, puis extirper la partie dilatée qui se trouve au milieu, est une opération dangereuse ; souvent, en effet, la violence et la tension du pneu ma artériel repoussent les ligatures. Si ranévrysme tire son origine de la rupture d'une artère, on isole avec les doigts une partie de la tumeur, aussi grande qu'on peut, en y comprenant la peau; après quoi on fait passer au-dessous de la partie isolée une aiguille pourvue d'un fil double, soit en lin, soit fait avec une corde de boyaux ; après Tintroduction du fil, on le coupe avec des ciseaux, près du chas de l'aiguille, de manière qu'il y ait deux fils; ensuite on saisit les deux chefs de l'un des fils et on les amène à droite, où on les noue vigoureusement, de

façon que le fil ne puisse pas glisser ; nous amenons de la même manière les chefs de Tautre fil au côté opposé, à gauche. Si on craint que les fils ne glissent, on fait en outre passer par le même endroit une autre aiguille qui coupe la première comme la lettre X, et les fils eux-mêmes présentent alors, dans leur entrecroisement, la forme de cette lettre ; cette seconde aiguille sera également munie d'un fil double. On coupe ces seconds fils avec des ciseaux, et on les noue de la même manière que les premiers, de façon que les quatre fils concourent à la ligature; ensuite on ouvre la tumeur à son sommet, et, après avoir évacué ce qui s'y trouve, on résèque la partie superflue de la peau, en laissant en place celle qu'on avait prise dans les fils ; par ce procédé, l'opération a lieu sans qu'il survienne d'hémorrhagie. »

Paul d'Eginc (1) nous fait connaître le procédé donné par Antyllos pour l'opération de la laryngotomie, les indications et les contre -indications de cette opération. «Nous réprouvons, dit-il, l'opération dans les suffocations, ainsi que nous le dirons au sujet de la diététique; car l'incision est inutile lorsque toutes les bronches et le poumon sont malades. Mais, dans les inflammations des parties situées au voisinage de la bouche et du menton, ou quand les amygdales bouchent Touveiture de la bronche, si la trachée arlère n'est pas malade, il est raisonnable de pratiquer la trachéotomie pour éviter le danger de l'asphyxie. Lors donc que nous nous mettrons à l'œuvre, nous inciserons une portion de la trachée artùre vers deux ou trois anneaux plus bas que le commencement de la bronche, car il serait dangereux de la diviser tout entière. Cet endroit est avantageux parce qu'il n'y a pas de chair et parce que les vaisseaux sont situés loin du lieu que Ton coupe. Inclinant donc en arrière de la tête du patient, de manière à rendre la bronche plus apparente, nous faisons une incision transversale en la conduisant entre deux de ces anneaux, afin de ne pas couper les cartilages, mais bien la membrane

(1) Paul d'Egine, trad. par R. Briau, p. 165.

qui les unit. Si un opérateur n'est pas sûr de lui pour cette opération, qu'il divise la peau en la soulevant avec un crochet ; puis étant arrivé sui* la trachée artère, qu'il fasse l'incision en rangeant de côté les vaisseaux, s'il s'en présente par hasard. »

Orihase nous donne encore des extraits d'Antyllos sur les masticatoires, les fumigations, les errhius, les diurétiques, les sudorifiques, leshémagogues, les collutoires.

Antyllos ne négligeait pas les questions relatives à l'hygiène, et nous trouvons dans Oribase des fragments sur les vents, les localités, la chambre du malade, les bains simples végétaux ou minéraux artificiels, les embrocations, les affusions, les promenades, les courses, la natation, le pugilat, etc.

Ses idées sur le genre de promenade étaient plus théoriques que pratiques. Il considérait la marche sur les talons comme avantageuse quand l'utérus remonte, quand les règles sont supprimées.

Oribase (ôpsiêaaioç) est né environ 325 ans après J.-C, à Pergame, en Mysie, d'après son biographe et ami Eunape. 11 est issu d'une bonne famille et il étudia la médecine sous Zenon, de Chypre, médecin complètement inconnu aujourd'hui. 11 fut le confident et Tami de Julien, qui l'emmena avec lui dans les Gaules eu 355. C'est pendant son séjour dans ce pays que Julien lui avait demandé de rédiger une sorte d'encyclopédie des sciences médicales; maiscenefut qu'après l'avènement de Julien à l'empire, en 361, qu'il recommença son recueil, qui avait 70 livres, portait pour titre iarpocai Suva'YW'yaî {Recueil médical), et qu'il dédia à l'empereur Julien. Attaché à la fortune de Julien, il raccompagna dans l'expédition contre les Pei-ses, dans laquelle l'empereur périt en 363.

A la mort de Julien, la fortune d'Oribase changea. IJ avait partagé les idées de l'empereur dans sa persécution contre les chrétiens. Les successeurs de Julien, convertis au

christianisme, exilèrent Oribase chez les Goths. Rappelé d'exil, Oribase épousa une femme riche dont il eut quatre enfants. Il continua la pratique de la médecine et mourut vers 395.

La préface du recueil médical donne une idée exacte du plan suivi par Oribase. « L'abrégé que votre divinité, empereur Julien, m'a demandé pendant notre séjour dans les Gaules, je l'ai achevé selon votre désir et l'ai extrait seulement des écrits de Galien. Après en avoir fait l'éloge, vous m'avez ordonné ensuite de rechercher parmi tous les meilleurs médecins les préceptes les plus importants et les plus utiles pour atteindre le but de la médecine. J'ai accepté volontiers de faire ce travail selon mes forces, convaincu qu'un semblable recueil serait très utile, car on pourrait y trouver promplement ce qui, dans chaque cas, convient aux malades. Considérant comme inutile et tout à fait superflu d'écrire souvent les mêmes choses, en puisant également chez les auteurs qui ont le mieux écrit et chez ceux qui n'ont pas composé leurs ouvrages avec le même soin, j'emprunterai seulement à ceux qui ont le mieux parlé, n'omettant rien de ce que j'avais pris autrefois à Galien seul, faisant reposer mon travail sur cette considération que Galien l'emporte sur tous^ceuxquiont traité le même sujet, par la supériorité de ses méthodes et de ses définitions, car il suit les principes et les enseignements d'Hippocrate. Voici l'ordre que je suivrai : d*abord je rassemblerai toutes les parties traitant de la nature et de la structure de l'homme, après avoir parlé de l'hygiène et du rétablissement des forces; ensuite je traiterai de ce qui a rapport à la théorie du diagnostic; après quoi je parlerai de la guérison des maladies, de leurs symptômes, en un mot de tout ce qui est contre nature. Je commencerai par les propriétés des aliments. j>

Les quatre premiers livres sont consacrés aux aliments, à leur mode d'action, à leur préparation; le cinquième, aux boissons; le sixième, aux exercices; le septième et le

huilième aux émissions sanguines et aux évacuations. C'est dans le livre VII, § 20, qu'Oribase parle des bons effets de la saignée par scarification, très peu employée alors, dans les suppressions menstruelles, dans les fluxions des yeux, les maux de tête; il rapporte qu'étant attaqué de la peste en Asie, il se scarifia abondamment la jambe ; au deuxième jour de la maladie il fut guéri. Le neuvième livre est relatif à Tair, aux localités, aux médicaments externes ; le dixième, aux bains et à la médication topique.

Les livres XI, XII, XIII sont la reproduction du livre de matière médicale de Dioscoride, dont l'ordre méthodique a été changé en ordre alphabétique.

Les livres XIV, XV et XVI traitent des médicaments simples et composés.

Les livres XVII, XVIIÏ, XIX et XX sont perdus.

Les livres XXI, XXII, traitent de la splanchnologie, de Tanatomie. C'est dans le chapitre 24, § 8, qu'Oribase donne la première description des glandes salivaires : « Sur les deux côtés de ce ligameut [frein], vous trouverez les orifices des vaisseaux dits salivaires^ dans lesquels on peut introduire une sonde à deux boutons. Ces vaisseaux prennent leur origine à la racine de la langue, là où se trouvent aussi les glandes de cet organe : car c'est d'elles que proviennent ces vaisseaux, qui, pour la lorme, ressemblent aux artères. A travers ces vaisseaux chemine un liquide pituiteux, qui humecte la langue elle-même et les parties latérales et inférieures de la bouche, ainsi que celles qui se trouvent placées tout à l'entour... » (Oribase, trad. Bussemaker etDaremberg, t. III, p. 310.)

Les livres suivants sont perdus et il nous faut arriver au livre XLIV*" pour trouver la chirurgie pratique, où il traite de la diathèse fluxionnaire, des abcès, de l'excision des côtes, des fistules, de la gangrène. On trouve dans Oribase l'indication du tuyau en étain, percé de trous, qu'on introduisait dans les abcès de la région anale pour la sortie des vents. Il traite aussi des abcès du péritoine, du foie, de la rate, du rectum.

Les livres XLVI, XLVII, XLVIII et XLIX traitent des

fractures, des luxations, des bandages et des machines. Le 11 juillet 1607, la Faculté de tncdecire de Paris prescrivit par une délibération que les livres d'Oribase sur les bandages et les machines seraient expliqués aux étudiants.

Les autres livres ne sont pas venus jusqu*à nous, ou ceux que nous possédons ne sont pas authentiques.

Dims un de ces livres, il est longuement question de ce qui a trait à Thygiène et au régime des femmes, des filles et des enfants, du choix de la nourrice, de son genre de vie. Oribase prend l'enfant à sa naissance et le conduit jusqu'à Page adulte, en empruntant à Galien, à Athénée, à Mnésithée d'Athènes, à Rufus, à Dioclès. Il s'occupe des tempéraments, des maladies et des forces de l'âme, de la respiration, delà voix, des mouvements des muscles, etc. (Trad. Bussemaker et Daremberg, t. III.)

Le deuxième ouvrage d'Oribase a pour titre : Suvo^j^iç. C*est Un abrégé en neuf livres du Recueil o\iColleclion médicale. Cet abrégé est dédié à sou fils Eustathius. C'est, dit Oribase dans sa préface, un moyen pour les médecins de saisir facilement ce qu'ils doivent faire. « En lisant une exposition concise, dit-il, ils se ressouviendront de tout ce qui regarde chaque notion particulière et ils auront l'avantage de posséder des données suffisantes sur ce qui est nécessaire, sans s'imposer une besogne trop rude. Je rapporterai seulement les moyens de traitement qu'on emploie et qu'on se procure aisément, c'est-à-dire ceux qui réussissent habituellement à l'aide des médicaments et du régime; mais je ne ferai pas mention de la chirurgie, par la raison qu'elle est difficile à pratiquer, surtout en voyage...» (Oribase, trad. de Bussemaker et Daremberg, t. V, p. 2.) Dans cet ouvrage (livre VIII g 10), Oribase donne, le premier peutêtre, la description succincte de la lycanthropie, qull considère comme une espèce de mélancolie.

Le troisième ouvrage d'Oribase a pour titre : liipl iuTCop'ltrrwv, sur les médicaments faciles à se procurer. C'est un petit traite en quatre livres, dédié à Eunape, de Sardes, et rédige pour les personnes étrangères à la médecine; on

NÉMBSIOâ. 115

dirait aujourd'hui « à l'usage des gens du monde ». C'est rindication sommaire des soins à donner aux malades, loin des centres de population, en attendant le médecin. Oribase expose le régime à suivre, les principaux symptômes des maladies communes et leur traitement.

Oribase doit occuper une place importante dans l'histoire de la médecine grecque. S'il ne fut pas un novateur, on doit au moins le considérer comme un compilateur intelligent, qui nous a laissé des notions précises sur la médecine au IV* siècle, et qui, en outre, nous a conservé des fragments d'auteurs qu'on ne trouve mentionnés que par lui.

Oribase a été traduit en français par Bussemaker, Daremberg et A. Molinier. Paris, 1851-1876, 6 vol. in-8. (B. F. M. P. 34860); traduction à laquelle nous renvoyons.

NÉMÉSIOS.

Némésius, ou mieux Némésios, n'était pas médecin : il était évêque d'Emèse (aujourd'hui Hums), en PhéniciCs et s'était adonné à quelques études de philosophie. On ne connaît sur lui aucun détail biographique, et on peut fixer au IV® siècle l'époque de son existence. Le principal ouvrage que nous possédions de lui a pour titre : nipl çW«ç àvôp»wou, Sur la nature de Vhomme. C'est un ouvrage d'environ 200 pages, dans lequel l'auteur traite de l'âme, de son union avec le corps, des sens, des passions, du pouls, de la génération, de la respiration, du destin, de la Providence, etc. Ce livre, divisé en 44 chapitres^ est un abrégé de la physiologie de Galien pour les questions médicales Pour la philosophie, il emprunte à Platon et à Aristote. On n'y trouve rien d'original* On a cru que Némésios avait entrevu la circulation du sang : il faut une grande bonne volonté pour accepter et soutenir cette opinion, qui repose sur le passage suivant extrait du chapitre XXIV, sur le pouls : « Les mouvements du pouls, qu'on appelle faculté vitale, ont leur

origine dans le cœur et surtout dans le ventricule gauche qu'on appelle pneumatique (irviw^aTtxTî), qui distribue une chaleur innée et vitale au moyen des artères dans toutes les parties du corps, de même que le foie envoie la nourriture au moyen des veines. En effet, si le cœur est chauffe outre nature, aussitôt ranimai se trouve chauffe outre nature : le cœur étant refroidi, l'animal se refroidit. Car l'esprit vital va du cœur, au moyen des artères, dans tout le corps...; le nerf vient du cerveau, qui est le principe du mouvemient et du sentiment; du foie, principe du sang et de la faculté nutritive, viennent les veines et les vaisseaux sanguins ; du cœur, principe delà faculté vitale, viennent les artères et les vaisseaux qui contiennent le pneuma. Ces trois parties se prêtent un mutuel concours. La veine fournit l'aliment au nerf et à l'artère ; l'artère fournit la chaleur naturelle à la veine et répand l'esprit vital... L'artère se dilate et se contracte avec une certaine harmonie et régularité, prenant au cœur la source du mouvement. Mais, tandis qu'elle se dilate, elle tire des veines voisines un sang léger, lequel étant exhalé devient un aliment d'esprit vital. Quand elle se contracte... elle vide, par des pertuis cachés dans tout le corps, ce qui est fuligineux. De cette manière, le cœur expulse par l'expiration, par la bouche et par le nez, ce qui est fuligineux to Xi^uw^eç. »

Quant à nous, nous ne voyons rien dans ces lignes qui nous autorise à penser que Némésios connaissait ou supposait la circulation du sang.

On s'est appuyé avec plus de raison sur un autre passage du même ouvrage, pour croire que Némésios avait couEu avant Delboe (Sylvius) les fonctions de la bile. « La bile jaune, dit-il,... sert à la digestion {^é^^) et elle chasse les excréments : elle devient ainsi, sous un certain rapport, l'un des agents de la nutrition ; elle donne au corps une certaine chaleur, en tant que force vitale. Pour ces raisons, elle parait avoir été faite pour elle-même ; mais ayant la propriété de purger le sang, elle paraît faite aussi pour le sang. » (De la respiration, chapitre XXVIII, p. 121.)

Il existe» à la Bibliothèque nationale^ quelques manus-

PALLADIOS. 117

crils des œuvres de Némésios (ii<»« 225, 2077, 2299). La première et meilleure édition grecque-latine a été donnée par Nicaise EUebodius, Antt^rpiœ, 1565, in-8* (B. F. M. P. 31122). Une traduction a été faite pour la première fois, en 1844, par J. B. Thibault, ancien élève de l'Ecole normale.

PALLADIOS.

Palladios, surnommé iaTpoaoçiamiç, médecin savant (dans la médecine spéculative), vivait au iv° siècle, du moins avant Razès, qui le cite quelquefois. On n'a aucun renseignement sur sa biographie, mais il nous reste de lui deux traités; l'un est sur les fièvres; l'autre consiste en des commentaires sur le livre VI des épidémies d'Hippocrate, ouvrage incomplet.

Le traité sur les fièvres a pour titre : nspl -ïw^btûv <jûyToji.oç auvo(I;iç. C'est un petit livre d'une vingtaine de pages (40 chapitres), clairement écrit.

Dans ce livre, Palladios définit la fièvre et sa nature ; il expose les différentes variétés de fièvres, leur origine et fait coanaître celles qui sont occasionnées par l'excès de sang, de bile, de mélancolie ou de pituite. On y retrouve toute la doctrine humorale. Il expose ensuite les signes de la fièvre d'accès, comment surviennent les sueurs, les bâillements, les maux de tête, quel est le diagnostic des fièvres quotidiennes, synoques, chaudes, hectiques> marastiques, éphémères, tierces, quartes, épiaJes, ou continues, etc. Quant à la cause de l'intermittence des fièvres, Palladios dit qu'elle est cachée dans les muscles, sans donner aucune explication à ce t^ujet.

Pour le traitement, il y consacre une douzaine de lignes. Il faut, dit-il, que le corps soit dans de bonnes dispositions; il faut combattre la cause de la fièvre ainsi que tout ce qui peut nuire au corps. En résumé, c'est la doctrine hippocratique.

C'est à tort qu'on a accusé Palladios d'avoir emprunté son Traité des fièvres à Aétius. Aétius s'occupe des fièvres

dans son livre V, et il n'y a rien de semblable dans les deux auteurs. Partager les mêmes opinions qu'un autre ne constitue pas un plagiat.

On possède plusieurs éditions de ce traité des fièvres. Jean Chartier en a donné une édition grecque-latine, in-4®, en 1646, 46 pp. (B. F. M. P., 5978). J. St. Bernard en a publié à Leyde, en 1745, une édition in-8*». Ideler en a donné, en 1841, une édition grecque dans Physici et me" dici grœci minores.,, Berlin, 2 vol. in-8<», in T. i, page 107- 180. (B. F. M. P., 33176.)

Le second ouvrage de Palladios a pour titre : 2x<>^*« "^ èjcTYic iwt^ptiaç àiro çcowiç naXXa^tov <toç(<ttoo. H n'y a rieu d'original dans cet ouvrage qui est incomplet : ce sont des commentaires qui n'ajoutent rien de nouveau aux idées d'Hippocrate. Ces fragments ont été réunis pour la première fois par Fr. Reinhoid Dietz, dans un ouvrage ayant pour titre : ... Scholia in Jlippocratem et Galenum; Regimonti Prussorum, 1834, 2 vol. in-8« in T. ii, p. 1-204. (B. P. M. P., 33148.) Il en existe une traduction latine, par Junius Paulus Crassus, Basileœ, 1681, mA\ (B. F. M. P., 5871, p. 151-297.)

On le considère encore comme Fauteur des scholies sur le Traité des fractures d*Hippocrate : Sx^^** "*? ^b wepl ««yiAtov IwiroxpotTouç. Ces scholies sont divisées en trois sections : Palladios s'occupe des fractures du bras, du pied, du talon, du tibia, du fémur ; la troisième section contient des idées générales. Rien d'original dans ce travail, dont nous ne possédons que des fragments. Ces scholies ont été traduites pour la première fois, en latin, par René Chartier, dans son Hippocrate,.., 1649, in.f>, T. xii, p. 272-286.

Aétius (Abtioç) est né à Amida, aujourd'hui Amid ou Kara-Amid, ou Diarbekir, sur le Tigre, en Mésopotamie, vers la fin du v« siècle. Il étudia la médecine à l'école d'Alexandrie, puis revint à Gonstantinople où il fut attaché à

la cour des empereurs, sous le titre de chef des vivres (xo'iAvjç ôtfwvîou). Il professait le christianisme.

Ce qui nous reste de lui u'est qu'une compil*iou,Arétée, Galien, Dioscoride, Oribase sont les principaux auteurs auxquels il a emprunté, en les citant. Son ouvragé a pour titre : Bi^Xia i%r^w% Uf%\^eA9. (seize livres de médecine, divisés en quatre parties contenant chacune quatre livres ou tetra^ hiblia]. Nous ne possédons que les huit premiers imprimés en grec : ils existent à la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris, édition grecque latine de Janus Cornarius, Lugdunij 1549, in-f<», n<» 84. Cornarius a traduit les seize livres en latin, mais n'a donné que les huit premiers en grec. La bibliothèque de la Faculté de Paris possède u» exemplaire grec manuscrit des huit derniers livres, en 50 chapitres (Ms. 76). Elle possède encore l'édition latine in-fo de 1535, Basilem (86), et l'édition latine in-8«, 1553, Venetiis, 2 vol. (33335).

Voici l'indication sommaire des seiïe livres d'Aétius : 1** Des vertus des médicaments (il suit Tordre alphabétique); 2» Des différences du sol, des métaux, etc. (il y traite du bol d'Arménie, des sels, de la matière médicale tirée des animaux, du sang, du lait, du sérum (d'après Galien), du fromage (d'après Galien), du beurre, de la sueur, de la salive, des urines, des excréments, de la chair, des poissons, etc.). Beaucoup de ces articles sont empruntés à Galien, Livre III : De l'exercice, de Téquitation, des rapports sexuels (d'après Rufus), de l'insolation (d'après Antyllos), de la saignée (d'après Galien); des moyens d'arrêter Thémorrhagie artérielle. Dans le même livre, il traite des ventouses, des purgations (d'après Antyllos). Il parle des purgatifs locaux, oculaires, auriculaires, errhins, des galactogènes, des évacuants du foie, de la rate, des reins, de la vessie, des emménagogues, etc. Le livre IV est consacré à l'hygiène et à l'éducation des enfants. Dans le livre V, Aétius s'occupe de la connaissance et de la cure des fièvres. Il emprunte à Philouménos. Dans le livre VI, Aétius traite des maladies de la tête,|des nerfs, des oreilles, du nez. Il emprunte à Posidonios, Marcellus, Archigénès, Sidonius,

Didymos, etc. Le livre VII est consacré aux maladies des yeux; le livre VIII, aux maladies du visage, des dents, des amygdales, à- la grenouiliette, aux maladies de la poitrine, aux palpitations, pour lesquelles il fait des emprunts à Griton, à Ârchigénès. Dans ce livre, il indique des pommades pour les sourcils, des onguents pour préserver le teint, des cosmétiques contre les taches du visage, etc. Le livre IX traite des maïadies de l'estomac et des intestins, des vers, des ascarides. Le livre X traite des maladies du foie, obstructions, inflammations, abcès, etc. Aétius emprunte beaucoup à Philagrios, Archigénès, etc. L'ictère est i^édigé d'après Rufas et Galien. Dans Tanasarque, Aétius, d'après Asclépiade (ch. xxx), faisait des incisions au-dessus de la cheville : il donne beaucoup de détails sur ce procédé opératoire, qu'on attribue faussement à Delboe. Dans le livre XI, Aétius s'occupe da diabète, des maladies des reins, de la vessie, du priapisme, de Técoulement de la semence, de l'impuissance virile. Dans le chapitre xiv, Aétius indique les moyens de reconnaître la présence de la pierre dans la vessie, et si on ne peut la faire dissoudre ou l'extraire avec le cathéter, il faut, dit-il, inciser la vessie, en faisant Tincision par en bas, selon Thabitude. Le livre XII traite de la sciatique, de la goutte et du rhumatisme, des maladies bilieuses. Ce livre présente un grand intérêt pratique. Aétius conseille, d'après Archigénès,rusage des cautères, soit au fer rouge, soit par des nioxas avec des racines de plantes, ou du stercus de chèvre. Il indique beaucoup d'autres liniments. Il établit la différence entre la podagre et l'arthritis. Il en plaçait la cause dans l'abus des plaisirs de la table et de Tamour et dans la crudité des hinneurs. Après avoir exposé la théorie humorale, Aétius donne comme préservatifs la diète et le régime. Comme traitement curatif, il conseille d'abord d'évacuer les humeurs trop abondantes et de fortifier les membres affaiblis, d'où les saignées, les purgations d'abord, puis les réfrigérants ou les réchauffants, selon que le tempérament est sec ou humide. Vient eusuite l'énumération des onguents et des emplâtres auxquels il attache une grande importance. Il

consacre un petit chapitre (xxx), aux médicaments stupéfiants, à la tête desquels il place le pavot et le safran. Dans le livre XIII, Aétius parle de la morsure des aiïimaux venimeux, de la préparation de certains médicaments, de la thériaque, de la mjthridate, de différents antidotes, puis de Téléphantiasis, de la lèpre, du vitiligo. Dans le livre XIT^ il est question des hémorrhoïdes, des maladies du siège, du scrotum, et des topiques qui leur conviennent; des blessures sanglantes, des plaies, des abcès, des ulcères, des fistules, etc. Il distinguait les hémorrhoïdes en cachées ou en profondes, et en visibles et fluentes. Il conseillait d'opé* rer ces dernières, en les attirant avec un crochet, en les coupant à la base et en faisant ensuite la torsion (ch. v,vi). Pour arrêter le sang, il appliquait une éponge préparée avec un fil dont il laissait Textrémité au dehors.

Âétius rapporte, d'après Léonidas, le traitement du prolapsus du rectum par la cautérisation, des abcès de la marge de Tanus, des ulcères phagédéniques, par Texcision et la cautérisation. Pour la fistule de Tanus, son procédé opératoire était celui qu'on emploie encore de nos jours : incision et ablation des callosités. Aétius indique (ch. xx) le traitement du prurit du scrotum, maladie qu'il attribuait à Tâcreté des humeurs. Il conseillait Tabstention des aliments acres, Fusage d'un régime doux, de Teau rougie, des cataplasmes de farine de fèves d*Egypte, des liniments soufrés ou de blancs d'œufs, etc.

Le livre XV traite des tumeurs molles, des strumes, du bronchocèle, des stéatomes, de la dilatation des vaisseaux, ou anévrysmes artériels et traumatiques (ch. x), dont il énumère les symptômes. Comme traitement chirurgical de Tanévrysme du pli du coude, il indique de couper Tartère entre deux ligatures, d'enlever les caillots de sang et de remplir la plaie avec des substances parmi lesquelles était l'encens.

Le livre XVI et dernier est consacré à la grossesse et à ses maladies. Aétiusexpose les causes de dystocie dépendant de la mère, et parmi lesquelles il cite les polypes, les calculs vésicaux, Tétroitesse du bassin, les difformités provenant

de la courbure exagérée de la colonne vertébrale, ou de la rétention des fèces, etc. L'âge avancé, la primiparité sont encore indiqués par Aétîus comme causes de difficulté. Viennent ensuite les causes de dystocie provenant de Tenfant. Aétius consacre quelques chapitres à l'impuissance et à la Stérilité dépendant de l'homme ou de la femme, aux maladies des mamelles, de Tutérus, en emprunant beaucoup à Ârchigénès, à Philouménos, à Aspasie, à Soranus, etc.

Aétius, on le voit, n'a été qu'un compilateur; il a emprunté à presque tous les médecins qui l'ont précédé; mais il fut un compilateur consciencieux, car il indique toujours les auteurs auxquels il a fait des emprunts. Nous les avons presque tous nommés dans les lignes précédentes. Aétius donne beaucoup de recettes.Onl'a accusé d'un peu de char^ latanisme et de crédulité, et on ne manque pas de lui reprocher sa méthode pour débarrasser les malades des os ou des autres corps étrangers qu'ils auraient avalés : « Places* vous, dit-il, vis-à-vis le malade ; recommandez-lui de vous regarder et dites : Sors, os, si tu es un os, ou un fétu de paille, ou quoique tu sois, de même que JésusTChrist a fait sortir Lazare du sépulcre et Jonas de la baleine. Et, tenant la gorge du malade, prononcez ces paroles : Biaise, martyr et serviteur du Christ dit : Ou monte ou descends. » (Livre VIII, ch, l.) Aétius parle, et peut-être le premier, des vers qui s'engendrent dans les muscles, et il donne les pro* cédés pour les extraire.

On trouve dans Aétius quelques remèdes tirés delà pharmacopée égyptienne.

La peste dans les historiens byzantins.

Ce n'est guère chez les médecins, mais c'est surtout chez les historiens grecs que nous trouverons des descriptions précises des épidémies de peste qui se sont montrées dans l'empire grec pendant le moyen âge. Nous croyons, à ce titre, devoir leur accorder une place parmi les médecins grecs.

Progope (npoxoTcioç) n'était pas médecin : il est au nombre des historiens byzantins; mais la description qu'il a donnée de la peste qui a sévi dans Tempire d'Orient au vi** siècle, et dont il a été témoin, est la plus complète que nous connaissions.

Né à Césarée, en Palestine, dans la première moitié du VI® siècle, il vint jeune à Constaniinople, fut avocat et professeur d'éloquence, secrétaire de Bélisaire dans ses campagnes d'Asie, devint sénateur, préfet de Constantinople en 562, et mourut vers 5^.

C*est dans le livre II de la Guerre persique (chap. 22 et suiv.) qu'il trace une description exacte et fort intéressante de la peste qui sévit en 542, description qui peut prendre place à côté de celle de Thucydide, et dont nous croyons utile de donner la traduction (1).

« La peste prit son origine en Egypte, à Péluse. De là, elle se partagea en deux branches, dont Tune envahit Alexandrie et Tautre s'étendit sur le reste de TEgypte ; de là, elle gagna la Palestine, puis le monde entier, à des périodes déterminées.

« Et en effet, elle semblait obéir à des lois fixes et ne rester dans chaque contrée qu'un certain temps, et ne pas épuiser son venin, afin de pouvoir s'étendre dans tout l'uni- ' vers et ne pas laisser un coin du monde sans s'y mani-< fester. Aucune île, aucune caverne, aucune montagne habitées par les hommes n'échappèrent à ses ravages. Si elle avait épargné une localité, en ne s'y montrant que d'une façon bénigne, elle y revenait plus tard et ne l'abandonnait qu'après y avoir fait un certain nombre de victimes, pro-^ portionnel au nombre des habitants. Commençant toujours par les rivages maritimes, elle s'étendait ensuite au milieu des terres habitées.

a La seconde année, elle parvint à Constantinople, où

(1) Histoires, Ed. Nierburh, T. I, p. 249-259. Cette peste est connue sous le nom de peste de Justinïen, sous le règne duquel elle se manifesta.

j'ai pu être témoin de ses ravages. Voici comment elle se manifestait :

a Beaucoup avaient des visions de démons ayant la forme humaine. Ceux qui étaient atteints de la maladie croyaient qu'ils avaient été frappés sur quelque partie du corps par des gens qui les avaient rencontrés. Après ces visions, la maladie se déclarait. Au début de l'épidémie, les malades imploraient la divinité, faisaient de pieuses expiations, selon leurs moyens, pour éloigner d'eux le fléau. C'était en vain; car beaucoup de gens qui s'étaient réfugiés dans les temples y avaient trouvé la mort. D'autres s'enfermaient dans leurs demeures^ refusant d'y recevoir leurs amis et restant sourds au bruit qu'ils faisaient à leurs portes, paraissaient ne rien entendre dans la crainte d*étre victimes de ruses diaboliques. D'autres croyaient entendre des voix qui les appelaient, leur annonçant leur fin prochaine. La plupart, sans visions, ni pendant la veille, ni pendant le sommeil, étaient aussi frappés. Ils étaient tout à coup saisis par la fièvre, soit à leur réveil, soit pendant la promenade, soit pendant le repos. Tout en conservant sa couleur habituelle, le corps était brûlant, sans inflammation, depuis le matin jusqu'au soir; la fièvre était si légère que ni les malades, ni les médecins eux-mêmes, par l'exploration du pouls, ne pouvaient prévoir ce danger... Quelques uns le même jour, d'autres le lendemain, d'autres un peu plus tard, voyaient apparaître un bubon (pou^ùv Mprc), non seulement dans l'aine, mais encore dans l'aisselle, quelquefois derrière les oreilles et enfin à une partie quelconque des cuisses.

« On observait ces phénomènes chez presque tous ceux qui contractaient la maladie. Je ne puis dire si ceitte variété de symptômes dépendait d'un état particulier ou bien de la volonté de l'arbitre des maladies. Les uns avaient un coma profond, les autres une folie aiguë. Ceux qui étaient plongés dans un sonmtieil continu paraissaient oublier toutes leurs habitudes. Ceux qui leur donnaient des soins parvenaient quelquefois à leur faire prendre de la nourriture; mais bientôt les malades se laissaient mourir de faim. Ceux qui étaient fi*appés de délire demeuraient sans sommeil avec de

LA PESTE PANS LES HISTORIENS BYZANTINS. 125 nombreuses hallucinations (à-^puicvîa re xat çavraaîa iroXXf «ixovTo)

et, se croyant appelés à une mort prochaine, prenaient la fuite en poussant des cris horribles. Ceux qui leur donnaient des soins étaient accablés de fatigues incessantes et enduraient toutes sortes de tourments. Aussi les plaignait-on autant que les malades eux-mêmes, non parce qu'ils étaient exposés à contracter la maladie, mais à cause des fatigues qu'ils enduraient. Chose curieuse ! aucun médecin, aucun individu étranger à la médecine n'a contracté la maladie au contact des malades, car beaucoup de ceux qui les soignaient ou qui ensevelissaient les morts demeurèrent sains et saufs, tandis que d'autres qui ne s'étaient nullement exposés au fléau en étaient promptement frappés...

« S'il y avait de l'eau dans le voisinage, les malades cherchaient à s'y plonger, non par le désir d'étancher leur soif, mais poussés par la maladie. 11 en est qui se précipitèrent dans la mer. Mêmes remarques quant à la nourriture que les malades n'acceptaient pas volontiers. Beaucoup, manquant de soins, mouraient de faim et d'épuisement. Des malades n'ayant ni coma, ni délire, voyaient leurs bubons se sphacéler et succombaient dans les plus cruelles tortures. Ceux qui n'avaient pas conservé leur raison semblaient indifférents à ces complications.

« Quelques médecins, ne connaissant pas cette maladie, et pensant qu'elle avait surtout son siège dans les bubons, voulurent ouvrir des cadavres. Us disséquèrent ces bubons charbonneux de mauvais caractère. Les uns moururent subitement, les autres quelques jours après : quelques uns avaient sur tout le corps des pustules noires de la dimension d'une lentille. Il en est qui ne survivaient pas seulement un jour, mais qui succombaient en une heure. Beaucoup mouraient subitement en vomissant une grande quantité de sang.

<c Cependant, je puis affirmer ceci, c'est que les médecins les plus illustres ont prédit la mort de malades qui, peu après, entrèrent en convalescence, et, par contre, la guérison d'individus qui succombèrent. Aussi faut-il reconnaître que les causes de cette maladie dépassent la portée de l'in-

telligeûce humaine; il en était de même des suites; à ceux-ci le bain était utile; à ceux-là il était mortel. Parmi ceux gui étaient abandonnés et qui manquaient de soins, beaucoup succombaient, beaucoup <l'autres survivaient, contrairement à toute prévision. Quant au traitement, il avait une issue différente chez les uns et chez les autres. En un mot, on ne connaissait aucun remède salutaire qu'on pût employer avec certitude, comme préventif ou comme curatif ; car on tombait malade sans cause connue, et on guérissait comme par hasard.

« Les femmes grosses qui étaient atteintes de la peste étaient menacées d'une mort certaine. Les unes mouraient après avoir avorté, les autres mouraient après Taccouchement, ainsi que le nouveau-né. Trois cependant survécurent; mais les enfants étaient morts. Une autre, au contraire, mourut en accouchant, et Tenfant survécut.

« Ceux qui avaient un bubon qui arrivait à Tétat purulent survivaient, parce qu'il était évident que la force du charbon s'épuisait en s'abcédant. Ce fut là, en général, un signe de bon augure. Mais Tissue était mauvaise pour ceux chez qui le bubon conservait sa dureté. Il arriva que quelques uns éprouvaient comme un feu dans la cuisse, ce qu'on observait quand le bubon ne contenait que du pus. Il y eut des malades qui guérirent en conservant un peu de contraction de la langue, de sorte qu'ils restèrent bègues ou embarrassés pendant le cours de leur existence.

« La peste régna pendant quatre mois à Byzance; mais elle fut surtout intense pendant trois mois. Au commencement, la mortalité fut peu augmentée ; mais, le fléau s'aggravant, le nombre des morts s'éleva chaque jour à 5,000 environ, puis à 10,000 et plus. Au début, chacun put inhumer les siens • puis on inhuma dans les fosses étrangères, soit par fraude, soit par violence ; puis ce fut un désordre général. On vit des serviteurs abandonnés de leurs maîtres, des maîtres très riches abandonnés de leurs serviteurs, soit par maladie, soit par cgoïsme. C'était une désolation générale. A ce point que beaucoup restèrent sans sépulture. L'empereur s^en émut et chargea Théodoros du soin de faire

iuhumer les morts, en meUant à sa dispositiou des soldats et de Targent... Dès lors, les gens aisés purent faire enterrer leurs parents; avec les sul)sides fournis par l'empereur, Théodoros put faire inhumer les pauvres. C'est parla qu'on eût dû commencer. Bientôt tous les tombeaux furent remplis».. On imagina ensuite de jeter les cadavres dans les

tours qui flanquaient les murs Une odeur infecte fut

portée par les vents sur la ville, qui vit augmenter le fléauo

« Les inhumations se faisaient sans les rites habituels : on n'accompagnait plus les morts ; il n'y avait plus de chants funèbres. On croyait avoir fait assez lorsqu'on avait porté les cadavres près de la mer, où on les jetait, les abandonnant aux flots...

ce A Byzance, on ne rencontrait personne sur la place publique. Les gens valides restaient chez eux, soignaient leurs malades ou pleuraient leurs morts. On ne rencontrait au dehors que ceux qui portaient les cadavres. Plus d'affaires, plus de travaux ; de là, une famine excessive,.. L'empereur lui-même en fut atteint, et il eut un bubon (mX «utû «^àp (uvÉïttas 9ou€ttVft Mpdai)... Il guérit. ^

Nous nous sommes arrêté longuement sur cette peste, qui dura jusqu'à la fin du siècle, parce que c'est Tune des plus terribles que l'on ait observées et que la description de Procope est d'une grande précision. Il donne sur les bubons pestilentiels des détails qu'on ûe rencontre dans aucun des écrivains ou des médecins qui l'ont précédé, détails beaucoup plus complets que ceux qui sont indiqués d'une façon si sommaire dans Hippocrate, et même dans Galien, qui a été aussi quelque peu témoin d'une épidémie de peste. Car, assurément, nous ne considérons pas comme une peste la maladie décrite par Thucydide, maladie qui sévit à Athènes 429 ans avant Jésus-Christ, et qui ne fut, selon nous, qu'un typhus exanthômatique. Thucydide, si précis dans sa description, ne dit pas un mot des bubons qui sont le symptôme caractéristique de la peste (1).

(1) Gorlieu, La Pefte d'Athènes^ Revue scientifique, mars 1884.

EVAGRios (Éua-ypioç) raconte, dans son Histoire ecr.léstas" tiqtùe (1), que la peste connue sous le nom de peste de Justin nien, dura cinquante-deux ans ; qu'elle fut la plus horrible qu'on eût jamais vue; qu'elle sévit lorsqu'il suivait les écoles (il avait 23 ans), et qu'elle donnait lieu à l'apparition de bubons dans Taine. Les principaux symptômes étaient les suivants : les yeux étaient injectés, le visage bouffi, la gorge était prise ; il y avait de la diarrhée, des bubons dans l'aine, de la fièvre. La mort survenait le deuxième ou le troisième jour, avec ou sans troubles intellectuels. On observait des charbons (àvdpoxe;) sur tout le corps.

Agathias (A-yadtaç) racontc, à son tour (2), la peste qui se montra de nouveau, en 558, à Byzance, qui ne fut pas moins terrible, et dans laquelle on observa les mêmes symptômes, c'est-à-dire la fièvre avec des bubons (-irupeTol -yàp «irl

pOuSûoiV àviiffTOVTO )

En résumé, cette description de la peste nous donne, pour la première fois, l'énumération complète des symptômes caractéristiques de la maladie ; c'est ce qui nous a engagé à traduire intégralement le chapitre du livre de Procope, bien que ce morceau dépasse les limites que nous nous sommes imposées dans V Histoire des médecins grecs.

Nous ne citerons que pour mention, et sans suivre Tordre chronologique, la peste qui sévit la septième année du règne de Dioclétien (291). Elle est indiquée, en quelques lignes seulement par Georgius Cedrenus, moine grec du xi* siècle, qui a écrit une chronique de* tous les faits qui se sont passés depuis la création du monde jusqu'en 1057 (8). Il

(1) Evagrios, avocat (oxoXootocoç) d'Antioche, est né vers 536. Il a écrit une Histoire ecclésiastique en six livres, depuis 431 jusqu'en 593. (V. Liv. IV, chap. 29, Ed; Grœc. lat. — Parisiis. 1673, in-fo, p. 403.)

(2) Agathias était aussi un avocat, qui vécut sous le règne de Justinieu (527-565), dont il a écrit Thistoire, depuis 532 jusqu'en 559. Il a été le continuateur de Procope.

(3) But. Byx.y Ed. Nierburh, T. II, p. 467.

signale, sous Dioclétien et Mâximien, la famine, la sécheresse et la peste. l\ mentionne la présence d'ulcères appelés charbons brûlants, qui se montraient sur tout le corps (IXxo;

^ï j[v çcptf>vup.(ii>ç Toû irupû^ou; àvdpoucoç Xe'^opi.evovy xad' 5Xov p.iv Iptrov to

Plusieurs siècles plus tard, Nicéphore Grégoras, historien grec, qui mourut vers 1360, a mentionné, dans sou Histoire de Constantinople^ la peste qui sévit en 1347, (Livre XIII, pages 797 et 798). Il dit qu'à cette époque, une maladie pestilentielle grave, venant de la Scythie et des bouches du Tanais (Don), sévit pendant un an sur tout le pays et s'étendit jusqu'aux colonnes d'Hercule. L'année suivante, elle envahit les îles de la mer Egée, La maladie enlevait riches et pauvres, hommes et femmes, jeunes et vieux, sans distinction. Des maisons étaient vides en un ou deux jours. Les animaux domestiques en furent atteints. On constatait la présence de tumeurs ou bubons à la racine des bras et des jambes, avec ulcération sanguinolente [6^x.(ù^Tnç T6 EXîpuffiç Ttç lïspt xà; àpxÀc twv {ii.Y)pûv xai twv Ppax^ovuv

xat â{Aa atpi.*Tw^y;ç (pôoYi.). Andronicos, fils de l'empereur, en mourut (1).

Jean Cantacuzène (KavraxouWvoç) usurpa le trône de Constantinople à la mort d'Andronic III, en 1341, abdiqua six ans après et se fit moine au mont Athois. Il a consacré sa retraite à écrire V Histoire de l'empire d'Orient, de 1320 à 1390. Il donne (Liv. IV, chap. 8) une description assez détaillée de la peste de 1347, dont il a été témoin oculaire. Après avoir dit l'origine du fléau, l'impuissance des médecins à le combattre, il signale les principaux symptômes, qui consistaient en une fièvre très forte, avec céphalalgie, stupeur, somnolence profonde, embarras consécutif de la langue. Chez les uns, la maladie semblait se localiser dans les poumons; chez les autres, vers la région cardiaque, avec douleurs vives, crachats sanguinolents, haleine fétide, se-

(1) Même collection, p. 797.

l3Ô LÉS MÉDECINS GREdS.

cheresse de la langue et de la gorge, altération plus ou moins prononcée, mais contre laquelle les boissons étaient sans effet; insomnie; apparition de phlegmons dans Taisselle, sous les mâchoires ou dans d'autres régions, suivis d'abcès

ou d'ulcères, et présence de papules noires {inoardanç è-^ivovro

Mt (A^xaivat çXujcTi^i; àve<pu&vTo). Quelques uns kvaient des stigmates noirs par tout le corps : chez les uns, ils étaient plus rares et plus apparents ; chez les autres, plus serrés et moins visibles. Tous succombaient.

Il survenait de grands abcès aux cuisses et aux bras :

leur incision donnait issue à une sauie abondante et fétide, et la maladie se terminait heureusement par l'évacuation de cette matière nuisible. Beaucoup guérissaient, contrairement à toute prévision. Il n'y avait pas de remède certain : ce qui avait réussi à l'un était mauvais pour l'autre (1)

Si nous avons fait de longs emprunts aux historiens byzantins, c'est qu'ils jettent, selon nous, une vive lumière sur la peste, dont quelques uns ont été les témoins, et que tous sont d^accord pour l'énumération des symptômes et pour la présence des bubons caractéristiques.

ALEXANDRE, de Thalles.

Alexandre est né à Trâlles, aujourd'hui Sultan Hissar, ville de Lydie, au sud du Méandre, dans le vi<^ siècle. C'était l'une des villes de l'Asie mineure où Ton parlait le grec lo plus pur, à cause du voisinage des îles de la mer Egée, qui faisaient un grand commerce avec la Grèce et l'Asie. Son père était médecin et s'appelait Stéphanos, comme il nous l'apprend lui-même. Il eut pour maîtres son père et le père de Cosmas, à qui plus tard il dédia ses livres, sans doute par reconnaissance. Il voyagea en Gaule (2), en Espagne, en Italie et y acquit une grande réputation. C'est en Gaule

(1) Même collection, T. III, p. 49.

(2) Edit. Puschmann, Wien, 1878-1879, liv. I, ch. 15, p. 565.

ALEXANDRE, DE TRALLES. l3l

qu'il apprit à traiter Tépilepsie par Tusage des testicules de coq, en Espagne, par l'emploi du crâne d'âne broyé et brûlé. Il séjourna quelque temps à Rome, comme il nous le fait savoir, à propos d'un homme qu'il a connu et qui se guérit d'un œdème de la glotte, par des fomentations salées. Dans les livres VII, VIII, IX, il loue les vins d'Italie. En Élrurie, il apprit d'un paysan que l'odeur de la rue est avantageuse aux épileptiques. Néanmoins, c'est en Egypte et en Phénicie surtout, qu'il paraît avoir habité le plus longtemps. La réputation qu'il s'acquit fut telle qu'on le désigna souvent sous la qualification de tarpoç, le médecin par excellence.

Après ses longs voyages^ et arrivé, comme il le dit luimôme, à un âge avancé, il rédigea, à la demande de Gosmas, le fils de son ancien maître, le résultat de son expérience sur le traitement des différentes maladies. Son ouvrage a été divisé en douze livres et Alexandre suit l'ordre topographique.

La pathologie d'Alexandre commence par le traité des fièvres, qui sert, pour ainsi dire, de prolégomènes à l'édition de Puschmann et qui constitue le livré XII de l'édition de Guinter (Gontier) d'Andernach. Il les distingue en fièvres éphémères, fièvres de fatigue ou courbature, fièvres par crudité des humeurs, fièvres scptiques (èrl tniJ^ei), fièvres ardentes, hectiques, quotidiennes, tierces, quartes, etc. Il considérait ces dernières comme produites ou par la bile jaune, ou par la mélancolie, ou par le sanc^, d'où la différence du trait(3ment, qui consistait eu purgatifs, en vomitifs, en préparations salées, eu sudorifiqucs, etc.

Dans le livre I, Alexandre parle de l'alopécie et de son traitement, de la chute des cheveux, des pommades et des teintures, du pityriasis, des gourmes, des achores, dufavus. (jt^p^ov). 11 s'occupe ensuite de la céphalalgieetde ses causes, telles que l'insolation, Tintempério des humeurs, les troubles de l'estomac, la fièvre, la boisson, les coups, etc. Il admettait une migraine essentielle et une migraine sympathique. Il considérait la phrénitis comme le résultat de l'altération de la bile jaune, bien difléreute du délire, donnant lieu à la perte de la raison, du sommeil, aux mouvements dés-

ordonnés et nécessitant un traitement actif et hygiénique qu'Alexandre expose avec beaucoup de détails. La léthargie était engendrée par un excès de pituite et était considérée comme'étant de la même famille que la phrénitis. L'épilepsie ou maladie sacrée, ou maladie d'Hercule, était parfaitement connue et très longuement décrite par Alexandre, qui expose, outre le régime alimentaire et hygiénique, une longue série de médicaments, parmi lesquels on est surpris de trouver les testicules de coq, le sang humain, la poudre de crâne d'âne, les pierres précieuses, les errhins. Dans l'épilepsie qui ne provient ni de la tête, ni deTestomac, Alexandre pensant que la maladie avait sa source dans les membres inférieurs, d'où partent les premières manifestations, ou aupat, appliqua à cette région des médicaments ulcérants et cela avec succès (ch. 15). C'est, croyons-nous, la première indication de cette sorte de révulsif dans Tépilepsie.

Il nous semble avoir porté plus loin que ses devanciers l'étude de la mélancolie, qu'il considère comme produite non par une seule humeur, mais par plusieurs qui se mélangent, d'où la variété des symptômes, la tristesse, la gaieté, la colère, la morosité, le désir ou la crainte de la mort, les rémissions lucides. Il admettait au nombre des causes la crase du sang, son mélange avec un excès de bile, avec des humeurs plus épaisses et mélancoliques, etc. La cause avait une influence caractéristique sur les symptômes. Il rapporte avoir observé une femme qui tenait le doigt médius toujours tendu, croyant qu'elle soutenait ainsi le monde; une autre croyait avoir avalé des serpents ; un homme croyait ne plus avoir de tête, etc. (T. i, p. 605.) Le traitement était tout naturellement subordonné à la cause, c'est-à-dire qu'il consistait surtout en émissions sanguines, en purgatifs, veratrum album, bol d'Arménie, régime, bains, etc.

Le livre II est tout entier consacre aux maladies des yeux. Alexandre ne parle que de l'inflammation ou congestion, des douleurs, de la nyctalopie, de la suflusion de Tanchilops, etc. Il donne un nonjbre considérable de formules de

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collyres; mais il n'indique aucune opération chirurgicale. Dans les collyres qu'il conseillait entraient souvent le blanc d'œuf, les plantes astringentes, narcotiques, les sels de cuivre, etc.

Le livre 111 traite des maladies des oreilles, des parotides, du nez et des dents : c*est Galien qu'il a mis à contribution pour le dernier chapitre.

Dans le livre lY, Alexandre traite des angines dont il admet quatre espèces, selon leur siège, les synanches, les parasynanches, les cynanches et les paracynanches. On se rappelle que Galien employait les mots synache pour désigner Tinflammation externe, et cynanche pour l'inflamma* tion interne. (Voir p. 34.)

Les livres V, VI et une partie du livre Vil sont consacrés aux maladies de la poitrine, à la toux, à la péripneumonie, aux phymies, à la pleurésie, à Thémoptysie, aux expectorations purulentes. C'est dans le chapitre 4 du livre v, qu'Alexandre rapporte Tobservation d'un malade qui rendit des calculs dans ses crachats, phénomène déjà signalé par Galien. 11 indique beaucoup de remèdes béchiques, le diaccde et le régime à suivre.

Alexandre, de Tralles, donne la déûmtion exacte de la pleurésie, qui ne consiste pas seulement en une douleur de côté, mais dans l'inflammation de la plèvre, avec fièvre, etc. 11 la distingue de la simple douleur de côté et de l'hépatite. Dans le traitement, il attache une grande importance aux scarifications locales, aux boissons abondantes^ surtout à la tisane d'orge.

Dans le chapitre sur l'hémoptysie, Alexandre donne le diagnostic différentiel des crachements de sang, selon que le sang vient des poumons ou de la gorge. 11 donne un traitement détaillé variant selon la source de l'hémorrhagie; il indique les cas où l'on doit employer la thériaque, les eaux chaudes naturelles, le lait. 11 dit avoir employé avec succès la saignée du pied, mais peu abondante (p. 191). Il entre dans beaucoup de détails sur le régime reconstituant, sur la nourriture, le gibier, les perdrix, les testicules de coq, auxquels il avait grande confiance, certains poissons, les jaunes

d'œufs ; cotnme boissons, il conseillait la grande consoude, le pourpier, la seconde écorce de chêne, etc.

La fin du livre VII est consacrée à Texpectoration purulente, aux maladies de Teslomac et des intestins. Alexandre conseillait dans certains cas de dyspepsie flatulente, les préparations topiques de cuivre et d'alun (<rru7mipiav O-^pà^ fAerà xaXxàvôou) (T. II, p. 267). Alexandre indique une faim canine produite par le trop grand froid, par la chaleur, parla bile. Dans le chapitre 4, sur la boulimie, il rapporte robservatioû d'une femme qu'il guérit en lui prescrivant la poudre d'hiôra* picra. Cette poudre provoqua l'expulsion d*an ver de plus de douze coudées, environ cinq mètres et demi. (Édit. Pufichmann, T. ii, p. 253.)

Le livre VIII tout entier est consacré au choléra ou flux de bile, et à la colique, qu'Alexandre distingue des douleur» néphrétiques. Ce livre est peut-être le plus complet de tout l'ouvrage, et le traitement est étiologique, pharmaceutique et hygiénique. Il indique dans le traitement des coliques pal» Obstruction intestinale l'usage du plomb (T. ii, p. 363) et du cuivre en solution, sans que ces métaux aient donné lieu à des accidents. Dans l'éd. Puschmann, la colique constitue le ch. 2 du livre VIII. Dans l'édition de Guinter ^Gontier) d'Andernach, c'est le livre X.

Le livre IX traite des maladies du foie, de la rate, de la dysenterie et de quelques autres maladiesdes intestins. Alexandre donne le diagnostic des phlegmasies, selon qu'elle^ occupent telle ou telle partie du foie : il rapporte un grand nombre de formules de médicaments tant internes qu'externes conti'e le squirrhe, les obstructions, etc. Dans le cancer du foie, il conseillait les boissons ferrugineuses. Il admettait différentes espèces de dysenteries, — des hépatiques, des rhumatismales, des ulcéreuses. Sa thérapeutique était variée et comprenait un régime sévère et minutieux, dans lequel le lait jouait un rôle important. Dans la dysenterie ulcéreuse, Alexandre expose le diagnostic selon que les ulcérations siègent dans les parties supérieui-es ou inférieures des intestins. Il paraît être un des premiers qui aient fait usage de la rhubarbe contre la dvseiiterie. Contre ies ulcérations

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intestinales j il prescrivait des pastilles dans lesquelles entraient Tarsenic, la sandaraque et la chaux (oh. 3^ p. 427). Il conseillait aussi une boisson composée de lait, dailsleqUel on projetait des globules de fer incandescent. Il reconnais* sait des inflammations de la rate produites par le sang, pai* la.bile, par la mélancolie et par la pituite. C'est la théorie humorale dans toute sa pureté.

Dans le livre X, Alexandre traite de Vascite conséeu* tive aux maladies du foie, des maladies de la rate, des reins^ de la vessie, du diabète, des pertes séminales et du priapisme. Il reconnaissait une ascite produite par Tin^ duration du foie et de la rate^ il était grand partisan des évacuants, conseillait Thiérapicra^ le sue de sureau, les pas^ tilles d'amandes amères, dans la confection desquelles eil* traient Tabsinthe, la gomme, Tanis, la graine de persil, eto» Contre Tanasarque, il prescrivait également les évacuants^ les légumes, les racines de persil, la décoction de poireaux^ les asperges et les sels de cuivre- Alexandre (livre XI) considérait la présence des calculs dans les reins comme le résultat d'humeurs visqueuses et épaisses : il en donne le diagnostic et conseille surtout les grands bains, les infusions de camomille, de chardon, de persil, d'anis, de racines de quintefeuille^ de fœnu grec, etc. 11 recommandait de boire beaucoup d'eau tiède avant les repas, d'éviter les mets échauffants^ les œufs durs, le repos prolongé sur des lits de plumes, l'usage du poisson, des huîtres, etc.

Alexandre connaissait la néphrite et ses complications, la strangurie, la présence de calculs, de pityriase dans les urines, et le traitement qu'il indique révèle en lui un praticien sérieux, sachant prescrire avec le plus grand soin les médicaments curatifs, prophylactiques^ ainsi que le régime approprié.

Alexandre, dans le court chapitre qu'il consacre au diabète, définit cette maladie : un flux immodéré d'urine, avec soif excessive. Il l'attribuait à un excès de sécheresse et d'âcreté du foie. On ne connaissait pas encore le diabète sucré, dont ladéçouverle est duc à Willis, en 1674. Alexaii-

dre conseillait de boire et de manger en abondance pour prévenir la consomption.

Dans le livre xii, il traite de la podagre, dont les causes sont nombreuses et variées et dont le traitement, subordonné aux causes, repose sur les évacuants et surtout sur le régime. Comme préservatif des tophus, il conseillait une boisson dans laquelle entraient la centaurée, la gentiane, la camomille, le persil, etc.

On possède encore d'Alexandre de Tralles une Lettre sur les Helminthes j lettre de quelques pages, reproduite par Ideler, dans Physiciet medici grœci minores (T.i, p. 305-311). Elle est adressée par Alexandre à un de ses amis, Théophile, qui lui avait demandé des conseils pour son fils. Il distingue trois espèces de vers, les ascarides, les strongles et une espèce de vers plats qui peuvent acquérir jusqu'à seize pieds. Ils sont engendrés par l'usage d'eaux mauvaises ou par des humeurs corrompues. Alexandre expose les symptômes occasionnés par les vers, leur traitement selon qu'il y a fièvre ou apyrexie, selon que les vers sont plats ou ronds. Il indique contre les vers plats ou taenias, le cresson, les noix, les feuilles de myrte, les fleurs de grenadier (poio; ^ àv6r.), la racine de mûrier, l'héliotrope amer, Thysope, etc.

Ce qui caractérise surtout Alexandre de Tralles, c'est le soin qu'il a apporté dans le diagnostic des maladies. Sa thérapeutique est riche et sagement ordonnée; néanmoins, on peut lui reprocher de pousser trop loin l'amour de la polypharmacie, d'ajouter foi à des amulettes, à des sortilèges vraiment indignes de lui. Il cite assez souvent ses devanciers et n'accepte pas toujours leurs opinions; on le voit quelquefois en contradiction avec Galien lui-même. Alexandre peut, malgré ses défauts, être considéré comme l'un des meilleurs médecins du moyen âge.

Alexandre ne s'occupe ni de chirurgie, ni des maladies des femmes, ni des accouchements. Il ne traite que de la médecine proprement dite, mais avec une netteté que nous n'avons pas encore rencontrée chez ses devanciers.

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