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Riolan, Malpighi, Bouvard, n’ont pas montré moins de respect pour la religion ; et l’un deux termine un de ses ouvrages en disant qu’il vient de composer le plus bel hymne en l’honneur de la Divinité. Winslow était protestant : il dut sa conversion à ses études profondes en anatomie. Le grand Haller a consacré l’idée d’un Être suprême dans cent endroits de ses nombreux écrits. Zimmermann, De Haen, Tissot, Stoll, contemporains et amis de Haller, partagèrent ses principes religieux. — Darwin, cet auteur profond et étonnant de la Zoonomie , déclare qu’il croit avec saint Paul, que la seule cause première et immatérielle de tout mouvement est Dieu, et, avec cet apôtre, il admet une différence entre le psyché ou esprit vivant, et le pneuma ou esprit vivifiant.
La génération présente serait-elle donc entachée de matérialisme, lorsque tous les médecins et physiologistes reconnaissent à l’envi l’existence d’un principe vital, quoique sous des noms différents ? Telle était la doctrine de Barthez, de Griinaud, de Vic-d’Azyr, de Dumas, de Chaussier, de Béclard et 'de Bichat; telle était aussi la pensée de Corvisart, de Hallé, de Bayle et de Laennec ; telle est encore celle de tous les médecins et physiologistes vivants. Il était même bien éloigné des idées d’athéisme et de matérialisme qu’on lui a supposées, le célèbre auteur des Rapports du physique et du moral. Si, dans cet ouvrage remarquable quoique souvent bien superficiel, Labanis ne s’est attaché qu’aux effets patents de l’organisme, sans remonter aux causes premières, c’est parce qu il écrivait à une époque qui exigeait cette réticence, et
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non parce qu'il les méconnaissait. Vous pouvez en juger, par les deux phrases suivantes que nous empruntons à sa Lettre sur les Causes finales : « On ne peut méconnaître, dit-il, que des forces actives animent toutes les parties de la matière : rien n’est plus frappant et plus certain ; » et ailleurs : « Pour faire concourir au même but toutes ces puissances, toutes ces divinités particulières, il faut toujours un Dieu suprême. »
Je me dispenserais de vous parler de Gall , si la doctrine de la pluralité des organes cérébraux ne l’avait pas fait accuser de matérialisme. Cependant ce reproche ne repose que sur de fausses données : Gall n’a jamais été ni athée ni matérialiste : personne n’a rendu un plus sublime et plus éclatant hommage à la Divinité ; personne n’a fait de plus grands efforts pour distinguer les facultés de l’âme des fonctions cérébrales.
Si les médecins, pris en particulier, n’ont pas été matérialistes ni athées, il eût été bien plus difficile, pour ne pas dire impossible, qu’une réunion d’hommes un peu nombreuse eût pu professer une semblable doctrine. Aussi, n’y a-t-il eu jamais aucune société de médecine, aucune laculté, aucun ouvrage périodique qui ait consacré ces déplorables maximes, pas même dans ces temps de hideuse mémoire , oii le délire révolutionnaire semblait vouloir engloutir la Divinité et dévorer l’espèce humaine. Partout nous voyons prédominer le vitalisme et l’animisme. Une Faculté même, la plus riche de glorieux souvenirs, conserve avec orgueil son antique serment, qu’elle lait prononcer a chaque aspirant au doctorat, et dans
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lequel se trouve ce début : «Je promets et je jure au nom de l’Ètre suprême, d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.» Si vous feuilletez le grand Dictionnaire des Sciences médicales , ce dépôt précieux et prolixe de nos connaissances, vous y trouverez les plus belles pages en l’honneur de la Divinité et contre le matérialisme.
Ainsi, nulle part dans leurs écrits, les médecins n’ont enseigné l’athéisme ni le matérialisme ; et toutes les fois que le sujet les y a conduits, ils ont reconnu, soit un principe vivifiant de la matière organisée, soit, en dernière analyse, un Être suprême moteur et conservateur de toutes choses.
Cependant, nous dira-t-on, plusieurs médecins ont été reconnus coupables des opinions dont vous les justifiez. U en est trois surtout, dont l’histoire a conservé les noms : ce sont Arnaud de Villeneuve, Servet et de La Mettrie. — En supposant que l’accusation fût vraie, elle ne prouverait rien, parce que les fautes sont personnelles, et qu’il serait injuste de les faire retomber sur le corps tout entier. Si l’on en usait ainsi, le monde entier serait inculpé, parce qu’il y a eu des athées et des matérialistes dans
toutes les professions ; les ministres des autels eux -mêmes
n’en seraient pas exempts : car ils ont compté plus d’un renégat. Il n’y aurait donc rien d’étonnant que sur l’immense quantité des médecins qui ont écrit, on en comptât jusqu’à trois qui auraient énoncé des principes d’athéisme et de matérialisme. Cependant, à l’exception de La Mettrie, ces trois médecins mêmes, ne furent ni athées ni matérialistes. En ellet, Arnaud de Villeneuve, médecin et ami
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du pape Clément V, se mêla beaucoup de théologie. Ce fut pour quelques phrases peu favorables à la vie monacale et à la souveraineté absolue des papes , qu’il fut déclaré seulement hérésiarque quatre ans après sa mort.
— Servet fut brûlé vif pour cause d’irréligion, mais ce fut à Genève, sous les inspirations jalouses de Calvin, et à la suite de la plus inique des procédures, sans qu’il fût question d’athéisme ni de matérialisme.
De La Mettrie seul, athée gagé du roi de Prusse, a prêché franchement l’athéisme et le matérialisme. Mais, en même temps, que de contradictions, que de concessions lui sont échappées ! Dans la Préface de son traité le plus * philosophiquement impie, il prie Dieu surtout de ne point lui ôter le nécessaire et la santé. Dans le corps même de l’ouvrage, il appelle un athée un abominable homme. Puis il reconnaît un Être suprême, auquel il donne le nom de nature, comme nous lui donnons celui de Dieu, comme les Anglais lui donnent celui de God : le nom seul est changé. Il est forcé d’admettre dans la machine homme, un ressort, un principe incitateur, l 'mormon d’Hippocrate, l’âme; mais-, pour ne pas l’appeler comme tout le monde, il lui donne le nom d’imagination. Enfin, chose étonnante! rougissant plus tard de ses grossières erreurs, il a pris soin de se réfuter lui-même dans son Traité des Animaux plus que machines. Ses ouvrages deviennent même une preuve que les médecins, bien loin de les adopter, ont rejeté avec horreur les maximes perverses et les doctrines qui y sont enseignées, puisqu’ils en ont fait justice en les condamnant à 1 oubli le plus dédaigneux. Depuis long-
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