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stants, l’autre vivant et plein de santé ! Vainement vous vous adressez à tous les sens du premier ; il n’y a plus ni sensations, ni perception, ni pensée, ni volition : ses organes rentrent dans le domaine des lois physiques, et la corruption s’en empare. Tandis -que le second sujet perçoit toutes les sensations, pense et réfléchit, agit à volonté et résiste à la destruction cadavérique. Pourquoi cette immense différence? S’il n’y avait que de la matière dans l’un et dans l’autre, pourquoi le sujet mort n’agirait-il plus? Celui qui est vivant a donc en lui un principe insaisissable. C’est la vie, direz-vous. Mais qu’est-ce que la vie? Quel est donc ce mot magique que vous n’auriez créé que pour voiler votre ignorance ? Essayez donc, matérialistes habiles, de faire encore de la vie dans ce cadavre inanimé. Eh quoi ! tout votre art est impuissant : vous ne pouvez rien contre la mort ! Or, cette vie de quoi dépend-elle? De l’exercice des fonctions. Et ces fonctions, qu’est-ce qui les fait exécuter? Quel est l’agent incitateur commun qui anime tous les organes et leur donne le mouvement ? C’est là le point difficile. C’est là que les théories viennent s’entre-croiser pour expliquer ce phénomène important... Il n’entre point dans mon plan de chercher à pénétrer l’essence et la nature de ce principe. J ai voulu démontrer que l’étude de l’homme ne conduisait point au matérialisme, et je ne pense pas qu’il puisse rester de doute à personne. Qu’on l’appelle âme, archée, esprit ou principe vital, flamme de vie, irritabilité, chimie vivante, tonicité, le principe est le même. Il est consumé par le fait. C est quelque chose de plus que la ma-
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tière, et en dehors de la matière qu’il vient animer et dont il est impossible d’avoir raison autrement. Tous les physiologistes observateurs sont forcés de le reconnaître.
D’ailleurs, si l’étude de l’homme conduisait au matérialisme et à l’athéisme, aurions-nous vu si longtemps et à tant de reprises différentes le sacerdoce médical uni et confondu avec le sacerdoce divin? Aurions-nous vu si souvent et verrions-nous encore de nos jours des médecins, riches d’instruction, embrasser le culte religieux et en briguer les fonctions sacerdotales? Verrions-nous un aussi grand nombre de prêtres étudier l’homme physique aussi bien que l’homme moral? Aurait-elle fourni à Thomas Browne les plus belles pages de son traité de la Religion du médecin ? Aurait-elle porté Denys Balme (du Puy) à venger les médecins de l’injuste inculpation d’irréligion? Aurait-elle enfin inspiré une foule cl’auteurs de physiologie, telles que Buisson et Bérard, et les docteurs Bourdon, Lepelletier, Dufour et tant d’autres? Aurait-elle décidé le prélat le plus célèbre de l’Église gallicane, Bossuet, cet athlète redouté de l’hérésie, que l’on plaçait de • son vivant parmi les Pères de l’Eglise, à conduire luimême aux savantes leçons de Duverney son élève royal, et à composer pour lui un traité d’anatomie ? La conduite de ce grand personnage ne parle-t-elle pas plus haut que tous les détracteurs de l’étude de l’homme ? Son exemple ne démontre-t-il pas que, bien loin de conduire à l’athéisme, l’anatomie ne peut qu’en éloigner? Oui, sans doute, les merveilles de notre organisation fournissent les preuves les plus certaines de l’existence de Dieu ;
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bien mieux que tous les raisonnements, elles suffiraient pour confondre les sophismes du matérialisme.
Puisque, après leurs écrits et l’objet de leurs études, il est évident que les médecins n’ont pu être ni athées ni matérialistes, il faut que l’opinion qui les accuse ait puisé ses raisons dans leur conduite. Or, scrutons cette conduite dans tous ses points, et elle nous fournira de nouvelles preuves du contraire. Nous négligerons même de vous présenter la plupart des médecins remplissant leurs devoirs de religion avec autant de zèle que les autres gens du monde, quoique leurs occupations y soient bien souvent un obstacle. 11 n’en est pas un qui se refuse aux cérémonies religieuses du mariage, lorsqu’il choisit sa compagne. Il n’en est pas non plus qui ne fassent élever leurs enfants dans le sein de la religion dans laquelle ils sont nés, ou qui se refusent aux dernières prières de l’Église, lorsque la maladie ou la mort vient les frapper.
Nous n’examinerons que leur conduite morale.
Sans cesse appelé auprès de l’homme souffrant, le mé- • decin ne se contente pas de lui prodiguer les secours de son art bienfaisant, il puise dans la morale et bien souvent dans la morale évangélique, les motifs de consolation les plus puissants ; et il s’en sert pour arracher au désespoir le malheureux déchiré par la violence de ses douleurs ou par l’effroi de la mort. Et dans ce ministère sacré, quel est celui qui, dans le grenier de l’indigence, n a pas déposé le denier de la veuve ou de l’orphelin pour procurer au malade les secours dont il a besoin ? Qui ne connaît le trait admirable de Bouvard ? Et Bouvard a eu
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bien des imitateurs. Le fait suivant est parvenu à ma connaissance, qu’il me soit permis de vous le rapporter. Une personne allait perdre le seul emploi qui fournissait à son existence, parce que des malheurs l’avaient forcée d’entamer une recette dont elle ne pouvait plus combler le déficit. Le moment critique du versement approchait. Un sombre désespoir s’empara d’elle, des crises violentes et une sorte de délire vinrent alarmer la famille. Quelques mots entrecoupés firent soupçonner la cause du mal, et le médecin en obtint l’aveu. Il fit sa prescription en conséquence : c’était un bon de mille écus, somme qui manquait à la caisse. La maladie fut bien vite dissipée.
Il ne se forme pas une société de bienfaisance que les médecins n’y figurent en première ligne. Il ne peut même y avoir de véritable société de bienfaisance sans médecin; car les bienfaits sont pour secourir, moins la misère en santé, que la misère infirme et souffrante qui ne peut plus travailler.
Qu’ une épidémie meurtrière répande son souffle empoisonné, les médecins occupent les postes avancés. Plus la mort frappe autour d’eux et augmente le péril, plus ils redoublent leur zèle et leurs soins. Ils ne se contentent pas d’attendre le fléau dans leurs foyers, ils volent chercher au loin l’épidémie, autant pour apprendre à la connaître, afin d’être plus utiles à leurs concitoyens si elle vient les visiter, que pour porter des secours à des malades, au grand nombre desquels les médecins ordinaires ne peuvent plus suffire.
Ce n’est pas dans cette conduite perpétuelle de zèle,