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DEVOIRS DU MÉDECIN

Le premier, comme le plus essentiel des devoirs du médecin qui voit dans sa profession ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire un véritable sacerdoce, c’est de ne jamais refuser les soins de son art bienfaisant à celui qui vient les réclamer. Non-seulement le pauvre et le riche ont un droit égal au soin du médecin, qui a compris la sublimité de sa mission ; mais, si bas que soit descendu le coupable dans l’abîme du vice ou du crime, si, dans les angoisses de la maladie, il fait appel à la charité du médecin, celui-ci devra sans hésiter lui prodiguer ses soins avec un entier dévouement.

— La vie du médecin, ainsi que le dit Ilecquet, est une vie toute d’étude et de dévouement. Le principe qui lui commande de ne voir jamais dans l’homme qui souffre qu’un malade à soulager, lui commande également de répondre par un dévouement absolu à la confiance qu’on lui témoigne. Études, plaisirs, repos, tout doit être subordonné à cet intérêt suprême, tout doit lui être sacrifié. Sa réputation même, qui est son plus grand bien, il est des circonstances où le médecin doit généreusement la risquer, pour atteindre le but que sa mission lui assigne.

— En donnant à la femme qui souffre les soins de son art bienfaisant, le médecin doit se montrer plus sympathique, plus dévoué, plus délicat surtout que lorsqu’il s’agit des maladies de l’homme. Outre que la femme ressent beaucoup plus vivement que l’homme l’aiguillon de

la douleur, et que, plus affectueuse et plus tendre, elle a besoin davantage d’être consolée dans ses tristesses, elle est douée d’une finesse de tact, d’une perspicacité de sentiment qui lui permettent de reconnaître, avec une certitude presque infaillible, la part du cœur dans les soins qui lui sont prodigués. C’est ici surtout qu’il est rigoureusement nécessaire, même dans l’intérêt de l’efficacité de l’art, que le médecin s’associe par le jeu d’une réelle sympathie aux souffrances qu’il se propose de soulager : il faut qu’il trouve à chaque instant dans son cœur cette éloquence douce, affectueuse, qui ne frappe pas seulement l’oreille par des paroles banales, mais qui touche, console, se sente dans l’âme.

En même temps qu’il ne parlera jamais à la femme qui souffre, que d’une voix douce et amie, qu’il redoublera vis-à-vis d’elle de prévenance et de sollicitude, le médecin devra constamment, dans ses relations avec elle, se montrer plein de réserve et de circonspection. Sa pudeur doit lui être une chose sacrée.

— L’indulgence dont le médecin doit constamment user à l’égard des malades moroses devient pour lui un devoir bien plus impérieux encore, lorsque c’est la maladie elle-même qui aigrit le caractère et produit cette sorte d’humorisme médical. Il ne lui est pas plus permis, dans ces cas, de s’offenser des exigences, des murmures injustes d’un pauvre patient, qui est la première victime de ses cruelles préoccupations, que du délire ou de la fièvre dont il pourrait être accidentellement atteint.

Cette disposition n’est plus un simple travers d’esprit, une excentricité volontaire, c’est le symptôme d’une afTection morbide réelle, l’hypochondrie.

— Jusqu’à ses derniers moments l’homme souffre, l’agonie est une dernière lutte et non un dernier plaisir. Le médecin convaincu de cette triste réalité, réunira donc jusqu’à la fin tous ses efforts pour rendre plus facile à l’homme que son art n’aura pu sauver, ce pénible passage de la vie à la mort.

— C’est en vain que, renfermant le médecin dans le cercle de ses obligations professionnelles, on prétendrait que c’est à d’autres qu’à lui qu’il appartient de travailler à la réhabilitation morale de l’homme dans l’âme duquel s’est éteint le sentiment du devoir ; homme, comment cette mission pourrait-elle lui être étrangère? Il ne saurait sans doute prétendre à se substituer au ministre de la religion, dont la parole bénie est le véhicule de la puissance mystérieuse de Dieu sur l’âme humaine ; mais il peut préparer, il peut seconder heureusement cette salutaire influence.

S’il est cln devoir du médecin, lorsqu’il ne peut sauver la vie, de faire tout ce qui est en son pouvoir pour adoucir les derniers moments de l’homme, comment lui seraitil permis de s’interposer entre le moribond et le prêtre? Ah! laissez le prêtre s’approcher de cette âme qui l’appelle ; le Dieu, dont il est le ministre dévoué, met dans sa bouche des paroles ineffables qui endorment doucement l’homme dans la mort, lui découvrent la perspective d’une

autre vie, et l’y préparent par une union intime avec Dieu, là est la véritable euthanasie. L’homme meurt inconsolé lorsque ses derniers regards ne s’appuient pas sur la croix de bois qui sauva le monde.

Max Simon, Déontologie médicale.

Dans les maladies pestilentielles, avant de se charger de donner des soins aux malades, les médecins doivent s’examiner eux-mêmes, afin de savoir s’ils sont capables de satisfaire à ce qu’exige cette entreprise. Ils considéreront le danger perpétuel dans lequel va se trouver leur vie, et si, après cet examen, ils voient à gagner, soit à vivre, soit à mourir, s’ils trouvent de la volupté dans cette idée sublime qu’ils vont se dévouer à Dieu, à la charité envers le prochain, à leur propre vocation, alors qu’ils agissent.

j. Frank, Pathologie interne.

En acceptant le titre de médecin, l’homme contracte deux dettes également sacrées : l’une envers l’humanité et dans le présent, l’autre envers la science et pour l’avenir. Au présent, il doit tout ce que Dieu lui a réparti de génie ou de bonne volonté, de patience et de courage; à l’avenir, il doit le compte rendu de sa gestion médicale, car ceux qui viendront après lui profiteront de ses fautes comme de ses succès.

Münarut, Du Médecin de campagne.

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