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SOLITUDE

Le caractère et les sentiments gagnent dans la solitude non-seulement plus de propriété et de force, mais encore ils acquièrent une véritable élévation. Nulle part aussi nous n’apprenons davantage à nous connaître nousmêmes. Dans la retraite , nous sommes beaucoup plus près de nous, et nous vivons plus intimement avec nousmêmes. On peut, à la vérité, être sage et réfléchi dans le monde, surtout si l’on n’y entre pas sans principes; mais il est beaucoup plus difficile d’y rester bon et vertueux.

Zimmermann, De la Solitude.

Dans la solitude, on se laisse moins abattre par les revers et moins enivrer par les succès, parce qu’on n’est pas autant exposé aux coups de la fortune dans les lieux où la vie coule comme une ombre légère. On n’a pas besoin d’y être instruit par le malheur, pour concevoir que nous ne sommes rien devant Dieu, rien que par Dieu.

Le môme, ibid.

Dans la solitude, nous voyons de plus près et plus intimement l’œil qui nous voit tous. Le silence nous rappelle toujours à cette idée consolante, à ce sentiment doux et satisfaisant, que Dieu nous voit, nous environne, do-

3r»4 LES MÉDECINS MORALISTES,

mine sur nous et gouverne tout autour de nous par sa puissance et sa bonté. Partout nous apercevons Dieu dans la solitude. Délivrés de la fermentation dangereuse des sens, maîtrisés par des inclinations plus nobles, pleins d’une joie pure et inaltérable, nous y pensons plus sérieusement et plus vivement, avec plus de confiance et de liberté, à notre félicité suprême, et nous en jouissons en y pensant. Dans ce saint recueillement, toutes pensées ignobles, tous soucis, tous soins bas et terrestres disparaissent.

Le même, ibid.

La solitude peut vaincre les plus grands obstacles à la piété, si l’on veut employer tous les jours au recueillement et à la réflexion autant de temps que l’on en consacre au jeu et à la toilette.

Un penchant vif et décidé pour la solitude est quelquefois une heureuse vocation qui nous rappelle à Dieu.

Le même, ibid.

La solitude donne à l’esprit un goût plus exquis, des pensées plus étendues, une activité plus grande, et lui procure des plaisirs qui le mettent au-dessus de tout, et que personne ne lui ènlève.

Le même, ibid.

Tout le plaisir du monde perd ses charmes à chaque sacrifice qu’on fait à la vertu dans la solitude.

Le même, ibid.

En général, être seul n’est pas bon pour les affligés; néanmoins, la solitude change quelquefois une profonde tristesse en une douce mélancolie.

Le même, ibid.

La solitude détruit toute vaine ambition, en dépouillant tous les biens de la terre du faux éclat que leur prête l’imagination.

Le même, ibid.

Jamais grondeur n’est moins à sa place que dans la société ; la solitude doit être son unique asile.

Le même, ibid.

Dans la solitude, les vraies jouissances du cœur font naître souvent des idées religieuses, et celles-ci augmentent réciproquement les plaisirs de la solitude. Une vie simple, innocente et tranquille, rend le cœur beaucoup plus propre à s’élever vers Dieu : la vue de toute la nature appelle à la religion, et l’effet le plus sublime de la religion, c’est la paix de l’âme.

On n’est libre que dans la solitude.

Laüvergne, De V Agonie et de la Mort.

Une solitude de choix, nullement attristante, jointe à la permanence du repos et du bien-être, donne à l’intelligence une singulière énergie. Moins exposé aux chances aléatoires de la vie, on pense plus, on pense mieux, on laisse errer à loisir ses idées dans l’espace et le temps, ou bien on les concentre sur un objet particulier. N’est-ce

pas dans le silence et la retraite que se fait la véritable apparition des muses ?

Reveillé-Parise, Physiologie el Hygiène des Hommes livrés aux travaux de l'esprit.

11 est certain que l’habitude de se réfugier en soi développe une sensibilité dont la délicatesse révèle les moindres nuances de nos affections; aussi, en s’isolant du monde, les sentiments semblent s’épurer, les affections bienveillantes acquérir plus d’expansion et de vivacité; la paix avec soi-même est souvent la paix avec le monde entier.

De toutes les intelligences, les moins propres à la solitude sont les imaginations fortes, vivement préoccupées, qui s’exaltent avec facilité, se créent un monde de chimères, tantôt brillantes, tantôt horribles ; et, chose remarquable, ce sont de pareils penseurs qui la désirent avec le plus d’ardeur : espèces d’ascètes qui se plongent dans l’isolement pour méditer, pour rêver, pour approfondir; rien ne peut les en arracher. C’est une vie de somnambulisme intellectuel qui absorbe bientôt la vie d’action.

La douleur morale triple d’énergie dans la solitude ; elle rend fous les caractères faibles.

Voulez-vous avoir une idée juste du mérite de la soli-

Le même, ibid.

Le même. ibid.

Le même, Etudes de l'Homme.

tude? Sachez qu’elle fait le désespoir des sots, le supplice des méchants et le bonheur des sages.

Beauchéne, Maximes, Réflexions el Pensées.

Avec un cœur pur, une imagination vive, on n’est jamais moins seul que dans la solitude.

Le même, ibid.

Le solitaire a besoin de l’infini pour nourrir pensée.

Le même, ibid.

sa

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